La campagne électorale se joue aussi sur le Web. Une tendance qui n'a pas échappé à la
Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et au Forum des droits sur l'Internet. Ces deux organismes ont en effet publié une série de recommandations pour encadrer la « Web-campagne ».
Le Forum des droits sur l'Internet reconnaît le pluralisme du Net et « n'appelle pas à un contrôle du pluralisme comme il peut en exister pour les médias audiovisuels ». Pas de contrôle donc des temps de discussions sur les blogs ou sur les forums mais des usages à uniformiser. Le Forum déconseille à ce titre toute propagande via de la publicité commerciale (bannières, liens sponsorisés, référencement) à compter du 1er janvier 2007. La sollicitation de dons en ligne est quant à elle tolérée à condition que les donateurs soient clairement identifiés comme personnes physiques. Le temps que consacrent les militants à préparer la campagne sur le Web est en revanche considéré comme du bénévolat, il ne doit donc pas être intégré au compte de campagne d'un parti. S'agissant des blogs de soutien, le Forum demande aux formations politiques d'informer les internautes des « responsabilités inhérentes à l'expression publique sur l'Internet ».
Il est par ailleurs souhaitable que les commentaires postés sur les forums ou les blogs officiels soient modérés. En application de l'article L.49, le Forum recommande enfin aux partis et aux candidats d'assurer le gel des sites et la neutralisation des envois de messages ou de forums de discussion à minuit la veille du scrutin.
Le Forum des droits sur l'Internet est une association sans but non lucratif qui a pour mission d'animer une réflexion collective, réunissant les professionnels, les pouvoirs publics et les particuliers, autour du Web. Ses recommandations n'ont pas valeur d'obligation.
La prospection par courriel réglementée
La Cnil a en revanche émis une série de recommandations qui devra être respectée sous peine de pénalités financières. Un an après une campagne de l'UMP sur le Web qui avait exaspéré certains internautes, guère heureux de recevoir des messages non sollicités du Président du parti Nicolas Sarkozy dans leur messagerie électronique, la Cnil veut réglementer la prospection politique par courriel. Les fichiers de gestion et de paie des personnels, des administrations ou des collectivités locales ne peuvent pas être utilisés par un parti. Les formations politiques peuvent en revanche louer des fichiers à des sociétés spécialisées comme le font d'autres pour le démarchage commercial.
Une série de conditions doit cependant être respectée. Le prestataire doit avertir les personnes que leurs données peuvent être utilisées à des fins politiques afin que celles-ci puissent s'y opposer. La Cnil insiste dans son communiqué : « la prospection politique opérée par courrier électronique ne peut concerner que des personnes qui y ont consenti ». Chaque message doit également contenir un lien ou une case afin que le destinataire puisse bloquer la réception de messages. L'expéditeur doit par ailleurs indiquer l'origine des fichiers de listes utilisés sachant que les partis n'ont pas le droit de conserver leurs données. Celles-ci doivent rester entre les mains du prestataire.
Pour le parrainage, la Cnil indique qu'un seul message peut être envoyé à une personne invitée. Enfin elle rappelle les règles de confidentialité imposées aux partis dans la gestion interne de leurs fichiers.
A cliquer
- Le guide pratique de la Cnil
- La recommandation du Forum des droits sur l'Internet
Printemps 2005, les Français infligent un soufflet à la majorité des médias et des politiques en disant non à 54,67% au référendum sur la Constitution européenne. Bien que les répercussions réelles soient difficiles à mesurer, beaucoup pensent que la campagne alternative organisée sur le Web a orienté le choix des citoyens.
La mobilisation d'internautes anonymes fut en effet sans précédent. Etienne Chouard, professeur de droit à Marseille, avait particulièrement attiré l'attention - et continue aujourd'hui encore. Sur son site L'arc-en-Ciel il écrit : « Ici, vous trouverez d'abord une synthèse des plus graves reproches essentiellement institutionnels, qu'on peut faire au "TCE" [projet de traité constitutionnel européen, NDLR], et plus généralement à la construction de l'UE ».
L'idée de démocratie participative en ligne florissait alors. Mais aujourd'hui, à l'approche de l'élection présidentielle, la donne a changé. Qu'est-ce qu'un referendum en effet sinon la consultation populaire la plus encline à favoriser la participation des citoyens ? On consulte le peuple pour prendre une décision, c'est oui ou c'est non. Avec la présidentielle, on passe d'une situation bilatérale à une configuration multilatérale et individualisée. On ne prend plus une décision précise mais on choisit une personne qui prendra le pouvoir. L'influence, la personnalité et le réseau des candidats rentrent ainsi en jeu, ce qui diminue les possibilités d'expression des e-citoyens.
Les grands partis ont déployé des stratégies sur le Web qui empiètent sur l'autonomie des internautes. Certains, comme l'UMP, cherchent à s'imposer par la voix de blogueurs influents. On pense à Loïc Le Meur évidemment, le patron de Six Apart Europe, qui s'est officiellement rallié à Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal a de son côté choisi de s'adresser directement aux internautes sur son site Désirs d'avenir. Il se présente comme un site de débat participatif, mais qui reste contrôlé par un parti. Tandis que le site de soutien Segosphere, sous-titré « les jeunes avec Ségolène Royal », a été lancé avec le concours d'Aziz Ridouan, qui s'est fait un nom dans le landernau en militant, avec son site Audionautes, contre le projet de loi Dadvsi.
Conjonction entre campagne présidentielle et Web 2.0
Mais à l'heure du Web 2.0, du Web collaboratif, les internautes ont les outils pour se détacher des partis et jouer de leur propre influence. Ségolène Royal en a fait les frais. Deux vidéos publiées sur la plate-forme Dailymotion ont tenté de lui faire du tort pendant la campagne d'investiture socialiste. Dans la première, Pierre Bourdieu affirme que Ségolène Royal est de « droite ». La seconde révèle des propos tenus par la candidate socialiste sur la nécessité d'imposer un temps de présence de 35 heures aux professeurs dans les collèges (le PS tentera par la suite d'allumer un contre-feu en montrant une version montrant le contexte, donc dite intégrale... mais qui ne l'était pas encore tout à fait).
Ces jeux d'influence et de pouvoir ne sont pas très propices au débat citoyen. Mais heureusement, le Web 2.0 est aussi un moteur d'échanges et de discussion. Le site Debat2007 a par exemple ouvert un wiki des programmes pour réunir « l'information sur les programmes des candidats à l'élection présidentielle de 2007 ». Pour rappel un wiki est un espace d'échanges de savoir en perpétuelle évolution sur lequel chacun peut intervenir. Certains blogueurs se transforment également en agitateurs d'idées. Il n'y a qu'à regarder le blog de Guy Birenbaum pour voir que certains billets suscitent de réels débats en commentaires. Mais cela est-il suffisant pour parler de démocratie participative sur le Web ?
La démocratie participative, comme le définit Wikipedia, permet « d'accroître l'implication et la participation des citoyens dans le débat public et la prise de décisions qui s'en suivent ». Internet fournit de l'information, donne aux internautes la parole. En somme, il est un stimulant citoyen. Il pose le débat, en trace les grandes lignes et c'est déjà ça !
Quelques clics pour obtenir un extrait de naissance, une borne pour rapidement mettre à jour sa carte Vitale, la dématérialisation des démarches administratives rime avec confort. Seulement le confort a un prix, une note qui peut être salée lorsqu'il s'agit d'un geste citoyen, le vote électronique.
Une étude publiée par des chercheurs de l'université de Princeton démontre la vulnérabilité des urnes électroniques aux Etats-Unis. L'AccuVote-TS, une machine utilisée par près de 10% des électeurs américains, présente en effet des failles importantes. Il faut moins d'une minute à une personne pour introduire un virus dans une machine qui se propagerait aux autres de façon transparente et serait capable de faire basculer les votes en faveur d'un candidat en particulier.
En France, si des machines d'autres marques sont utilisées dans les bureaux « électroniques », le sujet ne laisse pas indifférent. Les urnes électroniques sont à l'essai dans un certain nombre de communes et le vote par Internet a déjà été ouvert aux Français expatriés en Amérique du Nord et en Europe et en Asie depuis mars dernier. Une pionnière en Lorraine, Vandoeuvre-lès-Nancy, a même généralisé le vote électronique à l'ensemble de ses 21 bureaux de vote après homologation de ses machines à voter par le ministère de l'Intérieur. Si les pros arguent notamment que le vote électronique permettra à terme de lutter contre l'abstentionnisme, d'autres s'insurgent contre ce scrutin qui ne laisse aucune trace. Ce qui peut poser problème, tel que cela a été démontré lors des élections de mi-mandat américaines, le 7 novembre 2006.
Un bug nouveau : le vote-flipping
C'est la première fois que l'usage des machines à voter électroniques s'est effectué à grande échelle. Et le moins que l'on puisse dire est que cela ne s'est pas fait sans souci. Selon les experts, environ 39% des votes se sont effectués sur des machines électroniques, pour la plupart des systèmes à écrans tactiles. Un certain nombre de problèmes sont apparus dès les premières heures du vote dans le Colorado, au Texas, en Floride, dans l'Utah et en Pennsylvanie. Les comtés de Broward et Miami-Dade, qui avaient connu leur heure de honte lors de l'élection qui a porté George Bush au pouvoir, ont rapporté un curieux fonctionnement de leurs machines, connu sous le nom de vote-flipping : le candidat sélectionné n'est pas celui que valide la machine. Dans certains cas, les électeurs ont eu à sélectionner jusqu'à 4 fois le candidat démocrate avant que la machine n'accepte leur vote au lieu d'afficher le candidat républicain. Officiellement, un problème de calibrage d'écran lié à une mauvaise manipulation des opérateurs des bureaux de vote.
Dans plusieurs comtés de l'Ohio et de l'Indiana, les machines ont tout simplement refusé de démarrer, obligeant dans certains cas des juges à retarder l'heure de clôture des bureaux pour permettre aux électeurs de voter. Dans un des comtés de l'Indiana, les cartes d'activation des machines avaient été mal programmées. A Denver, dans le Colorado, les électeurs ont dû patienter parfois plus de deux heures du fait de problèmes de performance avec la base de données des électeurs.
Le gros point noir : l'absence de trace papier
Malgré ces problèmes, aucun effondrement généralisé n'a été noté et aucune preuve d'un piratage d'une machine n'a été mise en avant. Mais pour Bruce Schneier, un expert en sécurité, CTO de Counterpane Internet Security, là n'est pas la question. Pour lui, le problème principal des machines à voter est qu'elles rendent impossible tout recomptage en cas de doute du fait de l'absence de trace papier. La solution pour Schneier : maintenir le vote papier mais recourir à des machines à lecture optique pour accélérer le comptage des votes. En cas de doute, il reste ainsi possible de procéder à un décompte manuel.
Cela ne sera pas possible en Virginie, l'état pivot de l'élection sénatoriale, où le candidat démocrate a devancé son prédécesseur républicain de 7000 voix, assurant le contrôle du Sénat aux démocrates. Dans cet Etat, deux tiers des votes ont été enregistrés par des machines électroniques sans aucune trace papier. De ce fait, tout recomptage sera impossible alors que la loi prévoit la possibilité d'un nouveau décompte si l'écart entre les deux candidats est inférieur à 1% du nombre de votants (ce qui est le cas). A moins d'être convaincu de l'infaillibilité et de l'inviolabilité des machines, le doute pourra donc subsister.
Nous rassemblons ici un certain nombre d'adresses de sites et blogs qui nous semblent pertinents dans le débat actuel. N'hésitez pas à nous signaler d'autres adresses. Nous enrichirons de notre côté ce chapitre de notre dossier de façon continuelle jusqu'aux élections.
Lieux d'échanges
- Débat 2007 : Une adresse sérieuse qui permet de faire le point sur les enjeux de la campagne. Assurance maladie, emploi, dette publique... des dossiers synthétiques mais étoffés. Depuis le 9 novembre le site a également lancé un wiki des programmes. Chacun peut donc apporter sa science sur un parti ou un sujet. Incontournable pour se documenter...
- Le Monde Citoyen : Ce « superblog » regroupe les meilleurs billets, podcasts et vidéocasts des blogueurs politiques les plus impertinents (John Paul Lepers, Adam Kesher, Guy Birenbaum, Thierry Crouzet, Carlo Revelli d'Agoravox...). Des éclairages riches.
Blogs spécialisés
- Le blog de Netpolitique : Chaque nouveau moyen de communication engendre de nouveaux modes de communication. L'équipe de Netpolitique décortique les rapports des politiques avec le Web. Très réactive, elle livre jour après jour les infos incontournables mais apportent aussi des éléments de réflexions à travers des décryptages ou des interviews.
- Générateur de langue de bois : Tiré d'un (véritable ?) cours de l'ENA, le générateur de langue de bois permet de produire sans effort un discours persuasif dans sa forme mais totalement vide dans le fond. Etonnant et savoureux....
- Le blog de Jean-Michel Aphatie : il s'agit d'un journaliste de RTL, une radio qui a son ton et sa philosophie, mais il s'agit aussi d'un des rares journalistes à tenter de lever le voile sur l'envers du décor. Jean-Michel Apatie revient ainsi sur les coulisses des interviews politiques réalisées pour la matinale. Une lanterne pour mieux comprendre le fonctionnement des médias comme des interviewés.
Les candidats
Nous avons commencé à réaliser des fiches de lecture des blogs (ou à défaut le site officiel de soutien) des candidats. Cette série s'enrichira, comme le reste de ce dossier, au fur et à mesure de notre surf politique.
Sont déjà parus nos articles sur :
-
Le site de soutien de Ségolène Royal
- Le blog de l'UMP
- Le blog de Jean-Marie Le Pen
- Le blog de Philippe de Villiers
- Le blog d'Olivier Besancenot
- Le blog de Dominique Voynet
A suivre...
Lemondeinformatique.fr : Comment est né Netpolitique.net ?
Jean-Philippe Clément : C'était en 2000, nous étions trois amis qui sortaient à peine des études, à Sciences-Po. Il se passait déjà beaucoup de choses sur le Net, mais pas en France. Nous avons monté ce site par passion pour ce qui relève de la communication politique sur Internet. Et nous nous en occupons toujours, même si nous n'en vivons pas : nous avons chacun une activité par ailleurs. Il y a bien sûr plus d'activité pendant les campagnes électorales, mais entre-temps nous nous penchons sur d'autres sujets, comme l'e-administration.
Avez-vous observé de grandes étapes en matière de communication politique sur Internet ?
Les grandes dates, ce sont les élections, qui font faire à chaque fois un bond en avant dans les usages. Typiquement, alors que la vidéo existe depuis plus de deux ans sur le Web, son usage explose vraiment avec cette élection présidentielle. Il faut aussi noter qu'une fois arrivés au pouvoir, les hommes politiques ont pris conscience de l'intérêt d'Internet, et réutilisent l'outil pendant leur mandat. L'Internet public fait des bonds à ce moment-là.
Cette élection marque-t-elle un tournant en matière de campagne sur le Web ?
2007 est le scrutin de la professionnalisation de la communication politique sur le Net, de la prise au sérieux. En 2002, les hommes politiques se disaient plutôt « on va laisser les jeunes s'amuser ». Aujourd'hui, le dispositif est complètement intégré au dispositif de campagne. Pour tous les candidats.
Comment expliquez-vous ce changement d'attitude ? Est-ce dû au débat sur la Constitution européenne, au débat sur la Dadvsi (loi sur les droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information), à l'impact de Loïc Le Meur (premier blog français en audience, et militant déclaré de Nicolas Sarkozy) ?
C'est vraiment ce qui s'est passé au moment du TCE [le traité sur la Constitution européenne, NDLR] qui a fait prendre conscience aux politiques qu'il fallait prendre la parole sur le Net. L'impact de la Dadvsi est moins important. Cela a surtout amené les ministres à faire attention ; le ministre de la Culture avait par exemple dans sa ligne de mire un projet de labellisation des blogs, il a abandonné l'idée après la Dadvsi... Quant à Loïc Le Meur, eh bien, tous ceux qui ont participé à faire comprendre aux politiques qu'Internet était un canal indispensable ont joué un rôle, mais bon, la vraie prise de conscience est liée au TCE, comme le RTGI (la cartographie de la blogosphère par l'Université de Compiègne) l'a montré : le non était écrasant par rapport au oui. Le non s'est construit aussi sur le Web, or les politiques sont passés à côté car le oui était omniprésent dans les médias.
Accordons-nous une trop grande importance au Web en général et à la blogosphère en particulier, alors qu'il ne s'agit encore que d'un microcosme, si on considère la population française dans son ensemble ?
C'est vrai qu'Internet, en trafic direct, cela ne représente pas grand chose, que les blogueurs n'ont pas un trafic mirobolant, mais il y a un effet loupe. On sait que ce qu'on publie sur le Web peut ressortir car les médias s'y intéressent, et les médias s'y intéressent parce qu'il s'agit d'un phénomène nouveau. C'est typiquement ce qui est arrivé avec la rumeur sur l'ISF et le couple Hollande-Royal : elle a couru un moment, puis a fini par sortir. Il y en aura d'autres comme ça. Car les médias ne peuvent pas ne pas en parler. Ils ont raison de le faire, c'est légitime. Et c'est ce qui donne de l'influence à la blogosphère. Aux Etats-Unis, le sénateur Allen était donné archi-vainqueur, il n'avait que quelques semaines à tenir avant les élections, mais une vidéo sur le Net l'a montré en train de traiter un cameraman de macaque... En France, le Canard enchaîné s'est par exemple servi de la vidéo du Net montrant le nombre de militants présents au congrès de l'UMP lors de l'investiture de Nicolas Sarkozy. Cette élection est vraiment celle de la vidéo.
A écouter : L'interview audio de François Bayrou par Vincent Delfau.
François Bayrou, prétendant à la Présidence de la République, a visité le salon Solutions Linux le 31 janvier. Lemondeinformatique.fr a pu l'interroger au détour d'une allée.
Le président de l'UDF indique qu'il défend depuis longtemps le logiciel libre qui représente, à ses yeux, un modèle de développement original et intéressant pour le 21e siècle. En permettant à chacun d'être à égalité devant la source et de connaître la racine et les applications qu'il développe, le Libre donne l'opportunité, selon François Bayrou, d'être maître de son destin. Le candidat souligne particulièrement l'aspect collaboratif et non exclusivement mercantile des logiciels libres, et rapproche ce mode de fonctionnement des wikis : « des être humains qui se mettent ensemble pour développer un univers dans lequel les bases sont non marchandes : un autre monde est possible ». Pas de révolution en vue cependant : François Bayrou n'a pas rallié la gauche anti-libérale ni ne remet en cause l'économie de marché. « Cela ne signifie pas que dans ce monde il n'y a plus d'économie - vous voyez bien le nombre d'entreprises qui sont développées autour de l'Open Source - mais qu'on peut imaginer des modèles de développement non exclusivement économiques ».
Pour soutenir le Libre, le candidat centriste estime que l'Etat doit en soutenir l'usage par l'Administration : « beaucoup d'administrations utilisent le logiciel libre, à commencer par le ministère de la Défense (...). Sans obliger les administrations, on peut voir d'un bon oeil le développement du Libre car c'est une garantie d'indépendance ». Si François Bayrou se fait le héraut des formats ouverts, il avoue toutefois qu'il n'en fait pas usage : « je n'utilise pas encore les logiciels libres comme il faut. C'est des univers que sans cesse on me recommande. J'ai Firefox sur mon ordinateur, il est chargé mais je ne l'utilise pas encore ». Soucieux de contrebalancer ses carences, il rappelle aussitôt qu'il est monté à la tribune de l'Assemblée, lors de l'examen de la loi DADVSI, pour « défendre le Libre contre tous ceux qui voulaient lui faire un mauvais sort ».
Les internautes invités à s'occuper des additions et des soustractions
Le militant du Libre repasse alors ses habits de candidat et égratigne au passage Nicolas Sarkozy. Le président de l'UMP a promis qu'il organisera un débat pour faire le bilan de la DADVSI, un an après son adoption. « Seuls sont crédibles ceux qui sont montés à la tribune pendant la loi pour exprimer la défense du logiciel libre, lui rétorque François Bayrou, je l'ai fait en pensant que c'était un très grand enjeu et je continuerai ». Il ne dit cependant pas ce qu'il adviendra du texte s'il est élu : « il faudra reprendre la loi en y réfléchissant. Ce qui est inquiétant, c'est l'aide qu'elle apporte à ceux qui veulent contrôler toute la chaîne depuis le hard jusqu'au soft ».
Toujours sur le front de la campagne, le candidat UDF a couvert le Web de dithyrambes, « un univers très important car il permet de faire passer des messages en dehors des médias officiels, en contre-poids des médias dominants », égratignant au passage une nouvelle fois les chaînes de télévision auxquelles il reproche la sur-représentation du couple Sarkozy-Royal. François Bayrou, qui a participé à la campagne de 2002, constate les changements intervenus en cinq ans : « tout à coup, on a des gens qui ne sont plus des gobeurs d'information mais des praticiens qui vérifient et ne laissent pas passer n'importe quoi. Le grand avantage d'Internet, c'est qu'on ne peut pas y raconter des histoires ». Le candidat pointe alors du doigt ses concurrents dans la course à l'Elyse, qui promettent « des dizaines de millions de dépense, des dizaines de millions de baisse de recette dans un pays qui est déjà l'un des plus endettés du monde ». Et de prendre à partie les internautes : « j'espère qu'ils vont s'occuper des additions et des soustractions ».