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Emploi IT : les recrutements toujours compliqués pour les entreprises
« Le recrutement, c'est le mouton à cinq pattes, c'est très difficile de trouver la bonne personne. Sur la quarantaine de CV que nous avons reçus, seul quelques-uns avaient un profil intéressant qui se rapprochait le plus de ce que l'on recherchait. Nous avons opté pour un profil plutôt classique, mais qui présentait de bonnes aptitudes pour être formé par nos soins », indique Laurent Queyroi, chef du service des systèmes d'information du conservatoire du littoral basé à La Rochelle et rencontré lors d'une étape IT Tour à Nantes (matinée-débat avec des informaticiens) organisée par le Monde Informatique. « De mon point de vue, un candidat généraliste est plus difficile à déceler qu'un candidat spécialisé, car il doit avoir une connaissance assez vaste de tout le système d'information, du poste de travail aux accès en passant par l'infrastructure », ajoute Laurent Queyroi. Ce témoignage en dit long sur les difficultés des DSI et des entreprises à recruter de futurs collaborateurs spécialisés dans l'IT. Cette difficulté à recruter, c'est aussi ce que relève Pierre Lamblin, directeur études et recherche de l'Apec (en illustration principale). « Vu la situation économique, les cadres dans l'IT sont lucides et sont moins disponibles. Aujourd'hui, en moyenne, une offre dans la fonction informatique attire deux fois moins de candidatures que l'ensemble des offres d'emploi cadre, soit une vingtaine de candidatures ».
L'emploi IT toujours porté par les SSII
Cette difficulté à recruter montre bien aussi que le marché de l'emploi IT reste encore le secteur le moins touché par la crise, ce qui est loin d'être le cas dans le commerce, le bâtiment ou le marketing par exemple. « Le secteur IT reste un marché relativement porteur, l'emploi IT résiste avec ces 32 000 demandes de cadres sur l'année 2012. Environ 80 % des entreprises sondées ont un projet de recruter un cadre dans l'IT, un chiffre à comparer aux 34 % qui souhaitent recruter un cadre dans le secteur du commerce », indique Pierre Lamblin. Bien sûr selon l'Apec, la plus grosse demande de recrutement de cadres provient toujours des services avec les SSII qui peinent toujours à recruter. Il faut dire que celles-ci pâtissent toujours de leur image de « gestionnaires de viandes » due à un turnover important. À ce titre, dans un rapport récent, Pôle Emploi relativisait les "pénuries de main-d'oeuvre" dans l'IT souvent relayées par les SSII en mettant l'accent sur les conditions de travail dues à une fluctuation importante de leurs activités. Pour corriger le tir, à croire les SSII, elles feraient beaucoup d'efforts pour redorer leur blason et attirer ainsi les futurs candidats. Pour cela, elles travaillent avec les écoles en nouant des partenariats toujours plus étroits et diversifiés (conférences techniques, financement de stage, points de rencontre, évolution des métiers IT et de carrière, etc.). À l'instar des SSII, mais pas pour les mêmes raisons, les entreprises spécialisées en informatique industrielle ne semblent pas non plus attirer les candidats, car elles souffrent d'une image qui n'est pas « glamour » comme peut l'avoir Google par exemple.
Gare aux idées reçues sur les universitaires IT
Un autre phénomène est à prendre en compte dans la difficulté de recrutement, c'est l'obstination des entreprises à se focaliser uniquement sur les écoles d'ingénieurs et, de ce fait, délaisser la filière universitaire qui regorge de talents. Christophe Tovex, ingénieur chercheur au laboratoire CNRS d'informatique Nantes Atlantique partage cet avis et encourage les entreprises à travailler plus avec les universitaires. Pour Pierre Lamblin, il y a beaucoup de stéréotypes sur les universitaires comme par exemple, le fait qu'ils ne soient pas aussi prêts ou opérationnels que les ingénieurs diplômés des écoles. Des voix, surtout chez certains cabinets de recrutement, s'élèvent de plus en plus pour tordre le cou à ces idées reçues. Un universitaire est tout aussi curieux qu'un ingénieur. « Les recruteurs s'ouvrent de plus en plus aux universitaires, c'est, d'une part, une réflexion mathématique liée à la crise, car les cadres issus des écoles bougent moins et, d'autre part, ils profitent des formations scientifiques de plus en plus poussées dans les universités », relève pour sa part Séverine Saint Hubert, responsable communication France et Europe du sud de Monster.
Globalement, si le secteur IT s'en sort mieux que d'autres en termes d'emploi (comme celui du marketing ou du commerce), ce n'est pas non plus la panacée depuis quelques mois. Un indicateur, le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi dans la catégorie « Systèmes d'information et de télécommunications », a augmenté de 7,9 % en un an. «Nous avons constaté, via notre indice Monster mesurant l'évolution de l'emploi en ligne que les recrutements se font de plus en plus dans l'urgence de la part des entreprises et répondent plus à un besoin précis. Cela signifie que les entreprises sont plus frileuses en termes de mission, elles ne constituent plus un vivier de talents comme c'était souvent le cas auparavant », souligne Séverine Saint Hubert. Un autre indice qui ne trompe pas, c'est le profil des candidats recrutés depuis quelque temps. En effet, à en croire nos intervenants, les entreprises sont plus à la recherche de profils juniors expérimentés (de 3 à 5 ans d'expérience) qui sont évidemment plus opérationnels que les jeunes diplômés. Les entreprises jouent la carte de la sécurité, car elles ont moins le temps de former des jeunes diplômés.
Encadré : L'Ile-de-France, un eldorado IT en berne ?Pour Pôle Emploi qui a publié son rapport annuel (perspective d'embauches 2012 dans l'informatique) au printemps dernier, l'Ile-de-France est, sans surprise, la région qui recrute le plus de professionnels de l'IT (15 000 embauches) devançant ainsi largement les régions Rhône-Alpes (3 000), Midi-Pyrénées (2 100) et PACA (1 750). Viennent ensuite la Bretagne et le Nord-Pas-de-Calais (environ 1 000 projets d'embauches chacun). Mais, selon Monster, la région Ile-de-France n'est plus l'eldorado du boulot dans l'IT. « L'Ile de France dispose toujours de la plus forte activité dans le recrutement IT, mais est touchée plus fortement par la crise alors que les autres bassins d'emploi régionaux sont plus ou moins épargnés avec des recrutements plutôt stables » détaille Séverine Saint Hubert. En effet, les baisses mensuelles et annuelles du secteur IT observées en Ile de France par le spécialiste du recrutement en ligne sont les plus spectaculaires. C'est le Sud-Ouest qui disposerait d'une activité de recrutement la plus stable dans le secteur IT au cours des 13 derniers mois.