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IT & DirectionGrand dossier10 articlesPublié le

2026, l'année de tous les risques

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Les cyberattaques font désormais partie du quotidien. L’an passé, l’Anssi a enregistré 3575 incidents et signalements liés à la cybercriminalité, ce qui équivaut à 10 cyberattaques par jour. Au niveau mondial, Crowdstrike signale dans son rapport annuel une augmentation de 136% des intrusions dans le cloud des entreprises. La menace mute en suivant les évolutions de l’IT avec l’adoption massive du cloud et de l’IA. En effet, l’IA qui aide grandement les entreprises à simplifier certaines tâches, est également utilisée par les attaquants pour la création de malwares et la détection de failles logiciels. En outre, elle peut occasionner des fuites de données. L’IOT constitue elle aussi un nouveau front car elle est souvent oubliée par la défense. Enfin, les entreprises doivent se renseigner sur le périmètre de défense de leurs prestataires car une faille chez eux se traduira par une percée dans leurs propres lignes. En plus des menaces cyber, elles sont tenues de surveiller l’hébergement de leurs données car certains pays se sont dotés de lois permettant de saisir toutes données hébergées par un provider cloud national. Ce sont tous ces fronts que nous allons aborder dans notre dossier.

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Article 1 sur 10

Cloud : le paradoxe de la sécurité à grande échelle

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20264 min de lecture

Tout semble normal dans l’entreprise. Les équipes échangent des fichiers, automatisent leurs tâches et synchronisent leurs applications entre services cloud et outils SaaS. Le système fonctionne comme prévu. Puis une activité inhabituelle apparaît : une application autorisée accède à des données sensibles, des fichiers sont transférés vers un espace externe pourtant légitime. Aucun malware, aucune alerte critique. Pourtant, l’attaque est déjà en cours. La faille ne se situe plus uniquement dans un serveur vulnérable, mais dans les relations entre les outils. Applications SaaS, API tierces et automatisations forment un environnement interconnecté où une autorisation ancienne ou une intégration mal surveillée peut devenir un point d’entrée discret. Pour autant, migrer vers le cloud n’augmente pas systématiquement le risque cyber. Dans certains cas, il permet même d’améliorer le niveau de sécurité, notamment pour les organisations qui ne disposaient pas auparavant des ressources nécessaires pour maintenir leur infrastructure à jour. Comme l’explique Maxime Hutrel, Product Manager chez OVHcloud : « Penser que l’adoption du cloud va augmenter la surface d’attaque dépend de l’industrie et de la situation de départ du client. Par exemple en France pour les acteurs du retail, le passage dans le cloud a permis d’élever leur niveau de sécurité. » Les grands fournisseurs cloud investissent d’ailleurs massivement dans la protection de leurs infrastructures : correctifs automatisés, redondance géographique, supervision continue, chiffrement natif. Mais ces protections ne dispensent pas les organisations de maintenir une discipline opérationnelle rigoureuse. « Les bonnes pratiques consistent à se tenir informé des mises à jour des logiciels présents dans le cloud et à disposer de sauvegardes », poursuit Maxime Hutrel.

Alexandra Bejan, directrice marketing chez Synology, souligne également l’importance d’un cadre structuré : « Il est essentiel de s’appuyer sur une stratégie de sauvegarde robuste, comme la règle 3-2-1, avec plusieurs copies de données sur des supports différents dont une hors site. » La responsabilité de la configuration, de la gestion des accès et de la surveillance des usages reste du ressort de l’entreprise. La maîtrise des flux et des droits d’accès permet de limiter l’exposition des données critiques. Alexandra Bejan précise : « On peut créer des environnements avec des accès différenciés selon les profils, afin de limiter l’exposition des données sensibles uniquement aux personnes autorisées. » Les cyberattaques ne relèvent plus de l’exception, elles font désormais partie du paysage numérique quotidien comme le constate Gabriel Ferreira, directeur technique d'Everpure France : « Il est rare de voir aujourd’hui un client qui n’a pas été victime de la cybermenace. » La difficulté ne tient pas seulement à la sophistication des attaquants, mais à la complexité croissante des environnements numériques. Plus les outils sont nombreux, plus la coordination entre équipes devient essentielle. Lorsqu’un incident survient, le manque d’alignement entre équipes IT et sécurité peut ralentir la réponse, voire aggraver la situation. « Il y a souvent un problème de communication entre les équipes de sécurité et les équipes IT, explique Gabriel Ferreira. Par exemple, l’équipe sécurité peut couper le réseau pour protéger, mais les équipes IT ne peuvent plus intervenir sans accès. » Pour limiter l’impact d’une attaque, l’anticipation devient un facteur clé. « Il est essentiel d’avoir mis en place en amont des réactions automatisées comme isoler la machine contaminée du réseau », affirme Gabriel Ferreira. La mise en place de tels mécanismes permet d’identifier rapidement un comportement suspect et d’isoler les ressources compromises avant qu’une intrusion ne se propage à l’ensemble du système.

La capacité à restaurer rapidement un environnement sain constitue également un élément déterminant de résilience : « Effectuer des sauvegardes régulières, puis les stocker dans un coffre-fort air gapé, permet d’éviter un arrêt total de l’entreprise », ajoute Gabriel Ferreira. Les équipes IT et de sécurité doivent aussi s’entrainer ensemble régulièrement pour apprendre à bien relancer les systèmes en utilisant ces sauvegardes isolées. Ces exercices permettent de réduire le temps d’arrêt et d’éviter les décisions improvisées au moment critique. La gestion des données devient également un enjeu stratégique dans un contexte d’usage croissant d’outils d’intelligence artificielle. « Une bonne pratique consiste à désidentifier les données sensibles avant de les utiliser dans des outils externes », souligne Alexandra Bejan. Aujourd’hui, la prise de conscience progresse au sein des organisations : « L’awarness des équipes SI par rapport aux risques du cloud est plus élevée qu’il y a 10 ans », rapporte Gabriel Ferreira. Mais cette maturité doit s’accompagner d’une meilleure intégration entre les outils cloud et les dispositifs de supervision de la sécurité. Pour Gabriel Ferreira, « Il faut que les outils cloud soient coordonnés avec le SOC installé par l’entreprise pour gérer au mieux les menaces. »

Enfin, la question du contrôle de la donnée reste centrale dans des environnements distribués : « Il est important de conserver une maîtrise de l’emplacement et de l’accès aux données afin de répondre aux enjeux de conformité et de souveraineté », rappelle Alexandra Bejan. Le cloud n’a pas supprimé le périmètre de sécurité : il l’a transformé. La surface d’attaque ne se mesure plus uniquement en serveurs exposés, mais en dépendances numériques, en connexions invisibles et en autorisations parfois oubliées. Comprendre ces interactions est devenu essentiel pour anticiper les menaces. Dans un environnement où les outils communiquent en permanence entre eux, la cybersécurité repose autant sur la maîtrise des relations que sur la protection des systèmes eux-mêmes.

Article 2 sur 10

Agents IA : une faille invisible dans les systèmes d'information

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20263 min de lecture

L’automatisation des systèmes d’information franchit une nouvelle étape avec l’émergence des agents IA autonomes. Capables d’enchaîner des actions sans intervention humaine — interroger des bases de données, appeler des API ou exécuter du code — ces outils s’intègrent rapidement dans les environnements métiers. Mais cette évolution s’accompagne d’un changement profond du modèle de risque. Dans de nombreuses entreprises, la question centrale n’est plus uniquement l’usage de l’intelligence artificielle, mais les conditions d’accès aux données et aux ressources critiques. Comme le souligne Gregory Cardiet VP Sales Engineer Europe chez CrowdStrike , « la vraie question, c’est le contrôle de la donnée qui va être soumis à cet outil ». Pour fonctionner, ces agents reposent sur des identités de service souvent étendues, leur permettant d’interagir avec plusieurs composants du SI. Ce fonctionnement entre en tension directe avec le principe de moindre privilège. Bastien Bobe, Security Field CTO chez Commvault, le résume clairement : « Le problème de fond, ce sont les droits : ils ont accès à beaucoup de choses, ils ont accès à beaucoup de données. » En théorie, ces accès devraient être strictement limités. En pratique, ils sont fréquemment surdimensionnés, notamment dans des phases de déploiement rapides ou de preuve de concept. Ce décalage entre conception et exploitation s’explique aussi par un manque de maturité. « Quand ça marche, on n’y touche plus », observe Bastien Bobe. Résultat : des agents déployés en production sans mécanismes complets de contrôle, de segmentation ou de journalisation.

Parallèlement, les attaquants tirent eux aussi parti de l’intelligence artificielle pour accélérer leurs opérations. « Le temps nécessaire pour exploiter une faille s’est considérablement réduit grâce à l’assistance de l’IA », indique Gregory Cardiet. Des vulnérabilités peuvent désormais être exploitées en quelques jours, voire quelques heures après leur publication. L’expert précise que « l’exploitation de vulnérabilités peut aujourd’hui se faire de manière quasi industrielle ». Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large : la montée des attaques basées sur les identités. « 82 % des attaques sont aujourd’hui dites malware-free et reposent sur l’utilisation d’identités valides », rappelle Gregory Cardiet. Dans ce contexte, un agent IA compromis — ou simplement mal configuré — devient un vecteur d’attaque particulièrement discret, capable d’agir avec des privilèges légitimes.

Les risques ne sont pas uniquement liés à des attaques externes. Des erreurs de configuration ou d’usage peuvent également produire des effets critiques. Bastien Bobe souligne que des incidents récents ont été causés par des agents disposant de droits excessifs, capables d’altérer ou de supprimer des données en production. « Si c’est bien fait, si c’est bien géré […], ça peut simplifier le travail », précise-t-il, mais ces conditions restent encore peu répandues. La gestion des données utilisées par ces agents constitue un autre point de vigilance. « Le seul moyen que l’IA ne connaisse pas une donnée sensible, c’est de ne pas lui donner », insiste Bastien Bobe. Cela implique des pratiques systématiques d’anonymisation, de pseudonymisation ou de filtrage avant ingestion dans les modèles. Face à ces nouveaux usages, Gregory Cardiet indique : « La visibilité complète de l’environnement devient un enjeu majeur pour comprendre les comportements anormaux. » Les agents IA peuvent, en théorie, être entièrement tracés et audités. « Un agent IA peut être journalisé, tracé et segmenté dans un environnement qui lui est propre », ajoute Bastien Bobe. Mais là encore, ces capacités doivent être anticipées dès la conception. L’intégration des agents IA dans les systèmes d’information ne constitue pas uniquement une évolution technologique. Elle modifie en profondeur les modèles de contrôle et de sécurité. Plus autonomes, plus rapides et interconnectés, ces systèmes introduisent une surface d’attaque moins visible, mais potentiellement plus étendue. Pour les DSI et RSSI, l’enjeu est désormais de maîtriser ces nouveaux acteurs du SI au même titre que les utilisateurs humains ou les applications critiques.

Article 3 sur 10

Souveraineté des données : le retour stratégique du stockage local

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20264 min de lecture

Pendant des années, le cloud public s’est imposé comme une solution standard. Flexible et accessible, il a accompagné la transformation numérique des entreprises. Mais une question prend désormais de plus en plus d’importance : où sont stockées les données, et qui peut y accéder ? Les évolutions juridiques internationales ont complexifié le sujet. Certaines législations permettent à des États d’accéder à des données hébergées par des entreprises relevant de leur juridiction, même lorsque ces données sont stockées à l’étranger. Pour les organisations, notamment celles manipulant des données sensibles, cela crée une incertitude nouvelle. Maxime Hutrel, Product Manager chez OVHcloud, rappelle d’ailleurs que ce risque ne relève plus de la théorie : « Pour les États-Unis, en raison de différentes lois avec un impact extraterritorial, nous avons fait le choix d’une séparation totale afin de protéger l’ensemble de nos clients non américains. » Dans ce contexte, le choix d’une infrastructure de stockage devient un enjeu de souveraineté autant que de sécurité. Face à ces contraintes, de nombreuses entreprises réévaluent leurs architectures. Le stockage local — NAS, SAN ou infrastructures on-premise — revient au cœur des stratégies IT. Ce mouvement traduit une volonté de reprendre le contrôle sur les données critiques. Alexandra Bejan, Marketing Director chez Synology, insiste sur cet aspect : « Il est important de garantir un contrôle total sur les données et la souveraineté des données stockées localement. On sait où elles se trouvent à tout moment. »

Le stockage local permet en effet de maîtriser les accès, de limiter l’exposition à des juridictions étrangères et de mieux répondre aux exigences de conformité. Cette approche ne signifie pas la fin du cloud, mais plutôt l’émergence de modèles hybrides, où les données sensibles sont conservées en interne tandis que d’autres usages restent externalisés. Sur ce point, Maxime Hutrel nuance : « Autant le souverain est devenu une évidence pour beaucoup d’entreprises, autant le stockage local a des avantages et des inconvénients qu’il faut pondérer selon chaque cas. » Le cadre réglementaire européen accélère cette évolution. Les directives NIS2, DORA et le futur Cyber Resilience Act imposent des exigences accrues en matière de résilience, de gestion des risques et de continuité d’activité. Ces textes poussent les entreprises à mieux maîtriser leurs infrastructures critiques, notamment en ce qui concerne la localisation et la protection des données. Pour certains acteurs, cette évolution réglementaire rejoint un impératif stratégique plus large. Maxime Hutrel résume ainsi cette logique : « La bonne question est de se demander si l’entreprise appartient à une industrie stratégique, si les données qu’elle héberge ont une forte valeur, et si elle accepte qu’un acteur d’une autre nationalité puisse potentiellement y accéder. » Le retour au local s’accompagne d’une réflexion plus large sur l’organisation des données. La multiplication des outils et des fournisseurs complexifie la gestion globale. Alexandra Bejan souligne la nécessité de simplifier : « Il est préférable de centraliser les données dans un environnement maîtrisé plutôt que de les disperser entre plusieurs services. Cela permet de mieux les contrôler et de limiter les risques. » Cette centralisation facilite la mise en place de politiques de sécurité cohérentes : gestion des accès, chiffrement, supervision ou encore sauvegardes. Elle rappelle aussi l’importance d’une stratégie structurée : « Il faut toujours s’appuyer sur plusieurs copies de données. Ne jamais dépendre d’un seul endroit, que ce soit un cloud public ou une infrastructure locale. »

Pour les DSI et RSSI, le stockage n’est plus une simple question technique. Il implique des arbitrages entre performance, coût, conformité et souveraineté. Le facteur économique entre également dans l’équation. Maxime Hutrel souligne que le cloud souverain n’implique pas nécessairement un surcoût : « Tous les exemples sur lesquels nous avons travaillé montrent qu’il est possible d’aller chercher plus de souveraineté tout en faisant des économies par rapport au cloud public des hyperscalers américains. » La tendance actuelle montre un besoin croissant de maîtrise. « De plus en plus d’entreprises souhaitent savoir où sont leurs données et qui peut y accéder, plutôt que de dépendre entièrement d’un fournisseur externe », observe Alexandra Bejan. Maxime Hutrel note la même inflexion côté marché : « On observe aussi une forme de militantisme souverain chez certains clients, qui ne veulent plus dépendre d’une autre puissance géopolitique et font le choix d’un écosystème européen. » Le stockage local ne remplace pas le cloud, mais il s’impose comme un pilier dans la construction d’architectures plus résilientes. Dans un environnement où la donnée est un actif stratégique, sa localisation et son contrôle deviennent des éléments clés de la sécurité globale des organisations.

Article 4 sur 10

Entretien Franck Rouxel, RSSI freelance: « L'IA augmente la surface d'attaque de manière exponentielle. »

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20265 min de lecture

Les tensions entre DSI, RSSI et direction sont-elles aujourd’hui apaisées ?

Franck Rouxel : On observe toujours des difficultés organisationnelles. Il existe encore des recrutements réalisés sans réelle coordination avec les RSSI en place, ce qui crée des frustrations et un manque d’alignement. Le problème, c’est qu’on attend aujourd’hui des profils hybrides capables de comprendre à la fois les enjeux techniques et business, mais ces profils restent rares. Dans beaucoup d’entreprises, on distingue encore deux mondes : celles qui subissent la cybersécurité sous la contrainte réglementaire — avec des cadres comme DORA ou NIS2 — et celles qui ont réellement intégré une culture du risque. Dans les premières, la gouvernance reste souvent déséquilibrée, et les experts techniques ne sont pas toujours entendus à leur juste valeur.

L’IA est-elle devenue un angle mort majeur de la cybersécurité ?

L’IA accentue une asymétrie déjà connue entre attaquants et défenseurs. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais elle amplifie fortement cette dynamique. Un attaquant peut aujourd’hui identifier et exploiter une faille en quelques minutes, là où la défense reste structurellement plus lente. On est donc face à une croissance exponentielle des capacités offensives, alors que la défense progresse de manière beaucoup plus linéaire. Cela entraîne mécaniquement une augmentation de la surface d’attaque. De plus, les systèmes d’IA eux-mêmes posent un problème structurel : ils sont difficiles à sécuriser par nature. Ils nécessitent d’être pensés différemment dès leur conception, notamment dans la manière dont ils interagissent avec les données et les utilisateurs.

Comment gérer le phénomène de Shadow IA dans les entreprises ?

Le Shadow IA est encore plus complexe que le Shadow IT. On n’est plus seulement dans l’usage d’outils non validés, mais dans quelque chose de beaucoup plus intime : la manière dont chacun interagit avec son propre assistant IA. Même si l’entreprise met en place des solutions internes, elles sont souvent jugées moins performantes que les outils grand public. Résultat : les utilisateurs continuent à utiliser leurs propres solutions, avec des risques importants de fuite de données. Les approches classiques ne suffisent plus. Il faut à la fois encadrer les usages, mettre en place des mécanismes de détection et proposer des alternatives crédibles en interne. Mais aujourd’hui, beaucoup de projets d’IA en entreprise échouent, notamment parce que les prérequis - comme une transformation numérique aboutie - ne sont pas réunis.

Le cloud est souvent accusé d’augmenter la surface d’attaque. Comment un RSSI doit-il l’aborder ?

Le cloud n’est pas un problème en soi, mais il introduit de nouvelles couches de complexité. Chaque niveau - réseau, authentification, applications - nécessite des mécanismes de contrôle spécifiques. On voit notamment émerger des attaques sophistiquées autour de l’authentification. Le MFA, par exemple, n’est plus suffisant à lui seul. Des techniques permettent de détourner des sessions légitimes ou de récupérer des jetons d’accès. Le rôle du RSSI est donc d’imposer des exigences dès la phase de négociation : segmentation des accès, supervision, chiffrement, contrôle des identités. Et surtout, ne jamais considérer le cloud comme une solution clé en main sécurisée par défaut.

Les risques liés à l’open source et au développement applicatif sont-ils sous-estimés ?

Oui, clairement. Les chaînes de développement restent souvent moins matures en matière de sécurité. Les développeurs utilisent des composants open source sans toujours en maîtriser les risques, ce qui peut introduire des vulnérabilités critiques. L’enjeu est d’intégrer la sécurité directement dans les environnements de développement, avec des outils capables de détecter les failles et d’accompagner les équipes sans ralentir leur productivité. C’est un changement culturel autant que technique.

Le contexte géopolitique change-t-il la donne pour les entreprises, y compris les PME ?

Absolument. Les cybermenaces ne concernent plus uniquement les grandes entreprises ou les infrastructures critiques. Les PME sont désormais intégrées dans des chaînes de dépendance, notamment via leurs clients ou partenaires. Une petite entreprise peut devenir une porte d’entrée vers une organisation plus grande. Cela signifie qu’elle doit atteindre un niveau minimal de sécurité, même sans en avoir toujours conscience. Par ailleurs, les tensions internationales renforcent les questions de souveraineté et de dépendance technologique, notamment vis-à-vis des fournisseurs de cloud.

Justement, faut-il s’inquiéter des législations étrangères sur les données ?

C’est un sujet de plus en plus important. Selon le type de données et le secteur d’activité, certaines entreprises peuvent être contraintes de revoir leurs choix d’hébergement. On voit apparaître des obligations liées à la localisation des données ou à leur sensibilité. Cela pousse à envisager des solutions hybrides ou souveraines, mais ce n’est pas simple à mettre en œuvre. Il faut travailler de manière transverse, avec les équipes juridiques, achats et IT, pour bien comprendre les implications. Ce sont des décisions structurantes pour l’entreprise.

Quels sont les enjeux autour de l’IoT et des systèmes connectés ?

L’IoT pose un problème particulier, notamment dans l’industrie. Ce sont des équipements conçus pour durer longtemps, parfois plusieurs décennies, avec des capacités de mise à jour limitées. La sécurité doit donc être pensée en amont, via l’architecture réseau, la segmentation et l’inventaire des équipements. On retrouve finalement les fondamentaux de la cybersécurité, appliqués à des environnements plus contraints.

En conclusion, quelles sont les priorités d’un RSSI en 2026 ?

La priorité reste l’analyse de risque. Il ne faut pas tomber dans une logique de conformité aveugle, qui peut devenir contre-productive. Un RSSI doit comprendre les enjeux spécifiques de son entreprise, identifier les risques réels et adapter les mesures en conséquence. Enfin, la dimension humaine reste essentielle. La cybersécurité ne peut pas fonctionner sans une collaboration étroite entre les équipes techniques, les métiers et la direction. C’est un sujet transversal, qui dépasse largement la seule technologie

Article 5 sur 10

Quand la faille numérique devient une menace physique

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20264 min de lecture

La convergence entre systèmes IT et technologies opérationnelles (OT) transforme profondément le risque cyber. Désormais, une intrusion ne menace plus seulement des données, mais peut perturber directement une activité physique : production industrielle, équipements hospitaliers ou infrastructures de transport. Cette évolution repose sur une réalité simple : les environnements sont désormais interconnectés. Une attaque informatique peut donc avoir des conséquences opérationnelles concrètes. Le risque devient systémique. Gregory Cardiet, VP sales engineer Europe chez CrowdStrike, rappelle toutefois que les vecteurs d’entrée restent souvent classiques : « En termes de probabilité, il est beaucoup plus plausible que le vol du compte d’un utilisateur soit mis en place ». Une fois l’accès obtenu, l’attaquant peut progresser vers des systèmes plus critiques. Dans ce contexte, les équipements IoT et OT jouent un rôle particulier. Ils ne sont pas toujours la cible initiale, mais deviennent des relais. « Ce n’est probablement pas la porte par laquelle les gens vont rentrer, mais peut-être que cela va être un moyen de pivoter dans l’infrastructure », précise Gregory Cardiet. La difficulté est accentuée par la nature des cyberattaques, souvent invisibles dans un premier temps. Bastien Bobe, security field CTO chez Commvault, souligne : « Une cyberattaque, on la voit rarement ou quand on la voit c’est souvent un peu tard ». Dans un environnement industriel, ce délai peut suffire à provoquer un impact majeur. Ce risque est d’autant plus préoccupant que les failles exploitées sont souvent connues. Le problème est donc moins technique que structurel. Gregory Cardiet insiste : « On parle depuis des années de patcher son infrastructure, mais la vérité c’est : patchez votre infrastructure. » Le défaut de mise à jour reste l’un des principaux facteurs d’exposition.

En effet sur le terrain, les bonnes pratiques sont connues mais inégalement appliquées. Alexandra Bejan, directrice marketing chez Synology, rappelle : « Il faut aussi contrôler les appareils, une authentification forte pour tous les appareils et des mises à jour régulières sur les firmwares. » Cela concerne autant les serveurs que les équipements connectés, souvent oubliés. La situation se complique par l’hétérogénéité des systèmes. De nombreuses entreprises utilisent encore des équipements anciens. Gregory Cardiet évoque « des infrastructures Windows 10 ou Windows XP qui fonctionnent toujours ». Ces environnements sont difficiles à maintenir mais restent connectés, donc exposés. Parallèlement, les attaquants gagnent en efficacité. Bastien Bobe explique que l’IA change la donne : « Pendant longtemps, les environnements OT étaient une espèce de trou noir de connaissance pour les attaquants. Et là, l’IA les aide beaucoup ». Elle permet de combler le manque d’expertise technique sur des systèmes complexes. Face à cela, la réponse ne peut pas être uniquement technique. Elle est aussi organisationnelle et budgétaire. Gregory Cardiet souligne que « le risque cyber et de défaillance de l’OT doit être pris en charge par le Comex ». Bastien Bobe complète : « Ces deux problèmes vont se résoudre avec de l’argent. » La sécurité OT devient donc un sujet stratégique. Les mesures concrètes restent pourtant accessibles. Alexandra Bejan insiste sur des règles simples, comme l’interdiction de supports externes non contrôlés : « On ne peut pas accepter de connecter une clé USB qui vient de n’importe qui sur un ordinateur ». Ces pratiques illustrent le lien direct entre sécurité physique et numérique.

Dans ce contexte, la rapidité d’exploitation des failles devient critique. Gregory Cardiet alerte : « La vitesse à laquelle l’attaquant est capable de trouver du code malicieux pour exploiter une faille est extrêmement importante ». Le temps de réaction des entreprises se réduit fortement. Cette accélération transforme la nature des attaques. Une compromission classique peut désormais conduire à un impact industriel. Bastien Bobe le confirme : « Ce n’est pas juste l’IT global, c’était l’ensemble de l’outil de pilotage, y compris l’OT ». La frontière entre numérique et physique disparaît progressivement. Pour limiter ces risques, la priorité reste la visibilité. Les entreprises doivent identifier leurs équipements, leurs vulnérabilités et leurs interconnexions. Gregory Cardiet insiste sur la nécessité d’« avoir une visibilité complète » de l’environnement. Cette cartographie doit s’accompagner de mesures concrètes : segmentation réseau, contrôle des accès et supervision. Alexandra Bejan résume cette approche autour de la « segmentation de réseau », du « contrôle des appareils » et du « filtrage des flux ». La convergence IT/OT impose donc un changement de perspective. La cybersécurité ne se limite plus à la protection des données. Elle conditionne directement la continuité des opérations. Une faille n’est plus seulement numérique. Elle peut désormais produire un effet physique immédiat. C’est cette réalité qui redéfinit aujourd’hui les priorités des entreprises face à la menace cyber.

Article 6 sur 10

Supply chain logicielle : le maillon le plus faible, c'est votre prestataire

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20264 min de lecture

En 2026, la supply chain logicielle confirme son statut de voie d’infiltration privilégiée. L’attaque récente visant la bibliothèque JavaScript Axios en est l’illustration parfaite : un composant open source utilisé des dizaines de millions de fois par semaine a été compromis après la prise de contrôle du compte d’un mainteneur, permettant l’injection d’un code malveillant dans des versions distribuées à grande échelle. Ce type d’opération démontre la puissance du modèle : une seule brique compromise peut produire un effet domino sur l’ensemble de l’écosystème logiciel. Les experts évoquent un impact « vaste » avec des répercussions en cascade sur d’autres bibliothèques et services dépendants. Ce modèle repose sur une logique simple : frapper là où la confiance est implicite. Un prestataire, un outil SaaS ou une bibliothèque open source sont rarement perçus comme hostiles. Pourtant, ils concentrent une part croissante du risque. Gregory Cardiet, VP sales engineer Europe chez CrowdStrike, le rappelle : « C’est quelque chose que l’on voit s’accélérer et ce n’est pas quelque chose de théorique, c’est extrêmement pratique. » Cette dépendance s’est renforcée avec la généralisation du cloud et des services externalisés. Les entreprises n’assemblent plus seulement leurs propres briques : elles s’appuient sur des couches entières de services interconnectés. Maxime Hurtrel, principal product manager chez OVHcloud, souligne cette évolution : « On a des clients de toute taille et au-dessus de l’infrastructure, des services managés avec toujours plus de valeur ajoutée. »

Les grandes plateformes SaaS, qui centralisent des données critiques pour des milliers d’entreprises, sont devenues des cibles prioritaires. Une compromission unique peut produire des effets en cascade à grande échelle. Gregory Cardiet le résume : « Toutes ces entreprises ont toujours été soumises à des attaques. » La différence, aujourd’hui, tient à la vitesse et à l’effet de levier. La difficulté est aussi organisationnelle. Gabriel Ferreira, directeur technique d’ Everpure France, observe qu’« il y a un problème de communication, comme chaque équipe est dans un silo ». Dans le cas de la supply chain logicielle, cette fragmentation est particulièrement dangereuse, car les équipes sécurité, IT, développement et métiers n’ont pas toujours une vision commune des outils réellement utilisés, des accès accordés ou des flux de données. Cette difficulté se retrouve dans les pipelines CI/CD, devenus des points critiques. Ils manipulent tokens, clés cloud ou certificats de signature, encore trop souvent exposés dans des dépôts ou scripts mal sécurisés. Désormais, ces erreurs sont exploitées quasi instantanément. Le problème n’est plus seulement l’exposition accidentelle, mais la vitesse à laquelle elle est exploitée. Des outils automatisés scrutent en permanence GitHub et GitLab pour identifier des secrets en temps réel. Gregory Cardiet confirme : « Il est évident que l’IA permet d’accélérer ça. »

Dans ce contexte, la distinction entre erreur humaine et vulnérabilité technique s’efface. Un package compromis ou une clé oubliée peuvent ouvrir un accès direct à des environnements cloud ou des systèmes de production. La dépendance à l’open source renforce encore ce phénomène. Gregory Cardiet le rappelle : « Il est quasiment impossible de créer un logiciel sans avoir aucune base open source. » La question n’est donc pas de s’en passer, mais de mieux le contrôler. Sur ce point, Alexandra Bejan, directrice marketing chez Synology, insiste : « Pour bien gérer les logiciels supply chain dans le cloud et sécuriser les outils, il faut combiner le contrôle, la segmentation et la supervision. » Elle ajoute également : « Il faut centraliser et contrôler les données. » CrowdStrike insiste de son côté sur l’intégration de la sécurité dès le développement. Gregory Cardiet évoque la nécessité de « faire du scan de vulnérabilité, de l’information et de comprendre les packages qui sont utilisés », dans une logique de shift left.

La gestion des accès reste déterminante. Alexandra Bejan souligne : « Appliquer des permissions granulaires, l’identification multifacteur, la segmentation des utilisateurs des services externes, je pense que c’est important. » Gabriel Ferreira rappelle que la réponse ne peut plus être improvisée : « Lors d’une attaque, il est essentiel en amont d’avoir mis en place des réactions automatisées pour détecter la menace et surtout la traiter. » Cela implique d’isoler rapidement les composants compromis et de limiter la propagation. Cette exigence vaut aussi pour les données. Gabriel Ferreira insiste : « Pour se préparer nous proposons à nos clients de faire des clichés réguliers de leurs données présentes dans leur cloud (…) ainsi si jamais le client doit se relancer après une attaque cyber, il peut relancer ses systèmes. » La supply chain logicielle s’impose ainsi comme une faiblesse structurelle. Non parce que chaque prestataire est défaillant, mais parce qu’un seul maillon compromis suffit. L’attaque Axios l’a montré : en compromettant une dépendance centrale, les attaquants peuvent s’insérer directement dans les environnements de développement et les systèmes de production à grande échelle. En 2026, la sécurité ne se limite plus au périmètre interne. Elle dépend de la capacité des entreprises à contrôler l’ensemble de leur écosystème logiciel, y compris les briques les plus invisibles.

Article 7 sur 10

Shadow IA : l'ennemi vient du bureau d'à côté

Par Théo JanvierPublié le 20 avril 20265 min de lecture

En quelques mois, les outils d’IA générative se sont imposés dans le quotidien des entreprises. ChatGPT, Copilot, Gemini ou Mistral ne sont plus seulement des outils expérimentaux : ils servent à rédiger, coder, analyser ou automatiser des tâches. Mais cette adoption s’est faite dans un angle mort : celui du contrôle. Dans de nombreuses organisations, ces outils sont utilisés sans validation préalable de la DSI ou du RSSI, reproduisant un phénomène déjà vu avec le shadow IT. La différence, cette fois, tient à la nature des données manipulées. Le problème n’est pas tant l’outil que ce que les collaborateurs y injectent. Par facilité ou par gain de temps, certains y copient des contrats, du code source, des données internes ou des informations clients. Gregory Cardiet, VP sales engineer Europe chez CrowdStrike, alerte : « La vraie question, c’est le contrôle de la donnée qui va être soumis à cet outil. » Ce transfert invisible transforme les IA en canaux potentiels d’exfiltration. D’autant plus que les utilisateurs n’en perçoivent pas toujours les implications. Gregory Cardiet rappelle : « Si vous n’avez pas un contrôle (…) la donnée affuitée est réutilisée pour l’apprentissage. » Une information sensible peut donc sortir du périmètre de l’entreprise sans qu’aucun outil de sécurité classique ne la bloque. Le phénomène est amplifié par la multiplication des usages non encadrés. L’IA ne passe plus seulement par les outils officiels : elle est accessible depuis un navigateur, un smartphone ou une application tierce. Gregory Cardiet souligne ce manque de visibilité : « La plus grande problématique (…) c’est le manque de visibilité totale sur les LLM que vous ne maîtrisez pas. »

Le shadow IA devient ainsi un angle mort stratégique. Les entreprises ne savent pas toujours quels outils sont utilisés, ni quelles données y transitent réellement. Et cette faiblesse n’est pas seulement technique. Gabriel Ferreira, directeur technique d’ Everpure France, insiste sur la dimension organisationnelle du problème : « Il y a un problème organisationnel, il y a des silos organisationnels. » Dans les faits, les équipes sécurité, IT et métiers n’avancent pas toujours ensemble, alors même que l’IA traverse désormais tous les usages. Cette fragmentation complique la réponse. Gabriel Ferreira le résume : « L’humain au-delà des solutions des produits, du contexte, etc. Dans les entreprises, l’humain a une grande importance. » Dans le cas du Shadow IA, cela se vérifie pleinement : la fuite de données provient souvent moins d’un acte malveillant que d’un usage banal, mené par un salarié qui cherche simplement à aller plus vite. Au-delà de la fuite d’informations, un autre risque émerge : celui de la manipulation. Les systèmes d’IA peuvent être influencés, détournés ou exploités comme vecteurs d’attaque. Gregory Cardiet évoque une tendance nette : « On a une augmentation de 89 % » des attaques liées à l’exploitation de l’IA.

Ces attaques prennent plusieurs formes. Certaines visent à contourner les garde-fous des modèles pour générer du code malveillant ou accélérer la recherche de vulnérabilités. D’autres exploitent directement les interactions entre l’utilisateur et l’IA. C’est le cas des attaques par injection de prompt. En manipulant les instructions envoyées à un assistant IA intégré à un outil métier, un attaquant peut modifier son comportement, contourner des restrictions ou provoquer des actions non prévues. L’IA devient alors un nouveau point d’entrée dans le système d’information. Non plus via une faille technique classique, mais via une interaction utilisateur détournée. À cela s’ajoute le risque lié aux extensions et aux intégrations. De plus en plus d’outils d’IA proposent des plug-ins ou des connexions à des services tiers. Mal contrôlées, ces briques peuvent intercepter des données, détourner des requêtes ou introduire des comportements inattendus dans les workflows. Pour les entreprises, le défi est double : encadrer l’usage sans freiner l’innovation. Interdire totalement ces outils est rarement réaliste. Gregory Cardiet adopte une position radicale mais révélatrice : « La règle de facto devrait interdire tous les LLM jusqu’à ce qu’il y ait un contrôle absolu. »

Dans les faits, la plupart des entreprises cherchent plutôt un équilibre. Certaines mettent en place des versions internes ou cloisonnées des outils d’IA, d’autres développent des solutions d’anonymisation ou de filtrage des données. L’objectif reste le même : permettre l’usage tout en évitant les fuites. Mais la technologie seule ne suffit pas. Gabriel Ferreira rappelle que les outils doivent être pensés comme un ensemble cohérent : « Il faut que les outils cloud soient coordonnés avec le SOC installé par l’entreprise pour gérer au mieux les menaces. » Appliquée au Shadow IA, cette logique implique de ne pas traiter l’IA comme un simple outil bureautique, mais comme une nouvelle couche du système d’information à superviser et intégrer au dispositif de sécurité. Alexandra Bejan, directrice marketing chez Synology, insiste d’ailleurs sur une bonne pratique essentielle : « Une bonne pratique consiste de désidentifier les données. » Elle précise que l’objectif est de « supprimer ou masquer les données personnelles » avant toute utilisation d’un outil d’IA externe. Mais cette approche reste difficile à appliquer à grande échelle. Elle repose sur la discipline des utilisateurs, dans un contexte où la rapidité prime souvent sur la prudence. Gabriel Ferreira le dit lui-même : aujourd’hui, « le sujet cyber n’arrête pas de monter en température ». Le shadow IA révèle ainsi une mutation plus profonde : la frontière entre usage personnel et usage professionnel s’efface. Les employés utilisent les mêmes outils, parfois sur leurs propres appareils. Cela augmente donc indirectement la surface d’attaque des entreprises, car un employé qui se ferait subtiliser son compte IA pourrait exposer des données sensibles de son entreprise de plus certains cybercriminels comme les ShinyHunters arrivent à récupérer des identifiants via des Chat IA ou des agents IA compromis. Autrement dit, l’attaque ne passe plus forcément par un logiciel malveillant, mais par des usages détournés, des identifiants compromis ou des interactions manipulées. Et pour Gabriel Ferreira, cette transformation impose aussi une meilleure coopération interne : « Les gars, il va falloir que vous vous parliez ! » Le Shadow IA ne vient pas de l’extérieur. Il vient du poste de travail lui-même, des usages quotidiens et des décisions individuelles. C’est précisément ce qui le rend si difficile à maîtriser.

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Cybersécurité : pourquoi la complexité du cloud augmente la surface d'attaque

Proposé par SynologyPublié le 20 avril 20264 min de lecture

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Contrairement à une idée reçue, la menace ne provient pas du cloud en tant que technologie, mais plutôt dans la multiplication des couches techniques, des services et des responsabilités introduites par ces architectures. Cette complexité accrue crée de nouveaux angles morts que les cybercriminels exploitent.

Le modèle de responsabilité partagée : un point de friction

La sécurité dans le cloud repose sur un principe fondamental : le modèle de responsabilité partagée. Le fournisseur protège l’infrastructure physique, les réseaux et certains services de base, tandis que l’entreprise reste responsable de la configuration des environnements, de la gestion des accès, des applications et des données.

Dans la pratique, cette frontière n’est pas toujours claire. Les organisations découvrent parfois tardivement que certaines failles résultent d’une mauvaise configuration plutôt que d’une défaillance du fournisseur. Mauvaise gestion des accès, stockage exposé publiquement ou politiques de sécurité incomplètes font partie des erreurs les plus fréquentes.

Plus les architectures cloud deviennent complexes, plus ce partage des responsabilités peut devenir un point de friction entre équipes IT, équipes sécurité et fournisseurs de services.

L’explosion des identités et des permissions

L’un des effets les plus visibles de la migration vers le cloud est l’augmentation exponentielle du nombre d’identités numériques. Utilisateurs, applications, services automatisés, conteneurs ou machines virtuelles disposent chacun de droits d’accès spécifiques.

Les politiques de gestion des identités et des accès (IAM) deviennent donc extrêmement imbriquées. Une même application peut dépendre de plusieurs rôles, groupes et politiques héritées, rendant la gouvernance difficile à maintenir dans la durée.

Dans ce contexte, le moindre excès de privilèges ou une mauvaise attribution de droits peut ouvrir la porte à des mouvements latéraux dans l’infrastructure. Pour les attaquants, ces identités deviennent des cibles privilégiées : compromettre un compte disposant de permissions étendues permet souvent d’accéder à des ressources critiques.

Une surface d’attaque élargie par le cloud

L’adoption du cloud s’accompagne également d’une multiplication des points d’entrée. Chaque service ajouté représente potentiellement une nouvelle porte d’accès. Les organisations doivent donc surveiller un nombre croissant d’interfaces, de configurations et de dépendances logicielles. Ce phénomène est amplifié dans les environnements hybrides où coexistent infrastructures on-premise, cloud public et applications SaaS. Les flux de données circulent entre plusieurs plateformes, parfois gérées par différentes équipes ou fournisseurs.

Des environnements distribués qui réduisent la visibilité

L’environnement cloud pose un autre défi majeur : la visibilité. Les équipes de sécurité doivent être capables de comprendre où se trouvent les données, quels systèmes y accèdent et comment elles circulent.

Or, dans un environnement multi-cloud ou hybride, les journaux d’activité, les politiques de sécurité et les outils de supervision sont souvent fragmentés. Il devient parfois difficile de disposer d’une vision cohérente des flux et des comportements anormaux.

Cette perte de visibilité peut ralentir la détection d’incidents ou compliquer les investigations en cas d’attaque. La protection des données reste donc un élément central de la cyber-résilience : la capacité à restaurer rapidement des systèmes et des informations critiques constitue souvent la dernière ligne de défense face aux attaques.

Simplifier l’architecture pour réduire les risques

Face à cette complexité croissante, une tendance se dessine : revenir à des architectures plus maîtrisées, où les données critiques sont centralisées et gouvernées de manière cohérente.

Dans ce contexte, le cloud privé peut jouer un rôle structurant. En servant de hub principal pour les données et les sauvegardes stratégiques, il permet aux organisations de garder un contrôle direct sur leur infrastructure, leurs politiques de sécurité et leurs flux d’information.

Au-delà de la seule résilience technique, cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté numérique. Les entreprises et les institutions cherchent à mieux contrôler l’emplacement, la gestion et la protection de leurs données sensibles. Héberger les informations critiques sur des infrastructures maîtrisées, qu’elles soient internes ou opérées par des fournisseurs européens soumis à des régulations locales, participe à cet objectif. Cela permet non seulement de limiter les dépendances vis-à-vis d’acteurs étrangers, mais aussi d’assurer une conformité plus stricte aux exigences réglementaires (RGPD, directives NIS2, etc.).

En combinant consolidation, gouvernance claire et hébergement souverain, les organisations renforcent à la fois leur sécurité et leur indépendance stratégique. L’objectif n’est pas d’empiler de nouveaux outils, mais de réduire la complexité opérationnelle tout en garantissant l’intégrité, la disponibilité et la souveraineté des données.

Anticiper les menaces dans un monde hybride

À mesure que les environnements numériques se complexifient, la cybersécurité devient un enjeu d’architecture autant que de technologie. L’objectif n’est plus seulement de multiplier les solutions de protection, mais de concevoir des infrastructures lisibles, cohérentes et gouvernables.

Anticiper les menaces implique donc de réduire les zones d’ombre, de clarifier les responsabilités et de reprendre le contrôle sur les données stratégiques. Dans un paysage IT hybride et distribué, la simplification via des plateformes de protection centralisées et des architectures de cloud privé maîtrisées devient paradoxalement l’un des leviers les plus efficaces pour renforcer la sécurité.

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Souveraineté des données : le NAS, nouveau pivot des architectures de cybersécurité

Proposé par SynologyPublié le 20 avril 20264 min de lecture

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Il fut un temps où la trajectoire semblait tracée. Le cloud s’imposait comme une évidence, porté par des promesses d’agilité, de réduction des coûts et de simplification des infrastructures.

Mais ce mouvement connaît aujourd’hui un infléchissement : « On observe clairement un rééquilibrage », observe William Eudes, directeur du support technique chez Synology. « Les entreprises s’orientent de plus en plus vers des architectures hybrides, et parfois même vers des modèles plus localisés. » Ce retour n’est ni idéologique ni technique. Il est avant tout pragmatique.

Le coût réel du cloud, premier facteur de remise en question

Parmi les éléments qui conduisent les DSI à revoir leur stratégie, la question financière arrive souvent en tête. Pour William Eudes, « beaucoup d’entreprises ont sous-estimé certains coûts. Le stockage en lui-même peut paraître abordable, mais dès que l’on commence à manipuler les données — les rapatrier, les interroger — des frais supplémentaires apparaissent ».

Ces coûts, souvent peu visibles au départ, s’accumulent avec le temps. Les frais de sortie, en particulier, posent un problème majeur lorsqu’il s’agit de reprendre la main sur ses données. À cela s’ajoutent les coûts liés aux requêtes ou à l’utilisation avancée des services cloud, qui rendent la projection budgétaire incertaine.

Dans certains cas, une infrastructure locale peut s’avérer plus économique sur le long terme. Mais au-delà de la dimension financière, une autre forme de dépendance conduit de plus en plus d’organisations à revoir leur stratégie.

Souveraineté et cybersécurité : une frontière qui s’estompe

La question de la souveraineté des données ne se limite plus à la conformité réglementaire. Elle s’inscrit désormais dans une réflexion plus large sur la maîtrise des risques.

« Avec le contexte géopolitique actuel et des réglementations comme NIS2, les entreprises prennent conscience qu’elles ne sont pas totalement maîtres de leurs données lorsqu’elles sont hébergées par des acteurs soumis à des législations extraterritoriales », souligne William Eudes.

Même lorsque les données sont stockées en Europe, elles peuvent rester soumises à des lois étrangères, notamment dans le cas de fournisseurs internationaux. Cette réalité introduit une incertitude supplémentaire, difficile à intégrer dans une stratégie de cybersécurité. Car derrière la souveraineté, c’est bien la capacité à contrôler, protéger et récupérer ses données qui est en jeu.

Le NAS, ou le retour du contrôle par le local

Face à ces enjeux, les organisations cherchent donc à rééquilibrer leur architecture. Et dans ce mouvement, le stockage local retrouve une place stratégique. « Le NAS est avant tout un cloud privé. Il offre un cadre maîtrisé pour le stockage des données, avec un contrôle direct sur leur localisation et leur gouvernance », résume William Eudes.

Les serveurs NAS évoluent ainsi vers des usages beaucoup plus structurants. Ils deviennent un point d’ancrage, autour duquel s’organise l’ensemble de l’architecture de données.

Ce repositionnement s’explique aussi par l’évolution des usages : les solutions NAS modernes ne se limitent plus à héberger des fichiers : elles intègrent désormais des services applicatifs complets. « Beaucoup d’entreprises associent encore le NAS à du simple stockage. Mais ne perdons pas de vue qu’il peut aussi intégrer des outils de collaboration, de messagerie ou de partage de documents, directement sur l’infrastructure locale », précise William Eudes.

Des solutions comme Synology Drive, Office, MailPlus ou Chat permettent ainsi de recréer un environnement de travail collaboratif, comparable aux suites SaaS, tout en conservant les données en interne. Ce basculement est loin d’être anecdotique. Il permet de limiter la dispersion des données, de simplifier leur gouvernance et de renforcer leur protection.

Repenser le rôle du cloud : de plateforme centrale à filet de sécurité

Dans cette logique de rééquilibrage, le cloud n’est plus envisagé comme le socle principal de l’infrastructure, mais comme une brique complémentaire au service de la résilience. « Le cloud peut être considéré comme un backup tiers, une assurance en cas de problème majeur », explique William Eudes.

Cette approche repose sur un principe simple : conserver les données actives en local, et utiliser le cloud comme une couche de protection supplémentaire. Elle s’inscrit dans une logique de sauvegarde structurée, souvent résumée par la règle du 3-2-1, enrichie aujourd’hui d’une dimension complémentaire avec l’immuabilité.

L’immuabilité, dernier rempart face aux attaques

Face à des attaques capables de chiffrer ou de supprimer des environnements entiers, la question n’est plus seulement de sauvegarder, mais de s’assurer que certaines copies restent inaltérables. C’est précisément le rôle de l’immuabilité. « Une sauvegarde immuable ne peut pas être modifiée ni supprimée pendant une période définie. Même si un attaquant accède au système, il ne pourra pas altérer ces données », poursuit William Eudes.

Ce mécanisme offre une garantie essentielle : celle de pouvoir repartir d’un état sain, même après une attaque majeure. Il impose toutefois une gestion rigoureuse, notamment en matière de capacité de stockage et de politique de rétention. Mais son efficacité en fait aujourd’hui un élément clé des stratégies de cybersécurité.

Une nouvelle maturité des stratégies IT

Au final, ce mouvement révèle une évolution dans la manière dont les organisations appréhendent leur infrastructure. Le débat ne se résume plus à une opposition entre cloud et on-premise. Il porte désormais sur la capacité à choisir, à adapter et à reprendre la main.

« L’objectif n’est pas d’abandonner le cloud, mais d’inverser la logique. Le stockage principal reste local, et le cloud devient une extension, une garantie de résilience », conclut William Eudes.

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Vidéosurveillance : 3 angles morts cyber que les DSI ne peuvent plus ignorer

Proposé par SynologyPublié le 20 avril 20264 min de lecture

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1. Des caméras devenues des points d’entrée dans le SI

La généralisation des caméras IP a profondément transformé la nature des systèmes de vidéosurveillance. Connectées au réseau, administrables à distance, elles s’intègrent désormais pleinement dans l’infrastructure IT. Un changement qui n’est pas sans conséquence.

« On voit régulièrement des systèmes d’information compromis via des caméras de surveillance. La faille ne vient pas forcément du matériel lui-même, mais de la manière dont il est configuré », explique William Eudes, directeur du support technique chez Synology.

Dans la majorité des cas, les vulnérabilités restent basiques : mots de passe faibles, accès mal sécurisés, exposition directe sur Internet. Autant de failles qui transforment ces équipements en portes d’entrée potentielles dans le SI.

2. Une architecture fragmentée qui multiplie les risques

Autre point critique : l’architecture des déploiements. Dans de nombreux environnements, chaque caméra est configurée individuellement, avec ses propres accès et ses propres règles de sécurité. Résultat : une multiplication des points d’exposition et une complexité accrue pour les équipes IT.

« L’idée, c’est d’éviter d’exposer chaque caméra individuellement. Dans une approche centralisée, elles sont reliées à un serveur local, et toute la sécurité est gérée à ce niveau-là », souligne William Eudes.

Des solutions comme Surveillance Station de Synology permettent justement de centraliser la gestion des caméras, des accès et des configurations, ce qui réduit la surface d’attaque tout en simplifiant la gouvernance. Cette logique s’inscrit dans une approche plus globale de plateforme unifiée : le NAS ne sert plus uniquement au stockage, mais devient le point central de la vidéosurveillance. Synology propose également ses propres caméras, entièrement intégrées à son environnement, tout en restant compatible avec plusieurs centaines de modèles du marché. « L’intérêt, c’est de pouvoir gérer l’ensemble — caméras, stockage, supervision — depuis une seule interface, sur un seul serveur », souligne le directeur du support technique.

3. Le stockage, un risque silencieux dans les dispositifs de vidéosurveillance

Il s’agit sans doute du point le plus sous-estimé. Si les caméras concentrent l’attention, le stockage des images reste souvent traité comme un sujet secondaire. Or il constitue un maillon essentiel de la chaîne de sécurité. « On voit encore beaucoup de systèmes avec un seul disque dur. En cas de panne, il n’y a plus d’images. Or, ces données constituent des preuves dont le rôle est primordial pour reconstituer une intrusion, identifier un accès non autorisé ou encore documenter un événement critique » rappelle William Eudes.

D’où l’importance d’un stockage robuste, capable de garantir la continuité des enregistrements, l’intégrité des données et leur disponibilité en cas d’incident. « Avec un NAS, on bénéficie de mécanismes comme le RAID, qui permettent de sécuriser les enregistrements », précise-t-il.

De la surveillance à l’analyse : l’IA comme prolongement d’une architecture maîtrisée

Une fois ces fondamentaux adressés — sécurisation des accès, centralisation, fiabilité du stockage — une autre évolution s’impose progressivement dans les projets : celle des usages. Car la vidéosurveillance ne se limite plus à enregistrer des images, elle permet désormais de les exploiter. « L’intelligence artificielle s’intègre de plus en plus dans les systèmes de vidéosurveillance, soit directement dans les caméras, soit côté serveur », explique William Eudes.

Deux approches se complètent. D’un côté, une IA embarquée dans les caméras permet de réaliser des traitements en temps réel : détection d’intrusion, reconnaissance de personnes ou de véhicules, définition de zones sensibles avec déclenchement d’alertes automatiques. « On peut, par exemple, définir une ligne virtuelle ou un périmètre dans l’image, et déclencher une alerte dès qu’il est franchi », précise-t-il.

De l’autre, une IA centralisée au niveau du serveur ouvre des capacités d’analyse plus avancées. Les NAS Synology dédiés à la vidéo surveillance intègrent ainsi des ressources de calcul — notamment des cartes graphiques — capables de traiter les flux vidéo indépendamment des caméras. « L’avantage, c’est que l’analyse ne dépend plus des caméras elles-mêmes. On peut ajouter ces capacités sur une infrastructure existante, quel que soit le modèle de caméra », souligne William Eudes.

Cette approche permet d’aller plus loin dans les usages : reconnaissance faciale, lecture de plaques d’immatriculation, comptage de personnes ou de véhicules… Avec à la clé, des applications concrètes : de la gestion d’accès sur des parkings à l’analyse de fréquentation dans les points de vente. Surtout, elle présente un avantage clé pour les DSI : la possibilité de faire évoluer les usages sans remettre en cause l’infrastructure existante.

En d’autres termes, une fois les angles morts sécurisés, la vidéosurveillance devient non seulement plus fiable… mais aussi plus intelligente.