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Du cloud souverain au cloud de confiance
Souvenons-nous, il y a presque dix ans, les premiers clouds souverains de Numergy et Cloudwatt (hérités du projet Andromède) avaient vu le jour. Résultat : beaucoup d’argent dépensé pour deux échecs retentissants. A noter que face à eux, des acteurs comme Ikoula, OVH et Outscale étaient déjà implantés sur le territoire national avec des offres d’hébergement évoluant vers le cloud pour les deux premiers, et une offre pure cloud pour le troisième. Bref, à l’époque, l’objectif des deux clouds souverains financés en partie par des fonds publics était de proposer une alternative aux acteurs américains Google, AWS et Microsoft. Depuis, la médiatisation de la souveraineté du cloud était retombée alors que les offres françaises citées précédemment continuaient à se renforcer notamment chez OVH, lequel était, il est vrai, plutôt issu de l’hébergement alors qu’un Outscale est plus considéré comme un pure player du IaaS. Avec Oodrive, pour sa plateforme de collaboration et de partage, tous les deux sont aujourd’hui certifiés SecNumCloud par l’Anssi (l'autorité nationale en matière de sécurité et de défense des systèmes d’information). Depuis quelques mois, cette souveraineté revient à la charge sous la houlette de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, Cédric O, secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, et Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, qui ont annoncé le label Cloud de confiance, officialisé par une circulaire début juillet. Mais cette fois-ci, les pouvoirs publics ont compris qu’il était devenu très difficile de rivaliser avec les acteurs américains et chinois. Il s’agit dès lors de travailler avec eux en garantissant un haut niveau de sécurité et de protection de données.
S’opposer aux Cloud Act, FISA et autres textes sécuritaires
Par exemple, l’initiative d’Orange et de Capgemini avec Bleu va dans ce sens (lien vers https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-bleu-le-cloud-de-confiance-de-capgemini-et-orange-a-la-sauce-microsoft-83064.html). Même si les offres n’existent pas encore, le but de Bleu est d’exploiter la plateforme Azure Stack de Microsoft. En clair, tous les services cloud, y compris le support client, seront entièrement opérés depuis la France par les ressources de la société et sous son contrôle. Ainsi, les données devraient théoriquement échapper au Cloud Act et au FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) américains. « Il faut garantir la sécurité juridique, un point que ne peuvent pas prétendre garantir les grands faiseurs américains », comme l’a rappelé Guillaume Poupard, DG de l’Anssi, lors de la présentation du rapport d'activité 2020 en juin dernier. Beaucoup sont toutefois très dubitatifs quant à cette interprétation. « Il y a une grosse différence entre ce que l'on prétend faire et ce que l'on fait réellement », prévient Raphaël Peuchot, avocat et membre du Clusir Rhône-Alpes et de l'AFCDP. « Il n'y a qu'en prenant connaissance de l'engagement contractuel entre Bleu et Microsoft que l'on pourra savoir quel niveau de confidentialité sera assuré. » Problème : à ce jour, la société Bleu n'étant pas encore créée, il n'existe pour l'heure aucun document juridique de ce type en vigueur. Ce que l'on a en revanche, ce sont les promesses de ceux qui les tiennent. « Un risque d'accès frauduleux par une puissance étrangère existe. Les outils comme ceux de Microsoft sont très bien connus des services de renseignement américains et connaissaient très bien leurs infrastructures, leurs forces et leurs faiblesses et on ne peut pas complètement écarter un risque de backdoor », rappelle l'avocat Olivier Iteanu, également président d'honneur de l'Internet Society France.
Ce label Cloud de confiance vient toutefois conforter les acteurs français du cloud dont Bouygues Telecom Entreprises et son offre OnCloud qui cible les PME et les ETI. Cet intérêt pour ce label se justifie d’autant plus que le gouvernement va obliger les administrations à héberger leurs données dans un cloud interne ou externe validé par l’Anssi. C’est par exemple le cas du ministère de l’Intérieur qui héberge sa plateforme collaborative et communautaire Osmose dans le cloud 3DS Outscale certifié SecNumCloud. Au-delà de cette souveraineté, l’objectif des acteurs français, face aux hyperscalers, est aussi de proposer des clouds performants en termes de latence comme pour Cheops Technology avec son récent accord avec Equinix, à Bordeaux, mais aussi les garanties des SLA sans oublier la personnalisation comme le reconnaît Nicolas Leroy-Fleuriot, président-directeur général de Cheops Technology.
Une souveraineté portée à l’échelle européenne
L’enjeu de la souveraineté ne se situe pas seulement au niveau national mais bien européen. Précisons d’ailleurs que d’ici à 2027, le marché du cloud en Europe pourrait atteindre, selon une étude de KPMG, plus de 260 milliards d’euros (contre 53 milliards d’euros aujourd’hui), ce qui le mettrait au même niveau que le marché actuel des télécommunications (environ 250 milliards d’euros en 2020). Et ce projet européen de cloud se nomme aujourd’hui Gaia-X. Comme le rappelle David Chassan, directeur de la stratégie cloud chez 3DS Outscale : « Au sein de Gaia-X, nous discutons de l’offre et de la demande pour utiliser le cloud différemment dans le respect des règles européennes comme le RGPD. » Un avis que partage Cédric Parent, directeur général adjoint des activités cloud d’Orange Cloud for Business, qui identifie déjà Gaia-X comme un espace de rencontres incluant des entreprises et des opérateurs : « Nous arrivons à nous comprendre, à poser les problèmes, à clarifier les demandes. Des data spaces par secteurs d’activités ont été créés pour définir les modèles d’interopérabilité afin d’aider la compétitivité des entreprises européennes. » En outre, Gaia-X n’est pas fermé aux entreprises américaines, Cisco, Microsoft, AWS ou encore Google font d’ailleurs partie de ses membres. Si la France a su effectivement porter quelques grands acteurs du cloud, tout comme d’autres pays européens, de gros efforts restent à faire pour apporter cette fois-ci des offres logicielles cloud européennes capables de supporter des charges colossales. Un exemple : durant le confinement, les entreprises ont dû mettre en place le télétravail et, avec lui, des outils collaboratifs. Le choix des solutions de visioconférence s’est porté essentiellement sur quatre plateformes cloud, toutes américaines (Zoom, Teams, Webex et Meet), les seules capables de gérer des centaines de millions d’utilisateurs chaque jour. Et cet exemple est valable pour bien d’autres usages comme la messagerie, premier espace de stockage de l’entreprise mondialement dominé par Google et Microsoft. Et paradoxalement, les entreprises ne se posent pas autant de questions quant à la souveraineté de leurs données dans l’utilisation de toutes ces solutions.
L'ESN Safeo séduit par l'opérateur de datacenters Thésée
Pour concurrencer les grands faiseurs de datacenters Telehouse, Interxion et Equinix, Thésée Datacenter vient de construire son premier datacenter dans les Yvelines, à Aubergenville. Financé par la Caisse des dépôts et le constructeur immobilier IDEC à hauteur de 15 millions d’euros, ce datacenter (certifié Tier IV) comprend pour l’heure deux salles IT d’environ 500 m² chacune, à terme six autres structures sont prévues sur ce terrain de trois hectares. Parmi les caractéristiques mises en avant par les deux cofondateurs de Thésée Datacenter Christophe Bouniol, président, et Eric Arbaretaz, directeur technique, citons l’optimisation de la consommation énergétique, le refroidissement étant assuré en free cooling avec des équipements électriques pilotés par l’IA pour un PUE (Power Usage Effectiveness) inférieur à 1,2. Les deux dirigeants défendent aussi la souveraineté de leur datacenter et la sécurité (plusieurs certifications sont engagées dont l’ISO 27001, ISO 14001, ISO 50001 et HDS), sans oublier le réseau fibre. Déjà des clients semblent conquis par les capacités de Thésée Datacenter dont l’ESN Safeo qui va héberger l’un de ses clients grands comptes. Pour Safeo, les avantages de Thésée Datacenter sont nombreux : une situation géographique favorable en Ile-de-France et non loin de Paris, la possibilité d'accueillir des baies de hautes densités électriques, la mise à disposition d'infrastructures certifiées par les normes les plus exigeantes (dont la Tier IV de l'Uptime Institute), la disponibilité du service à 99,99 %, sans oublier la relation de proximité.