Aller au contenu

Préférences et cookies

Afin d’améliorer votre expérience sur notre site et de réaliser des statistiques de visites, nous utilisons des cookies. Rien n’est déposé sans votre accord, et le refus n’enlève l’accès à aucun contenu. Ce choix peut être modifié à tout moment.

Gérer les traceursVos données

Personnaliser

ArticleIT & Direction

Course à la cryptomonnaie fiduciaire dans les banques

Les projets du secteur public s'intéressent de plus en plus à l'adoption de cryptomonnaies adossées aux monnaies fiduciaires de banques centrales et régionales.

La rédaction

Selon un rapport de KPMG, un réseau international de cabinets d’audit et de conseil exerçant dans 150 pays, les banques centrales d'Asie et d'Europe finalisent le lancement de monnaies numériques pour les futurs systèmes de paiement et les transactions transfrontalières. Et les gouvernements du monde entier considèrent que le lancement de ces monnaies numériques de banque centrale (CBDC) basées sur des chaînes de blocs pourrait un jour leur assurer un avantage concurrentiel dans le commerce mondial. « En 2020, KPMG prévoit d'aider les banques régionales et centrales à mettre au point des frameworks technologiques bien déterminés qui pourront servir de point d'ancrage aux initiatives du secteur privé », a déclaré dans un article de blog Arun Ghosh, Blockchain Leader de la branche KPMG États-Unis.

Comme d'autres entités bancaires, le Fonds monétaire international (FMI) a affiché son soutien aux cryptomonnaies fiduciaires, affirmant qu'elles pouvaient réduire la dépendance à l'égard de l'argent émis par le gouvernement, « et contrairement aux transferts bancaires, les transactions d'actifs cryptographiques peuvent être compensées et réglées rapidement sans intermédiaire », a écrit Dong He, directeur adjoint du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI, dans un message posté au nom du FMI. « Dans le cas des paiements transfrontaliers, coûteux, lourds et opaques, les avantages sont particulièrement évidents », a-t-il écrit. « Les nouveaux services basés sur la technologie du grand registre distribué et des actifs cryptographiques permettent de réduire de quelques jours à quelques secondes le temps nécessaire aux paiements transfrontaliers en contournant les réseaux de banques correspondantes ». Dans un article de blog, le FMI a déclaré que les monnaies fiduciaires actuelles étaient « fluctuantes » et que « l'innovation allait transformer le paysage bancaire et monétaire ».

Des cryptomonnaies à l'étude en Chine, en Suède, en UK

D'autres pays cherchent déjà à innover pour gagner cet avantage concurrentiel. La Chine serait sur le point de mettre en circulation une cryptomonnaie nationale qui, en raison des gains d’efficacité, pourrait remettre en question l’usage de facto du dollar américain comme monnaie du commerce international. D'autres pays plus petits, comme la Suède, envisagent de créer leur propre cryptomonnaie nationale. Cette couronne suédoise électronique pourrait s’appeler e-Krona. Quant à la Banque d'Angleterre, elle s’intéresse aux cryptomonnaies depuis 2015. Même si elle ne prévoit pas pour l'instant d'émettre de cryptomonnaie adossée à la livre sterling, Bank of England a publié des recherches approfondies sur les conséquences de l'émission d’une monnaie numérique de banque centrale (CDBC) sur la politique monétaire et le système financier. « Si une banque centrale émettait une monnaie numérique, tout le monde (y compris les entreprises, les ménages et les institutions financières autres que les banques) pourrait stocker de la valeur et effectuer des paiements dans la monnaie électronique de cette banque centrale », a déclaré la Banque d'Angleterre dans un document de recherche. « Même si ce changement a l’air minime, il pourrait avoir de grosses implications en matière de politique monétaire et de stabilité financière ».

Le JPM Coin, monnaie numérique de JP Morgan

Selon M. Ghosh, « indépendamment de tout mouvement des banques centrales », le secteur privé émet déjà des « stablecoins » à faible volatilité basés sur une monnaie fiduciaire pour améliorer l'échange et le règlement de valeurs au sein des entreprises et des réseaux bancaires. Ainsi, l'an dernier, JP Morgan Chase avait annoncé ce qu’elle considérait comme « la première cryptomonnaie soutenue par une grande banque ». Selon la banque, cette initiative pouvait légitimer la chaîne de blocs comme moyen d’échange des cryptomonnaies fiduciaires. Le JPM Coin, dénomination adoptée par JP Morgan pour sa nouvelle monnaie numérique, est considéré comme une monnaie fiduciaire parce qu'il est adossé à des dollars américains dans des comptes désignés chez JPMorgan Chase N.A. Chaque JPM Coin a une valeur égale à un dollar américain. Le groupe financier américain Wells Fargo a également annoncé qu'il testerait sa propre cryptomonnaie pour permettre des transactions en temps quasi réel et supprimer les intermédiaires, avec pour conséquence une réduction des frais.

Enfin, la Reserve Bank of Australia a mené des projets pilotes avec une cryptomonnaie basée sur Ethereum, espérant qu'elle sera utilisée par des tiers pour les paiements transfrontaliers. Selon une enquête réalisée le mois dernier par la Chambre Haute du Parlement d'Australie sur la question, compte tenu de la relative stabilité du système bancaire australien, la Reserve Bank of Australia n'a pas trouvé jusqu'à présent de cas d’usage convaincant. « C’est l’adoption par les entreprises et les consommateurs qui mettra en évidence les avantages d’une cryptomonnaie fiduciaire…», a déclaré M. Ghosh. Selon lui, ces nouveaux systèmes permettront « un règlement à valeur quasi instantanée » avec « une meilleure réalisation des flux de trésorerie et/ou la liquidité de certaines positions ».

Rationaliser l'achat et la vente d'actions et d'obligations

Les institutions de services financiers s’appuient sur la blockchain dans cinq domaines principaux : la compensation et le règlement, le financement du commerce, les paiements transfrontaliers, le traitement des dossiers d'assurance, la lutte contre le blanchiment d'argent (AML) et l’obligation de la « connaissance du client » (KYC). Pour les transactions transfrontalières, l’usage des stablecoins pourraient réduire les délais de règlement de quelques jours à quelques minutes, car il permettrait de se passer d'organisations privées comme le Depository Trust and Clearance Corp. (DTCC) aux États-Unis et Euroclear dans l'Union européenne. La DTCC et Euroclear s'occupent maintenant des règlements de titres. Les systèmes basés sur la chaîne de blocs permettraient également de rationaliser le processus d'achat et de vente d'actions et d'obligations. Ces transactions peuvent prendre jusqu'à trois jours, « et des délais plus longs, allant jusqu'à 10 jours, ne sont pas rares », comme l’a déclaré Bruce Fenton, fondateur et directeur général d'Atlantic Financial et membre du conseil d'administration de la Bitcoin Foundation.

« Aujourd’hui, le défi posé par les valeurs mobilières, c’est qu'il faut un tiers de confiance pour dire ce qui est vrai », a déclaré M. Fenton. « Ce n'est pas le courtier. Ce n'est pas Merrill Lynch ou Fidelity, et ce n'est pas l'émetteur. Apple n'a aucune idée non plus de l’identité de ses actionnaires. La fonction est assurée par ces grands groupes centralisés parce que les courtiers ne se font pas nécessairement confiance entre eux. Ils traitent avec leurs concurrents ». « Or, le recours à des organismes de règlement centralisés pose un problème : l’usage d'un seul grand registre, comme VisaNet ou SWIFT, peut créer un goulet d’étranglement dans les transactions », a-t-il expliqué. « Avec les chaînes de blocs, la confiance devient sans objet puisque les tokens numériques représentant des titres ou de l'argent sont inextricablement liés aux fonds ou aux titres - et les transferts peuvent être effectués en quelques heures », a ajouté M. Fenton. Compte tenu de ces gains d'efficacité, plus d'une demi-douzaine d'universités travaillent déjà à l'élaboration d'un système de paiement qui rivalisera avec les réseaux de compensation et de règlement classiques actuels.

Quatre évolutions vers l'adoption à grande échelle

En plus de l'adoption à grande échelle des cryptomonnaies dans le secteur public, M. Ghosh a identifié quatre autres tendances qui devraient se manifester au cours de l’année qui vient ou peu après, quand les dirigeants d'entreprise franchiront « un niveau d'innovation sans précédent, créant de nouveaux modèles de revenus qui tirent parti de la blockchain et des actifs tokenisés ». À savoir :

  • Des progrès dans la technologie de détention des actifs cryptographiques, c’est-à-dire la façon dont les actifs numériques sont détenus, stockés, sécurisés, transférés et accessibles dans un environnement décentralisé.

  • Un passage de la mise en œuvre de chaînes de blocs interopérables à la mise en œuvre de chaînes de blocs autorisées par le secteur privé. Les nombreuses mises en œuvre de chaînes de blocs privées appelleront une étape d'interopérabilité.

  • Un framework d'intelligence artificielle (IA) convergent qui assurera plus de succès lors de la mise à l'échelle de la technologie et permettra de meilleurs résultats lors de l'initialisation des investissements en IA.

  • Une convergence de l'IA, de la chaîne de blocs et de l'Internet des objets (IoT) pour aider à gérer les changements climatiques. « Les modèles de données décentralisés et transparents que permet la chaîne de blocs, laquelle contient les données transférées par l'Internet des objets, mesurables à l'aide de techniques analytiques avancées, pourront être suivies par un grand nombre de pays et d'organismes règlementaires qui surveillent et rendent compte à la fois des émissions de carbone, de l'élévation du niveau des mers et de l’élimination des déchets toxiques, entre autres applications », a déclaré M. Ghosh à propos de cette dernière prévision.

Newsletter

La Quotidienne LMI

Recevez chaque matin l’actualité IT de la rédaction.