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Les DSI rattrapent leur retard dans l'open innovation
A l'occasion de son dernier colloque, le Cigref a présenté son guide sur l'open innovation. Afin de faire évoluer leurs méthodes de travail et la culture d'entreprise, les grandes entreprises françaises lancent une offensive de partenariats tous azimuts, en particulier avec les start-ups.

Innover pour rester dans la course. Dans un marché mondialisé où la concurrence devient acerbe, les grandes entreprises françaises ne peuvent plus faire l'impasse sur leurs capacités d'innovation en général et d'innovation ouverte ou distribuée (open innovation) en particulier. Une aventure dans laquelle le directeur des systèmes d'information ne doit pas seulement être aux premières loges, mais être le moteur. « Il y a un esprit de conquête en open innovation qui est important mais qui n'était pas vraiment développé avant », a expliqué Emmanuel Gaudin, DSI de Lagardère et pilote du groupe de travail open innovation au sein du Cigref, et dont les travaux ont été dévoilés à l'occasion du dernier colloque du club lundi matin à Châtillon (92). « Le retour d'expérience des grands groupes montre que le DSI a un rôle à jouer dans l'open innovation et la collaboration avec des start-ups ».
Plus encore que de chercher à développer de nouveaux modèles d'affaires, produits et services ou encore d'optimiser ou de transformer leurs processus, les grandes entreprises françaises sont de plus en plus nombreuses à trouver dans l'open innovation un intérêt stratégique. « L'open innovation ne va pas provoquer de fracture du crâne, on cela ne demande pas non plus de s'ouvrir les veines », lance Emmanuel Barrière, responsable de l'innovation de la Société Générale. « L'open innovation ce n'est pas non plus open bar, cela passe par du design thinking ». Une nouvelle façon de penser qui passe aussi par une adaptation de l'organisation, voire un grand pas vers l'agilité. « L'agilité c'est sortir des carcans traditionnels et salvateurs, une manière de travailler différemment », nous a glissé Bernard Duverneuil, président du Cigref. « Les technologies sont en appui et peuvent être testées pour voir où elles nous emmènent et déboucher sur de nouveaux produits et services, mais ce qui est nouveau et que l'on doit avoir en tête c'est que les frontières traditionnelles entre les entreprises d'un même écosystème sont poreuses et que toutes les sociétés peuvent être à la fois clients, fournisseurs, partenaires et compétiteurs nécessitant d'adopter un comportement différent ».

L’étude du groupe de travail du Cigref « Innovation en Action » présentée lundi 25 septembre lors du colloque du club à Châtillon avec (de gauche à droite), Emmanuel Gaudin (DSI Lagardère), Emmanuel Barrière responsable de l'innovation de la Société Générale et Christian Fiocconi, responsable de la gouvernance des systèmes d’information Agirc Arcco. (crédit : D.F.)
Désiloter les expertises, institutionnaliser les collaborateurs externes
D'après le Cigref, le rôle de la DSI dans l'innovation se répartit en trois axes : stratégie (faciliter la rencontre entre nouvelles technologies et usages, fructifier les partenariats externes existants et mettre en relation les acteurs internes de l'innovation), RH (attirer et fidéliser les meilleurs talents du numérique, et opérationnels (garantir les choix d'architecture et d'approche security by design, valoriser et assurer la cohérence des modèles de données de l'entreprise, maîtriser les nouveaux risques numériques, développer des plateformes collaboratives et les outils de prototypage rapide, anticiper les choix d'industrialisation dès la phase de prototypage).
L'objectif de l'open innovation, qui passe de plus en plus souvent par un rapprochement avec des start-ups à même de faire évoluer les méthodes de travail et la culture d'entreprise, est de parvenir à désiloter les expertises et parvenir à institutionnaliser un (ou plusieurs) collaborateurs externes. « Le DSI devient opérateur de l'innovation et va développer des plateformes collaboratives, organiser son sourcing de start-ups innovantes, développer en mode agile, transformer l'organisation en l'orientant client et aussi attirer et fidéliser les talents », fait savoir Emmanuel Barrière. Parmi les rapprochements opérés entre des grands comptes avec des start-ups françaises, on citera par exemple Gemalto avec Dataiku, LVMH avec Cybel Angel ou encore Société Générale avec Bufferzone Security. « L'agilité nous donne envie de recommencer à essayer. L'entreprise est vraiment inscrite dans la logique de collaboration fructueuse avec les start-ups », analyse Wilfried Lauber, directeur du programme cybersécurité de la Société Générale.
Une boite à outils de l'open innovation
Dans le cadre de la mise en place d'une démarche d'open innovation, le Cigref - qui a planché dix mois sur le sujet et mobilisé 32 grands groupes, 10 start-ups et 9 experts indépendants - a identifié 7 dispositifs à activer parmi lesquels la résolution de problèmes, le concours d'idées, la communauté de bêta testeurs et le programme « d'intrapreneurs ». « Il ne s'agit pas pour toutes les entreprises de remplir forcément les 7 cases mais de mettre en place un mindset pour travailler sur ces différents éléments », a précisé Emmanuel Barrière. Toutes les entreprises n'ont ainsi pas acquis le même niveau de maturité en open innovation, certaines dans le secteur technologique, à l'instar d'Orange ou Capgemini, ayant réfléchi plus en amont que d'autres. « Nous avons lancé un service de retraite en ligne pour nos 600 à 700 000 demandeurs par an et avons développé avec l'appui d'une start-up un prototype de self care. Cela nous a permis de décloisonner les esprits et de raccourcir les cycles projets », a fait savoir Christian Fiocconi, responsable de la gouvernance des systèmes d’information Agirc Arcco. « Il ne s'agit pas seulement de citer des mots à la mode mais de faire du concret. Ce levier d'innovation on y croit ».
Du côté de Lagardère, c'est une autre stratégie en innovation ouverte qui a été effectuée : « Nous avons décidé d'aller vers un fonds indépendant, Idinvest pour attirer les entrepreneurs, capter les tendances et accélérer les partenariats », a expliqué Emmanuel Gaudin. « Ce placement financier permet à Lagardère d'accéder à des start-ups sans mettre des opex à fond perdu mais au contraire du capex ». Une stratégie d'investissement qui s'inscrit dans un contexte où 45% des entreprises du CAC 40 apportent des aides directes dans les start-ups. « Dans ce foisonnement d'environnements embryonnants, on est clairement convaincu que seul on ne peut rien mais que la multiplication des partenariats est une nécessité excessivement importante », a lancé Pascal Buffard, vice-président du Cigref. « Les entreprises doivent avoir la conviction que pour innover il faut un nombre important de partenaires ayant une culture de la confiance ».
