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Les enjeux de la transformation numérique
Seulement 23 % des sociétés du CAC 40 sondées ont créé une direction digitale selon l’étude publiée en 2015 et réalisée par le club d’affaires de l’économie digitale EBG (Electronic Business Group) en partenariat avec le cabinet Weave et IBM. C’est encore peu mais la prise de conscience est là. Ainsi, au travers de cette enquête, nous avons pu relever que 33 % de ces entreprises interrogées exploitent déjà opérationnellement des technologies autour du big data et 30 % de ces sociétés ont réussi à mettre en place un référentiel d’indicateurs permettant de mesurer la performance du digital. Mais ce qui est important de préciser, d’après cette étude, c’est que près des 2/3 des entreprises du CAC 40 sondées jugent que le numérique n’a pas radicalement modifié leur rythme business.
Que faut-il en conclure ? Que les entreprises ont globalement bien compris les enjeux du numérique mais qu’elles peinent à percevoir les effets positifs du digital sur leur activité mais peut-être aussi sur la définition même de cette transformation numérique et de ce qui se cache derrière. Pour Jamal Labed, président de l’Afdel (Association Française des Éditeurs de Logiciels et Solutions Internet qui compte 350 membres), plusieurs mouvements ont conduit et vont conduire à ce que l’on appelle aujourd’hui la transformation digitale : « Déjà la mobilité avec cette forte consumérisation dans les entreprises, de plus, le collaborateur souhaite plus facilement interagir avec son client à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. Ensuite vient le cloud, l’objectif étant d’externaliser tout ce qui peut l’être pour réduire les coûts. En ce qui concerne le big data qui représente le troisième mouvement, nous en sommes qu’au début, les premiers déploiements sont surtout réalisés dans certaines entités de grandes entreprises. Enfin, le dernier aspect se focalise sur le social et la collaboration dans l’entreprise qui a déjà atteint un certain niveau de maturité. »
Une transformation digitale passe aussi par une transformation organisationnelle
Selon Serge Masanovic, fondateur de VCM Conseil, la prise de conscience de cette transformation numérique est surtout dirigée par les métiers. « Pour de nombreuses entreprises, la majorité des décisions vient du marketing car c’est souvent ce service qui détermine la stratégie du client. Aujourd’hui, de nombreux groupes se posent encore la question de savoir s’il faut recruter un Monsieur Digital (ndlr : un CDO, Chief Digital Officer). Bien sûr, il ne s’agit pas de minimiser le rôle de la DSI surtout pour certaines sociétés comme les banques par exemple où tout repose sur l’IT. Ils peuvent parfaitement travailler ensemble. » Il n’empêche, les entreprises sont très nombreuses à se poser aussi cette question : qui gérera le numérique ? Le marketing ou le service IT…Pour Serge Masanovic, cela reste un dilemme, ce sera un peu au bon vouloir de l’entreprise, certaines prendront la décision de le confier au marketing, d’autres au contraire toujours à la DSI.
Du côté des fournisseurs, on constate qu’il y a une vraie reprise en main de la DSI, Guillaume Deshayes, business développement mobile chez HP France, met notamment en avant la raison transactionnelle des applications. Un avis que partage également Samuel Bonamigo, en charge de la direction commerciale Europe du Sud pour la cible PME chez Salesforce. « Etant donné l’interconnexion des projets, nous ne constatons plus vraiment d’opposition entre les métiers et la DSI. Cela dit, chez Salesforce, nous considérons qu’il est très important de définir une stratégie organisationnelle et d’identifier un sponsor, un décideur pour mener à bien cette transformation. »
Un CDO pour piloter la transformation digitale
Selon Accenture, 80 % des grandes entreprises mondiales affirment déjà disposer d’un CDO en interne pour piloter la transformation numérique. A titre indicatif, il y aurait près de 2 000 CDO dans le monde dont près de 70 % d’entre eux auraient été recrutés les trois dernières années. En France, selon le cabinet Lecko, 40 % des entreprises du CAC 40 disposeraient déjà d’un CDO. Renault, Accor, Orange, pour ne citer qu’elles, ont déjà recruté leur propre CDO. Rappelons que la mission d’un CDO est généralement de pousser l'innovation dans les services numériques d'une part et exploiter d’autre part, les opportunités de l'évolution des usages des consommateurs en adoptant des technologies comme le big data, l'Internet des objets, la mobilité, etc.
Mais sa plus grosse mission reste surtout de communiquer avec tous les services, notamment avec la DSI, une sorte de chaînon manquant en quelque sorte, car, ne l’oublions pas, cette transformation numérique est transversale et concerne donc tous les services. Le rôle du CDO est d’autant plus important que selon une étude publiée cet été par PricewaterhouseCoopers, 50 % de la dépense IT n’est plus du ressort de la DSI. On le voit bien, la mission du CDO ne sera pas si simple surtout s’il ne siège pas au comité de direction, sa prise de pouvoir est alors très faible.
Des gains potentiels à plusieurs centaines de milliards ?
Pour l’heure, il est difficile de mesurer les impacts à moyen et long terme des transformations digitales déjà réalisées car elles sont beaucoup trop récentes. Et pourtant, certains cabinets promettent déjà d’énormes retombées économiques sur certains secteurs, c’est le cas du cabinet Roland Berger qui a mené une étude en 2015 sur les impacts de la transformation digitale dans le secteur de l’industrie européenne (sur 17 pays). Résultat : si l’Europe est capable de réussir cette transition numérique, la plus-value financière pourrait atteindre les 1250 milliards d’euros d’ici à 2025. Dans le cas contraire, les pertes potentielles, par manque de volonté, pourraient s’afficher à plus de 600 milliards.
Chez Salesforce, la réussite de cette transformation digitale se mesure aussi par étapes et sur de courtes itérations. « Un projet peut se faire par étapes [en mode programme], c’est aussi ce que l’on préconise. En mettant en place des itérations courtes et rapidement, nous pouvons vite se rendre compte de la valeur ajoutée, entre 12 et 24 mois, les objectifs de ROI sont donc très rapides sur chaque itération. D’après nos études, nos méthodes permettent d’obtenir 38 % d’amélioration des leads et même 28 % de croissance sur la partie commerciale. Ubisoft a par exemple constaté en adoptant nos solutions une forte amélioration de la satisfaction client, de l’ordre de 43 % », conclut Samuel Bonamigo.
Un accompagnement nécessaire du collaborateur
Une transformation numérique réussie dans l’entreprise passe aussi par l’accompagnement et l’encadrement des usages par les salariés. A ce titre, le récent rapport remis par Bruno Mettling, le DRH d’Orange à la ministre du Travail Myriam El Khomri, indique, hormis le devoir de « déconnexion », deux points importants à relever. Déjà, pour le DRH, il y a urgence à former les salariés car le numérique engendre de nouveaux modes de production et de formation. L’adoption de ces outils est donc essentielle. Deuxième point : le travail à distance qui concerne déjà plus de 16 % des salariés. Selon le rapport, son développement représente un enjeu pour la réussite de la transformation numérique et il convient de diffuser les bonnes pratiques et méthodologiques afin d'éviter l'isolement du salarié.