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Les promesses du cloud : le débat se déplace sur des considérations stratégiques
« Ce n'est plus une question de savoir si le cloud tient ses promesses en termes de sécurité, de fiabilité ou de disponibilité, les solutions existent et deviennent matures même si des efforts restent à réaliser pour les acteurs français, si l'on compare les offres hexagonales à celles d'Amazon par exemple. L'adoption du cloud est surtout liée à une problématique de maturité et d'organisation des entreprises clientes. Je dirais que ces dernières ne sont pas encore totalement prêtes à y aller», indique Serge Masanovic, fondateur de VCM Conseil, une société de conseil en IT, qui travaille sur une solution de pilotage des coûts informatiques en mode SaaS. Et de temporiser : « Toutefois, Il faut bien le reconnaître, les mentalités évoluent. De plus, les DSI ne sont plus les seuls décisionnaires dans les choix IT, les métiers s'y intéressent et deviennent, eux aussi, des décisionnaires, ils n'hésitent plus à souscrire à des offres dans le cloud qui répondent à leurs besoins. D'ailleurs, ces changements vont avoir un impact réel sur le rôle que devra tenir la DSI. Si elle est encore considérée, à juste titre, comme une fonction de support par excellence, demain, je peux vous assurer que la DSI sera aussi positionnée comme un service de production et un centre d'innovation ».
Un avis que partage Nicolas Allonce, responsable de la BU cloud chez l'intégrateur SCC : « Nous constatons qu'il n'y a pas forcément une demande naturelle des services cloud de la part des entreprises. Les freins organisationnels et psychologiques sont bien plus importants que les freins techniques. Cela peut se comprendre car la DSI va devoir gérer des nouveaux processus. »
Des clients encore timides dans l'adoption des services cloud
En effet, malgré tous les chiffres très optimistes des cabinets d'analystes, comme Gartner ou IDC, sur l'adoption massive du cloud par les entreprises, sur le terrain, les choses sont bien différentes, du moins en France. Les entreprises françaises sont rares à avoir défini un plan de route, de ce fait, la demande reste finalement assez faible. La rédaction du Monde Informatique a d'ailleurs pu le constater avec les thématiques cloud abordées lors de l'IT Tour dans les principales villes françaises. En effet, pour l'heure, encore peu de DSI font appel à des services professionnels avancés dans le cloud. Il faut dire qu'au fil des années, ces mêmes entreprises ont énormément investi dans leur propre système d'information, cet héritage est aussi à prendre en compte.
De plus, si les DSI ne contestent pas, en soi, la maturité technique de certaines offres, elles relèvent une trop grande profusion et disparité de celles-ci et des fournisseurs. Il ne faut pas oublier que le modèle du cloud a d'abord été adapté au consommateur final et que les exigences des entreprises ne sont bien sûr pas les mêmes en termes de sécurité, de stabilité technologique, de qualité de support ou de volatilité des prix. Résultat : les quelques projets, que nous avons pu relever, concernent essentiellement l'usage de la messagerie dans le cloud, d'une application CRM de type Saleforces.com, de la suite bureautique Office 365 et, dans une moindre mesure, d'une solution de PRA ou d'une solution de téléphonie en mode cloud. Dans un premier temps, les entreprises ont plutôt tendance à se focaliser sur leur système d'information en le faisant lentement évolué vers un cloud privé, et, comme nous vous le disions précédemment, vers un cloud hybride pour y mettre une sauvegarde, un PRA ou une solution de téléphonie. Le paiement à l'usage de l'IT généralisé, ce n'est pas encore pour demain....
Un discours à réorienter et une guerre des prix qui s'annonce
Surpris ou pas par cette faible demande française, les fournisseurs font face, dans tous les cas, à un défi de taille, c'est de remplir leurs datacenters dont le nombre ne cesse de croître. Christian Comtat reconnaît qu'il y a trop de datacenters en France, mais pour lui, le discours général est très mal orienté. « La promotion du cloud ne doit pas uniquement se faire par l'électricité ou l'énergie, elle se fait aussi par les nouveaux usages et l'innovation. Par l'innovation, je pense aux systèmes d'engagement pour améliorer la satisfaction des clients, qui vont aller chercher les informations au travers du web et des réseaux sociaux par exemple. Le SaaS permet de faire ces choses-là. Et pour les nouveaux usages, je pense notamment aux objets connectés, comme les voitures, qui vont aller puiser des informations dans le cloud, par exemple pour vérifier la conformité des assurances des usagers », résume le porte-parole d'IBM.
A en croire nos interlocuteurs, il y aura, quoi qu'il en soit, de la place pour tout le monde, même en comptant l'inévitable rationalisation du marché du cloud. Car cette dernière se fera d'abord sur les prix. « Souvenez-vous de ce qui s'est passé dans la téléphonie avec Free, qui a créé des forfaits 3G tout illimités à moins de 20 €, soit plus de 3 fois moins cher que les offres des opérateurs historiques, il se produit actuellement la même chose dans le cloud. La guerre des prix que mène notamment Amazon va dramatiquement tuer certains concurrents. Ce sont des considérations stratégiques à prendre en compte pour les fournisseurs de services cloud, d'autant que les marges dégagées seront de plus en plus faibles », explique Serge Masanovic. En France, selon le fondateur de VCM Conseil, les clouds souverains sont capables de s'aligner au niveau des prix pratiqués par Amazon.
Prenons l'exemple de Numergy avec son programme start-up, qui permet aux jeunes entreprises innovantes de bénéficier de tarifs préférentiels très avantageux pendant 18 mois (voir le témoignage client). Pour Nicolas Allonce, les offres françaises dans le cloud, contrairement à leurs homologues américaines, manquent d'industrialisation. « Nous n'avons pas les mêmes moyens financiers pour mettre en production nos offres cloud et pourtant, je peux vous assurer que les bonnes idées dans notre pays ne manquent pas. Nos entreprises pèchent sur l'approche commerciale et par le manque d'engouement général. Heureusement, elles peuvent aussi se tourner vers nous ou vers d'autres acteurs comme Numergy ou CloudWatt. »
T-Systems lance son portail Cloud Broker en France
Après sa restructuration, T-Systems France, aujourd'hui dirigée par Jean-Paul Halibert, s'est recentrée sur les problématiques d'infrastructures avec des solutions sécurisées et industrialisées autour de l'infogérance, des postes de travail, du workspace, du cloud et bien sûr de l'optimisation des ressources SAP. Jean-Paul Halibert nous a indiqué les deux outils fondamentaux de la filiale IT de Deutsch Telecom : Un Innovation Center agrégeant les compétences de Deutsch Telecom et de T-Systems autour de start-ups, de partenaires mais également de clients. Et le portail Cloud Broker pour gérer de manière centralisé tous les clouds - publics, privés ou hybrides - d'une entreprise. Cette plate-forme connecte les environnements cloud existants afin de coordonner la consommation des ressources informatiques par les différents départements de l'entreprise, et de tenter de maitriser les coûts. Cloud Broker ambitionne également d'aider les utilisateurs (direction informatique, directions métiers) à trouver la meilleure solution cloud et de basculer, si nécessaire, entre des offres et des fournisseurs différents.