Article 1 sur 5
La difficile mutation des services IT
Il est certain que les DSI s'adapteront à la demande des utilisateurs dans les entreprises. Cette phrase, nous l'avons maintes fois entendue dans les conférences, les rendez-vous avec les utilisateurs, les tables rondes et autres événements. D'ailleurs, tous ou presque (fournisseurs, consultants, experts, etc.) veulent se montrer optimistes sur la transformation qui se trame dans les services IT et plus globalement dans l'entreprise face aux nouveaux usages (mobilité, Cloud, outils collaboratifs, etc.). Ce sont surtout les digitals natives, ces très jeunes collaborateurs très équipés, connectés et nomades, qui impulsent cette révolution interne. Et pour répondre à leur soif de technologies, les DSI n'auront pas d'autres choix que de s'adapter. Un signe de ce changement : les nombreux DSI que nous avons rencontrés lors de nos IT-Tours, entre septembre et décembre 2014, ont infléchi leur position sur plusieurs points comme le Byod (Apportez vos terminaux) ou le Byoa (Apportez vos applications). En effet, il y a deux ans, un bon nombre d'entre eux nous disait haut et fort qu'il n'y avait pas d'alternatives à ces approches, le système d'information doit rester verrouillé. Un an après, nous pouvons vous dire que leurs positons, du moins pour certains, se sont fortement assouplies. Ont-ils réellement le choix ? Bien sûr qu'ils ont toujours le choix, mais comme le disaient plusieurs de nos intervenants lors des tables rondes : « Pendant ce temps-là, nos concurrents avancent et adaptent leur IT aux nouveaux usages lesquels leur procurent sûrement une meilleure productivité et surtout plus de réactivité pour répondre aux utilisateurs métiers qui, eux, sont en contact direct avec leurs clients ». Pour Laurent Dupuytout, directeur général de Bluewolf France : « Maintenant plus que jamais, les clients sont encore plus exigeants en termes de numérique. Ils attendent un accès facile à l'information quand ils le veulent, comme ils le veulent, où qu'ils se trouvent. Le plus grand frein à la mise en place d'une stratégie client numérique et intégrée n'est pas lié aux technologies utilisées. Il réside dans la difficulté de réunir dirigeants et employés autour d'une vision unique et partagée. » Derrière ces propos, Laurent Dupuytout vise surtout les responsables marketing qui sont rythmés par les demandes clients.
Développer la culture DevOps
De notre côté, nous (médias, fournisseurs et prestataires inclus) reprochons souvent, à juste titre, aux entreprises ce manque de communication, de collaboration et d'agilité entre les métiers et la DSI. Là encore, lors de nos IT-Tours, notre rédaction a pu constater sur le terrain que de nombreux DSI sont effectivement confrontés quotidiennement à ces faits et ces reproches. Mais certains ne comprennent toujours pas pourquoi ils ne font toujours pas partie du comité de direction, malgré la pression qu'ils exercent auprès de leurs dirigeants sur le rôle du numérique dans l'entreprise. Cela dit, tous ces constats et ces reproches sont la conséquence d'une organisation historique de l'entreprise construite en silos. Dans ce cas, il est donc difficile de mettre plus rapidement et plus simplement, à la disposition des métiers, des ressources IT pour coller à l'offre On Demand par exemple. Il est donc urgent d'encourager les synergies et la collaboration entre les services, du moins pour les nouveaux projets à venir... C'est l'approche même du DevOps dont la devise d'Amazon « You built it, you run it » (tu le conçois, tu le déploies) est très appropriée. Avec le DevOps, toutes les équipes travaillent ensemble, en s'aidant de méthodes agiles, pour produire de la valeur à l'entreprise et pour assurer la maîtrise de bout en bout de cette chaine de valeur (développement, assurance qualité, mise en production et gestion de cycle de vie de la solution).
Vers un modèle hybride du SI
Cette culture DevOps est d'ailleurs indirectement l'un des avantages mis en avant dans le rapport de Cigref (intitulé « Les nouveaux rôles de la fonction SI ») publié en avril 2014. En effet, parmi les recommandations du Cigref figurent notamment le rôle de conseil de la DSI et l'agilité du service pour favoriser la compréhension par les métiers des fonctionnalités offertes par le numérique, mais aussi de leurs enjeux juridiques/légaux et de sécurité. Le Cigref conseille également d'avoir une approche qu'il appelle Kiss (Keep it simple, and stupid) et des démarches de « test and learn ». Ces tendances et ces approches sont faites pour obtenir un rendu simple et surtout de s'organiser rapidement pour l'appliquer. Enfin, le Cigref préconise aussi l'adoption du catalogue de services à plusieurs vitesses : de la solution faite très rapidement, sans garantie, jusqu'au système de back-office qui nécessite de la robustesse. En soi, comme nous le confirme Hervé Lemaitre, responsable stratégique chez Red Hat France, si ces approches peuvent facilement être adoptées aux nouveaux usages, il faut aussi prendre en compte l'existant en le rendant, lui aussi, plus flexible et plus agile, ce que Red Hat et bien d'autres fournisseurs appellent le modèle hybride du SI.
La position de Serge Masanovic, associé fondateur de VCM Conseil
Pour Serge Masanovic, avec la démocratisation des nouveaux usages et du Cloud, de profonds changements interviendront dans les années à venir concernant le rôle de la DSI et du système d'information dans les entreprises. Aujourd'hui, étant donné le manque de maturité des offres et leur surcoût, peu d'entreprises ont encore entamé cette transformation hormis quelques grands groupes. Mais demain, que va-t-il se passer ? Pour l'associé fondateur de VCM Conseil, il est fort à parier que le budget lié au numérique et à l'IT sera diffusé dans tous les services métiers de l'entreprise. Pour les grands groupes, la DSI conservera la gestion de l'existant, mais une transformation va rapidement s'opérer avec le recrutement d'urbanistes et d'architectes pour repenser le SI et l'adapter ainsi aux demandes des métiers. Pour la cible PME, Serge Masanovic est plus catégorique, elle ne disposera même plus d'infrastructure IT en interne, les PME fonctionneront uniquement avec des prestataires externes via des contrats.