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Agnès Passault (présidente Digital Aquitaine) : « L'adoption du numérique

La présidente de Digital Aquitaine, Agnès Passault, passe en revue les défis du club de professionnels du numérique en région Aquitaine, les axes de travail ainsi que les préoccupations de ses membres dans un contexte fortement impacté par la crise sanitaire.

La rédaction

LMI. Quel est le rôle de Digital Aquitaine, ses missions et son organisation ?

Agnès Passault**.**Digital Aquitaine est une association portée par des professionnels du numérique autour du développement durable de l'économie numérique en région Nouvelle-Aquitaine. Elle a été créée en 2014 par fusion d'associations qui existaient précédemment comme Adesio, TIC Santé, Topos... Le choix a été fait de structurer cette association en domaines d'excellence, appelés domex, associant des offreurs et des utilisateurs autour de thématiques. Celles des membres fondateurs sont autour de la santé, mobilité, transports intelligents et applications satellitaires. En parallèle on a créé la thématique commerce connecté, puis rapidement usine du futur et simulation numérique smart 4D et le tout dernier : IA et datascience.

Qui sont les membres de Digital Aquitaine ?

Digital Aquitaine compte près de 250 entreprises dans chacun de nos domex, dont une majorité de PME, mais aussi des grands groupes ainsi qu'un collège recherche-formation, des institutionnels, investisseurs et des utilisateurs. Le conseil d'administration est également complété par des membres de droit, la région Nouvelle Aquitaine, Bordeaux Métropole et la CCI Bordeaux Gironde.

Quelles sont les forces en région de Digital Aquitaine en termes de projets ?

On est invité avec d'autres clusters à construire des éléments de feuille de route, par exemple quand la région Nouvelle-Aquitaine travaille sur la sobriété et la responsabilité numérique. Ensuite il y a des feuilles de route qui se construisent pour chacun des domaines d'excellence répondant aux points forts des entreprises régionales et aux demandes des utilisateurs qui sont des grands donneurs d'ordre. Cela peut se traduire par des émergences de projets, sur lesquels on peut être sollicité seul - ou accompagné d'autres clusters, ce que l’on aime bien - des financements, des missions de networking, de la promotion de l'écosystème en participant à des congrès et salons... On est beaucoup attaché à l'interclustering et des partenariats, que ce soit avec d'autres clusters dans la grande région ou des frontaliers à nos sujets comme des pépinières-incubateurs, Aerospace Valley, Aquitaine Robotique... Ou d‘autres dans le numérique qui ont des actions un peu différentes de nous sur des thèmes sur lesquels on travaille tout au long de l'année.

Comment se passent les activités networking par rapport à la situation actuelle ?

Il y a eu un temps de sidération, un peu comme tout le monde pendant le premier confinement, ou toutes les entreprises se recentraient sur leur propre organisation. Très vite on a compris qu'il fallait accompagner beaucoup sur ces points-là, que ce soit par des webinaires d'informations touchant au début à l'organisation face au Covid. On a aussi fait des open café avec tous les jours des discussions comme on aurait pu le faire en poussant la porte du café du coin pour se retrouver. Tout s'est organisé en virtuel depuis le premier confinement. Il y a eu quelque temps on a pu se retrouver avec les gestes barrière, etc. Au mois de juillet on a pu faire un CA en mixte. Cela a aussi des vertus, car on a eu la participation de gens plus éloignés dans la grande région qui parfois ne venaient pas faire deux heures de route, et se sont moins posé la question de participer. On a fait un digital meeting pour que les gens se rencontrent avec des rendez-vous btob au mois de novembre pour reconstruire des liens individuels. Ce qui manque très clairement c'est l'effet café-cocktail, des discussions et tous ces petits échanges informels que l'on fait en annexe qui sont beaucoup moins faciles à construire. Il nous tarde à tous de revenir à des échanges physiques.

Dans les mois qui viennent allez-vous attendre pour organiser des événements physiques ?

Il faut être prudent. Jusqu'à l'été, on attend. Tout ce qui est organisé l'est en distanciel. Si on fait des choses en réel je pense que ce sera sur la deuxième partie de l'année.

Est-ce facile de fédérer les incitatives digitales quand on s'adresse à des populations aussi larges, de la Vendée jusqu'au Pays basque ?

Il y a plusieurs niveaux. Sur la proximité networking c'est compliqué, il y quand même d'autres clusters dont le SPN en Poitou-Charentes et Aliptic en région Limousin qui ont des actions de proximité sur leur territoire. Mais cela a du sens sur des domaines thématisés comme ceux que l'on porte comme le transport, la santé... ou on a plus de force en étant plus grand. D'ailleurs nos confrères d'autres régions, comme à Poitiers portant le EdTech, fédèrent des membres qui s'y retrouvent auprès d'un acteur poitevin.

En termes de thématiques, comment sont-elles traitées et quel bilan tirez-vous sur les travaux effectués et évolutions à venir ?

Aujourd'hui le numérique est devenu un sujet transverse qui est trop large. Tout le monde fait du numérique, toutes les entreprises en ont besoin mais différemment selon que l‘on soit e-commerçant, industriel ou professionnel de santé. Cette notion de thématisation et de spécialisation a vraiment du sens pour faire progresser les acteurs du numérique qui se spécialisent. Digital Aquitaine a été créé sur cette base-là. Le dernier domex qui a été créé, IA et science de la donnée, est plus transverse. Ce qui est intéressant c'est qu'il y a beaucoup de circulation de compétences entre nos domaines d'expertises. Faire des événements transverses avec des gens très spécialisés dans un domaine, c'est une richesse, mais on n'est pas encore allé jusqu'au bout de ce que l'on peut faire là-dessus. Digital Aquitaine est encore jeune, mais commence pleinement à profiter d'événement interdomex où des gens partagent des projets et viennent chercher des compétences très fortes.

Comment sont organisés vos travaux et le partage d'expertise ?

Il y a des actions qui sont purement à l'intérieur d'un domex, car cela le concerne lui seul, et est très thématisé par métier. Après, tous les domex organisent des événements transverses qui touchent un ou plusieurs domex sachant que plus du tiers des adhérents participent à plusieurs domex. Souvent dans les entreprises ce n'est pas forcément le même interlocuteur qui intervient sur tel ou tel domaine. Après on a évidemment le monde de la recherche et de la formation qui lui est transverse avec des universitaires et des laboratoires qui ont des intérêts dans tous les domaines. Un thème peut-être co-organisé et proposé aux adhérents de deux domex, avec des projets collaboratifs et des gens qui s'assemblent dans une dynamique de projet. Ils sont issus de plusieurs cercles de compétences, en interne chez nous et parfois avec des acteurs externes.

Certains domaines transversaux sont adressés comme Emploi et compétence, Impacts environnementaux : pouvez-vous nous en dire plus ?

Sur l'aspect Emploi et compétence, c'est un domaine critique dans la filière numérique, car il y a beaucoup de profils avec des pénuries. On a monté avec 5 clusters régionaux dont la région Nouvelle-Aquitaine, la DIRECCTE et l'OPCO ATLAS la région une grosse action, l’ARFSN (Action Régionale de Formation des Salariés du Numérique) pour identifier et monter des formations pour faire évoluer en compétences des salariés des entreprises de la filière. Et aussi identifier des profils en pénurie, des besoins... Il y a un gros travail sur les compétences. On travaille avec la région depuis presque deux ans sur la feuille de route sobriété et responsabilité numérique, un sujet coeur de réflexion pour toutes les entreprises que la crise accélère. L'idée c'est accompagner les changements et les entreprises, les éclairer sur les actions et des outils pratiques, et identifier des besoins en formation sur des profils qui n'existaient pas. Par exemple dans les domaines de l'écoconception, la seconde vie des matériaux, et valoriser des labels pour favoriser ce type de démarches. C'est un gros chantier à venir.

Quelle est la valeur de la transformation digitale et comment qualifieriez-vous sa place par rapport aux relations humaines ?

C'est très différent selon les domaines d'activités et les utilisateurs. On n’accompagne pas la transformation numérique, mais nos adhérents le font. Il y a des sujets portés par ADI Nouvelle Aquitaine comme matransfonum sur la sensibilisation et l'accompagnement, nous on arrive sur le moment où il faut proposer des services. Sur l'usine du futur, on a des gens qui ont de fortes maturités, en réalité virtuelle ou augmentée pour l'industrie. Pour le commerce on a vu avec la crise un vent de panique et forcément beaucoup ont fermé sans réussir à passer au click and collect et la vente en ligne.

Il n’y a pas eu de bascule facile vers le e-commerce dans l'urgence avec la crise sanitaire ?

Facilement je n'utiliserai pas ce mot là, c'est plutôt à marche forcée pour beaucoup. Un très fort accompagnement a tous niveaux et il y a eu es plans nationaux, avec les chefs de file numérique, la région Bordeaux Métropole qui ont financé des actions sur les aides communautés d'agglo, des intercommunalités. Il y a eu des mises à disposition de marketplace, mais cela ne résout pas tout. Cela va être long. Il y a des domaines où le numérique ne va sans aucune velléité de remplacer des choses qui marchent très bien en présentiel. Il faut trouver ce dosage avec maturité très différente entre les tailles et secteurs d'entreprises, l'âge des dirigeants parfois... L'adoption du numérique ne se fera pas en claquant des doigts, ce n'est pas instantané.

Cette année, avec cet environnement complexe par rapport à la crise sanitaire, quels projets sont portés par Digital Aquitaine ?

Il y a la montée en puissance vers IA et datacience, c'est nouveau. On était en incubation de cette dynamique l'année dernière et là, cela va être la première année en tant que domex. Sur l'emploi et la sobriété numérique, il va y avoir des actions fortes sur la cybersécurité parce qu'il y a des demandes avec le télétravail qui a accéléré par la crise. Inversement il y a des dynamiques avant la crise qui ont ralenti. Par exemple on portait une dynamique autour du sportech pour accompagner les acteurs du sport dans les relations clubs avec parties prenantes, mais aussi l'IA pour le sport, le bien-être et la santé. On pensait porter ce sujet à maturité en 2021 mais on remet cela à plus tard car ces acteurs sont très marqués par la crise. On travaille sur notre déménagement à la cité numérique qui devait se faire avant l'été. On travaille sur un nouveau système pop-me-up pour recueillir des besoins des grandes entreprises, les regrouper, les anonymiser et faire des appels à projets pour des POC. On est partenaire de programmes régionaux comme usine du futur, mobilité en santé et on travaille aussi avec d’autres clusters. Pour l'instant on est en attente sur les salons, on continue sur les versions numériques, mais c'est plus compliqué. Peut-être que cela va redémarrer en 2022.

Par rapport à la french tech, quel regard portez-vous sur l'évolution du nombre de projets après une période de profusion on assiste à une rationalisation en termes de présence...

C'est peut-être pas mal qu'il y ait cette rationalisation. Il y a eu des insatisfactions sur des fonctionnements. Des entreprises qui méritaient des actions, des coups de projeteurs ont participé. Certaines méritent d'être accélérées à l'international. L'international est un endroit où, pour nos entreprises adhérentes, PME-PMI, grands groupes, la bannière French Tech a du sens. La dynamique au niveau national fait que l'on se concentre sur les meilleures qui ont les chances de progresser. C'est une bonne orientation pour les faire émerger. Le risque avec une surabondance c'est que l'on a tendance à trop faire de saupoudrage qui parfois peut freiner leur émergence. La crise sanitaire n'arrange rien, pour le CES c'est compliqué.

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