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Telefonica mise aussi sur les start-ups pour vivifier ses activités
Si le vent des start-ups souffle sans répit dans la Silicon Valley, à Bangalore, dans le Sentier ou à Herzliya, l'Espagne n'est pas à la traine comme nous avons pu le découvrir fin avril chez Telefonica.

Comme d’autres opérateurs, Telefonica investit du temps et de l'argent sur de jeunes pousses dans des domaines très différents mais toujours liés aux nouvelles technologies. Avec son programme Wayra, un accélérateur qui œuvre en Espagne, à Londres, à Munich et en Amérique du Sud (10 pays en tout), l’opérateur a accueilli plusieurs centaines de start-ups (618 accélérées à ce jour) qui bénéficient d’un soutien financier, d’espaces de travail et de coaching. Installé dans l’immeuble historique de Telefonica au centre de Madrid, Wayra vient compléter le service Crowdworking qui permet à des entrepreneurs de bénéficier de services gratuits dans un espace collaboratif pour développer leur projet de start-up (sans investissement direct de l’opérateur). Ces deux programmes - ainsi que Telefonica Ventures (260 millions d’euros gérés par des VC extérieurs avec des investisseurs privés et publics), Amerigo Thingbig et Talentum - sont regroupés dans l’entité Telefonica OpenFuture pilotée par Ana Segurado Escudero.

Ana Segurado Escudero est responsable des programmes et initiatives innovation chez Telefonica et notamment d'Open Future.
Le fonds d’investissement de Telefonica – lancé en 2006 - a par exemple déjà accompagné près de 90 start-ups, mais sans jamais prendre le contrôle ou la majorité. « Nous avons de 7 à 10% du capital seulement. Nous essayons bien sûr d’avoir un retour sur investissement même si ce n’est pas notre objectif principal. Il s’agit de promouvoir l’esprit d’entreprise pour améliorer l’économie du pays. Nous désirons initier des opportunités pour inciter les jeunes à devenir développeurs », assure Ana Seguro do Escudero. Telefonica a en fait trois objectifs : encourager les innovations internes pour les transformer en opportunités commerciales, identifier ce qui se passe dans les différentes industries en proie à la numérisation de leurs activités, et enfin changer la culture de Telefonica avec des hackathons et des demo-days start-ups. L’opérateur espagnol, qui n’a été privatisé qu’en 2004, affiche le même problème que France Telecom/Orange.

L'espace collaboratif Crowdworking à Madrid regroupe des start-ups en devenir. (Crédit S.L.)
Des start-ups qui lorgnent le marché français
Lors de notre visite de l’accélérateur Wayra à Madrid, nous avons pu rencontrer plusieurs start-ups locales qui lorgnent déjà sur le marché français. Créée en 2011, la jeune pousse Imbox propose une plate-forme de messagerie instantanée sécurisée – à la What’sApp donc en mode SaaS - avec partage de fichiers. « Nous avions beaucoup d’utilisateurs, mais nous ne savions pas comment gagner de l’argent », nous a indiqué Fernando Calvo Gaztanaga, le CEO et cofondateur d’Imbox. « Beaucoup d’entreprises souhaitaient nous utiliser sur smartphones mais sur un canal de communication sécurisé afin de partager des documents confidentiels ». Pour répondre à ce besoin, l’équipe a développé une appliance qui vient s’installer dans le datacenter du client ». Une API est disponible pour connecter la messagerie aux applications de l’entreprise.
Le marché ciblé est vaste avec comme priorité les services de santé (prises de photos et partage sécurisé avec un groupe de médecins et les forces de l’ordre, avec tchat privé et fichiers à partager). Les informations transitant sur réseau peuvent être contrôlées à distance et les données effacées du smartphone en cas de besoin. Imbox a déjà levé 600 000 euros dont 5% apportés par Wayra et le chiffre d’affaires approche les 400 000 euros. L’accès aux clients de Telefonica est un avantage décisif pour Imbox dont la solution est également vendue par l’opérateur espagnol. En France, la solution est en cours de certification auprès de l’ANSSI pour autoriser l’usage de la clef de chiffrement.
Chasse aux droits d'auteur
Autre start-up rencontrée dans les locaux de Wayra à Madrid, 3Ants qui propose aux sociétés de production audiovisuelle une protection de leur catalogue numérique. La lutte contre le piratage s’est en effet intensifiée sur tous les canaux de distribution (Torrent, streaming, newsgroup ou encore téléchargement direct). Films, séries TV ou encore photos, 3Ant scanne inlassablement les sites web et les réseaux sociaux pour le compte de ses clients afin d’apporter les renseignements indispensables aux actions administratives et judiciaires intentées pour éliminer les contenus illégaux, nous a expliqué explique Ariana Scampili, responsable marketing de la jeune pousse. Le studio Universal utilise déjà la plate-forme SaaS et un POC est en cours avec Paramount. Après l’Espagne, l’équipe de 3Ants a commencé à démarcher le marché français et des contacts ont été noués avec l’Alpa (Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle), dont le président n’est autre que Nicolas Seydoux, également président de Gaumont.
L’intérêt de Telefonica n’est pas étranger au fait que l’opérateur est également un producteur audiovisuel (MovieStar Plus) qui compte sur les robots de 3Ants pour faire la chasse au copyright sur Internet. Les dirigeants de 3Ants ont été particulièrement avares de détails sur leur plate-forme – impossible par exemple de savoir s’ils marquaient numériquement des œuvres pour les retrouver plus facilement. Nous avons simplement pu savoir qu’ils avaient établi une base de données avec la signature numérique des œuvres légales et illégales (plates-formes de VOD et sites de téléchargement). Telefonica pris une participation de 7 à 10% dans la start-up qui compte sur un prochain tour de table d’environ 800 000 euros. Créée en 2014, la société compte aujourd’hui 14 personnes particulièrement à l'étroit dans les locaux de Wayra.

Juan Rivero, le CEO et cofondateur de Delsuper.es se pose comme l'Uber des livraisons alimentaires à domicile.
Du supermarché de quartier au domicile
Dernière start-up, Delsuper.es met en avant un service de livraison particulièrement adapté au marché espagnol. A la différence des enseignes de distribution françaises, les Mercadona et autres Tramuntan n'ont pas pris le train des commandes en ligne avec livraison à domicile, selon Juan Rivero, le CEO et cofondateur de Delsuper.es. « Nous travaillons donc avec les supermarchés pour offrir une livraison en une heure ou à une heure prédéfinie ». Pour optimiser le travail des collecteurs dans les supermarchés - la liste des produits est envoyée à un smartphone - et des livreurs, DelSuper.es a développé un algorithme à la Uber utilisé dans les villes de Madrid, Barcelone, Seville et Malaga. Amazon est aujourd’hui le concurrent direct de la start-up qui travaille avec Telefonica sur l’exploitation des données récoltées par sa plate-forme. L’idée est de croiser les données de l’opérateur et de Delsuper.es – avec l’autorisation des clients - pour affiner les recommandations selon la topologie sociologique des foyers. Lancée en 2015, la société, qui emploie 24 personnes et une armée de travailleurs indépendants (pickeurs et livreurs), regarde le marché français avec un grand intérêt. Les livraisons à domicile représentent aujourd’hui 4,4% du marché de la distribution en France contre 5% au Royaume-Uni. La progression reste donc importante.
Nous venons de passer en revue trois start-ups très différentes mais où le réseau et les données sont au cœur du business, ce qui explique l’intérêt de Telefonica. Comme nous l’a indiqué Ana Seguro do Escudero, OpenFuture entend aider ces start-ups à étendre leur périmètre en Europe. L'entité a investi 15 millions d’euros en 2016 dont 8 millions pour les start-ups accélérées par le véhicule Wayra. 152 millions d’euros ont déjà été investis dans des conditions très cadrées avec notamment un outil baptisé BigML (Big Machine Learning) pour évaluer le futur succès d’une start-up. Une martingale (noms des fondateurs, nombre de femmes, de doctorants… sont par exemple des critères de succès) qui a déjà permis à Telefonica de suivre jusqu’à l’IPO Box.com et Quantennas.
