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La conquête spatiale du cloud
Pourrait-on régler définitivement les problèmes liés à l’environnement, à la consommation énergétique et, en parallèle, à la cybersécurité en envoyant les datacenters dans l’espace ? C’est le pari osé des entreprises SpaceBelt/Cloud Constellation et mu Space qui prévoient en effet d’envoyer une douzaine de satellites en orbite basse dans le but d'offrir des services spatiaux sécurisés de stockage de données. La start-up américaine LeoCloud travaille aussi sur ce type de projet avec Axiom Space. En Europe, la Commission s’y intéresse également puisqu’elle vient de mandater un consortium piloté par Thales Alenia Space pour une étude de faisabilité sur le déploiement en orbite de stations de datacenters alimentées par des centrales solaires de plusieurs centaines de megawatts. Ce projet baptisé Ascend (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty) vise notamment à montrer que les émissions carbone associées aux phases de production et de lancement de telles infrastructures spatiales seront nettement inférieures aux émissions que produiraient les datacenters en restant au sol. Le deuxième objectif sera de prouver qu'il est possible de développer la solution de lancement requise et d'assurer le déploiement et l'opérabilité de ces datacenters spatiaux en utilisant des technologies d’opérations robotisées d’assistance en orbite actuellement développées en Europe.
Tous ces ambitieux acteurs pourront d’ores et déjà s’appuyer sur les services cloud dédiés à la communauté spatiale des deux grands acteurs Microsoft et AWS (via respectivement Azure Space et AWS for Aerospace and Satellite). Chez Microsoft, Azure Space renferme déjà un certain nombre de services comme Orbital Ground Station (service de station terrienne qui assure la communication avec le satellite et son contrôle), Modular Datacenter (proposant des centres de données autonomes) ou encore Azure Orbital Analytics qui regroupe des fonctionnalités Azure utilisant des données spatiales et l'IA. Microsoft s’est aussi entouré de partenaires comme Space X afin de connecter le réseau de satellites Starlink ou encore en Europe d’Airbus pour intégrer les données d’imagerie et d’altitude de l’avionneur dans Azure Maps. Sierra Space et IBM prévoient aussi de travailler pour développer la prochaine génération de technologies spatiales et de plateformes logicielles qui seront utilisées par de nombreux véhicules et infrastructures dans l'espace. Le déploiement d'une plateforme cloud et IA répondant à des besoins capacitaires élevés en termes d'échanges et de traitements est prévu.
En outre, pour apporter la puissance des données au plus proche des usages dans l’espace, les expérimentations se multiplient notamment chez les fabricants de matériels et de puces, l’objectif étant ici de tester la résistance aux radiations et autres environnements extrêmes de l’espace. Par exemple, en partenariat avec la NASA, HPE a embarqué en février 2021 à bord de l’ISS, la station spatiale internationale, un supercalculateur (le Spaceborne Computer-2 connecté aux services d’Azure de Microsoft) pour répondre d’une part, aux besoins des capacités de calcul à bord de l’ISS, mais d’autre part, pour tester et mesurer la résistance des serveurs utilisés sur Terre aux secousses et aux vibrations d'un lancement de fusée, ainsi que leur fonctionnement dans l’espace. De son côté, AMD vient de recevoir la qualification Class B pour sa puce dédiée à l’IA XQR Versal AI Core, cette certification est attribuée par le département américain de la Défense qui détermine si les puces informatiques sont capables de fonctionner dans l'espace, notamment face aux radiations, qui nécessite du silicium hautement spécialisé.