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Osez des fournisseurs de services cloud alternatifs !
Les entreprises françaises qui migrent leurs workloads dans le cloud ont tendance à s’orienter vers les grands faiseurs du marché comme AWS, Azure ou GCP (Google Cloud Platform) et dans une moindre mesure vers Oracle (OCI), IBM Cloud ou encore Alibaba Cloud, et ce, pour de multiples raisons (facilité, opportunisme, diversité des services, pérennité des offres, acteurs reconnus dans le numérique, énorme écosystème, etc.). Le fait de choisir un leader du marché est aussi vu comme une sécurité, notamment par les grands comptes. De même, en prenant un leader du marché, personne ne fera aucun reproche au décideur qui a fait ce choix même si cela se passe mal…, c’est dommage mais c’est une réalité. Cela dit, c’est vrai, ces géants du cloud ont des atouts à faire valoir, leur puissance financière colossale leur permet d’aligner et de proposer des infrastructures matérielles et logicielles massives pour prendre en charge un grand nombre d’utilisateurs finaux, leur catalogue de services est vaste et varié dans tous les domaines (bases de données, IA, analytique, sécurité, réseau, stockage etc.). Nous pouvons presque dire qu’ils font tout, maîtrisent toute la chaîne et disposent de datacenters partout dans le monde. Selon l’autorité de la concurrence, à eux trois, Amazon, Google ou Microsoft, ils ont capté 80 % de la croissance des dépenses en infrastructures et applications de services cloud public en France en 2021. Et au cours des prochaines années, la concentration du marché français pourrait ainsi se poursuivre, toujours à leur bénéfice.
De nombreux acteurs alternatifs
Cela dit, face à ces hyperscalers, il existe une multitude d’acteurs alternatifs qu’ils soient français, européens ou américains qui ne cherchent pas à rivaliser avec ces grands acteurs, mais qui peuvent les concurrencer sur certaines offres très en pointe techniquement, peut-être même à des prix plus attractifs. Certains de ces fournisseurs alternatifs de services cloud s’activent aussi à marquer leurs différences pour séduire les entreprises françaises et européennes en essayant d’apporter dans leurs offres plus de garanties sur la confidentialité et l’intégrité des données, mais aussi sur les aspects de souveraineté et de respect des réglementations établies en fonction du siège social du fournisseur et de l’emplacement des serveurs. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que Schwarz Group, la société à la tête de Lidl, a créé une architecture en propre mise en œuvre en 2021. En effet, quand le groupe avait décidé à l’époque de se tourner vers le cloud, il a cherché une option en Europe pour éviter de stocker ses données dans d’autres juridictions. Et est parvenu à la conclusion qu’aucun fournisseur n’était capable de pourvoir à ses besoins.
Selon Rahiel Nasir, directeur de recherche European Cloud Practice au sein du cabinet d’études IDC, les entreprises européennes recherchent d’abord la sécurité et la conformité, du moins dans leur choix des fournisseurs IaaS. L’analyste se base d’ailleurs sur le rapport MarketScape d'IDC ( European Public Cloud IaaS 2024 Vendor Assessment) qui met effectivement en évidence que, par rapport à d’autres marchés, l’Europe a des exigences très différentes en matière de choix et d’utilisation de solutions cloud, la sécurité et la conformité apparaissant comme les attributs les plus convoités par les organisations lorsqu’il s’agit de leurs migrations vers le cloud. Pour Servane Augier, directrice commerce et marketing chez NumSpot, il reste beaucoup de parts de marché à prendre, notamment en France car plus de 70 % des données ne sont pas encore sorties des datacenters des entreprises.
Plus généralement, tout cela s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par l’UE pour résoudre les problèmes liés à la domination du marché par les grands acteurs sinoaméricains du cloud et d’établir des normes plus rigoureuses pour les services en ligne dans le but de créer un environnement numérique plus transparent et centré sur l’utilisateur. « La réglementation européenne joue en notre faveur. Une partie des infrastructures sera chez des fournisseurs européens. Chez Ionos, nous avons par exemple conquis via un appel d’offres les 200 institutions publiques allemandes », indique Gabrielle Balleyguier, senior account manager chez Ionos. Enfin, certaines entreprises souhaitent aussi se détourner des hyperscalers pour aller vers des acteurs à taille humaine qui proposent des solutions plus flexibles et stables, des conseils avisés et qui privilégient aussi un service de proximité.
Dans la jungle des grilles tarifaires
Des contrats clairs et sans ambiguïté avec une politique tarifaire compréhensible est un argument qui fait aussi la différence dans le choix d’un fournisseur de services cloud. Seulement, sur le terrain, cet argument est difficile à appréhender pour une entreprise, et pour cause, on a cette impression que les fournisseurs de services cloud, sous couvert de baisse de prix face à une concurrence accrue, ont tendance à complexifier leur grille tarifaire de façon à ce qu’il soit presque impossible de comparer les prix entre les services et entre les coûts réels et cachés. Pire, les entreprises rencontrent des difficultés à maîtriser les coûts liés au cloud et dépassent fréquemment leur budget initial. En cause, du stockage excessif de données, une surconsommation de bande passante réseau et bien d’autres raisons comme l'absence de stratégie d'intégration ou encore l'inefficacité des architectures cloud. Preuve en est, selon une étude menée en 2023 par le cabinet PAC pour le compte de T-Systems, 62 % des décideurs IT sondés constatent des dépenses supérieures à leurs prévisions initiales dans le cadre de leurs déploiements Cloud. La mise en œuvre d'une stratégie de contrôle des coûts de bout en bout est donc urgente notamment si les décideurs anticipent une croissance de leur budget cloud. Mais sur quelle base de travail partir pour comparer les coûts de tous ces fournisseurs ? Il existe sur le marché des comparateurs indépendants (comme Cloud Mercato) proposés aussi par les fournisseurs eux-mêmes. D’autres initiatives se mettent également en place comme la norme Focus portée par la Finops foundation (lien vers https://www.finops.org/) dont la cinquantaine de membres (dont les grands acteurs américains) vise à harmoniser la présentation des coûts et des données d'usage entre les différents fournisseurs, afin d'aider les entreprises clientes à mieux comprendre leurs factures cloud et SaaS. Vers une meilleure gestion financière du cloud en perspective, l’avenir nous le dira…