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Roissy Porte de France : la mutualisation à la carte
Un écueil qu'a su éviter la communauté de communes de Roissy Porte de France. Fondée en 1994, la communauté compte sept communes à son origine, s'élargit à 11 en 1996 puis finalement à 14 en juillet 2002. Sur un territoire grand comme la ville de Paris vivent 45 000 habitants, répartis dans des communes de 80 à 10 000 âmes.
Economies, technologie, solidarité
"La décision de mutualiser est apparue assez rapidement, en 1998. L'idée de créer une plateforme informatique a coulé de source pour répondre à une question cruciale : comment mettre en commun les moyens dont on dispose ?", explique Patrick Renaud, le président de la communauté.
L'idée développée par les membres alors en place est de développer une collaboration à la carte, sans rien imposer et en respectant les spécificités de chaque commune. Un centre technique est implanté à Louvres, lieu stratégique car placé au coeur de la communauté. Pour relier les communes, un maillage hertzien est mis en place, basé sur un réseau d'antennes. Progressivement, le système informatique se dote de serveurs et équipe les collectivités de postes clients : "on dispose aujourd'hui d'une quarantaine de serveurs et de plus de 400 ordinateurs que l'on loue, précise Gilles Manceau, le directeur financier. Notre concept de base était de faire un effort en investissant sur un équipement et des technologies performants dès le départ pour générer rapidement des économies de fonctionnement".
Les économies d'échelles ne sauraient cependant constituer l'unique moteur de la mutualisation. "Notre projet s'articule autour de trois éléments, indique Gilles Manceau, les économies réalisées, les moyens technologiques mis à disposition des communes et la solidarité entre les collectivités". Les premières mises en commun logicielles concernent les applications de gestion. Si, aujourd'hui, les communes partagent les solutions éditées par Ciril pour la gestion financière et la gestion des ressources humaines, les débuts furent laborieux : "au moment de la mise en place des applications mutualisées, on comptait, dans les mairies, autant d'applications que d'éditeurs sur le marché, raconte Gilles Manceau. Les tensions viennent des phases de mise en place, ça fait partie du jeu. On a su prendre le temps de former les gens".
Une mutualisation à la carte
La mutualisation ne signifie pas que toutes les communes membres de la communauté utilisent les moyens mis à disposition. L'accent est mis sur la modularité. Au même titre que chaque collectivité est libre d'adhérer ou non à la plateforme informatique, elle peut aussi choisir d'utiliser seulement telle ou telle application. Ainsi, une seule mairie a recours au logiciel de gestion bibliothécaire proposé. "L'idée, dans cette modularité, est de ne proposer que ce qui est nécessaire, de répondre à des demandes ou faire des propositions et, surtout, de ne pas servir une commune mieux qu'une autre", reprend Gilles Manceau. Roissy en France a beau être un territoire riche - les retombées économiques de l'aéroport Charles de Gaulle sont importantes - cela ne signifie pas que toutes les communes le sont également. "Dès lors, il ne serait pas juste que les petites collectivités n'aient pas les mêmes moyens que les plus grosses", ajoute Gilles Manceau. L'aspect solidaire de la démarche de mutualisation permet par exemple à Villeron, 750 habitants, d'utiliser la même solution de gestion financière que la plus grosse commune de la communauté. "Des communes ont recours à des applications qu'elles n'auraient jamais pu utiliser de façon autonome de par leur prix ou leur difficulté de mise en place", expose le directeur financier.
Malgré tout, des difficultés inévitables
La mutualisation à la sauce Roissy Porte de France, exemple de réussite idéale ? Pas tout à fait : il subsiste encore quelques difficultés. Hormis quelques délicatesses techniques liées à la sécurisation ou à l'installation du réseau hertzien qui devait tenir compte des contraintes imposées par la proximité de la zone aéroportuaire, des obstacles relatifs au côté communal se font sentir. Gilles Manceau l'exprime joliment : "la mutualisation ne se décrète pas, elle se vit". De fait, le besoin se fait sentir en permanence de dialoguer, de convaincre. Les communes, si elles sont ravies de partager certaines ressources, sont en revanche plus frileuses quand il s'agit d'autres domaines. C'est notamment le cas du secteur social ou de la déclaration à la Cnil des fichiers de l'observatoire fiscal communautaire : "c'est un problème bien humain de vouloir garder son domaine de fonctionnement, tempère Gilles Manceau. Il nous faut alors préciser comment on veut procéder, avec quelle déontologie".
Fonctionnant sur un budget annuel d'un million d'euros, charges de personnel comprises, la plateforme informatique de Roissy Porte de France utilise rarement la solution de l'externalisation. "Par rapport à d'autres collectivités on y a peu recours", affirme Gilles Manceau. Les applications sont installées et gérées depuis le centre de Louvres, ce qui limite la maintenance. "En 2006, un appel d'offre sera néanmoins lancé pour renouveler une partie de notre parc", poursuit le responsable des finances. D'ici là, les compétences de l'équipe du SI suffit à assurer la presque totalité des tâches courantes. L'accent est mis sur le capital humain, à l'image du technicien supérieur récemment recruté après avoir passé deux années en alternance, entre les cours et la communauté. Un autre stagiaire d'Infosup suit la même voie, qui rejoindra bientôt le DSI, l'ingénieur réseau et l'agent administratif capable d'assurer des formations bureautiques. La formation est un des grands projets de l'équipe : "nous étudions la possibilité de créer une plateforme en ligne pour l'autoformation du personnel des communes", explique Gilles Manceau. Un personnel qui a déjà pu, par le passé, bénéficier de formations bureautiques dispensées par le service informatique, et a suivi un apprentissage aux progiciels à l'extérieur.