Article 1 sur 4
Smart cities, un marché juteux pour les fournisseurs IT ?
Depuis quelques mois, une offensive est palpable de la part des fournisseurs IT sur les Smart Cities ou les villes dites intelligentes. « Une ville intelligente est une ville plus efficace en améliorant, par exemple, la qualité des services en commun, la gestion des énergies et bien sûr l'efficacité des finances. L'objectif est de créer, via des applications, des services innovants axés vers l'usager », indique Sophie Donadebian, responsable Smart Cities chez Schneider Electric France dont le groupe a récemment créé la division « Cities » et qui fait de ce secteur un enjeu majeur de sa stratégie. « Qualifier une ville d'intelligente signifie qu'elle a aussi clairement intégré l'outil numérique pour aider le citoyen à mieux vivre », précise, de son côté, Philippe Sajhau, vice-président Smarter Cities d'IBM France. En théorie, une ville devient « intelligente » lorsque toutes les composantes de son infrastructure et de ses services publics et privés sont connectées et optimisées. Ce qui explique donc le rôle central des technologies IT. Et surtout, comme le souligne Didier Mamma, directeur innovation chez SAP, la technologie doit être la solution pour optimiser les flux sachant que l'on se sert des infrastructures déjà existantes dans les villes.
Des villes immenses pour une urbanisation galopante
Selon le cabinet américain Pike Research, le marché des technologies de la ville intelligente est estimé à plus de 6 milliards de dollars en 2012 et devrait progresser de 16 % par an dans les 5 ans à venir. D'ici à 2020, ce marché devrait atteindre 20,2 milliards de dollars, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie-Pacifique sont les trois principales régions de croissance pour ce marché. Il faut dire que dans ces régions, l'accroissement de la population urbaine mondiale devrait atteindre 6,3 milliards d'individus d'ici à 2050 contre 3,6 milliards en 2010. Cette croissance va générer des villes gigantesques (la planète comptabilisera 37 métropoles de plus de 10 millions d'habitants d'ici à 2025). « Le taux d'urbanisation atteindra 70 % en 2050, la demande énergétique primaire mondiale va augmenter de 36 % entre 2008 et 2035. Quant à la pénurie de l'eau, elle affectera 1 personne sur 3 sur chaque continent du globe », liste Nathalie Leboucher, directrice Orange Smart Cities lors d'une conférence presse organisée en juillet dernier. Face à ces constats d'urgence, les élus et les responsables locaux n'auront pas d'autre choix que d'optimiser de façon efficace et intelligente la gestion des villes en proposant, par exemple, de nouveaux systèmes de gestion des transports, de l'eau, des infrastructures immobilières et de l'énergie sans oublier la mise en place de réseaux intelligents.
Capteurs et objets connectés disséminés partout
Pour y parvenir, les villes seront massivement équipées de capteurs très évolués et associés à des technologies sans fil (NFC, Wifi, RFID, etc.) qui fourniront des données en temps réel aux différents services de la ville. Par exemple, Nice a positionné sur une artère de la ville des capteurs pour relever différentes données associées au remplissage des conteneurs papier et verre, au niveau de la luminosité, aux caméras de vidéo-vigilance, mais aussi des données liées à la température et à la qualité de l'air, ou encore aux places de parking disponibles. Parmi les fournisseurs de ces capteurs de nouvelle génération, Bosch est l'un des plus en pointe. « Nous nous positionnons comme un groupe précurseur dans l'Internet des objets avec des capteurs intelligents sans fil, multifonctions et autonomes qui se diffuseront partout dans toutes les applications autour de la santé, de l'énergie, de la mobilité..., bref l'objectif avec ces capteurs est de faciliter l'interconnexion des besoins urbains comme nous le faisons pour Monaco », souligne Guy Maugis, PDG du groupe Robert Bosch France. Dans le cas du projet de la ville connectée « Monaco 3.0 », Bosch se donne, en effet, les moyens de relier les systèmes de sécurité des principaux secteurs d'activités (santé, communication-information, énergie, etc.) de la ville via sa plateforme BIS (Building Integration System). À l'instar de Bosch, Cisco a aussi commencé à introduire cet « Internet of Everything » (IoE) ou Internet des objets, dans des projets urbains de grande envergure comme celui de la ville nouvelle de Songdo, en Corée du Sud auquel elle a participé. Autre exemple, celui d'IBM pour l'ile de Malte où la diffusion de capteurs a permis d'améliorer de 15 % la gestion de l'eau.
Des Big Data pour traiter en temps réel des gigantesques quantités d'informations
Bien sûr, toutes ces données provenant des capteurs et d'autres sources comme l'Open data, il faudra les traiter et les analyser par des solutions Big Data et les rendre ainsi exploitables pour créer des applications dédiées. « Les villes intelligentes réclament aussi des experts du traitement de la donnée en volume pour en faire de la prédictive. Ces données serviront à créer des applications pour les citoyens, lesquels ont d'ailleurs, il faut bien le reconnaître, de plus en plus d'appétence pour les technologies », explique Philippe Sajhau. Un avis que partage Didier Mamma qui met en avant la plateforme de traitement des données SAP Hana basée sur la technologie in-memory. « Hana permet de traiter des grandes quantités d'informations en quelques secondes et, couplée à la gestion d'événements complexes (Complex Event Processing), nous sommes capables de contextualiser la demande de l'utilisateur et donc de répondre à son besoin en lui fournissant immédiatement un service dédié. Par exemple, la ville de Tokyo a mis en place un service d'optimisation pour les usagers pour résoudre les problèmes de disponibilité de taxis à certaines heures ».
À l'instar des principaux acteurs IT, SAP ne cache pas ses ambitions sur ce marché en menant des travaux dans ses laboratoires de recherche sur la ville de demain. L'application de covoiturage SAP TwoGo en est un parfait exemple, cette application disponible dans le cloud permet de mettre automatiquement en relation les salariés qui cherchent à partager leur trajet en fonction de leur emploi du temps, de leur localisation et d'autres facteurs. L'éditeur allemand en est d'ailleurs le premier utilisateur. À l'instar de SAP et des autres grands fournisseurs, Microsoft s'intéresse aussi aux Smart Cities. L'éditeur de Redmond a d'ailleurs annoncé, en juillet dernier à l'occasion de la WPC 2013, CityNext, une initiative centrée sur l'individu visant à accélérer l'innovation des villes (transports publics, énergie, santé, éducation...). La firme de Redmond travaille d'ores et déjà sur différentes villes pilotes à travers le monde, notamment Paris avec la solution d'auto-partage Autolib (avec Windows Embedded) afin d'offrir aux Franciliens une meilleure solution pour se déplacer.