Aller au contenu

Préférences et cookies

Afin d’améliorer votre expérience sur notre site et de réaliser des statistiques de visites, nous utilisons des cookies. Rien n’est déposé sans votre accord, et le refus n’enlève l’accès à aucun contenu. Ce choix peut être modifié à tout moment.

Gérer les traceursVos données

Personnaliser
IT & DirectionGrand dossier4 articlesPublié le

Les Fintech bousculent la finance

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Quelque 4 000 Fintechs existeraient dans le monde, sûrement une faible minorité d'entre elles subsistera dans les trois ans. Une chose est sûre, depuis la crise des prêts à risque en 2008, le secteur traditionnel bancaire n'a jamais été autant bousculé.

Aller au sommaire

Article 1 sur 4

La menace des Fintechs plane-elle sur les banques françaises ?

Par La RédactionPublié le 2 septembre 20165 min de lecture

« Le futur du paiement s’apparente à la transformation opérée dans les télécoms, il y aura des grands opérateurs et en dessous un certain nombre de MVNO », résume Frederic Benhaim, fondateur et PDG de la Fintech BluePaid qui propose un système de paiement en ligne sécurisé pour les petites entreprises (e-commerce, artisans, autoentreprises, etc.). Cette comparaison fait suite à ce qui se passe aujourd’hui sur le marché bancaire quelque peu bousculé par l’arrivée massive des Fintechs, toutes ces entreprises innovantes qui commercialisent des nouveaux services financiers en prenant surtout en compte l’expérience utilisateur, à des prix plutôt compétitifs pour les particuliers et les entreprises. Prenons l’exemple de quelques Fintechs françaises déjà bien implantées comme SlimPay, une start-up en plein essor qui a créé, pour les e-marchands, un service de prélèvement SEPA sur le compte bancaire du client sans passer par la classique carte bancaire (rappelons qu’en France, plus de 70 % des paiements se font par carte bancaire). Nous pouvons également citer Lendix ou Lendopolis, deux Fintechs qui ont développé des plateformes de financement participatif entre particuliers et entreprises sans intermédiaire bancaire même si ces plateformes représentent, selon Eric Fournel, président du cabinet de conseil auprès des banques Nouvelles Donnes, 0,01 % du volume.  (

Des directives plus favorables aux Fintechs 

Selon une étude menée par le cabinet Accenture, en France, l’investissement dans les Fintechs a bondi de plus de 750 % entre 2014 et 2015, passant ainsi de plus de 19 millions d’euros à 167 millions. Un chiffre encore bien faible par rapport aux milliards investis aux Etats-Unis sur un marché bien plus mature et moins réglementé qu’en Europe et en France, même si les directives européennes sur les services de paiement (DSP1 en 2007 et DSP2 en 2016, DSP pour Directive Services de Paiement) ouvrent la voix à plus de souplesse pour ces Fintechs. Par exemple, l’obligation pour les banques d’ouvrir leur plateforme à des tiers et, de ce fait, leur transmettre des informations sur les comptes clients. Selon CA Technologies, grâce à cette directive, les opérateurs télécoms et les commerçants pourront proposer leur propre plateforme de paiement, réduire les commissions liées aux transactions, renforcer leurs relations avec leurs clients et se positionner en tant que fournisseurs d'identités. Déjà, des Fintechs comme Bankin, Linxo, Fiduceo ont su profiter de ces directives (surtout de la DPS2) en clarifiant leurs offres pour devenir des agrégateurs. « Ils récupèrent ainsi des flux clients auprès des banques afin de proposer une vision globale de l’ensemble de leurs comptes bancaires. Il y a ici une très grande valeur ajoutée par rapport aux services transactionnels Internet classiques des établissements bancaires. Bien sûr, les banques réagissent en proposant également de telles solutions », reconnaît Eric Fournel. A noter qu’avant cette DPS2, ces agrégateurs n’avaient pas d’autres choix que de demander les données de connexion à leurs utilisateurs. 

Des Fintechs d’abord sur des marchés de niche 

Si les Fintechs et leurs nouveaux services peuvent représenter une alternative intéressante aux banques, ces dernières sont loin d’être menacées à court et moyen terme. Toutefois, comme le précise Eric Fournel, les établissements bancaires doivent absolument miser sur leur réelle valeur ajoutée, à savoir la qualité de leur conseil et améliorer ainsi leur approche client. « Il est indispensable pour les banques d’élever leur niveau de conseil car ce n’est plus sur les offres qu’elles peuvent se différencier face aux Fintechs. D’autant que les plateformes IT bancaires sont fortement centralisées et verrouillées, donc peu propices à l’innovation face à des Fintechs très réactives et positionnées sur des niches ». Un avis que partage Martina Weimert, directrice associée senior des services financiers chez Capgemini Consulting : « Chaque Fintech se positionne sur une activité bien identifiée, peu d’entre elles hormis Number26 (ndlr : via son offre banque mobile) proposent une offre complète à l’instar des banques ». A titre indicatif, Capgemini Consulting, en pointe sur ce marché, dispose d’une équipe de veille basée en Inde ainsi qu’un réseau de consultants experts présents partout dans le monde qui mènent ensemble des évaluations sur les Fintechs et sur les nouvelles technologies comme la blockchain.

Une forte rationalisation du marché se prépare

De ce fait, les Fintechs françaises restent des proies faciles pour les banques qui n’hésitent pas à les racheter pour leur innovation. Prenons les exemples du spécialiste du crownfounding Leetchi racheté par Arkéa (groupe Crédit Mutuel), du concurrent Lepotcommun.fr acquis par BPCE via sa filiale S-Money ou encore de Boursorama, la banque en ligne, qui a racheté Fiduceo spécialisé dans la gestion des comptes. Eric Fournel ne croit d’ailleurs pas à l’explosion des Fintechs. « Sur 100 Fintechs, 70 % vont disparaître et 30 % seront adossées à une banque. D’autre part, si les Fintechs savent séduire une population plutôt jeune avec leurs nouveaux services, cette même population à partir de 25-30 ans, qui souhaite acquérir un bien immobilier, bascule souvent dans le secteur bancaire traditionnel pour obtenir plus facilement des conseils. Le SAV, c’est toujours un peu le problème pour les acteurs du web ». Cela dit, les banques ont surtout à craindre, à plus long terme, des opérateurs télécoms et des géants américains et asiatiques de l’IT et du e-commerce comme Apple, Google, Samsung ou Amazon qui disposent d’énormes moyens financiers, qui ne cessent d’innover dans les nouveaux services et qui, contrairement aux banques, savent monnayer leurs gigantesques bases de données clients et ne disposent pas de multiples agences très coûteuses disséminées sur tout le territoire. De même, Martina Weimert insiste sur une arrivée éventuelle des géants du web chinois comme Alibaba et Baidu qui ont de grandes ambitions sur les nouveaux moyens de paiement.

Article 2 sur 4

L'ouverture des données bancaires : sécurité et API en question ?

Par La RédactionPublié le 2 septembre 20163 min de lecture

Si les Fintechs semblent se réjouir des modalités de la DSP2 sur la libéralisation de la donnée et la mise en place de moyens simples et sécurisés pour accéder à cette donnée, les banques, via la FBF (Fédération bancaire française), s’inquiètent des moyens de sécurité mis en œuvre et ne veulent pas porter le chapeau seules. Dans son blog, la FBF considère que la sécurité fait défaut notamment dans la manière dont les tiers, les Fintechs, pourront se connecter aux banques. Pour la FBF, le message de sécurité martelé par les banques à leurs clients sur le caractère strictement confidentiel de leurs identifiants est remis en cause. De plus, les banques estiment que les exigences prudentielles relatives à l'obtention de l'agrément d'établissement de paiement par des établissements tiers sont insuffisantes.

Pour la FBF, tous les acteurs des moyens de paiement doivent être soumis à un même niveau d'exigence sécuritaire concernant la sécurité des données et la supervision et se doivent de partager équitablement les responsabilités. Pour donner raison aux banques, l’exemple de la société de financement participatif Lending Club, qui n’a pas respecté les conditions à la revente de crédits risqués, ne doit pas nous faire oublier qu’une certaine rigueur doit s’appliquer. Précisons que la plateforme américaine de prêts en ligne a licencié 12% de ses effectifs cet été. 

Vers des API ouvertes sur les systèmes d’information bancaires ? 

Il faut savoir que la directive DSP2 oblige les banques à fournir leurs informations aux tiers (appelées aussi AISP pour Account Information Service Provider et PISP pour Payment Initiation Service Provider) via des API. A ce titre, l’EBA (European Banking Authority) est théoriquement chargée de créer un éventuel standard sur l’authentification et les recommandations sur le contenu des API, mais cet organisme sera aussi chargé de superviser les API de communication fournies par les banques à destination des prestataires de services de paiement (les PISP). En attendant, chacun y va de son jeu d’API car celles-ci sont bien au cœur des communications entre les systèmes d’information bancaires - actuellement très fermés et fortement sécurisés - et les différents prestataires Fintechs.

Dans l’enquête récente Finextra Research’ intitulée « Explorer les impacts métiers et technologiques de la nouvelle directive PSD2 » menée par CA Technologies, les acteurs du secteur s’accordent pour dire que les API constituent bien la démarche à suivre pour indiquer comment permettre l’accès aux comptes bancaires mais l’éditeur américain insiste sur le fait que les API ouvertes constituent le moyen technologique le plus adapté pour permettre au secteur de se conformer à la directive PSD2. Et d’après l’étude de CA Technologie, il ne fait aucun doute que si les standards technologiques à base d’API sont définis à temps pour PSD2, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) n’hésiteront pas à se lancer en s’appuyant sur une matière qu’ils maîtrisent parfaitement : les open APIs. La bataille des API a déjà débuté… avec derrière en toile de fond la mainmise des données bancaires.

Article 3 sur 4

La blockchain, une technologie courtisée par les Fintechs et les banques traditionnelles

Par La RédactionPublié le 2 septembre 20164 min de lecture

Admise comme une grande évolution à venir, la blockchain (chaîne de blocs), une technologie ouverte de stockage et de transmission d’informations agnostique, sécurisée, et surtout indépendante, non contrôlée par un organisme, devrait ouvrir de larges possibilités pour tous les secteurs économiques, notamment les services financiers. Le meilleur exemple étant la monnaie virtuelle Bitcoin qui ne figure pas dans un endroit bien identifié, un fichier par exemple, mais dans un registre global enregistré via des transactions sécurisées. Au-delà de la technologie en elle-même, la blockchain séduit car personne ne la contrôle, il n’y pas de cadre juridique, ce qui pour certains pose un certain nombre de problèmes liés à l’usage que peuvent en faire certains individus. A quelle fin cette technologie peut être utilisée ?

La blockchain attire aussi car elle permet de réaliser de substantielles économies en éliminant les intermédiaires lors des transactions. Aux Etats-Unis, cette technologie est en plein foisonnement avec une multitude de start-ups qui sévissent, ainsi que des géants de l’IT comme IBM qui lance ses premiers services via son Paas Bluemix ou Microsoft qui s’est engagé avec un consortium de banques pour développer de nouveaux usages autour de la blockchain. En France, un pays certes moins libéral, les choses évoluent également. Déjà plusieurs start-ups se sont positionnées sur cette technologie. Citons les plus anciennes et les plus connues comme Paymium, une plateforme d’échanges Bitcoin/euros ou encore Ledger, qui commercialise des clés USB de sécurisation pour les Bitcoins. D’autres initiatives émergent comme Wekeep qui a créé une offre sur la blockchain pour s’auto-assurer sans aller chez un assureur. Le secteur de l’assurance semble d’ailleurs très en pointe dans la technologie blockchain, en juin dernier, Allianz Risk Transfer (ART) du groupe d’assurances Allianz s’est associé à Nephila, un spécialiste de la réassurance et du risque climatique pour créer des « smart contracts » (ou contrats intelligents) dans la blockchain autour des risques de catastrophes naturelles. Dans ce cas précis, l’assureur paye un tiers pour qu’il prenne en charge le risque financier associé à un événement déterminé, tel qu’un ouragan, en échange d’un paiement ou d’une série de paiements.

La blockchain suscite un vif intérêt

L’intérêt de la technologie blockchain atteint même la Banque de France qui mène actuellement des expérimentations en partenariat avec le site Blockchain France et Labo Blockchain, une start-up qui met en œuvre des projets dans le domaine des crypto monnaies. Bien sûr, les banques s’intéressent aussi à la blockchain à l’instar de BNP Paribas qui, associée à la plateforme web de levée de fonds SmartAngels, utilise la blockchain pour aider les startups et PME en quête de capitaux. Enfin, en décembre dernier, le groupe Caisse des Dépôts a même lancé un « laboratoire d’innovation » sur cette technologie en partenariat avec AXA, BNP Paribas, Blockchain Solutions, BPCE, Cellabz, le CNAM, CNP Assurances, le Crédit Agricole, Croissance Plus, Paymium et le Pôle de Compétitivité « Finance Innovation », l’objectif étant de mutualiser les efforts en R&D sur les usages concrets de cette technologie.

Tous ces projets, ces initiatives et ces expérimentations montrent effectivement qu’il existe une certaine effervescence autour de la blockchain, mais cette technologie manque encore de maturité pour Martina Weimert, directrice associée senior des services financiers chez Capgemini Consulting : « Par manque de maturité, nos clients bancaires gardent une certaine indépendance par rapport aux premières solutions existantes autour de la blockchain. Bien sûr, ils s’intéressent à cette technologie et se posent plusieurs interrogations sur l’intégration d’une telle technologie dans leur legacy, sur la sécurité… C’est notre travail de les accompagner et d’évaluer toutes ces solutions. »

Et déjà l’effervescence autour des environnements blockchain

Bien sûr, comme toute nouvelle technologie, l’objectif est d’aider les développeurs à créer tout type d’applications dans la blockchain via des frameworks ou des environnements dédiés. Déjà des plateformes et des architectures blockchain publiques comme Ethereum ou privées comme Eris sont déjà opérationnelles. A la différence de Bitcoin qui permet d’échanger une monnaie, Ethereum, par exemple, se veut plus global en créant un système décentralisé, via des smart contracts, pour une multitude d’applications (traçabilité, prédictions, partages de fichiers, etc.) et pour tout type d’entreprises. A noter que le consortium R3 CEV, composé des plus grandes banques, expérimente actuellement Ethereum, de même qu’Engie (ex GDF-Suez).Enfin, faut-il voir une concurrence à Ethereum dans l’initiative de la Fondation Linux qui s’est engagée, en décembre dernier, avec des acteurs du monde IT (IBM, Cisco, Intel, VMware, etc.) et des groupes du secteur banque/finance (Wells Fargo, Deutsche Bôrse, etc.) à concevoir un framework open source sous le nom d’Hyperledger.

Article 4 sur 4

Interview de Cyril Grunspan, responsable du département Ingénierie Financière de l'ESILV

Par La RédactionPublié le 2 septembre 20163 min de lecture

LMI : Les banques sont-elles menacées par les Fintechs ? 

Cyril Grunspan : Délaissés par les banques, les clients ont retrouvé dans les Fintechs une certaine considération et surtout des services innovants. Aujourd’hui, les banques de détail perdent des clients même si ce phénomène reste mineur. Sur le long terme, en revanche, rien ne pourra freiner l’essor des Fintechs qui profitent aussi de directives européennes (DSP1 et DSP2) favorables à l’ouverture des données, les banques en sont conscientes. La croissance des Fintechs est surtout spectaculaire aux Etats-Unis qui représente 90 % du marché mondial (selon le livre « La révolution Fintech » de Régis Boulaya).

Comment les banques réagissent-elles face aux Fintechs ? 

Face aux Fintechs mais aussi face aux nouvelles réglementations (Bale III permettant de mieux sécuriser les fonds propres des banques et l’entrée du NSFR à partir de 2017), les banques de détail et d’investissements vont devoir se transformer. Concernant les Fintechs, elles n’hésitent pas à s’adosser à elles en les rachetant ou en devenant de gros incubateurs pour ces start-ups. Aux Etats-Unis, JP Morgan est ainsi devenu le plus gros accélérateur de Fintechs. Les banques devront aussi faire face aux technologies innovantes comme le blockchain. Bref, sur le long terme, il n’est pas utopique de dire que le métier des banques va changer, des banquiers devenant des datascientists et des opérateurs télécoms se transformant en banquiers par exemple…

La technologie blockchain représente-t-elle une révolution pour les services financiers ? 

La technologie blockchain dont l’application phare est la crypto-monnaie Bitcoin est une révolution pour les services financiers. Et les évolutions à venir sont bien plus impressionnantes comme par exemple l’arrivée du protocole de paiement Lightning Network, une surcouche au Bitcoin qui va rendre les transactions en quasi temps réel, aussi rapide que Visa, ce qui n’est pas le cas actuellement avec Bitcoin qui n’enregistre dans son registre qu’une quantité limitée de transactions par seconde. Avec l’adoption de ce protocole, le regard des gens sur le Bitcoin pourrait bien changer. D’autre part, hormis cet aspect protocole, la monnaie en elle-même est programmable (via des scripts libérateurs et bloquants) et ouvre à de multiples possibilités comme la multi-signature. Une transaction Bitcoin a été conçue comme un contrat intelligent qui ne cesse de s’améliorer au fil des versions.

Comment abordez-vous ce thème des Fintechs dans votre école d’ingénieurs ? 

Dès cette rentrée, nos étudiants en cinquième année d’ingénierie financière auront le choix d’une option nouvelle : les Fintechs. Jusqu’à présent, ce type d’option n’existait pas mais l’émergence de ces nouveaux acteurs nous a conduit à cette innovation. Bien sûr, nous dispensons déjà des cours depuis le début de l’année 2016 sur la blockchain et les monnaies numériques. Nous certifions même nos diplômes dans la blockchain en partenariat avec Paymium. Nous nous sommes inspirés, moi-même et le spécialiste Pierre Noizat, d’une école américaine nouvellement créée, l’Holberton School. D’ailleurs, j’en profite pour inviter toutes les startups dans les Fintechs à venir proposer des projets à nos étudiants et créer ainsi du lien.