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Infrastructure & CloudGrand dossier5 articlesPublié le

DEE: l'efficacité énergétique bientôt une obligation pour les datacenters

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Des datacenters plus durables et plus efficaces, c'est ce que recherchent les pouvoirs publics européens avec la mise en oeuvre de la nouvelle Directive sur l'efficacité énergétique (DEE). Plus précisément, l'article 12 impose que les centres de données sont tenus de publier des informations sur leur performance énergétique et leur durabilité chaque année, à partir du 15 mai 2025.

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Article 1 sur 5

Qu'est-ce que la DEE (directive d'efficacité énergétique) ?

Par Benoît HuetPublié le 24 février 20255 min de lecture

Le mois dernier, la rédaction du Monde Informatique exposait les défis que vont devoir faire face les opérateurs de datacenters pour refroidir leurs équipements face à l’explosion des charges liées à l’IA Gen. Et pour cause, ils deviennent trop énergivores, selon les chiffres de la Commission Européenne, les datacenters représentaient 2,7 % de la demande d’électricité dans l’EU des 28 en 2020, cette demande pourrait atteindre les 3,2% en 2030. A titre indicatif, la consommation d’électricité des datacenters dans l'UE a déjà augmenté de plus de 42% entre 2010 et 2018. Qu’en sera-t-il réellement en 2030 avec un usage massif de la GenAI ? D’un côté les workloads IT augmentent, de l’autre, les pouvoirs publics mettent la pression sur les entreprises pour réduire leur empreinte carbone, notamment avec la directive européenne DEE (Directive sur l’efficacité énergétique). « La dernière version de la directive DEE de l’Union européenne d’avril 2024 vise à réduire davantage la consommation d’énergie et à promouvoir encore plus la recherche d’efficacité énergétique dans les datacenters », admet d’ailleurs Séverine Hanauer, directrice segment stratégique télécom et déploiement edge chez Vertiv pour l’Europe du Sud. Adoptée en juillet 2023 par l’Union Européenne et entrée en vigueur en 2024, cette loi concerne directement les datacenters. « Les états membres peuvent apporter des spécificités à ces transpositions, ce qui peut influencer le nombre de datacenters concernés. La France a adopté la version européenne mais n'a pas encore adapté une version française de la DEE. Cela dit, les hyperscalers et les grands opérateurs de cloud sont probablement les premiers concernés », précise Alison Matte, responsable du développement durable et du marketing Ecostruxure IT de Schneider Electric,

Des contraintes pour les datacenters de plus de 500kW

Quels datacenters cible la directive DEE ? Depuis octobre 2024, la DEE oblige les exploitants de datacenters de plus de 500 kW à fournir des informations (superficie du centre de données, puissance installée, trafic annuel de données entrant et sortant, quantité de données stockées et traitées). De plus, les opérateurs doivent publier les performances du datacenter au cours de la dernière année civile complète (consommation d'énergie, utilisation de la puissance, points de consigne de température, utilisation de la chaleur résiduelle, de l'eau et de l’énergie renouvelable). Ensuite, les sites de 1 mW et plus doivent exploiter leur chaleur résiduelle pour chauffer des bureaux, des bâtiments ou pour d’autres applications de récupération d’énergie, à moins que cela ne soit techniquement ou économiquement irréalisable. L’objectif étant de favoriser l’économie circulaire et de réduire les besoins d’autres énergies, notamment fossiles. En parallèle, les datacenters doivent privilégier les sources d’énergie renouvelables pour leur consommation d’électricité, leur permettant de réduire leur empreinte carbone et de contribuer à un mix énergétique plus durable. Enfin, pour diminuer leur consommation d’énergie, les exploitants doivent optimiser leurs équipements comme les systèmes de refroidissement efficients, utiliser des matériels IT plus efficaces et adopter des techniques de virtualisation et de consolidation des serveurs.

Vers un renforcement de la DEE à venir ?

Dès le 15 mai 2025, une fois les données récoltées, la Commission évaluera les données disponibles sur l’efficacité énergétique des centres de données, le cas échant, des mesures supplémentaires pourraient être votées, celles-ci visant à améliorer l’efficacité énergétique, notamment l’établissement de normes de performance minimales à respecter. Pour Damien Desanti, CEO de Phocea DC, quand les pouvoirs publics vont effectivement aligner des objectifs plus précis suite à cette grande collecte d’informations, les contraintes pourraient être plus importantes, notamment pour les plus gros acteurs qui possèdent de nombreux datacenters dont certains sont opérationnels depuis plusieurs années et qui ne sont pas forcément équipés des dernières technologies moins énergivore.  A noter que cette directive ne s’applique pas seulement aux entreprises de l’UE, en effet, les sociétés étrangères opérant au sein de l’UE sont tenues de se conformer à cette directive. Elles devront aussi prendre des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs activités, ce qui peut impliquer des modifications de leurs installations, de leurs équipements et de leurs processus. « Il est probable que la directive DEE évolue vers des exigences plus strictes à mesure que les données collectées mettent en lumière des opportunités d'amélioration supplémentaires. La participation continue d'Equinix aux groupes de travail politiques du Pacte pour des Centres de Données Climat-Neutres (CNDCP) et son engagement à influencer la législation climatique de l'UE indiquent une tendance vers des critères plus rigoureux », reconnaît ainsi Nicolas Divin, directeur du développement et de la stratégie chez Equinix France. Si tel est le cas, une directive renforcée pourrait contraindre les opérateurs de datacenters à revoir la conception de certains de leurs sites. « Des exigences accrues pourraient nécessiter des révisions dans la conception de certains datacenters. Equinix a déjà démontré son adaptabilité en testant des moteurs fonctionnant à l'huile végétale hydrogénée (HVO) et en mettant à jour les systèmes de refroidissement pour maximiser l'efficacité énergétique. De plus, l'optimisation continue visant à améliorer l’efficacité des systèmes de refroidissement montre la capacité d'Equinix à ajuster ses infrastructures en réponse à des réglementations plus strictes », conclut sur ce point Nicolas Divin.

80% des entreprises sortent désormais du champ de la CSRD

Suite aux discussions le 26 février 2025 sur la loi omnibus européenne qui consiste à opérer un choc de simplification pour les entreprises, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) a fortement été amputée puisque 80% des entreprises ne seront plus concernées par cette directive. Seules seront désormais concernées les structures de plus de 1 000 salariés et dont le chiffre d'affaires est supérieur à 50 M€ ou le bilan supérieur à 25 M€. Rappelons que la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive en anglais) devait fixer de nouvelles normes et obligations de reporting extra-financier sur les données ESG (environnementaux, sociaux et gouvernance) pour un grand nombre d’entreprises y compris les PME et les ETI. Ce changement soudain fait suite à la simplification que réclament les entreprises notamment les PME et ETI, certains organismes et politiques français et européens. De plus, la politique américaine contraint aussi indirectement l’Europe à changer de cap sur son Pacte Vert.

Article 2 sur 5

DEE, une pression administrative pour les DSI à transformer en opportunité

Par Benoît HuetPublié le 24 février 20253 min de lecture

Pour les décideurs IT, cette réglementation DEE, comme tant d’autres d’ailleurs, leur met une pression administrative supplémentaire, en effet, elle les oblige déjà à la consulter, à l’étudier et à s’y soumettre s’ils sont bien sûr concernés et à être plus sélectif dans leur choix du gestionnaire de datacenter qui héberge les données de leur entreprise. Pour Jérôme Marsaud, DSI et manager de transition qui intervient dans différentes missions pour transformer l’IT des entreprises, dans son choix d’un opérateur de datacenter, il se tourne d’abord vers des spécialistes reconnus du secteur car ces derniers sont les premiers concernés par ces réglementations. De son côté, Youssef Kilany, directeur de l’architecture et de la production au sein du GIP-MDS (Groupement d’intérêt public - Modernisation des déclarations sociales), surtout connu pour son portail Net-Entreprise.fr, assure, en tant que décideur IT, que la durabilité et l’efficacité énergétique des datacenters fait partie des priorités du GIP-MDS, des bilans carbones sont d’ailleurs déjà établis depuis 2022. Les décideurs concernés peuvent aussi voir cette directive comme une opportunité pour réduire leurs coûts énergétiques tout en réduisant en parallèle, leur empreinte environnementale et de marquer in fine des points dans le rapport RSE de leur entreprise. Selon le rapport lié à la durabilité de l’infrastructure IT publié par le cabinet d’études Gartner, les analystes précisent que les responsables IT doivent faire de la durabilité un élément central de leur stratégie d'infrastructure afin de découvrir de nouvelles opportunités d'optimisation des coûts, d'innovation et de résilience. Et cette directive DEE va les justement orienter dans ce sens.

Des économies substantielles sur les factures d'énergie

Alison Matte, responsable du développement durable et du marketing Ecostruxure IT de Schneider Electric, voit dans cette directive de multiples opportunités pour les DSI, surtout financières : « En mettant en œuvre des solutions d'efficacité énergétique au sein des datacenters (refroidissement optimisé, virtualisation, etc.), les entreprises peuvent réaliser des économies substantielles sur leurs factures d'énergie. De plus, une gestion énergétique optimale permet de prolonger la durée de vie des serveurs et autres équipements IT, réduisant ainsi les coûts de remplacement. La DEE encourage également l'adoption de technologies innovantes, comme l'intelligence artificielle pour optimiser la consommation énergétique ou les énergies renouvelables ». Youssef Kilany partage cet avis : « Sur les aspects de durabilité et d’efficacité énergétique, il faut aussi s’aider d’outils modernes comme l’IA qui peut aider à réduire la consommation d’énergie, l’IA sert également à anticiper les défaillances matérielles et à optimiser la maintenance. D’ailleurs, sur la partie matérielle, certaines règles obligent les acteurs publics à disposer d’équipements réutilisables et de les emmener le plus loin possible dans la mesure du possible même si l’évolution et la compatibilité du software ne dépendent pas forcément de nous mais de l’éditeur ». Ces opportunités, Nicolas Divin, directeur du développement et de la stratégie chez Equinix France les approuvent également : « Les clients d'Equinix peuvent tirer parti des améliorations en efficacité énergétique en réduisant leurs coûts opérationnels grâce à des datacenters plus performants. Ces gains en efficacité peuvent aussi contribuer à l'atteinte des objectifs de durabilité des DSI. De plus, en utilisant des centres de données certifiés conformes à des normes élevées d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables, les DSI peuvent valoriser ces efforts dans leurs rapports de durabilité et démontrer leur engagement envers les pratiques ESG ». Cette valorisation dans la politique RSE, le GIP-MDS la pratique déjà en exploitant les bilans carbones des datacenters de ses partenaires qui lui permet d’avoir une vision globale de son empreinte carbone comme le confirme Youssef Kilany. Enfin, en étant en conformité avec la DEE, les entreprises vont certainement éviter des risques à venir de sanctions financières et surtout donner du gage à leur réputation. La réputation de l’entreprise est un point crucial aujourd’hui surtout auprès de la jeune génération très sensibilisée sur ces questions environnementales. En 2023, un sondage publié par Harris Interactive et Toluna indiquait que 70 % des jeunes de 18 à 30 se disaient prêts à ne pas postuler dans une entreprise qui ne prendrait pas suffisamment en compte les enjeux environnementaux à leurs yeux.

Article 3 sur 5

Un outillage et des services déjà en place pour répondre à la DEE

Par Benoît HuetPublié le 24 février 20254 min de lecture

Comme nous le mentionnions précédemment, avec la DEE, l’exploitant d’un datacenter dont la puissance nominale est d’au moins 500 kW est tenu de rendre publique ses données de performance énergétique, parmi lesquelles on trouve ainsi la consommation d’énergie, le PUE, l’utilisation d’énergies renouvelables, etc. Et pour faciliter cette récolte des données, des acteurs comme Vertiv et Schneider Electric mettent en œuvre plusieurs outils. « Déjà, les systèmes de gestion des infrastructures de centres de données (DCIM) permettent de surveiller en temps réel la consommation d'énergie et d'identifier les zones d'inefficacité de l'IT », souligne Alison Matte, responsable du développement durable et du marketing Ecostruxure IT de Schneider Electric, et d’ajouter : « Quant aux logiciels de gestion de l'énergie du batiment (site BMS, EPMS, EBO), ils  fournissent des analyses détaillées sur l'utilisation de l'énergie, permettant aux opérateurs de prendre des décisions éclairées pour améliorer l'efficacité ». En complément de cet outillage, les gestionnaires de datacenters et les entreprises concernées recherchent auprès de leurs prestataires et fournisseurs des conseils pour les aider à analyser leurs performances énergétiques et à mettre en œuvre des stratégies d'amélioration. « Les entreprises nous demandent effectivement de les conseiller sur les meilleures technologies à mettre en place dans chaque cas précis d’un site avec ses prérequis (location du site et contraintes environnementales, domaine d’application, flexibilité de l’installation, redondance attendue, etc.) », indique Séverine Hanauer, directrice segment stratégique télécom et déploiement edge chez Vertiv pour l’Europe du Sud. C’est d’ailleurs dans cette optique de réduire la consommation énergétique et donc le PUE du site client que Vertiv et Schneider Electric font évoluer leurs gammes d’équipements. Par exemple, Schneider Electric a récemment annoncé sa nouvelle gamme d’onduleurs Galaxy VXL de 500 à 1250 kW. Avec une empreinte au sol de seulement 1,2 m2, l’onduleur Galaxy VXL présente un encombrement inférieur de 52 % à la moyenne du secteur, avec un accès total par l’avant et sans dégagement à l’arrière, ce qui permet une optimisation de la puissance et de l’espace. Son format compact permet de réduire l’utilisation de matières premières et son efficacité (jusqu’à 99 % d’efficacité en mode eConversion et jusqu’à 97,5 % en mode double conversion) permet de réduire les factures d’électricité. Ces nouveaux équipements plus performants influent sur les données récoltées pour la DEE. A cette nouvelle génération de matériels, Schneider Electric met aussi en avant des solutions d'automatisation des processus de gestion de l'énergie, lesquelles aident à optimiser la consommation en ajustant les ressources en fonction de la demande. De son côté, Vertiv accompagne même les opérateurs et les entreprises dans leurs subventions d’investissement d’installations techniques et IT toujours plus performante qu’ils peuvent obtenir des pouvoirs publics : « Pour que ces entreprises et gestionnaires de datacenters puissent obtenir des subventions, le client peut soumettre des fiches CEE (certificats d’économie d’énergie) en fonction des catégories d’équipements. Pour certains produits, ces fiches CEE existent depuis des années (confinement d’allées dans les datacenters par exemple), d’autres sont plus récentes (UPS/ASI) ou voir même encore en cours d’étude par l’ADEME et l’ATEE (pour certaines technologies de refroidissement notamment). Depuis déjà plusieurs années, Vertiv accompagne ses clients dans l’établissement de ces fiches CEE », détaille Séverine Hanauer.

La chaleur résiduelle pour chauffer d’autres bâtiments

Concernant, l’exploitation de la chaleur résiduelle pour les datacenters de 1mW et plus, là aussi les initiatives se multiplient pour les opérateurs de datacenters. Par exemple, Equinix a mis en œuvre un programme de récupération de chaleur dans ses centres de données, principalement en Europe selon Nicolas Divin, directeur du développement et de la stratégie chez Equinix France. « Depuis plus d'une décennie, Equinix récupère et exporte la chaleur générée par l'infrastructure IT de ses clients pour bénéficier aux communautés locales, réduisant ainsi l'utilisation d'énergie et améliorant l'efficacité énergétique. Trois exemples, à Paris (pour le PA10), la chaleur récupérée de notre site est utilisée pour chauffer la piscine Olympique de St Denis et une serre sur site qui fournit de la nourriture à des épiceries solidaires et associations, servant ainsi 1 600 personnes dans la communauté. Toujours près de paris, l’entreprise a conclu un partenariat avec Engie Solutions et la ville de Meudon pour la mise en place d'un système de récupération de chaleur. (https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-equinix-inaugure-son-datacenter-pa13x-a-meudon-95986.html) L'énergie thermique produite par les serveurs sera injectée dans le réseau de chauffage urbain, contribuant ainsi à la réduction de la consommation d'énergies fossiles locales. Enfin, à Helsinki en Finlande, Equinix collabore avec une entreprise de services publics locale pour utiliser la chaleur exportée de son centre de données, évitant ainsi jusqu'à 4 000 tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent du retrait d’environ 3 000 voitures de la route ». Toutefois, l’exploitation de la chaleur résiduelle n’est pas toujours aussi simple comme en témoigne Damien Desanti, le dirigeant de l’opérateur français de datacenter Phocea DC à Marseille dans la partie 4 de notre dossier. En effet, des investissements dans des équipements intermédiaires importants doivent parfois être effectués par les collectivités pour profiter de cette chaleur résiduelle, ces investissements interviennent souvent sur des programmes neufs comme la construction de nouveaux logements aux alentours du datacenter en question mais peu sur de l’existant ou de l’ancien.

Article 4 sur 5

Phocea DC dans les cordes pour la DEE

Par Benoît HuetPublié le 24 février 20253 min de lecture

L’opérateur français de datacenter Phocea DC est désormais concerné par la directive DEE. En effet, son premier datacenter inauguré le 23 janvier dernier à Marseille, fait état d’une puissance de 1,2 mW, son dirigeant, Damien Desanti, se doit donc dans l’obligation de fournir diverses informations comme la consommation d’énergie, le PUE ou encore l’utilisation d’énergies renouvelables. « La DEE n’est pas encore une contrainte puisque c’est pour l’heure du déclaratif », admet Damien Desanti. A voir donc dans le temps si des objectifs plus drastiques vont s’imposer, cela dit, étant donné la jeunesse de ce datacenter, les technologies utilisées sont très récentes, plus optimisées et donc moins gourmandes en énergie. « Nous profitions effectivement des dernières technologies de Schneider Electric en termes de refroidissement et d’équipements comme les onduleurs, l’ensemble ayant un impact direct sur le PUE. A ce titre, nous visons un PUE de 1,2 pour notre datacenter », indique Damien Desanti. A la technologie de refroidissement par air (3 à 5 kW par baie) qui est utilisé dans le datacenter, suffisante pour la demande des entreprises locales, Phocea DC envisage néanmoins de déployer un bassin immersif au cours du premier semestre pour répondre à des besoins locaux de HPC. A noter que Phocea DC a déployé un logiciel boosté à l’IA pour gérer et optimiser son datacenter et qui donne toutes ces informations utiles pour alimenter cette directive.

Une chaleur fatale pas toujours simple à redistribuer

Avec ses 1,2 mW, Phocea DC est également concerné par la deuxième grande mesure de la DEE, à savoir l’exploitation de la chaleur résiduelle ou fatale. « Nous allons déjà récupérer la chaleur fatale pour chauffer notre propre bâtiment de 1700 m², ensuite nous avons prévu des connecteurs pour envoyer cette chaleur dans des immeubles adjacents à notre datacenter. Mais le problème ne vient pas en soi de notre compétence à distribuer cette chaleur fatale mais plutôt des collectivités et du domaine privé qui ne sont pas prêts à accueillir cette chaleur résiduelle, les investissements d’équipements dédiés n’ont pas été prévu dans les immeubles déjà en place et il n’y a pas à ma connaissance de programme immobiliers neufs à venir avec des équipements prêts à l’emploi pour distribuer cette chaleur. Quant à se connecter à un réseau de chaleur, il faut que celui-ci soit situé au plus proche de notre bâtiment pour être efficace, aucun intérêt s’il est trop loin comme celui de Dalkia nous concernant », explique le dirigeant. Pour l’heure, sur cet aspect, la DEE ne semble pas assez précise faute de chiffrage entre autres. Un vrai programme en amont doit être mis en œuvre. Enfin, concernant les éventuels engagements sur des datacenters durables que réclament les clients, Damien Desanti estime, pour l’heure, qu’ils n’ont pas un niveau d’information suffisamment détaillé toutefois, ils lui demandent des rapports. « Je leur envoie ainsi un bilan carbone sur leur facture énergétique qui est décorrélé de la location de la baie, plus précisément une facture de consommation réelle d’énergie avec une empreinte carbone ».

Article 5 sur 5

Interview de Fabrice Coquio, président de Digital Realty France et senior vice-président pour la région méditerranée

Par Benoît HuetPublié le 24 février 20253 min de lecture

LMI : La directive DEE est entrée en vigueur en 2024 concerne désormais les datacenters, quel est l’impact pour Digital Reality ? Que devez-vous fournir exactement comme informations ?

Fabrice Coquio : Avant tout, cette nouvelle version de la Directive efficacité énergétique (DEE) a pour objectif une réduction de la consommation électrique européenne (ndlr : 1,3% sur la période 2024-2025 ; 1,5% sur la période 2026-2027 ; 1,9% sur la période 2028-2030). Cette directive fait également pour la 1ère fois mention spécifiquement de l'industrie des datacenters : elle vise à mettre en place via son article 12 un système de déclaration des principaux indicateurs de performance énergétique pour les centres de données. Ces indicateurs concernant naturellement nos bâtiments, nos consommations électriques, de froid, mais également des informations sur les données de connectivité et de stockage. Cette approche européenne présente donc un avantage certain pour nos clients internationaux en évitant les multiples déclarations dans chaque pays, dans des formats différents. Mais, il est aussi également important de vérifier la bonne articulation avec les dispositifs de reporting locaux déjà existants, comme celui de l'ARCEP pour la France. Enfin, plus spécifiquement aux acteurs de colocation, comme Digital Realty, nous n'avons pas contractuellement accès à certaines données appartenant à nos clients (ndlr : les indicateurs de l’annexe II.2 liés au stockage des données - ICT capacity for servers « Cserv » et ICT capacity for storage equipment « Cstor »), aussi il est important de tenir compte et préciser le cadre de ce reporting en fonction de la réalité industrielle et économique de cette filière.  

D’après vous, le DEE va-t-elle évoluer vers plus d’exigences suite à cette récolte d’informations ?

C’est l’objectif : gagner en transparence sur les performances des datacenters et pouvoir les comparer entre eux : les datacenters les plus exemplaires en profiteront au dépend des autres ; cela suppose une certaine assise financière pour financer les coûts d’investissements nécessaires pour mettre à niveau des anciens datacenters, tous les acteurs ne seront pas en mesure de réaliser ces investissements. Il apparait évident que cette 1ère collecte d'information n'est qu'un premier pas pour les datacenters vers plus d'exigences en matière d'efficacité énergétique, peut-être dans la prochaine version... Cependant, à l'instar de Digital Realty, certains acteurs se sont déjà engagés vers plus d'efficacité énergétique : en étant signataire du Carbon Neutral Data Center Pact, Digital Realty s'est engagé à ce que chacun de ces centres de données en Europe atteigne un PUE max de 1.30 à l'horizon 2030. En 2023, le PUE de la moyenne nationale française des datacenters est de 1.57, à comparer au PUE de 1,38 pour Digital Realty.

Par quel outillage récoltez-vous ces informations ?  Et cette directive va-t-elle vous contraindre à revoir la conception de certains de vos datacenters ?

Ces informations sont collectées au moyen de capteurs et de compteurs à chaque étape, remontées en BMS (Building Monitoring System) et agrégées sur une plateforme officielle dédié qui nous permet une vision globale de la situation énergétique de notre parc de centre de données (aux échelles de la France et de l'Europe). Concernant la deuxième question, cela va dans le sens d’une plus grande transparence, et permet de faire le tri entre des datacenters efficients ou non, en ce sens nous percevons cet exercice davantage comme une opportunité que comme une contrainte.