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La menace des Fintechs plane-elle sur les banques françaises ?
« Le futur du paiement s’apparente à la transformation opérée dans les télécoms, il y aura des grands opérateurs et en dessous un certain nombre de MVNO », résume Frederic Benhaim, fondateur et PDG de la Fintech BluePaid qui propose un système de paiement en ligne sécurisé pour les petites entreprises (e-commerce, artisans, autoentreprises, etc.). Cette comparaison fait suite à ce qui se passe aujourd’hui sur le marché bancaire quelque peu bousculé par l’arrivée massive des Fintechs, toutes ces entreprises innovantes qui commercialisent des nouveaux services financiers en prenant surtout en compte l’expérience utilisateur, à des prix plutôt compétitifs pour les particuliers et les entreprises. Prenons l’exemple de quelques Fintechs françaises déjà bien implantées comme SlimPay, une start-up en plein essor qui a créé, pour les e-marchands, un service de prélèvement SEPA sur le compte bancaire du client sans passer par la classique carte bancaire (rappelons qu’en France, plus de 70 % des paiements se font par carte bancaire). Nous pouvons également citer Lendix ou Lendopolis, deux Fintechs qui ont développé des plateformes de financement participatif entre particuliers et entreprises sans intermédiaire bancaire même si ces plateformes représentent, selon Eric Fournel, président du cabinet de conseil auprès des banques Nouvelles Donnes, 0,01 % du volume. (
Des directives plus favorables aux Fintechs
Selon une étude menée par le cabinet Accenture, en France, l’investissement dans les Fintechs a bondi de plus de 750 % entre 2014 et 2015, passant ainsi de plus de 19 millions d’euros à 167 millions. Un chiffre encore bien faible par rapport aux milliards investis aux Etats-Unis sur un marché bien plus mature et moins réglementé qu’en Europe et en France, même si les directives européennes sur les services de paiement (DSP1 en 2007 et DSP2 en 2016, DSP pour Directive Services de Paiement) ouvrent la voix à plus de souplesse pour ces Fintechs. Par exemple, l’obligation pour les banques d’ouvrir leur plateforme à des tiers et, de ce fait, leur transmettre des informations sur les comptes clients. Selon CA Technologies, grâce à cette directive, les opérateurs télécoms et les commerçants pourront proposer leur propre plateforme de paiement, réduire les commissions liées aux transactions, renforcer leurs relations avec leurs clients et se positionner en tant que fournisseurs d'identités. Déjà, des Fintechs comme Bankin, Linxo, Fiduceo ont su profiter de ces directives (surtout de la DPS2) en clarifiant leurs offres pour devenir des agrégateurs. « Ils récupèrent ainsi des flux clients auprès des banques afin de proposer une vision globale de l’ensemble de leurs comptes bancaires. Il y a ici une très grande valeur ajoutée par rapport aux services transactionnels Internet classiques des établissements bancaires. Bien sûr, les banques réagissent en proposant également de telles solutions », reconnaît Eric Fournel. A noter qu’avant cette DPS2, ces agrégateurs n’avaient pas d’autres choix que de demander les données de connexion à leurs utilisateurs.
Des Fintechs d’abord sur des marchés de niche
Si les Fintechs et leurs nouveaux services peuvent représenter une alternative intéressante aux banques, ces dernières sont loin d’être menacées à court et moyen terme. Toutefois, comme le précise Eric Fournel, les établissements bancaires doivent absolument miser sur leur réelle valeur ajoutée, à savoir la qualité de leur conseil et améliorer ainsi leur approche client. « Il est indispensable pour les banques d’élever leur niveau de conseil car ce n’est plus sur les offres qu’elles peuvent se différencier face aux Fintechs. D’autant que les plateformes IT bancaires sont fortement centralisées et verrouillées, donc peu propices à l’innovation face à des Fintechs très réactives et positionnées sur des niches ». Un avis que partage Martina Weimert, directrice associée senior des services financiers chez Capgemini Consulting : « Chaque Fintech se positionne sur une activité bien identifiée, peu d’entre elles hormis Number26 (ndlr : via son offre banque mobile) proposent une offre complète à l’instar des banques ». A titre indicatif, Capgemini Consulting, en pointe sur ce marché, dispose d’une équipe de veille basée en Inde ainsi qu’un réseau de consultants experts présents partout dans le monde qui mènent ensemble des évaluations sur les Fintechs et sur les nouvelles technologies comme la blockchain.
Une forte rationalisation du marché se prépare
De ce fait, les Fintechs françaises restent des proies faciles pour les banques qui n’hésitent pas à les racheter pour leur innovation. Prenons les exemples du spécialiste du crownfounding Leetchi racheté par Arkéa (groupe Crédit Mutuel), du concurrent Lepotcommun.fr acquis par BPCE via sa filiale S-Money ou encore de Boursorama, la banque en ligne, qui a racheté Fiduceo spécialisé dans la gestion des comptes. Eric Fournel ne croit d’ailleurs pas à l’explosion des Fintechs. « Sur 100 Fintechs, 70 % vont disparaître et 30 % seront adossées à une banque. D’autre part, si les Fintechs savent séduire une population plutôt jeune avec leurs nouveaux services, cette même population à partir de 25-30 ans, qui souhaite acquérir un bien immobilier, bascule souvent dans le secteur bancaire traditionnel pour obtenir plus facilement des conseils. Le SAV, c’est toujours un peu le problème pour les acteurs du web ». Cela dit, les banques ont surtout à craindre, à plus long terme, des opérateurs télécoms et des géants américains et asiatiques de l’IT et du e-commerce comme Apple, Google, Samsung ou Amazon qui disposent d’énormes moyens financiers, qui ne cessent d’innover dans les nouveaux services et qui, contrairement aux banques, savent monnayer leurs gigantesques bases de données clients et ne disposent pas de multiples agences très coûteuses disséminées sur tout le territoire. De même, Martina Weimert insiste sur une arrivée éventuelle des géants du web chinois comme Alibaba et Baidu qui ont de grandes ambitions sur les nouveaux moyens de paiement.