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Facebook : pas de cryptomonnaie sans approbation préalable des régulateurs

Face à la pression croissante des régulateurs, le CEO de Facebook, Mark Zuckerberg a déclaré que son entreprise ne lancerait pas de réseau mondial de paiements basé sur une cryptomonnaie sans l'accord des autorités bancaires américaines.

La rédaction

Dans une déclaration rédigée à l'intention d‘une commission de contrôle de la Chambre des représentants des États-Unis, Mark Zuckerberg, CEO de Facebook, a déclaré que les projets de lancement d'un système mondial de paiements resteront en suspens jusqu'à ce que les autorités américaines l'approuvent. Cette déclaration met fin à la spéculation selon laquelle la mise en circulation de Libra pourrait avoir lieu dans des pays dont les gouvernements – dont la France pas la voix de son ministre de l’Economie Bruno Lemaire - ne sont pas défavorables au projet. La déclaration publiée hier sera incluse dans le témoignage que doit faire M. Zuckerberg aujourd’hui devant la Commission des services financiers de la Chambre des Représentants. En août, cette Commission a annoncé qu’elle poursuivrait son examen de Libra et qu’elle auditionnerait non seulement M. Zuckerberg, mais aussi des représentants du gouvernement et des régulateurs. En juin, dans une lettre, la présidente de la Commission des services financiers, Maxine Waters, a demandé à Facebook de freiner le lancement de Libra, « en raison du passé troublé de l’entreprise », jusqu'à ce que les représentants du gouvernement puissent examiner de plus près les questions qui y sont associées « et prendre les mesures nécessaires ».

Le lancement de la cryptomonnaie Libra et de son portefeuille en ligne Calibra était prévu pour 2020, mais les régulateurs américains ont fait valoir que l'on savait encore trop peu de chose sur la monnaie numérique et les éventuelles opérations de blanchiment d'argent qu’elle pouvait permettre, sur sa capacité à se conformer aux règles dites de « l'obligation de connaître son client, et aux menaces qu’elle pouvait faire peser ou non la vie privée des utilisateurs. Les régulateurs français et allemands ont également déclaré qu'ils ne permettraient pas le lancement de Libra à l'intérieur de leurs frontières, car cela pourrait menacer la valeur de l'euro et privatiser illégalement l'argent. Ce n'est pas la première fois que la cryptomonnaie est contestée par des gouvernements de plusieurs pays dans le monde. L'an dernier, la Reserve Bank of India (RBI), la banque centrale indienne, a annoncé l'interdiction de l’usage du bitcoin et d'autres monnaies numériques par toute entité financière réglementée, en raison des risques qui y sont associés. La Chine a également interdit l’usage de certaines cryptomonnaies, tout en planifiant le lancement de sa propre monnaie numérique.

Facebook : pas de cryptomonnaie sans approbation préalable des régulateurs

Écrans de l’app Calibra, le portefeuille numérique en ligne de Facebook. (Crédit : Facebook)

Dans sa déclaration, M. Zuckerberg met en garde contre le manque d’innovation en matière d'infrastructure financière, qu'il a qualifié de « stagnante ». « Pendant que nous débattons de ces questions, le reste du monde n'attend pas. La Chine s'apprête à lancer dans un délai très court un système similaire dans les mois à venir », a fait valoir M. Zuckerberg dans ce document. « Libra sera principalement soutenue par des dollars et je pense qu'elle renforcera le leadership financier de l'Amérique, ainsi que nos valeurs et notre contrôle démocratique dans le monde. Si l'Amérique n'innove pas, notre leadership financier n'est pas garanti », a-t-il ajouté. Martha Bennett, vice-présidente de la recherche de Forrester, estime qu’en affirmant que la Chine prendrait une longueur d'avance dans la course à la cryptomonnaie, Mark Zuckerberg ne fait rien d'autre qu’attiser inutilement les peurs. « La Chine ne lancera pas de cryptomonnaie en tant que telle ; elle lancera peut-être une monnaie numérique qui tirera parti de certaines des technologies associées, mais ce ne sera en aucun cas un artefact contrôlé de manière centralisée. Ce n'est pas du tout comparable à Libra », a-t-elle répondu par courriel. « Facebook a encore un long chemin à faire pour répondre aux préoccupations réglementaires ». La monnaie Libra sera gérée par la Libra Association, une entité distincte de Facebook composée de sociétés de services financiers, d'entreprises de technologie financière, de détaillants, et même d'entreprises de covoiturage comme Lyft, et d'organismes sans but lucratif.

Facebook : pas de cryptomonnaie sans approbation préalable des régulateurs

Logo crée par un membre de Twitter à partir d'un graphique original de Facebook représentant les membres de la Libra Association. (Crédit : Twitter)

Quand, en juin, Facebook a annoncé ses projets de cryptomonnaie et de portefeuille numérique Calibra, le réseau social bénéficiait de 27 soutiens. Il n’en a plus que 21 aujourd’hui. Plus tôt ce mois-ci, plus d'une demi-douzaine de membres de l'Association, dont PayPal, Visa, Mastercard, eBay, Stripe, ont retiré leur soutien au projet et ont quitté le groupe alors que la pression réglementaire augmentait et que la date limite pour officialiser leur engagement se faisait plus proche. Dans des déclarations distinctes, eBay et Stripe, le fournisseur de la solution de paiement en ligne, ont déclaré, après avoir quitté l’association, qu'ils « respectaient » ou « soutenaient » la vision de la Libra Association. « Cependant, eBay a pris la décision de ne pas s’engager en tant que membre fondateur », au motif que l’entreprise se concentrait actuellement « sur le déploiement de l'expérience eBay en matière de gestion des paiements » pour ses clients. Tous les membres de la Libra Association devaient accepter la monnaie Libra comme moyen de paiement, mais des entreprises comme Visa et MasterCard s’engageaient aussi à convertir les monnaies nationales en Libra et inversement. « Même si la Libra Association est indépendante et que nous ne la contrôlons pas, je tiens à ce que ce soit clair : Facebook ne participera pas au lancement du système de paiement Libra dans le monde tant que les régulateurs américains ne l'auront pas approuvé », a dit M. Zuckerberg dans sa déclaration.

Avivah Litan, vice-présidente de la recherche chez Gartner, pense que de grandes banques comme JPMorgan Chase sont à l'origine des pressions exercées sur les sociétés émettrices de cartes de crédit et d’autres soutiens pour qu'elles se retirent du projet Libra. « Il y a beaucoup de lobbying contre Libra. De toute évidence, le Congrès n’y est pas favorable. Plusieurs sénateurs démocrates ont écrit des lettres intimant ces entreprises de se retirer. Et, de mon point de vue, je pense qu'ils ont été poussés par les grands émetteurs de cartes de crédit qui se sentent menacés par la cryptomonnaie », a encore déclaré Mme Litan. En septembre, la Réserve fédérale a demandé à certaines des plus grandes banques américaines ce qu'elles pensaient de Libra. Elles ont répondu que la crytomonnaie pourrait menacer le système financier américain en créant un système bancaire parallèle. Plus tôt cette année, JPMorgan Chase a annoncé son intention de tester sa propre cryptomonnaie adossée au dollar pour les opérations de compensation et de règlement transfrontaliers de clients institutionnels. « Mais le JPM Coin ne créerait pas de système monétaire pour les populations non bancarisées du monde comme pourrait le faire la monnaie Libra », a expliqué Mme Litan. « Je pense que le lobby de la banque a gagné. Je suis sûr qu'ils sont à l'origine de cette suspension temporaire de Libra aux États-Unis », a-t-elle ajouté.

Libra, une cryptomonnaie stable

Comme l’a expliqué Mr Zuckerberg, l'idée de Libra est de rendre l'envoi d'argent aussi facile et aussi sûr que l'envoi d'un message texte. Contrairement au Bitcoin, qui n'a pas de valeur intrinsèque, la monnaie Libra serait une sorte de « stable coin », de crypto monnaie stable garantie par une réserve de trésorerie « et d’autres actifs très liquides ». « C'est quelque chose à construire, mais je comprends qu’en ce moment, nous ne sommes pas bien perçus pour lancer cette mise en œuvre », a déclaré M. Zuckerberg. « Nous avons rencontré beaucoup de problèmes ces dernières années, et je suis sûr que les gens aimeraient que quelqu'un d'autre que Facebook porte ce projet ». Dans sa déclaration en forme de mea-culpa à la Commission, M. Zuckerberg a expliqué que les gens ne devraient faire l'objet d'aucune discrimination sur Facebook, et que le réseau social avait désormais adopté des politiques pour prévenir les discours haineux et supprimer les contenus nuisibles. « Mais la discrimination peut aussi se manifester dans le ciblage et la diffusion des publicités. Dans le cadre d'un règlement conclu avec des groupes de défense des droits civiques, nous avons interdit aux annonceurs d'utiliser l'âge, le genre ou les codes postaux pour cibler le lieu de résidence, l'emploi ou les capacités de crédit, et nous avons limité le ciblage basé sur l’intérêt pour ces publicités », a-t-il écrit.

« Facebook doit faire aussi plus d’effort pour s'attaquer à la question de la diversité parmi ses employés, en particulier parmi ses dirigeants, où les personnes de couleur sont sous-représentés, et où les femmes occupent surtout des postes techniques et commerciaux », a encore déclaré M. Zuckerberg. « Nous avons fait de la diversité une priorité en matière d'embauche et nous nous sommes engagés à ce que, d'ici cinq ans, au moins 50 % de notre effectif soit composé de femmes, de personnes de couleur et d'autres groupes sous-représentés », a-t-il déclaré. Ajoutant : « Nous avons fait quelques progrès ». Mme Litan s'est dite étonnée par la déclaration de M. Zuckerberg. Selon elle, les pressions exercées par les régulateurs sur Libra, mais aussi le débat autour du démantèlement de Facebook, considéré par certains comme un monopole, n’y sont pas étrangers. « Mr Zuckerberg ne veut pas défier les législateurs, au risque de les mettre encore plus en colère. C'est toute son entreprise qui est en jeu », a estimé Mme Litan, favorable au développement des cryptomonnaies pour les populations non bancarisées.

Adresse le marché des exclus bancaires

Libra et d'autres cryptomonnaies soutenues par une monnaie fiduciaire, comme le JPMCoin, peuvent permettre aux nombreuses populations des pays en développement d’accéder à des services bancaires. Selon un rapport de la Banque mondiale de 2018, 1,7 milliard d'adultes, soit 30 % de la population mondiale, n’a toujours pas accès aux services bancaires. Mais les deux tiers d'entre eux possèdent un téléphone portable et pourraient accéder à des services financiers. Toujours selon la Banque mondiale, au cours des 50 prochaines années, c’est en Afrique que les taux de croissance économique seront les plus élevés. Déjà, l'argent mobile entraîne déjà des taux d’intégration financière plus élevés dans la région subsaharienne.

« Les États-Unis et l'Europe pourraient prendre du retard dans le développement des réseaux financiers numériques mondiaux, les régulateurs et les législateurs repoussant la cryptomonnaie », a estimé Mme Litan. « Dans le cas des États-Unis, c’est l'incompétence du gouvernement et de ses agences gouvernementales qui est en cause », a-t-elle ajouté. « Quand la Chine se lancera dans la cryptomonnaie, tout le monde se mettra à bouger et la concurrence fera rage. Mais le gouvernement américain et les banques ne savent tout simplement pas comment innover en matière d'expérience utilisateur ». Les risques de blanchiment d’argent sale (drogue, armes, corruption, cyberhacking…) sont pourtant énorme si on considére ce qui se passe avec les autres cryptomonnaies. Mais il suffit de ne pas le voir pour avancer…

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