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IT & DirectionGrand dossier4 articlesPublié le

Externalisation du SI, jusqu'où peut-on aller ?

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

En quelques années, le vocabulaire a changé puisque nous sommes passés de l'infogérance aux services cloud managés boostés à l'automatisation. Quel que soit l'approche ou le nom donné, l'externalisation vers le cloud ou vers des clouds prend une ampleur inédite aujourd'hui ; des grandes entreprises françaises migrent même la totalité de leur SI vers un cloud public même les applications les plus critiques.

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Article 1 sur 4

L'infogérance se réinvente avec le cloud

Par La RédactionPublié le 20 janvier 20223 min de lecture

L’externalisation du SI a toujours été associée à l’infogérance qui consiste à déléguer la gestion de l’intégralité ou d’une partie de son SI à un prestataire externe. Aujourd’hui, le mot infogérance se ringardise et tend à s’effacer au profit du move-to-cloud ou de l’externalisation vers le cloud. « Nous parlons effectivement plus de services cloud managés aujourd’hui que d’infogérance », souligne d’ailleurs, Stéphane Desmidt, ingénieur commercial Services Managés & Transformation Cloud chez l’ESN Digora. Même IBM en se séparant de son activité Infogérance à l’automne dernier donne cette impression de vouloir moderniser cette image en se recentrant prioritairement sur ses activités cloud, logicielles et autres activités IA et consulting. Cela dit, quel que soit l’expression ou le mot utilisé, les entreprises françaises sont toujours plus nombreuses à migrer leurs serveurs, leurs applicatifs et leurs workloads vers le cloud. « D’après l’enquête que nous avons réalisée auprès de 4000 participants en pleine crise sanitaire (début 2021), nous assistons effectivement à une accélération des migrations vers le cloud public. D’ici trois ans, une majorité des workloads seront dans le cloud public. Cette tendance, nous la constatons déjà sur le terrain avec un certain nombre de nos clients qui ont migré leur back office dans le cloud en 2018. Bien d’autres grands clients d’Accenture se sont engagés vers cette voie depuis », indique Samuel Spear, responsable cloud First Infrastructure & Engineering. 

Vers une stratégie multicloud 

Pour Catherine Jestin, executive vice-présidente Digital et Information Management chez Airbus qui s’est exprimée lors du dernier IT Tour en Occitanie, l’externalisation vers le cloud public fait partie de la politique d’Airbus au même titre que le cloud privé et le cloud souverain ou de confiance. « La stratégie d’Airbus est d’abord cloud first. Pour toute nouvelle solution mise en œuvre chez Airbus, nous regardons avant tout une alternative cloud ; dans certains cas de figure, cela n’est pas possible. Airbus évolue également dans une stratégie multicloud, nous mixons du cloud privé, du cloud public et demain, nous l’espérons, du cloud souverain. Et dans le cloud public, nous sommes également dans le multicloud, nous avons une plateforme majeure hébergée dans le cloud d’AWS et un certain nombre d’autres solutions dans Azure et Google Cloud. » De son côté, la SNCF poursuit, depuis 2015, sa migration vers le cloud public, le groupe ferroviaire a même récemment terminé le transfert de 7000 serveurs dans le cloud d’AWS. Autre exemple, celui de l’entreprise Engie Solutions (voir témoignage client ci-dessous) qui, dans son cas, opère une migration totale de son IT vers le cloud public d’AWS. N’oublions pas en parallèle, les nombreuses entreprises qui viennent chercher dans le cloud des solutions Saas et des services à valeur ajoutée comme Casino autour de l’IA et de l’analyse de données chez Google Cloud, ou encore Back Market qui exploite depuis quelques mois la suite collaborative Workspace de Google Cloud.  

Article 2 sur 4

Jusqu'où aller dans l'externalisation et vers quels types de cloud ?

Par La RédactionPublié le 20 janvier 20226 min de lecture

Peut-on migrer tous ses workloads dans le cloud public aujourd’hui ? Oui bien sûr, preuve en est des groupes Engie Solutions et PMU qui l’ont fait en totalité ou presque vers le cloud public d’AWS. En soi, il n’y a pas de limites. Après, tout dépend des priorités des entreprises comme le constate Stéphane Desmidt, ingénieur commercial Services Managés & Transformation Cloud chez l’ESN Digora : « Certaines entreprises jouent plutôt la prudence envers les offres américaines quand il s’agit de données de santé et bancaires. De même pour le secteur public qui privilégie d’abord les clouds souverains. » Dans les secteurs de la banque et de la santé, ce sont surtout les acteurs historiques qui restent les plus réticents de par leur patrimoine existant, les startups (fintechs et biotechs) n’hésitent pas, quant à elles, à positionner tous leurs workloads dans un cloud public à l’image de Lifen, spécialisé dans le partage des données de santé, ou la néobanque des entreprises et des indépendants Qonto qui, toutes deux, utilisent là aussi le cloud d’AWS. A l’opposé, certaines entreprises privilégient des clouds privés à l’image du grand groupe laitier Lactalis qui a jugé trop complexe une migration de ses données vers un cloud public par rapport à son patrimoine applicatif qui compte de nombreux systèmes historiques différents suite à sa politique intense d’acquisition (115 au cours des 15 dernières années). Quant aux réticences à migrer vers le cloud, elles deviennent, pour Stephan Hadinger, directeur de la technologie chez AWS France, presque mineures, voire inexistantes. « Les entreprises recherchent déjà dans un cloud la sécurité qu’elles ne peuvent plus assurer en interne, elles veulent aussi de l’agilité pour démarrer plus rapidement, de la résilience surtout à l’heure du travail à distance, sans oublier la réduction des coûts même si ce n’est pas forcément toujours le premier critère mis en avant aujourd’hui. De plus, les entreprises sont plus sensibles au développement durable ; réduire la consommation énergétique constitue désormais un critère complémentaire dans leur choix de transformation vers le cloud. » Et d’ajouter : « Seuls les mainframes se transportent moins dans notre cloud aujourd’hui, toutefois, nous avons réalisé l’acquisition de la société française Blu Age spécialisée dans la migration automatisée de mainframes. » A noter que le cloud français de Cheops dispose, depuis 2018, d’une offre dédiée (iCod400) sur IBMi (AS400).  

Le cloud public, un marché accaparé par les grands faiseurs américains 

Concernant le choix des clouds publics, selon Samuel Spear, responsable Cloud First Infrastructure Engineering chez Accenture, AWS, le précurseur des services IaaS, a su capter une majorité des clients aujourd’hui. « Depuis 3 ou 4 ans, nous constatons toutefois une montée en puissance de Microsoft/Azure avec son ADN Entreprise et le déploiement des offres Microsoft 365, Dynamics. Quant à Google Cloud, le provider continue sa croissance avec une stratégie orientée industrie et un accent fort sur la data et l’IA. » Face à la puissance des trois hyperscalers (investissement de 200 millions de dollars par jour pour les trois grands acteurs américains en R&D), les clouds français et/ou européens restent encore pour les entreprises, notamment les grands comptes et les grandes PME plutôt perçus comme une alternative pour certains workloads liés à un cadre réglementaire (santé, finance) ou à des données très sensibles (R&D, fabrication, etc.). Mais pas que ! Pour Caroline Comet-Fraigneau, VP de OVHcloud France Benelux Africa Middle East, si OVH Cloud est bien reconnu sur le marché du cloud privé (son offre Hosted Private Cloud certifiée SecNUmCloud), le développement de l’entreprise passe aussi par le PaaS. « Nous avons pris le virage du move to Paas et construit un fort écosystème via de nombreux partenariats avec Nutanix, avec Google, avec VMWare, avec MongoDB et Aiven pour les bases de données mais aussi dans le stockage avec notre solution Object Storage. Et bien d’autres. Notre portefeuille ne cesse de s’étoffer  ».  

Certes le coût mais surtout la création de valeur ! 

Le porte-parole d’Accenture Samuel Spear, de par le rayonnement international de l’entreprise, constate également une vraie différence entre les marchés européens et américains dans la migration vers le cloud public : « Les entreprises européennes ont d’abord une vision économique du cloud. Comment le cloud peut optimiser mes coûts ? A l’opposé, les marchés américains et asiatiques ont une vision portée sur la création de valeur et le time to market. Comment le cloud peut me permettre de créer des nouveaux services et gagner en agilité ? Chez Accenture, nous essayons justement de mettre la valeur au cœur des transformations vers le cloud chez nos clients français et européens. »    

Précisons enfin que s’il n’y a pas, à proprement parlé, de limites dans l’externalisation, un projet de migration reste long à mettre en œuvre, de l’ordre de 18 mois minimum et plus, il nécessite rigueur, évaluation et planification. De ce fait, de nombreuses entreprises démarrent souvent par un petit groupe d’applications métiers pour finir par les plus complexes comme les ERP, mais d’autres font l’inverse. De même, la réussite d’un projet sera d’autant plus simple si les entités métiers y sont associées. Si cela paraît logique comme le confirme Samuel Spear, c’est parfois loin d’être le cas sur le terrain.  

Un chiffrement géré par le client ou par un tiers pour répondre aux exigences de souveraineté 

Comme nous le constatons régulièrement dans nos rencontres avec les responsables IT, les entreprises, même celles jugées plus sensibles ou stratégiques, n’opposent plus forcément la souveraineté aux clouds publics américains. « Dans tous les contrats que nous signons avec nos providers de cloud, nous avons une exigence d’un hébergement en Europe, des clauses de réversibilité et d’accès aux données strictes. Nous disposons aussi d’une deuxième protection qui se fait au travers de l’encryption des données, notamment les plus sensibles avec des clés Airbus, les données ne peuvent donc pas être décryptées par les hébergeurs ou les providers », déclare Catherine Jestin, executive vice-présidente Digital et Information Management chez  Airbus, à l’occasion de l’IT Tour Occitanie 2021 en décembre dernier. Ce chiffrement contrôlé par le client ou par un partenaire se développe. Prenons l’exemple de Devoteam et de son offre Sovereign Keys pour le cloud AWS qui s’affiche comme un mécanisme de chiffrement dont le prestataire est l’unique gestionnaire. Pour Devoteam, ce dispositif est conforme aux standards de chiffrement recommandés par l’ANSSI et adresse ainsi les réglementations européennes et françaises, comme le RGPD, ou les standards internationaux de sécurité tels ISO/IEC27001. A ce dispositif, Stephan Hadinger, directeur de la technologie chez AWS France, reconnaît qu’il leur est techniquement impossible d’accéder aux données de leurs clients.  

Article 3 sur 4

Engie Solutions migre massivement ses workloads vers AWS

Par La RédactionPublié le 20 janvier 20224 min de lecture

Le pôle Infrastructures et Production de Engie Solutions, l’entité du groupe Engie créée en 2020 qui regroupe l’ensemble des activités d’efficacité énergétique, poursuit depuis le 1er janvier 2021 un important projet de transformation dans le cloud, dénommé Jupiter. « Le projet Jupiter s’inscrit dans la stratégie Cloud First du Groupe ENGIE. Comme de nombreuses autres entités du Groupe, nous entendons accompagner l’innovation globale en fournissant à l’ensemble de nos métiers et de nos activités les moyens de leurs ambitions », explique d’ailleurs le directeur de l’infrastructure et production au sein de la DSI chez Engie Solutions Matthieu Royer. Engie Solutions s’est rapidement orienté vers une stratégie monocloud en sélectionnant AWS. « Plusieurs critères ont joué en faveur d’AWS, sa part de marché déjà, son catalogue de services, sans oublier l’accompagnement technique et commercial. En tant que prestataire, AWS a été d’une grande aide pour ce projet sur la partie organisationnelle, une dizaine de personnes était à notre disposition », précise Stéphane Desmidt, responsable du projet chez Digora, l’ESN (150 personnes) qui a épaulé Engie Solutions dans sa transition vers le Cloud AWS. A noter que la gouvernance et la gestion de ce projet ont été menées par le cabinet Magellan Consulting d’une main de maître comme le précise Matthieu Royer.  

A la hauteur de ce défi technique ! 

Pour accélérer le processus vers le cloud, le choix a été fait d’adopter une méthodologie en sprint, soit 3 jours toutes les deux semaines, chaque application étant préparée en atelier technique la semaine précédant le sprint, pour être prête à migrer le jour J en lift & shift. Dès janvier 2021, l’ESN s’est donc attelée à prendre en charge toute la migration de la supervision vers AWS des quelque 900 serveurs virtuels Linux et Windows. Un vrai défi car Digora se devait de définir avec précision comment opérer et exploiter le cloud tout en assurant la continuité de service de l’entreprise durant cette phase de migration. Pour le bon déroulement de cette étape, Digora a opté pour la création d’un outillage spécifique d’interrogation des API AWS et d’automatisation des déploiements de supervision dans le cloud. Au deuxième trimestre 2021, les équipes d’Engie Solutions et de Digora se sont focalisées sur la migration des bases de données soit 300 bases de données PostgreSQL, MongoDB, MySQL, Oracle et SQL Server, pour 150 applications métiers et plus de 15 000 clients finaux. Là non plus, la tâche n’a pas forcément été si simple surtout pour le transfert assez complexe des bases Oracle vers des instances EC2 dédiées ou encore PostgreSQL vers AWS RDS. Les bases RDS présentant des contraintes techniques particulières limitant le champ d’exploration de l’outillage de supervision, Digora a alors choisi d’ajouter à sa supervision l’outil Amazon CloudWatch, lequel se révèle très complémentaire aux services de supervision existants. 

Vers un décommissionnement complet 

Aujourd’hui, près des deux tiers des services et des machines de production ont déjà été migrés. «Nous n’avons pas encore constaté d’incidents, ça fonctionne. S’il reste évidemment certains enjeux métiers à régler, pour l’heure les voyants les plus fondamentaux sont au vert. Nous avons gagné en sérénité mais aussi en réactivité », se réjouit à ce titre Matthieu Royer. « Nous avons pu constater la stabilité et les performances offertes par le cloud d’AWS », ajoute, de son côté, Aurelien Kiener, responsable de la BU Cloud chez Digora. A terme, 100 % des workloads d’Engie Solutions seront migrés vers le cloud public, le décommissionnement des dernières applications se fera au fur et à mesure car l’objectif final est bien de vider le datacenter du groupe.  « Notre objectif est de porter la totalité de nos workloads dans le cloud public. En pratique, c’est plus compliqué par rapport à certains de nos applicatifs. Dans deux ans, si nous arrivons déjà à un ratio de 90 % dans le cloud et 10 % en on premise, nous serons très satisfaits », souligne Matthieu Royer. Cette migration progressive vers AWS devrait entrainer en interne au sein de la DSI chez Engie Solutions des changements organisationnels, par exemple, les profils réseaux devraient disparaître dès la fin des derniers workloads en on premise. Pour accompagner ces changements, des comités au sein de la DSI ont été créés pour partager les inputs du cloud, de même, comme le note Matthieu Royer, la création d’un centre d’excellence cloud (CCOE) permet de diffuser des bonnes pratiques.  

Article 4 sur 4

Interview de Sergio Werner, directeur du centre cloud de Capgemini

Par La RédactionPublié le 20 janvier 20223 min de lecture

L’infogérance traditionnelle a évolué avec le cloud, pouvons-nous encore parler d’infogérance aujourd’hui, quel est votre point de vue sur ce sujet ?  

Sans changer de vocabulaire ou de terminologie, nous avons évolué en termes de contenu aujourd’hui chez Capgemini. Avec le cloud, des nouveaux critères rentrent en compte, l’infogérance se déplace donc aussi autour du cloud. Et l’entreprise cliente a et aura toujours besoin d’un partenaire et d’un tiers de confiance dans son approche multicloud et hybride. 

Ce fort mouvement vers le cloud public, le constatez-vous sur le terrain ?  

90 % de nos clients migrent vers le cloud public à divers degrés ou niveaux suivant leurs réglementations (notamment pour les données bancaires et celles liées à la santé très corrélées aux obligations), sans oublier la criticité et la souveraineté de leurs données avec la RGPD. Mais de manière générale, les freins sont moins prégnants qu’auparavant, certaines entreprises font le choix de migrer la totalité de leurs workloads.   

Vers quels clouds publics migrent-elles ?  

De par leur vaste catalogue de services et d’outils, les hyperscalers américains sont une cible de choix pour les acteurs privés et publics. Si nous prenons comme exemple nos clients grands comptes, ils s’orientent, suivant leurs besoins, vers une approche multicloud public avec un résiduel en cloud privé. Si cette tendance vers les hyperscalers est très marquée, certaines entreprises privilégient aussi des clouds français ou européens en rapport avec leur cadre réglementaire. Je peux citer notre client la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie) qui a fait le choix d’OVH Cloud.   

Observez-vous des points particuliers dans la réussite d’un projet de migration vers le cloud ?  

Dans ces projets déjà longs et complexes, les approches seulement challengées par l’IT ne sont pas optimales, l’implication des métiers est très importante. Il faut donc mobiliser les métiers et les inscrire à part entière dans le projet, n’oublions pas que l’entreprise répercute aussi les coûts vers les entités métiers. Ensuite, n’appliquons pas forcément, surtout par facilité, la stratégie lift and shift qui consiste à déplacer une application vers une plateforme cloud, sans y toucher. D’un point de vue TCO, il est souvent plus avantageux de transformer cette application, surtout celle qui n’est pas identifiée « en fin de vie. » Comme nous le disons chez Capgemini : plus on transforme, plus on gagne en TCO. Pour cela, il faut bien connaître son parc applicatif existant et anticiper aussi sur les applications à venir. 

Quels sont les points différenciants de Capgemini ? 

Notre connaissance des métiers et de l’engineering font partie de nos points différenciants. Nos compétences, nos ressources et nos experts certifiés en France et à travers le monde assurent aussi à Capgemini d’être classé parmi les Global Players. Qu’elles soient multisites, internationales ou nationales, nos entreprises clientes réclament aussi des programmes de formation et des certifications, et pas seulement pour un seul cloud mais pour tous les grands faiseurs. Nous disposons d’un panel de compétences cloud spécialisées et modulables pour adresser les différents cas d’usage.