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IT & DirectionGrand dossier9 articlesPublié le

Election présidentielle 2022, le point sur les programmes numériques

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Le Monde Informatique propose une série d'articles sur l'élection présidentielle attendue les 10 et 24 avril 2022. Quelques semaines plus tard, les dimanches 12 et 19 juin 2022, auront lieu les élections législatives afin d'élire les 577 députés. Durant plusieurs semaines, nous avons suivi les candidats lors de leurs interventions, à Sciences Po, à Station F lors d'un événement organisé par le Medef, mais aussi auprès d'organisations dédiées au numérique, comme Infranum. Nous avons envoyé nos questions aux douze candidats et brossé le portrait de tous ceux qui ont répondu avec un point d'honneur sur les propositions relatives au numérique. Les propositions sont variées, concrètes, et répondent à plusieurs enjeux : fracture numérique, formation tout au long de la vie, valorisation des entreprises françaises, régulation des plateformes numériques ou encore cybersécurité. Chaque parti politique qui nous a répondu s'est donc prêté au jeu, donnant un aperçu de leur vision du numérique en France pour ce prochain quinquennat. Vous pouvez retrouver ci-dessous les différents entretiens consacrés à Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Anne Hidalgo (PS), Yannick Jadot (Les Verts), Marine Le Pen (RN), Emmanuel Macron (Lrem), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Valérie Pécresse (Les Républicains), Fabien Roussel (PCF) et Eric Zemmour (Reconquête).

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Article 1 sur 9

Présidentielle 2022 : Nicolas Dupont-Aignan défend un numérique souverain

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20226 min de lecture

Député de l'Essonne depuis 1997, Nicolas Dupont-Aignan est candidat pour le parti Debout La France. Focus sur les priorités numériques du parti : souveraineté numérique, Buy french act et formation continue aux technologies.

Le mot souveraineté est revenu très régulièrement dans cette campagne présidentielle, devenant le fil rouge de plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Dans son programme, Nicolas Dupont-Aignan promeut ainsi les sciences, la souveraineté industrielle et le numérique. Souhaitant « retrouver une vision française de la recherche et franchir le seuil des 3% de ratio de dépenses en R&D/PIB dès 2024 (contre 2,2% à l’heure actuelle) » il annonce que s’il est élu, l’Etat investira 2 milliards d’euros supplémentaires par an pour relancer la recherche.

Par ailleurs, il propose de créer un fonds doté de 500 millions d’euros par an finançant « la création d’entreprises par des chercheurs universitaires » ainsi qu’une allocation « entrepreneur innovation technologique » pour pousser au développement de projets technologiques innovants, limitée pour une période non renouvelable de 2 ans. Le but est de bâtir un Etat stratège qui ciblera « les technologies les plus cruciales des 30 prochaines années », le candidat souhaite également favoriser l’activité des « business angels » en allégeant leur fiscalité et en les incitant à appuyer les entrepreneurs le plus tôt possible, notamment en déduisant 100% de l’impôt sur les très grandes fortunes pour des investissements dans des PME innovantes produisant en France.

Assurer sa propre souveraineté numérique

Pour redevenir un acteur compétitif, le candidat veut créer ou récupérer des acteurs et des outils numériques français. De fait, il propose de lancer un « google » francophone (sans évoquer Qwant) et de constituer des réseaux sociaux et des plateformes de streaming français prenant l’exemple de l’Asie. Il exige par ailleurs l’hébergement des données issues d’usagers français en France par des acteurs indépendants ou étatiques avec un vrai droit à l’oubli et une possibilité faible de traçage pour l’usager. En ce sens, il admet vouloir sortir du projet européen GAIA-X les initiatives franco-françaises et les placer sous l'égide de l'Inria.

Le candidat, dans sa bataille pour la souveraineté, veut rendre l’industrie française autonome sur la fourniture en composants ainsi que sur la robotique et les machines de production dont les imprimantes 3D. De même, il promeut la construction d’un cloud français souverain et d’un espace numérique du citoyen français (ENCF) en alternative aux Gafam. Il attache également une importance aux logiciels libres et à leur déploiement « pour garantir la sécurité des systèmes d’exploitation utilisés par l’Etat, dont notre armée, et des données de nos entreprises stratégiques ou adhérentes à cette nécessité ».

Adopter un « Buy french act »

À la manière des Etats-Unis, le candidat veut réserver une large proportion d’achats publics (75% minimum) aux entreprises produisant en France lors des marchés publics. Il souhaite créer un fonds d’investissement et de relocalisation dédié uniquement aux produits « Label Tricolore » doté de 5 milliards d’euros par an et « piloté par la Caisse des dépôts et consignations qui favoriserait l’investissement productif, l’emploi et la recherche dans les zones périphériques et rurales notamment ». Le rétablissement de règles commerciales est également au programme afin de « se donner les moyens d’intervenir, en cas de concurrence déloyale ».

Pour soutenir les TPE et PME, l’actuel député de l’Essonne veut nommer un dirigeant de PME au poste de ministre de l’Economie et annonce zéro taxe et zéro norme supplémentaire pour ces entreprises. L’une de ses premières mesures, s’il est élu président sera de « simplifier les réglementations juridiques existantes dans les 100 jours suivant l’élection ». Dans cette volonté de garder les entreprises sur le territoire, il souhaite faciliter la transmission des entreprises en les exonérant de droits de succession sur 90 % de leur valeur (75 % à l’heure actuelle).

Défendre un réseau unique nationalisé

Le candidat-parlementaire s’intéresse de près à la question du déploiement du très haut débit par la fibre sur l’ensemble du territoire national. Dans son département, la couverture réseau est de l’ordre de 99% et figure parmi les zones les mieux couvertes de France. Il précise vouloir favoriser un acteur unique, Orange, plutôt que de multiplier les installations par les différents opérateurs connus (Free, Bouygues, SFR). Pour cela, il entend renforcer les pouvoirs de l'Arcep.

Dans son plan, cette autorité déploiera et maintiendra ces équipements de très haut débit sur tout le territoire métropolitain et ultramarin. De fait, le candidat envisage « un montage financier pour avoir un réseau unique nationalisé que les opérateurs loueraient » basé sur un système de redevance. Dans le même temps, il souhaite créer un ministère de l’aménagement du territoire avec une composante numérique pour pallier les problèmes de déploiement de la fibre. Son objectif : « supprimer les zones blanches de téléphonie mobile et garantir la télévision numérique sur tout le territoire ».

Assurer une formation continue au numérique

Le candidat veut adopter une politique radicalement différente de l’actuelle en matière d’instruction publique, en donnant la priorité « aux savoirs fondamentaux et revaloriser les voies professionnelles et technologiques pour anticiper les besoins du Fabriqué en France ». En ce sens, il annonce la rénovation de « filières spécialisées pour former les futurs ouvriers, capables d’exploiter les outils du numérique en fabrication additive en particulier (impression 3D métallique, verre, béton …) ». Dès le collège et au lycée, il promeut « une haute exigence en programmation-codage, algorithmie, conception de systèmes et en manipulation des outils digitaux - conception 3D avancée pour les NFT et métavers, simulation, impression 3D, création d’une agrégation du numérique sur ces savoirs ».

Toutefois, ayant le souhait de protéger les plus jeunes des dangers du numérique, il annonce que l'usage des Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement (TICE) sera limité au seul cours à l’école primaire. Par ailleurs, il souhaite intensifier les formations aux métiers du numérique au sein de Pôle emploi et dans la formation professionnelle continue, en proposant une formation à l’informatique et à l’entreprenariat aux demandeurs d’emploi et employés ainsi qu’aux indépendants désireux de créer leur entreprise dans le numérique ou de se reconvertir. « La révolution numérique ne doit pas être pour une France à deux vitesses, avec deux skis qui s’écartent. Elle doit profiter à tous, aux habitants mais aussi aux PME » s’est exprimé le candidat.

La santé et l’environnement soutenus par les technologies

La pandémie de Covid-19 a montré l’intérêt du déploiement de technologies dans la santé, notamment la télésurveillance de maladies ou les téléconsultations. Poursuivant sur cette voie, Nicolas Dupont-Aignan souhaite mettre en place un modèle de santé préventif qui s’appuie sur les dernières technologies et les outils de dépistage. « Grâce à des objets connectés, des données relatives à leur corps et à leurs activités, les patients auront un meilleur contrôle sur leur santé » précise-t-il. Il propose également de « constituer des bases de données médicales avec les données anonymisées des citoyens des pays européens et déployer des solutions sur le diagnostic automatique et la recherche médicale génomique ».

Le candidat veut également allier numérique et environnement. De fait, il propose de créer des plateformes numériques d’information sur la valorisation des déchets adressé aux citoyens et aux professionnels : « les premiers pourront améliorer leur connaissance des possibilités de réparation et de recyclage de leurs biens ; les seconds pourront créer un marché de l’offre et de la demande de déchets bruts ou recyclés ».

Article 2 sur 9

Présidentielle 2022 : Anne Hidalgo veut concilier numérique et territoires

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, est candidate à l'élection présidentielle et représente le Parti Socialiste. Focus sur ses priorités : la création d'un ministère du Numérique, la souveraineté numérique, le renforcement de la sécurité des SI et plusieurs mesures à l'encontre des Gafam.

« Nous créerons un ministère du Numérique, autonome, détaché du ministère de la Cohésion territoriale ». Dans son manifeste du numérique, la candidate à l’élection présidentielle Anne Hidalgo cherche avant tout à se démarquer des autres candidats. Avec cette proposition, cette dernière souhaite recréer une cohésion territoriale et apporter le numérique de manière équitable dans toutes les régions. A ce jour, « 3% de nos territoires ne sont couverts par aucun réseau internet » précise la candidate. Elle souhaite ainsi déployer le réseau dans tous les territoires, même les plus reculés et intensifier le débit. « Nous veillerons à ne pas créer deux types de territoires, à deux vitesses différentes, quant à l’accès internet. C’est pourquoi nous proposerons que chaque installation d’antenne 5G implique la couverture de trois intercommunalités en fibre haut débit ».

Cependant, ce déploiement dans les zones blanches doit s’accompagner d’une inclusion numérique pour tous. En conséquence, Anne Hidalgo annonce vouloir « doubler le nombre d’aidants numériques présents dans le pays, passant de 4 000 personnes à 8 000 » ajoutant que « tout individu aura accès à un établissement France Services en moins de 20 minutes en voiture ». Un chèque-équipement d’une valeur de 500 euros est également à l’ordre du jour. « Celui-ci permettra de financer l’obtention ou le rachat d’appareils numériques nécessaires à l’activité économique (ordinateurs, tablettes connectées). Cette aide sera accompagnée d’une obligation de suivi d’une formation dédiée l’usage du numérique ».

Prendre la voie de la souveraineté

A l’instar d’autres candidats, Anne Hidalgo vise une souveraineté numérique grâce à l’accompagnement de start-ups dans le secteur et au développement de technologies souveraines. « Plutôt que de se cantonner à un rôle de distribution de subventions à ces entreprises, l’État assurera directement des commandes publiques aux start-ups ». Cette mesure « garantira l’achat des meilleurs matériaux sur le marché et permettra d’obtenir des outils efficaces pour nos services publics ». Malgré un rôle primordial reconnu par les usagers, « ces start-ups d’État sont actuellement sous-dotées financièrement » estime la candidate socialiste qui propose d’augmenter leur budget annuel.

Lors de son intervention à Station F en février dernier, la candidate socialiste a glorifié l’incubateur, « exemple de réussite à la française » ajoutant que la France « doit fournir des champions français ». Dans un objectif de souveraineté, la candidate veut également développer un cloud français, « main dans la main avec les collectivités territoriales par la fondation d’un Sraddet (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires) du numérique. Ce dernier « imposera le stockage des données les plus sensibles au sein de datacenter français tout en exigeant plus de transparence aux logiciels sur les lieux d’hébergement de leurs données ».

Renforcer la sécurité des SI

Il en va de même pour l’écosystème cybersécurité indique la candidate, qui souhaite promouvoir davantage le site cybermalveillance.gouv.fr en lien avec l’Anssi et les gendarmes spécialisés pour sensibiliser l’ensemble de la population et mieux former l’ensemble des salariés sur des gestes de base de la cybersécurité. Sur ce point, Anne Hidalgo affirme sa volonté de mieux équiper les régions. « Des équipes de réponse aux incidents informatiques seront déployées et la cybersécurité sera intégrée « aux schémas régionaux de développement économique, d’internationalisation et d’innovation (SRDEII) afin de sensibiliser les collectivités locales ». De même, des plans nationaux de prévention des cyber risques seront élaborés afin de coordonner la réponse des pouvoirs publics et des acteurs privés en cas d’attaque numérique systémique affectant une part significative des Français. Estimant que cela doit passer par la formation, la candidate socialiste annonce que chacun sera formé aux gestes de base, dans les cours de technologie au collège et tout au long de la vie.

De plus, elle souhaite interdire l‘assurabilité des rançongiciels « pour éviter que des attaques informatiques (phishing, malware…) soient payées en cryptomonnaie, sans que la justice puisse poursuivre les agresseurs. Cela doit également passer « par un règlement européen, et par une disposition législative expresse dans le code des assurances » pour renforcer la protection des acteurs. Le PS prévoit également de concevoir une stratégie nationale et européenne de développement des cryptoactifs, par l’adoption d’une législation anti-trust, l’harmonisation des législations nationales et l’adoption d’un cadre réglementaire européen quant à la gestion des cryptomonnaies et de la blockchain.

Pour rappel, en juin dernier, le Sénat a présenté une vingtaine de propositions visant à prévenir des cyberattaques, incluant l’interdiction du paiement par les assurances des rançongiciels. Le sénateur PS, Rémi Cardon, coauteur de ce rapport d’information sur la cybersécurité des entreprises, estime notamment que le développement du télétravail, de la fibre, et des cryptomonnaies augmentent la surface d’exposition des entreprises, ajoutant que les TPE et PME sont un peu le trou dans la raquette sur ce point.

Les Gafam mis à l’amende

On retrouve également dans le programme de la socialiste plusieurs mesures à l’encontre des Gafam et plateformes de e-commerce étrangères. « Une règle claire doit guider le contenu présent sur les réseaux sociaux ; une meilleure modération passe par le fait d’imposer aux Gafam la transparence sur les moyens et algorithmes employés pour administrer le contenu en français sur leurs plateformes » annonce-t-elle. Au-delà de ce seuil minimal de modération, la seconde étape consisterait à sanctionner les Gafam qui contreviendraient à ces mesures. De plus, ces firmes seront incitées à œuvrer dans la lutte contre le réchauffement climatique par un système de labellisation. « Afin d’éviter que ces entreprises n’agissent pas uniquement dans un but lucratif par un simple greenwashing, cette politique sera strictement encadrée par les services de l’État ». Pour chaque activité, les plateformes devront indiquer leur bilan carbone, afin que le consommateur puisse le cas échéant s’orienter vers les solutions les moins polluantes.

Les plateformes devront par ailleurs s’aligner sur le droit français. Anne Hidalgo annonce vouloir mettre « fin à la situation des travailleurs liés aux plateformes numériques, comme les livreurs, considérés aujourd’hui comme des travailleurs indépendants alors qu’ils n’ont aucune maîtrise de leurs conditions de travail et de rémunération ». De fait, elle précise que la loi établira en leur faveur une présomption de salariat afin qu’ils accèdent à l’ensemble des droits des salariés (Smic, protection sociale, etc.). A travers cette mesure, la candidate vise notamment les plateformes de VTC et de livraison comme Uber, Uber Eats, Deliveroo, etc. Dans un rapport publié en décembre 2021, la Commission européenne estime le nombre de personnes travaillant par le biais de ces plateformes à plus de 28 millions. Or, 5,5 millions de personnes seraient déclarées comme travailleurs indépendants sans l’être réellement. D’autre part, les entrepôts des plateformes d’e-commerce se verront imposés une fiscalité similaire aux autres surface commerciales, détaille la candidate.

Article 3 sur 9

Présidentielle 2022 : Yannick Jadot plaide pour une sobriété numérique

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Zoom sur les priorités des Verts représentés par Yannick Jadot : fin de l'obsolescence programmée, réduction de l'impact environnemental du numérique, un usage raisonné pour tous, et une régulation forte des pouvoirs des géants du numérique.

Peut-on imaginer un numérique compatible avec une vision écologique ? Difficile si l’on en croit le programme du candidat à la présidentielle, Yannick Jadot, également député européen. Ce dernier prône en effet une transition écologique forte. A Station F à Paris le mois dernier, le candidat Yannick Jadot a eu l’occasion de s’exprimer sur le sujet, affirmant ainsi que « la transition écologique se fera avec les entreprises ou ne se fera pas ». Appelant à un grand changement dans la façon d’envisager le numérique à l’avenir, il ajoute que « les grands sujets de demain sont l’écologie et le numérique. Le numérique peut être un levier extraordinaire pour la transition écologique ». Mais qu’entend-il précisément par levier ?

Focus sur l’obsolescence programmée et l’empreinte carbone

Dans son programme, le candidat veut réduire l’impact environnemental du numérique. « Nous instaurerons un budget carbone pour le numérique. La réglementation prendra en compte les impacts du stockage de données sur le climat, l’environnement et l’accès aux ressources naturelles et énergétiques » précise-t-il. Par cette mesure, les Verts souhaitent rendre obligatoire sur les terminaux (téléphones, ordinateurs…) l’information relative à l’empreinte environnementale basée sur l’analyse du cycle de vie du terminal. La durée de garantie des produits devra être passée à 5 ans par défaut, et les équipements modulaires et réparables, respectueux de l’environnement devront être favorisés. Le député évoque une autre proposition, celle de rendre effectif le délit d’obsolescence programmée, évoquée par le Sénat dans une proposition de loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France.

Par ailleurs, le candidat soutenu par Europe Ecologie-Les Verts prévoit que « des règles s’appliqueront également aux logiciels, pour lutter contre l’obsolescence programmée » et soutenir la récupération des matériaux, la réparation, le réemploi et recyclage. Un taux de TVA réduit pourrait ainsi être proposé sur les appareils reconditionnés. « Enfin, nous appliquerons les recommandations du Haut conseil pour le climat au sujet de la 5G, en particulier l’obligation de la maîtrise de l'empreinte carbone pour les opérateurs » est-il précisé. Les Verts ne sont pas fondamentalement opposés à la 5G, mais souhaitent avoir un moratoire pour connaître toutes les finalités. Le parti veut en effet « privilégier les réseaux filaires, dans les locaux, logements, entreprises et services publics ».

« Un usage raisonné du numérique »

S’attaquant aux usages du numérique, Yannick Jadot souhaite garantir à tous et toutes un accès au numérique, devenu une nécessité, à l’instar de l’eau ou de l’électricité. On notera que Valérie Pécresse a également fait cette remarque, l’un des deux candidats s’étant probablement inspiré de l’autre. Face à la dématérialisation croissante de l’ensemble des services sur le plan personnel et au recours au télétravail sur le plan professionnel, la population se doit d’avoir un accès égal au numérique. Le représentant des Verts tient donc à un numérique pour tous respectant les points suivants.

Face au dysfonctionnement actuel de sous-traitance des opérateurs, à l’heure du télétravail, le droit au raccordement est primordial. Pour répondre aux procédures désormais en ligne, la formation des aidants et des habitants est essentielle tout comme l’accompagnement des familles pour un accès égal aux équipements. Par ailleurs, le candidat propose d’utiliser du français facile à lire et à comprendre (Falc) pour les sites de services publics dans un objectif de simplification de l’administration. A l’école, le programme veut renforcer l’usage démocratique et sobre de l’outil numérique. « Nous généraliserons l’usage de l’open data et des logiciels libres et publics pour garantir la transparence et la sécurité des données et donnerons aux enseignants les moyens de former les élèves à un usage raisonné de l’outil numérique ».

Faire face à la concentration des Gafam

« Seule une régulation publique forte permettra de lutter contre la concentration inédite de pouvoir des géants du numériques » détaille-t-il. Critiquant le modèle économique des Gafam, le député veut créer un organisme pour la transparence et l’éthique des algorithmes avec pour rôle de suivre et d’alerter sur les logiciels et algorithmes qui mettent en danger les libertés et le droit à la vie privée. Sur ce point, il souhaite notamment renforcer les moyens de la CNIL. Il estime également nécessaire l’organisation d’un « débat européen autour de l’émergence d’un écosystème numérique diversifié, déconcentré et démocratiquement contrôlé, avec l’instauration de nouvelles normes européennes anti-trust ».

Défendant le droit d’auteur face aux nouveaux usages de la culture numérique, Yannick Jadot mise sur la création d’une mission culture & numérique qui permettra également de relancer le projet d’une « taxe Google destinée à augmenter la contribution des grands groupes internet au financement de la création de contenus en ligne ». La régulation européenne apparaît selon eux comme la bonne échelle pour avoir un débat démocratique et une capacité industrielle à s’imposer, avec un impact assez fort. EELV entend imposer un nouveau rapport de force avec les Gafam, « leur faire payer leurs impôts » étant l’un des points clés de leur programme.

Un point sur la cybercriminalité

Dans une volonté de renforcer les moyens de la lutte contre la cybercriminalité, le harcèlement et la haine en ligne, Yannick Jadot entend refondre la plateforme Pharos (Plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements) destinée au signalement de contenu illicite ou suspect. Cela permettra de ne « pas faire reposer la modération ou la suppression de contenus uniquement sur le secteur privé » estime-t-il, ajoutant vouloir créer notamment une possibilité de pré-plainte en ligne en cas de cyberharcèlement. Il prévoit également de renforcer le budget dans la cyberdéfense, à l’inverse de nombreux secteurs qui tendent à voir leur budget rétréci selon son programme.

Article 4 sur 9

Présidentielle 2022 : Marine Le Pen pousse un numérique estampillé France

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

« Elue présidente, je ferai du numérique un secteur prioritaire de l’investissement public » déclare Marine Le Pen, dans son manifeste sur le numérique. Les mots sont forts mais est-ce pour autant une réalité ? A-t-elle vraiment des ambitions pour le secteur du numérique et des technologies ? C’est en tout cas ce qu’elle exprime, à travers son programme, où elle plaide pour quatre points : « garantir la protection des données personnelles des citoyens, favoriser l’émergence et le développement d’acteurs locaux, imposer le respect des règles que trop d’entreprises étrangères ont pris l’habitude de violer, et maîtriser la sécurité des intérêts de la France et des Français dans le cyberespace ».

La souveraineté à tout prix

« Il faut avant tout favoriser l’émergence d’acteurs français ou européens dans tous les domaines du numérique ». La candidate veut donc avoir un recours exclusif à des fournisseurs français pour la commande publique dans les domaines militaires et de sécurité nationale. A Station F, en février dernier, elle s’était alors adressée aux entrepreneurs français en s’exclamant « vous êtes le poumon de la France ». Souhaitant renouer avec la prospérité, elle précise que le reste de cette commande publique sera consacré à des fournisseurs européens. Seront concernés les matériels informatiques, de télécommunication, les logiciels, les services, notamment d’hébergement cloud. Egalement à l’ordre du jour, « le contrôle strict avec faculté d’interdiction pour des intérêts étrangers ou non européens de racheter des entreprises françaises de pointe du secteur du numérique stratégique, dans l’esprit du décret Montebourg » précise-t-elle. Dans sa quête de souveraineté, Marine Le Pen annonce par ailleurs que l’État recourra au Fonds souverain français (FSF) – sous l’égide de la Caisse des dépôts - qu’elle souhaite mettre en place « pour favoriser l’émergence et le développement d’acteurs français du numérique ».

De même, elle souhaite mettre en place une fiscalité au niveau de l’Union européenne ou de l’Ocde pour augmenter les montants des impôts d’entreprises étrangères en France. Elle annonce également un renforcement du respect par ces dernières du droit français et européen en matière de protection des données personnelles. La candidate vise ici les Gafam, maintes fois rappelés à l’ordre et au cœur de plusieurs enquêtes. Lors d’une collecte de données personnelles, elle indique que la règle sera leur désactivation par défaut, et leur interdiction totale lorsque l’usager est mineur. Elle entend appliquer le principe de minimisation des données, « notamment dans le cas des identifiants interopérables (se connecter à un service avec des identifiants d’un autre service).

« Faire régner la loi »

Sans citer les entreprises, la candidate évoque « les principaux prestataires du numérique - moteurs de recherche, messageries, réseaux sociaux qui ont imposé leurs propres règles aux États ». Elle entend contraindre davantage ces entreprises à respecter le droit national des pays concernés en les obligeant à respecter plusieurs mesures. Il s’agira d’abord de collaborer avec les services de police, de justice et de gendarmerie dans le cadre d’enquêtes ayant trait au harcèlement en ligne, à la diffamation, à la contrefaçon et à tout crime ou délit ». Apple et Facebook ont plusieurs fois répondu par la négative à ce type de demande et il apparaît difficile de les contraindre.

La porte-parole du Rassemblement national indique vouloir supprimer « la censure [de ces firmes] sur les contenus qu’ils diffusent en fonction de leurs propres règles », un clin d’œil à Twitter qui applique sa propre vision en matière d’incitation à la haine, de protection des mineurs, etc, mais aussi de fermetures de comptes. « Si les réseaux sociaux privés devaient persévérer dans leurs pratiques », elle propose notamment d’« établir et gérer un réseau social public, libre et gratuit », une proposition que peu de candidats ont émis. Souhaitant mettre un terme à certaines pratiques anticoncurrentielles, Marine Le Pen veut également accorder le statut de salariés aux chauffeurs et livreurs des plateformes numériques telles que Deliveroo, Uber Eats, VTC.

Résorber la fracture numérique

Faisant le constat d’un territoire encore trop impacté par la fracture numérique, Marine Le Pen veut d’abord la couverture du territoire, sous le pilotage de l’Arcep, « afin qu’il n’y ait plus de zones blanches et afin d’améliorer la qualité des réseaux dans les zones grises ». Elle compte, dans un second temps, accroître les capacités de formation au numérique, tant dans les filières de pointe que dans l’initiation. Pour ce faire, elle engagera une « politique volontariste de lutte contre l’illectronisme, ou illettrisme numérique, qui touche notamment les personnes âgées et celles vivant en milieu rural, en développant les dispositifs déjà existants de guichet numérique (dans les mairies ou les préfectures) et en mobilisant les acteurs de la médiation numérique administrative ou associative ». Elle reste cependant méfiante vis-à-vis de la dématérialisation croissante des services, et veut « maintenir des présences physiques de fonctionnaires ou agents des services publics, ou, à tout le moins, qu’un numéro de téléphone permette de les contacter ».

Promouvoir un cyberespace sûr

Sur la question du cyberespace, la candidate prend l’exemple des rançongiciels dont sont victimes entreprises et particuliers, mais aussi de l’espionnage des dirigeants, l’espionnage économique, les cyberattaques contre des banques, des hôpitaux, des infrastructures vitales qui viennent perturber le territoire. « Pour garantir un haut niveau de sécurité dans le cyberespace aux Français et aux entreprises, je renforcerai la cybersécurité nationale dans toutes ses dimensions : infrastructures, matériels, logiciels, capacités de détection d’attaques, formations spécialisées et sensibilisation du public » énonce-t-elle.

Enfin, la candidate compte renforcer les capacités de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), ceux de la Direction générale de la sécurité extérieure (Dgse) et les capacités militaires dans ce domaine. A cet effet, elle prévoit de créer des « commandos numériques » - un point évoqué par Emmanuel Macron – qui seraient chargés à la fois de réagir à des attaques contre des services informatiques (neutralisation et contre-attaque) et de mener des simulations d’offensives numériques pour éprouver la sécurité des services français.

Article 5 sur 9

Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron veut fortifier le numérique en France

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20226 min de lecture

Aujourd'hui, bilan sur les cinq années d'Emmanuel Macron au pouvoir et zoom sur ses propositions en cas de réélection.

Président sortant et candidat à sa réélection, Emmanuel Macron souhaite « massifier » ce qu’il a déjà entrepris de développer durant son quinquennat. En 2017, il promettait de « la 4G fixe à bon niveau partout » pour rendre l’ensemble du territoire national accessible, un recours dans les zones où la fibre optique ne peut pas être installée à court terme. Lors de l’édition 2017 du salon Viva Technology, le candidat avait alors annoncé un French Tech visa valable 4 ans et destiné à simplifier les procédures administratives pour les talents désireux de travailler en France. A cette époque, il souhaitait alors favoriser la multiplication de licornes et de géants français en matière technologique et numérique. On retient également son annonce d'un fonds de soutien à l'innovation de 10 milliards d'euros auquel Bpifrance est associé. Pour aller plus loin, Emmanuel Macron a par ailleurs inauguré l’incubateur de start-ups, Station F, à Paris fin juin 2017. Un geste qui venait saluer l’initiative lancée par Xavier Niel et qui renforce alors la vision start-up nation du président, peu de temps après son élection.

Aujourd’hui, cinq ans plus tard, l’actuel président souhaite rempiler pour un second quinquennat et promet de « massifier ce qui a été fait ces cinq dernières années » comme l’explique l’actuel secrétaire d’Etat en charge du numérique Cédric O. Evoquant une alchimie entre le capital, les talents et le marché, ce dernier a annoncé qu’Emmanuel Macron veut poursuivre cette croissance, pousser davantage à l’introduction en bourse des entreprises, et prendre pour modèle le schéma fiscal des licornes au Royaume-Uni. Avec pour ambition d’« assurer une autonomie technologique, en investissant pour développer ses champions », Emmanuel Macron veut élever la France au rang d’acteur stratégique, aux côtés des Etats-Unis ou de la Chine, « en se protégeant dans les domaines les plus stratégiques, en se dotant des infrastructures essentielles, comme un cloud et une constellation de satellites ».

Former tout un chacun

Concernant les talents, le candidat veut « massifier très tôt, dès la 5e », où l'ensemble des collégiens seront formés au code et aux usages numériques chaque semaine de manière obligatoire. L’objectif est ambitieux : former sur le prochain quinquennat 400 000 à 500 000 experts du numérique, notamment des développeurs et des informaticiens. Revenant sur ses mesures phares de 2017, le candidat annonce que pour se former, un « pass numérique » a été mis en place, donnant accès à 10 ou 20 heures de formation. « 2 millions de pass ont déjà été financés pour accompagner 400 000 personnes. 5 millions d’euros ont été engagés par la Banque des territoires pour la mise en place de hubs « France connectée », pour aider les territoires à former leurs habitants au numérique » précise-t-il.

La numérisation des entreprises a également avancé : en 2017, seules 4 600 entreprises étaient numérisées (vente en ligne, gestion etc.) et 112 000 très petites entreprises (TPE) ont reçu un chèque de 500 euros pour entamer leur transition numérique. En ce sens, l’initiative France Num et le plan de numérisation des TPE ont été lancés. La Banque européenne d’investissement, Bpifrance et l’État se sont également mobilisés pour pousser les banques partenaires à octroyer 1 milliard d’euros de prêts pour des projets de numérisation.

La start-up nation a pris son envol

En 2019 Emmanuel Macron a fixé un objectif de 25 licornes (entreprises valorisées à plus d’1 milliard de dollars, soit environ 820 millions d’euros) en 2025. L’objectif a été atteint avec trois ans d’avance en janvier 2022. Avec une croissance annuelle de + 115%, la French Tech a en effet levé 11,57 milliards d’euros, représentant 784 opérations. C’est Exotec, start-up spécialisée dans la logistique et la conception de robots autonomes qui a d’ailleurs permis de franchir le cap des 25 licornes françaises.

Souhaitant poursuivre les effort, l’actuel président de la République avait alors annoncé de nouveaux objectifs pour l’écosystème français, à savoir « 10 géants de la tech d’ici 2030 au niveau européen » dans le cadre du plan Choose France. L’Etat a profité de cet engouement pour annoncer d’autres plans de soutien notamment à la filière industrielle. On note également que dans le cadre du plan France relance, 735 millions d’euros sont mobilisés jusqu’à 2025 pour les usages industriels de la 5G, afin de renforcer la compétitivité des entreprises et de l’économie française.

Lutter contre la fracture numérique

Alors que la fracture numérique est aujourd’hui encore un facteur d’inégalité en France, le candidat veut poursuivre les efforts fournis depuis 2017. Dans son bilan, Emmanuel Macron rappelle que « la 4G est désormais déployée sur 85% du territoire, couvrant 99% de la population. Cette année, 100% de la population bénéficiera d’un accès 4G de qualité. En 2017, seuls 22% des foyers étaient couverts par la fibre. C’est 67% aujourd’hui (en mars 2022) et ce sera plus de 80% du territoire d’ici la fin de l’année ». De fait, la couverture numérique du territoire par la fibre devrait être achevée d'ici 2025.

Par ailleurs, il note que 91% des 250 services publics les plus demandés sont maintenant accessibles sur internet. Plus de 2 000 maisons France services offrent un accueil personnalisé de proximité pour aider les citoyens à accomplir leurs démarches administratives, en ligne ou pas. Le candidat annonce ainsi qu’il augmentera le nombre de conseillers et de maisons France services sur l’ensemble du territoire, sans toutefois donner de chiffre précis à ce sujet.

L’innovation dans les politiques publiques

Le porte-drapeau de la République en marche (LREM) souhaite par ailleurs approfondir le marché unique du numérique et la capacité à utiliser l'innovation dans les politiques publiques. Prenant l’exemple de la santé, il s’engage à développer l’apport du numérique dans ce domaine, sans toutefois préciser quels sont les projets ou les investissements à venir. Citant la crise sanitaire comme facteur d’un « développement spectaculaire du numérique dans le domaine de la santé », il promeut l’essor de la télémédecine ou le développement de l’application TousAntiCovid, « avec plus de 50 millions de téléchargements ».

Parmi ses mesures santé, on retient également qu’il souhaite relocaliser en France la production de médicaments et continuer à développer 20 biomédicaments et biotechnologies (notamment contre les cancers), ainsi que des technologies nouvelles comme les exosquelettes.

Responsabiliser en ligne

Emmanuel Macron le sait, la cybersécurité est devenue une question préoccupante pour tous, individus comme entreprises. Ce dernier prône le renforcement de la protection des Français en ligne, portant son bilan à un doublement des effectifs de la plateforme Pharos, qui signale le contenu illicite en ligne, et à la création du pôle national de lutte contre la haine en ligne, qui prend la forme d’un parquet numérique. Il souhaite également augmenter les effectifs de l'Anssi et de la cybergendarmerie. De fait, il annonce le recrutement à venir de 1 500 cyber-patrouilleurs et la mise en place d'un numéro joignable en permanence pour être conseillé et accompagné. Sera également mis en place un filtre anti-arnaques qui avertira en temps réel tous les usagers d’Internet avant qu’ils ne se rendent sur un site potentiellement piégé.

En parallèle, il entend imposer un cadre fiscal et réglementaire plus juste face aux géants du numériques sans pour autant forces ces derniers à fermer leurs services. Un impôt minimum mondial de 15% a d’ores et déjà été instauré et dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, le candidat s’est engagé sur l’adoption du Digital services act (DSA), visant à responsabiliser les intermédiaires de services numériques, et du Digital markets act (DMA), visant à assurer une plus grande concurrence dans l’économie numérique. Il annonce par ailleurs que les géants du numérique doivent désormais négocier et payer les éditeurs ou agences de presse pour utiliser leur contenu.

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Présidentielle 2022 : Le numérique, un bien commun selon Jean-Luc Mélenchon

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, présente ses mesures phares pour le prochain quinquennat : il promeut les logiciels libres, souhaite connecter tous les citoyens et a à coeur la réindustrialisation du territoire poussée par le développement de solutions souveraines.

« Le monde numérique est l’objet d’une prise de conscience politique récente. Cela passe d’abord par la lutte contre les dérives des grands groupes privés, les Gafam, la promotion des modèles alternatifs et l'accompagnement des citoyens dans la révolution numérique ». C’est ainsi que débute l’un des livrets dédiés au numérique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2017. 5 ans plus tard, le candidat à la présidentielle 2022 réaffirme le caractère d’« intérêt général de la révolution numérique ». Il appelle ainsi à faire de ce sujet « un bien commun mondial » où la technologie sert le progrès et ne sert pas à créer des inégalités ou restreindre les libertés. En ce sens, Jean-Luc Mélenchon veut garantir le droit à un accès minimal gratuit à internet pour tous et une couverture en fibre de l'ensemble du pays d’ici 2025.

L’enjeu de la fin du déploiement de la fibre est un point crucial sur lequel plusieurs candidats se sont entendus. Son porte-parole, Alexandre Schon, également animateur du groupe thématique numérique au sein de La France Insoumise (LFI), a répondu à nos questions à ce sujet. Le parti prône un recours fort aux pouvoirs publics et « regrette la domination du secteur privé sur le marché des télécoms ». Dans un objectif de nationalisation, il appelle à un dialogue avec les acteurs concernés, Jean-Luc Mélenchon envisageant même le rachat d’entreprises stratégiques comme Alcatel Submarine Networks ou Orange Marine. « Sur le secteur des télécoms, si les acteurs privés sont prêts à mutualiser les moyens, nous pourrons avancer sur une réponse collective avec des prix uniformes, sans augmentation des prix d’abonnement pour les plus excentrés ».

Les logiciels libres, grande bataille du candidat

Sur la question des accès au numérique et des droits qui en découlent, Jean-Luc Mélenchon veut aller plus loin que le règlement européen de protection des données (RGPD) pour agir contre les discriminations entraînées par le traitement algorithmique des données personnelles, notamment en dotant la Cnil de moyens de contrôle efficaces. Il souhaite constitutionnaliser le droit au chiffrement des données et des communications. De fait, cette « maîtrise publique et démocratique d'Internet » se traduit par plusieurs points comme le souligne La France Insoumise : passer sous contrôle public les infrastructures du numérique et des télécommunications mais aussi créer une agence publique des logiciels libres chargée de planifier leur développement stratégique domaine par domaine en identifiant les manques et en finançant les projets-clés.

Le candidat insiste notamment sur la nécessité de généraliser l’usage des logiciels libres dans les administrations publiques et l’Éducation nationale, mais aussi de permettre aux citoyens et aux entreprises l'accès à des services et logiciels en ligne hébergés sur des serveurs français de droit français. Interrogé sur les investissements à faire en faveur des logiciels libres, Alexandre Schon évoque un montant de 100 milliards d’euros nécessaire pour favoriser leur usage au sein de l'Union européenne. Ce dernier insiste sur le besoin de « capitaliser du code pour faire émerger de nouveaux services et gagner en souveraineté. « La commande publique est un vecteur de ce passage aux logiciels libres » ajoute-t-il. Par ces mesures, ce sont les Gafam qui sont bien évidemment visés. Le candidat LFI défend une gouvernance mondiale d’Internet en établissant une agence consacrée à l’ONU et veut garantir l’hébergement des données des services publics français et des entreprises essentielles sur des serveurs de droit français situés en France.

« Connecter tous les citoyens »

Pour faire « une République numérique », le candidat entend bien connecter tout un chacun à Internet et effacer les inégalités qui persistent. Il s’agit notamment de développer des infrastructures publiques et des fournisseurs d'accès à Internet associatifs, informer, sensibiliser aux enjeux de l'accessibilité numérique et accompagner le développement de sites web ou d'applications accessibles à tous. Cela passe également par l’accompagnement vers la dématérialisation des services publics ; le maintien de guichets et de formulaires papier est essentiel tout comme le déploiement d’un service public de proximité « pour accompagner les 20 % de Français en difficulté avec le numérique ».

L’accès ne fait pas tout, il faut également accompagner tous les citoyens dans leurs usages du numérique. La France Insoumise propose donc de faire de la médiation numérique, notamment en direction des milieux sociaux défavorisés et des générations plus âgées. « Chacun doit être capable de comprendre et de maîtriser les technologies numériques, leurs enjeux et leurs usages ». Souhaitant insuffler une dynamique, LFI veut créer des maisons du numérique avec des « répare-cafés, des fablabs, et des projets collaboratifs, pour offrir des formations à l'usage et à la citoyenneté numérique ».

L’excellence à la française

Prenant à cœur la question de la souveraineté et de la réindustrialisation, Jean-Luc Mélenchon veut notamment lancer une mission nationale de maîtrise de l’intelligence artificielle et créer une fonderie française pour microprocesseurs. Avec pour besoin de réduire la dépendance technologique de la France, il promeut donc le développement de la filière des semi-conducteurs. A l’heure actuelle, ces composants sont largement fabriqués par des entreprises américaines, chinoises et japonaises. Conséquence de la pandémie de covid-19, la production a été largement ralentie, allant jusqu’à une pénurie de certains produits.

Le candidat LFI propose également de déployer un cloud français, « pour conserver l’essentiel des données sur le territoire national par des serveurs nationaux et permettre chacun d’avoir accès à des serveurs français ». Il souhaite également renforcer « l’excellence française dans le virtuel et soutenir les créations françaises dans un but émancipateur ». Il propose ainsi de créer un centre national du jeu vidéo et développer une filière publique de formation dans ce domaine. A noter également qu’il veut instaurer une préférence nationale et européenne en réservant une partie des commandes publiques à des start-ups françaises et européennes grâce à un plan de 200 milliards d’euros d’investissements « qui permettront de remplir le carnet de commande des entreprises ». Il annonce par ailleurs vouloir créer un statut bancaire pour la Banque publique d’investissement (Bpi) et proposer une fiscalité allégée pour les TPE et PME.

Renforcer l’écosystème cyber

Dans son programme « l’Avenir en commun », le candidat LFI prévoit de donner un coup de fouet à l’écosystème cyber en constituant notamment une véritable « flotte » de drones sous-marins. Il envisage la négociation d’un nouveau traité de l’espace ou encore l’élaboration d’un droit international cyber afin de faire face à « la sophistication toujours plus grande des attaques cyber et au développement d’armements spatiaux ».

Est par ailleurs envisagé la création d’une conscription citoyenne obligatoire de neuf mois effectués entre 18 et 25 ans, rémunérée au Smic, avec une formation militaire initiale, « qui constituera le socle d’une garde nationale permettant notamment de renforcer les capacités de cyberdéfense de la France ». Enfin, Jean-Luc Mélenchon annonce le renforcement de la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements Pharos.

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Présidentielle 2022 : le numérique, un sujet régalien selon Valérie Pécresse

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Valérie Pécresse entend mener plusieurs batailles, que ce soit sur la préférence française, l'aide à l'investissement local, mais aussi sur la formation, point sur lequel elle prévoit un plan Marshall. La candidate prévoit également de renouer avec la transition écologique et promeut une égalité d'accès au numérique.

« Nous affirmerons le numérique comme un sujet régalien et de souveraineté ». Tels sont les mots de Valérie Pécresse dans son programme dédié au numérique, secteur auquel elle souhaite impulser un nouveau souffle. Faisant un bilan amer des dernières avancées dans ce domaine, la candidate souhaite, par le biais de lois, porter le numérique aux couleurs de l’Etat. Dans son programme, elle s’attache ainsi à la protection des données des Français et de l’Etat par la souveraineté. « Nous voulons poser le cadre qui va responsabiliser et en même temps asseoir notre souveraineté » explique Catherine Morin-Desailly, sénatrice et également conseillère numérique de la candidate. Cette loi, relative à la souveraineté et à la responsabilité numérique, permettrait d’encadrer une politique industrielle menée dans l’ensemble des secteurs stratégiques – santé, énergie, transports – et où les entreprises françaises seront la priorité.

La candidate entend ici « instaurer une préférence française et européenne dans la commande publique grâce à des quotas progressifs d’achats français et européens sur les logiciels et les algorithmes, avec un objectif de 50% en 2027. Elle évoque ainsi l’idée d’un small business act à la française. De même, elle veut permettre aux acteurs français du numérique d’investir au même niveau que leurs concurrents étrangers en utilisant la précommande publique. Elle évoque notamment le besoin d’un cloud souverain « pour que la France garde la main sur ses données stratégiques, comme dans le secteur de la santé ou du nucléaire, en s’inspirant de la législation américaine qui permet aux services de renseignement d’avoir connaissance de toutes données détenues par une entreprise américaine ». Afin de protéger les entreprises, elle souhaite également « créer un parquet national cyber pour lutter contre les cyberattaques visant la France ».

Protéger les entreprises

Dans son objectif de bâtir un État stratège, la candidate souhaite soutenir l’innovation en regroupant au sein d’un même ministère de l’Industrie et de l’Innovation « pour avoir la capacité de mener des projets stratégiques d’innovation allant de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et de financer des programmes de recherche ambitieux ». Un haut conseil à la souveraineté économique sera également mis en place pour autoriser les investissements étrangers en France.

Souhaitant pousser l’investissement à tous les niveaux, la candidate propose une « aide à l’investissement de proximité », correspondant à un crédit d’impôt de 50 %, pour les contribuables souhaitant investir jusqu’à 20 000 € dans des entreprises implantées dans des communes de moins de 20 000 habitants. De plus, une caisse de garantie publique sera mise en place afin de labelliser des fonds d’investissement dans l’économie française (FIEF) ou régionale (FIER) privés. Ces fonds investiront dans les entreprises non cotées sur tout le territoire pour le compte des épargnants. Enfin, Valérie Pécresse annonce vouloir « accélérer l’émergence de 200 usines dans les nouvelles filières et consolider 20 licornes industrielles d’ici 2027 en renforçant les soutiens à la DeepTech (quantique, bioproduction, etc.) ».

Un plan Marshall de la formation

Cette reconquête de la souveraineté doit toutefois s’accompagner d’une fédération autour des métiers du numérique. En ce sens, la candidate porte une attention toute particulière aux plus grands, qu’elle souhaite mieux accompagner vers l’entrepreneuriat. Pour aider chacun à se lancer, dès leurs 16 ans, pour chaque jeune et de manière automatique, un identifiant et un statut « jeune entrepreneur » seront créés. Elle propose par ailleurs un revenu jeune actif qui s’élève à 670 euros par mois « pour les jeunes qui se formeront dans les métiers en tension ». Dans le but de répondre à un déficit croissant en compétences numériques, elle annonce vouloir former un million de talents d’ici 2030, en les repérant dès la seconde. « Nous voudrions organiser un test national annuel sur le potentiel numérique de tous les élèves de France. Cela s’inscrit dans le cadre de leurs orientations organisées par les régions, puisque les régions disposent de cette compétence », détaille Catherine Morin-Desailly.

Dans le programme porté par Valérie Pécresse on retrouve par ailleurs une mesure qui touche à la numérisation de l’administration ; « créer une Ecole nationale du numérique dont les étudiants rémunérés, devront ensuite travailler 10 ans dans la fonction publique ». Dans son plan qu’elle décrit comme un plan Marshall, la candidate entend également « former les formateurs », les enseignants de l’éducation nationale étant parfois loin de cette digitalisation. L’objectif est donc double : assurer le développement de parcours de formation initiale mais aussi de celle en continue. Cette formation s’adressera par ailleurs aux entreprises qui le demandent ainsi qu’aux chômeurs et actifs en reconversion. Valérie Pécresse veut également veiller à ce que les crédits du Compte personnel de formation (CPF) prioriseront les formations numériques.

Renouer avec la transition écologique

Une majorité des candidats à la présidentielle s’est engagée sur le terrain de l’environnement et de la transition écologique. Valérie Pécresse en a d’ailleurs fait un point essentiel dans son programme numérique, souhaitant « soutenir une grande filière de la réparation et du reconditionnement des équipements informatiques » afin de créer « valeur et emploi en France ». Ainsi, elle entend instaurer un chèque récupération de 10 € pour les smartphones et de 50 € pour les ordinateurs, pour tous ceux qui ramènent chez un réparateur français leur matériel numérique usagé.

Prenant pour modèle le marché de l’automobile, elle veut imposer l’ouverture du marché des pièces détachées aux constructeurs et des manuels techniques. Enfin, elle annonce la création d’un Green data hub si elle vient à être élue présidente pour faciliter le croisement des données environnementales des services, agences, territoires et citoyens, et qui agira comme une sorte de « cockpit de la donnée environnementale en temps réel ».

Une égalité d’accès au numérique

Fer de lance de cette campagne présidentielle, la fracture numérique s’est installée dans le débat et dans la bouche de tous les candidats. La porte-drapeau des Républicains souhaite « rendre le numérique accessible à l'ensemble des territoires, à l'ensemble des Français pour garantir leur égalité d'accès ». Mis au même plan que l'eau ou l'électricité, « le numérique est aujourd'hui un bien essentiel qui doit être universellement dispensé ». Ainsi, elle prévoit d’accélérer le déploiement du très haut débit (THD) fixe et mobile en « instaurant un bonus financier pour les collectivités qui achèveront le déploiement avant fin 2024 ».

Par ailleurs, tous les besoins des territoires ruraux seront recensés dès l’été 2022. « Valérie Pécresse, présidente de la république, compte s’atteler immédiatement à cette tâche » assure sa conseillère numérique. Il s’agit aussi d’accélérer les investissements d'infrastructures de téléphonie 4G pour ne plus avoir de zones blanches dans les territoires et garantir à la fois la sécurité et la maintenance des câbles sous-marins.

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Présidentielle 2022 : Fabien Roussel veut un numérique mieux régulé

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Focus sur la réindustrialisation du territoire, la protection des données et des citoyens face au risque cyber mais aussi la régulation des Gafam avec Fabien Roussel, candidat du PCF.

« Maîtriser nos choix technologiques ». Tel est l’objectif de Fabien Roussel, candidat à l’élection présidentielle au nom du Parti Communiste français (PCF). Ce dernier qui présente son programme « La France des jours heureux » reste très peu porté sur les questions du numérique et des nouvelles technologies, persuadé que ce domaine est « entravé par la course obsessionnelle aux profits ». A l’heure de la mondialisation, Fabien Roussel plaide donc pour une réindustrialisation de la France. L’une de ses priorités consiste à instaurer une loi d’orientation et de programmation « pour une nouvelle industrialisation du pays ». Il souhaite ainsi présenter au Parlement cette loi qui visera le développement de l’économie circulaire, des circuits courts et des processus industriels durables, ainsi que des coopérations industrielles nécessaires à l’échelle européenne et mondiale.

Le candidat a également annoncé la volonté de nationaliser les groupes stratégiques pour acquérir une maîtrise publique et sociale du développement des grandes filières industrielles et de services. Il vise notamment les secteurs des transports, du médicament, du logement, de l’énergie, des télécoms, de l’eau, du service public de l’art et de la culture, ou encore de l’éducation populaire. En clair, sont ciblés ici la SNCF, EDF, Engie, La Poste, Orange et même Axa. Pour compléter cette loi, il souhaite réunir les opérateurs télécoms, leurs autorités de tutelle et les services de sécurité intérieure ou militaire pour évaluation des protections techniques et juridiques des libertés individuelles et élaborer un plan de renforcement du contrôle public dans ce domaine. Ayant à cœur la protection des droits des individus, Fabien Roussel propose plusieurs mesures dans cette direction.

Des citoyens informés et protégés

Le candidat a annoncé que des formations au numérique seraient mises en place pour aider les citoyens à se protéger, notamment contre la menace cyber. Il souhaite favoriser l’accès au numérique pour tous dans de bonnes conditions, garanties par des médiateurs et des opérateurs adossés à un service public renforcé. « Représentant l’humain, l’identité numérique ne peut être l’objet d’une totale dématérialisation : le lien humain entre le citoyen et ses services publics reste la meilleure garantie de sécurité pour cette information » rappelle-t-il.

De fait, il promeut le maintien d’infrastructures, à l’exemple des maisons France services existantes. L’usager devra « trouver, près de chez lui, un bouquet de services publics de proximité ». Il prévoit donc de réformer les règles juridiques, comptables et budgétaires locales pour limiter le recours à l’externalisation des services publics, aux partenariats public/privé, et à la sous-traitance.

Mettre le holà aux Gafam

Le porte-parole du PCF appelle également à abroger les « lois liberticides adoptées au cours du dernier quinquennat » rappelant ainsi l’adoption houleuse de la loi sécurité globale. Par opposition, il souhaite adopter une loi qui protégera les Français de la surveillance numérique de masse. Ce n’est pas le seul clin d’œil que le candidat fait aux Gafam. « Je suis totalement favorable à l’obligation de critères de cybersécurité, donc de souveraineté, en matière de services numériques » précise-t-il, ajoutant qu’« il conviendra donc d’écarter les Gafam de la commande publique et de développer des opérateurs ou des services publics engagés à mettre en œuvre des architectures adossées au service public, pour lesquelles la recherche sera mobilisée.

Dans son programme, Fabien Roussel indique vouloir mettre en place un prélèvement à la source des multinationales « pour qu'elles payent des impôts tout de suite » et lutter contre l'optimisation fiscale. « Je veux que les petits payent petit et les gros payent gros » s’est notamment exprimé le candidat du Parti communiste français (PCF). Il souhaite ainsi instaurer un « serpent fiscal européen » assurant un taux minimum d’imposition à 25 %. Les travailleurs de ces plateformes sont également dans le viseur du candidat ; un statut et des droits sociaux seront mis en place pour les travailleurs des plateformes numériques et les auto-entrepreneurs, notamment le droit à la Sécurité sociale. « Il sera mis fin à l’opacité des algorithmes des plateformes, et les représentants des travailleurs et le législateur disposeront d’un droit de regard sur le management algorithmique ».

Un remaniement de l’économie

Le candidat compte taper fort sur les aides et subventions accordées aux entreprises. Seront notamment supprimées les « niches fiscales » dont le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et le crédit-impôt-recherche (CIR) qui « gonflent les profits ». Ciblant les entreprises qui décideraient de délocaliser, supprimer des emplois ou encore qui pollueraient, il souhaite mettre en œuvre un nouvel impôt sur les sociétés, modulé à la hausse pour les groupes qui se livrent à ces activités. Il sera progressif en fonction du chiffre d’affaires et des résultats des entreprises. De même, il entend récompenser les petites entreprises.

Nous « créerons un dispositif de crédits à moyen terme super-bonifiés à destination des TPE-PME qui créent des emplois et forment leurs salariés, avec 20 milliards d’euros de fonds publics pour baisser les taux d’intérêt. Ces prêts concerneront « les entreprises qui s’engagent à relocaliser, former et investir au pays ». Fabien Roussel prévoit par ailleurs de renforcer BpiFrance, actuellement « sous-dimensionnée », et lui donner le statut d’établissement public de crédit afin de disposer de la capacité de se refinancer auprès de la Banque centrale européenne.

Le cyberharcèlement, grande cause nationale

Il propose par ailleurs d’instaurer comme grande cause nationale la lutte contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement. En faveur des plus jeunes, « une éducation au numérique sera proposée, afin d’éviter les dangers des réseaux sociaux, tout au long de la vie. Les plateformes numériques seront contraintes de coopérer avec la justice et de supprimer les contenus violents, haineux et discriminatoires ». Le candidat se dit ainsi favorable à un cyber score « si l’autorité qui le décerne a gagné la confiance des concitoyens, mais cela ne saurait suffire ».

La recherche au service de l’industrie décarbonée

Fabien Roussel veut donner une « puissante impulsion à la recherche » pour mettre au point des solutions technologiques répondant aux critères écologiques notamment sur la décarbonation et la dépollution, et sociaux - bas prix de l’énergie pour tous les usagers ou consommateurs. Il propose ainsi de recruter immédiatement 15 000 enseignants-chercheurs et d’augmenter significativement les contrats doctoraux pour les jeunes chercheurs et chercheuses en formation. Cela sera possible sous deux conditions admet le candidat : en mettant en œuvre un plan national d’équipement pour la recherche et en accélérant la délivrance des brevets, et en faisant baisser leur coût.

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Présidentielle 2022 : Eric Zemmour part à la reconquête de la souveraineté numérique

Par Célia SeramourPublié le 10 avril 20225 min de lecture

Eric Zemmour, candidat pour Reconquête a énoncé les « bases de la souveraineté numérique ». On relève la volonté de durcir certaines lois, de protéger les données stratégiques, mais aussi de protéger le territoire et porter la commande publique.

Avec son parti politique Reconquête, le candidat Eric Zemmour revendique une stratégie de renouvellement du pays. Il s’est employé à rencontrer des dirigeants d’entreprise et des entrepreneurs, allant même jusqu’à visiter les locaux parisiens de Ledger, spécialisée dans les cryptomonnaies, pour marquer son attachement aux entreprises tricolores. Il avait alors affirmé vouloir créer un environnement favorable à la détention et la création de crypto actifs, un écosystème considéré comme « un secteur d’avenir ».

Très porté sur la question de la souveraineté des entreprises, le candidat a annoncé plusieurs mesures en ce sens s’il est élu. Il affirme vouloir « faire du numérique un outil de prospérité et de rayonnement pour la France ». Figurent notamment la création d’un livret innovation pour permettre aux Français d’investir sans aucune fiscalité dans les start-ups et entreprises innovantes, ainsi que la création d’un fonds souverain alimenté par les fonds du livret A pour investir dans les entreprises françaises. Il propose également de baisser le taux d’impôt sur les sociétés à 15% pour les petites entreprises afin d’aider ces dernières dans leur développement.

Jeter les bases d'une souveraineté numérique

Sans surprise, le candidat énonce plusieurs mesures destinées à répondre à un unique objectif : la reconquête de la souveraineté du territoire. Eric Zemmour veut d’abord « imposer par la loi que les données sensibles des Français ainsi que les données stratégiques de l’Etat et du secteur privé soient hébergées et sécurisées en France sur des solutions souveraines ». Il entend « jeter les bases de notre souveraineté numérique » en faisant émerger des solutions françaises souveraines dans le cloud et la cybersécurité. Dans son programme, il annonce également investir dans les technologies de rupture (en particulier intelligence artificielle, ordinateur quantique et semi-conducteurs). Il a notamment soulevé la question de la sécurité pour l’administration et le gouvernement, proposant de créer une certification par l’Anssi de leurs téléphones en utilisant les solutions offertes par les entreprises françaises comme Thalès (Teorem).

Lors de son intervention à Station F, pour LaREF Présidentielle 2022, le 21 février dernier, Eric Zemmour a annoncé vouloir créer un fonds souverain, à la place de l’Agence des participations de l’Etat (APE), pour protéger « nos entreprises stratégiques ». A l’inverse, les investissements étrangers seront contrôlés de façon plus stricte et cela sera élargi à tous les secteurs. Il souhaite également instaurer un cadre réglementaire beaucoup plus strict pour les Gafam afin de rééquilibrer les forces. Evoquant la dépendance aux Etats-Unis et à la Chine et « à leurs fleurons technologiques : Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), et Batx (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) », le candidat veut prendre des mesures de rétorsion françaises et européennes pour lutter contre l’extraterritorialité des lois américaines, avec des sanctions commerciales automatiques pour compenser les amendes des Etats-Unis.

Avoir un territoire numérisé et sécurisé

Pour répondre à ce besoin de talents et de solutions français, le porte-parole de Reconquête veut garantir une connexion haut débit à chaque Français et chaque entreprise sur tout le territoire. Le déploiement de la 4G et de l'internet haut débit sera donc accéléré dans l’ensemble du pays. Il souhaite par ailleurs permettre à tout citoyen de faire toutes ses démarches administratives sur Internet en accélérant la numérisation des services de l’État et la mise à disposition des données.

Sur la question de la formation, il veut donner « une place de choix à l’enseignement de la programmation informatique dès le secondaire, pour « pourvoir à la demande croissante d’emplois dans le numérique ». Il prévoit ainsi de réinstaurer des mathématiques dans le tronc commun au-delà de la classe de première. Il a également annoncé son intention de mieux lutter contre le cyber-harcèlement en imposant un cadre strict aux plateformes numériques : les outils de détection et de signalement des comportements doivent être absolument renforcés, avec une réponse pénale.

« Une industrie forte »

Pour accompagner la filière industrielle, le candidat à la présidentielle veut « créer un puissant ministère de l’Industrie regroupant industrie, commerce extérieur, « énergie et transports, pour remplir le rôle de chef d’orchestre de la réindustrialisation ». Ainsi, les lycées professionnels seront rattachés à ce ministère pour « rapprocher la formation et les besoins des entreprises ». Egalement au programme, le maintien des talents en France. Pour cela, il s'agit d'« élargir les conditions de l’actionnariat salarié » afin que les entreprises du numérique puissent impliquer et retenir ces profils.

Dans un second temps, il entend baisser massivement les impôts de production à hauteur de 30 milliards d’euros supplémentaires par an, en supprimant en priorité la Contribution Sociale de Solidarité des Sociétés (C3S), la Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE) et la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE). Il annonce par ailleurs la revitalisation des régions durement frappées par la désindustrialisation par la création de zones franches industrielles ouvrant droit à une exonération d’impôts de production et d’impôts sur les sociétés pendant 5 ans. De plus, il exigera le remboursement intégral des aides publiques reçues par les entreprises qui délocalisent.

Porter la commande publique

Eric Zemmour a également pris position sur la question de la commande publique. Il veut permettre à chaque État européen de réserver une part de sa commande publique aux entreprises nationales en exigeant, sous deux ans, la mise en place d’un mécanisme adéquat à l’échelle de l’Union européenne, à l’exemple du small business act. « Si les discussions n’avancent pas assez vite au niveau européen, nous le ferons au niveau français » a-t-il exigé lors de l’événement à Station F en février. De même, il souhaite favoriser la production française en mettant en place un Patrie-score (note allant de A à E) qui « fonctionnera comme le Nutri-score pour indiquer la part de valeur ajoutée réalisée en France des produits consommés ».

Les importations de produits qui ne respectent pas les normes environnementales seront pénalisées. « Sera exigée la mise en place rapide au niveau européen de la taxe carbone aux frontières » précise-t-il. Enfin, le postulant énonce la nécessité de protéger les « entreprises et producteurs de la concurrence déloyale en mettant fin à la surtransposition dans le droit français des règles européennes ».