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L'entreprise bientôt gagnée par les objets connectés
« Nous en sommes qu’au début, les objets connectés restent, pour l’heure, un marché émergeant doté d’un énorme potentiel. Si aujourd’hui, plusieurs centaines de milliers d’objets exploitent déjà notre protocole de communication, dans les cinq ans à venir, ce sont plusieurs millions d’objets qui seront concernés », lance Thomas Nicholls, vice-president exécutif communications de Sigfox, une startup française qui a créé un réseau de communication bas débit (UNB pour Ultra Narrow Band) et basse consommation dédié aux objets connectés. Selon le cabinet d’études Idate, ce sont près de 80 milliards d’objets connectés qui devraient être en circulation en 2020 dans le monde. De son côté, IDC table sur une croissance du marché mondial des solutions IoT (l’Internet des Objets), de 1 900 milliards de dollars en 2013 à 7 100 milliards en 2020.
Rien que pour les montres connectées, IDC estime qu’il devrait s’en vendre cette année près de 25,7 millions d'unités sans oublier les vêtements, les lunettes ou les multiples bracelets qui mesurent le pouls et les calories brulées. Bref, un véritable raz de marée des « wearables » (vêtements connectés) se prépare. Cette frénésie autour des objets connectés n’est pas sans nous rappeler celle de l’Internet à la fin des années 90. Il suffit de voir le nombre de start-ups qui se créent dans ce domaine dans le monde et surtout en France dont de belles réussites comme Sigfox, Withings, Netatmo. A ce titre, sur 160 entreprises françaises présentes au CES 2015 qui s’est tenu à Las Vegas, 66 étaient des start-ups (source : La French Tech) agissant pour la majorité dans le secteur des objets connectés. Un record !
Un rôle majeur dans l’entreprise
Si cette folie connectée cible massivement le marché grand public, elle s’invitera aussi dans les entreprises. « Dans un modèle purement BtoB, les capteurs utilisés à bonne escient, peuvent parfaitement donner des informations à forte valeur ajoutée pour les entreprises. Prenons l’exemple du secteur automobile, il ne serait pas étonnant que les assurances envisagent, dans un proche avenir, de nouveaux bonus pour des conducteurs équipés », explique Eric Goujou dirigeant de ob'do Contact Agile, une société d'ingénierie spécialisée dans le développement d'objets connectés. A ce titre, Salesforce a récemment réalisé une étude sur l’adoption des objets connectés de type « wearables »dans les entreprises et les résultats sont plutôt surprenants. En effet, 86 % des entreprises ayant adopté avec succès des objets connectés portables envisagent d'accroître leurs investissements dans les 12 prochains mois.
Autre constat : 79 % des entreprises ayant adopté ce type d’équipements estiment que ceux-ci jouent ou joueront un rôle stratégique dans leur réussite et même 76 % font état d'améliorations au niveau de leurs performances opérationnelles suite à leur déploiement. Les cas d’applications professionnels sont multiples des compteurs intelligents dans les immeubles aux bornes d’incendies équipées de capteurs pour mesurer la pression et la consommation en passant par les capteurs embarqués dans les véhicules et les camions, il n’existe pas de limites dans ce domaine.
La confidentialité plutôt négligée
Sans aucun doute, les objets connectés vont croître dans les entreprises car ils devraient leur apporter plus de valeur dans leur business. Gartner estime que les services liés aux objets connectés vont générer un chiffre d’affaires supplémentaire de plus 300 milliards de dollars en 2020. Cela dit, en parallèle, la multiplication de ces objets inquiète aussi les responsables IT sur deux points : la confidentialité et la sécurité des données. Sur la confidentialité déjà, selon une étude publiée sur ce sujet par Fortinet, 62% des personnes interrogées affirment qu’elles se sentiraient outragés et particulièrement en colère - jusqu’à prendre des mesures - si elles apprenaient qu’un objet connecté personnel collectait secrètement des informations les concernant pour les transmettre à un tiers. D’autre part, toujours selon l’étude de Fortinet, si un dispositif connecté identifié recueille des données, 66% des répondants insistent sur le fait que l’accès à ces données soit limité à eux ou à des tiers dûment autorisés par leurs soins.
Pis encore, l’étude, menée par Capgemini Consulting en partenariat avec Sogeti High Tech auprès de 100 entreprises et start-ups dans le monde (dont 58% en Europe) impliquées dans le développement des objets connectés, indique que 47% des entreprises interrogées n’apportent aucune information à leurs clients sur ce point sensible de la confidentialité des données. Et quand elles se montrent bonnes élèves, elles omettent pour 90% d’entre elles un élément fondamental en matière de confidentialité, à savoir les clauses de participation et d’exemption de la collecte et du partage des données des consommateurs. Et pourtant, il est important de rappeler que la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) interdit d'utiliser nominativement les informations fournies par les capteurs, ni même de les détenir. Elles restent la propriété de l’utilisateur.
De nouvelles brèches en vue pour les pirates
Quant à la sécurité, relier un objet connecté au système d’information de l’entreprise permet d’ouvrir de nouvelles brèches et failles pour les pirates. La majorité des objets connectés, surtout à usage grand public, sont très vulnérables car ils exploitent les protocoles IP, Bluetooth et WiFi et n’ont pas l’historique de sécurisation dont disposent d’autres équipements IP. Ajoutons à cela l’usage de nombreux modules et bibliothèques communes, souvent issus de l’Open Source. Pour Arnaud Cassagne, directeur technique chez Nomios, c’est surtout au niveau de l’application que les objets connectés sont faillibles, pas forcément au niveau du réseau. Il faut aussi préciser que les fabricants d’objets connectés ne donnent pas forcément la priorité à la sécurité lorsqu’ils les conçoivent, et ne disposent pas de mécanismes de réponse en cas de piratage de leurs équipements. « A la base, les créateurs ne prennent pas assez en compte la sécurité pour des raisons de coûts. N’ayant pas forcément beaucoup d’argent, les start-ups privilégient donc d’abord le design, l’interface et l’ergonomie », souligne Arnaud Cassagne.
Bien sûr, la sécurité est très dépendante de l’importance de l’objet. En effet, un avion, une voiture ou un système industriel ne bénéficieront pas forcément du même niveau de sécurité qu’une balance intelligente ou qu’une montre connectée, il y aura donc une approche à plusieurs niveaux de sécurité pour tous ces objets. Malgré tout, la récente convention Black Hat, qui s’est tenue à Las Vegas, a démontré non seulement la faiblesse de la sécurité des objets connectés dont des spécialistes ont fait sauter les verrous sécuritaires en moins de 10 minutes, mais, plus grave, un chercheur a même trouvé une méthode pour pirater le matériel de communication satellite embarquée dans les avions afin de proposer en vol du réseau WiFi gratuit aux autres passagers.
Des débuts de réponses pour rendre les objets plus sûrs
Pour remédier à cette problématique du manque de sécurité des objets connectés, certains services dans les entreprises exploitent des réseaux locaux virtuels VLAN pour isoler certaines catégories d’objets, mais le fait de dédier un VLAN à chaque type d’appareil n’est certainement pas la bonne solution. Selon les spécialistes de la sécurité réseaux, il faut donc répondre par une protection à différents niveaux qui va de la gestion à la protection de ces devices en passant par le contrôle des données via des conteneurs sécurisés. Les fournisseurs de solutions de sécurité travaillent aussi de plus en plus avec les fabricants et les concepteurs de ces objets pour intégrer des composants de sécurité dans leur firmware en standard et d’en faire un suivi rigoureux pour les mises à jour. Enfin, Arnaud Cassagne insiste sur deux points : la sensibilisation quotidienne à la sécurité dans les entreprises mais aussi la nécessité de mettre à jour les protocoles, il n’hésite d’ailleurs pas à citer les failles découvertes dans le SSL l’année dernière.
La profusion d'OS autour des objets connectés
Lite OS de Huawei, Brillo de Google, mbed OS d’Arm, Tizen de Samsung, Windows 10 IoT Core de Microsoft, sans oublier les multiples noyaux en open source très rudimentaires, les systèmes d’exploitation dédiés aux objets connectés se multiplient depuis quelques mois. Le point commun de tous ces acteurs est de proposer aux développeurs un système d’exploitation léger (quelques centaines de ko tout au plus et réclamant un minimum de mémoire vive pour fonctionner), polyvalent et résolument orienté vers les objets connectés.
D’autre part, il y a une forte volonté de fournir un noyau capable d’offrir des traitements en temps réel (associés des processeurs, des puces ou des SoC dédiées basse consommation) et ouvert pour fédérer un écosystème le plus large possible sans oublier la fourniture aux développeurs des indispensables fonctionnalités de sécurité.