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Le calcul quantique, prochain big bang de l'informatique
« En France, il existe un véritable écosystème autour de l’informatique quantique », tient à rappeler Olivier Hess, expert quantique chez IBM. Citons pêle-mêle les universités de Paris-Saclay, de Grenoble, de Montpelier…, le CEA et le CNRS font bien sûr partie de ces laboratoires de recherche qui travaillent avec ces universités depuis de nombreuses années, sans oublier les startups comme Pasqal ou Quandela. L’entreprise Pasqal est, à ce titre, en train de mettre au point un processeur quantique de 200 Qubits (via une technologie de manipulation d’atomes refroidis par laser) et travaille avec EDF sur la meilleure optimisation possible dans la recharge de flottes de véhicules électriques partagés (voir encadré). En parallèle, les géants de l’IT se sont emparés du problème quantique, Atos et son simulateur QLM (Quantum Learning Machine), Intel, IBM, Google, D-Wave, pour ne citer qu’eux, multiplient les annonces fracassantes (1121 Qubits pour IBM en 2023 contre 65 aujourd’hui, 5000 Qubits pour D-Wave avec sa méthode de recuit quantique,72 Qubits chez Google aujourd’hui), citons également la Chine, le géant Alibaba en leader, qui multiplie les annonces sensationnelles et plus prometteuses les unes que les autres. Et les recherches n’en sont qu’au début !
Nous en sommes qu’au début de l’ère quantique…
Comme l’évoque Olivier Hess, s’il fallait faire une comparaison, nous dirions que nous sommes en 1943 avec l’Eniac, le premier véritable ordinateur sans pièces mécaniques composé de 18 000 lampes, 70 000 résistances, 10 000 condensateurs, etc., sur 167 m². Près de 80 années après l’Eniac, l’utilisateur dispose, pour cette technologie binaire rappelons-le, d’un smartphone avec une puissance exceptionnelle et qui tient dans une main. Que de progrès ! L’informatique quantique suivra-t-elle le même chemin ? Possible, mais pas tout de suite, dans 10 à 30 ans, avec les premiers ordinateurs capables de réaliser les premières prouesses de calculs incroyables composés de multiples variables et paramètres, ce que l’ordinateur binaire ne pourra jamais faire en un temps donné. Parmi les exemples futurs des possibilités du quantique, mentionnons l’autonomie des batteries. « L’idée serait de concevoir des batteries très autonomes et très compactes, ce qui impliquerait de découvrir et d’identifier, grâce au quantique, de nouveaux matériaux, composants, molécules et propriétés », indique Olivier Hess. Autre exemple, la gestion des hubs aériens qui engage des centaines d’opérations (du nettoyage des cabines en passant par l’identification des portes à l’événement imprévu de dernière minute, l’orage par exemple), avec le quantique, il serait possible de résoudre ces problèmes multiparamétriques et de prendre les bonnes décisions en un temps record.
… Mais déjà la suprématie atteinte
D’ores et déjà, certains acteurs comme Google, le CNRS et des chercheurs chinois indiquent avoir déjà atteint la suprématie quantique ou l’avantage quantique, c’est-à-dire qu’un ordinateur quantique va plus vite qu’un ordinateur binaire classique sur une tâche bien précise. Ainsi, dans un communiqué du CNRS le 8 février dernier, des scientifiques du CNRS, de l’université d’Edimbourg (Ecosse) et de l’entreprise franco-américaine QC Ware Corp viennent de prouver qu'une machine quantique peut effectuer une tâche de vérification donnée en quelques secondes alors que le même exercice prendrait un temps équivalent à l’âge de l’univers pour un ordinateur classique. Pour cette démonstration, ils ont combiné un algorithme interactif complexe, qui permet de résoudre un certain type de problèmes mathématiques avec des informations limitées, et un système expérimental photonique simple, réalisable dans tous les laboratoires photoniques de pointe. Leurs travaux ont d’ailleurs été publiés dans la revue scientifique Nature. Google avait également revendiqué cette suprématie quantique en 2019 avec Sycamore malgré des contestations d’autres chercheurs. Des chercheurs chinois avaient montré en 2020 un avantage quantique avec la réalisation d’un échantillonnage de boson à l'aide d'une configuration photonique élaborée. Enfin, la revue scientifique Nature devrait publier d’ici à quelques semaines, selon Georges-Olivier Reymond, CEO de Pasqal, les travaux théoriques sur l’avantage quantique, menés par les partenaires académiques de la société Pasqal, autour des phénomènes de magnétisme quantique. Le problème aurait été résolu en 12 heures grâce au processeur quantique de 100 Qubits de Pasqal contre une semaine pour un ordinateur classique.
L'ambitieuse roadmap de Pasqal
Actuellement, la start-up française Pasqal finalise sa première génération de processeurs quantiques à 200 Qubits et se dit bientôt prête à implanter le cas d’usage de son partenaire EDF sur la meilleure optimisation possible dans la recharge de flottes de véhicules électriques partagés, bref de trouver le meilleur ordonnancement en prenant en compte de multiples variables et contraintes. En outre, un partenariat avec Atos permettra d’ici à un an d’intégrer cette génération de processeurs dans des supercalculateurs et d’en faire un modèle hybride. En parallèle, Georges-Olivier Reymond, CEO de Pasqal, confirme une accessibilité de sa puissance quantique depuis un cloud d’ici à un an. Pour 2023, Pasqal a déjà programmé un processeur quantique à 1000 Qubits et un système universel de programmation.
Une roadmap ambitieuse est donc en cours au sein de la start-up Pasqal. D’un point de vue technologique, Pasqal et ses partenaires académiques ont réussi à franchir de nombreuses étapes dans la maîtrise de leur technologie d’atomes refroidis par des faisceaux laser et d’acter avec un certain succès ce passage à l’échelle pour atteindre aujourd’hui les 200 Qubits, même s’il reste de nombreux défis à relever sur l’amélioration des Qubits et des goulets d’étranglement ; en quelque sorte des problèmes de physique fondamentale.