Article 1 sur 4
IT & DirectionGrand dossier4 articles
Traçabilité : l'alternative RFID poussée à se dépasser
Dossier de la rédaction
L'infrastructure RFID ne fait pas nécessairement l'ensemble d'un projet de traçabilité. Néanmoins, l'implication grandissante des fournisseurs informatiques dans cette technologie pourtant très onéreuse semble l'imposer inexorablement.
Aller au sommaireDepuis son adoption très médiatisée par Wal-Mart, n°1 de la grande distribution aux Etats-Unis, la RFID (Radio Frequency Identification) a pris de l'embonpoint. Nonobstant un coût d'étiquetage toujours important, les projets de traçabilité faisant appel à une architecture de ce type se multiplient, mettant l'informatique au coeur d'une chaîne d'information aux contraintes de gestion de plus en plus importantes. Les fournisseurs de technologies ne s'y sont pas trompés et poussent fortement à la consommation, développant progressivement chaque brique, tant logicielle que matérielle, de l'architecture.
L'industrie automobile reste pour l'heure le secteur le plus demandeur (avec 150 millions de puces notamment dans les clés de contact). Mais la logistique et les chaînes de montage devraient rapidement adopter la technologie d'ici quelques années. Sans compter l'agroalimentaire, dont un encadrement législatif particulièrement coercitif pousse à l'adoption de solutions à la fois sophistiquées, sécurisées, robustes et souples.
Selon ARM Research, 69 % des entreprises seraient intéressées par le RFID et auraient déjà intégré la technologie à leurs projets à court terme.
Du coup, pour répondre - ou susciter - à la demande de DSI de plus en plus impliquées - quoique les projets de traçabilité soient souvent particulièrement transversaux à l'organisation de l'entreprise - l'offre s'organise.
En témoigne, le rachat de la PME ConnecTerra, pionnière du RFID, absorbée par le spécialiste du middleware BEA, en novembre 2005. Ou encore les investissements dans la technologie par les ténors du secteur, HP, Microsoft, Sybase, Oracle et Intel. (voir la rubrique Plus sur le Web).
En fait, à toutes les étapes de la chaînes, les principaux fournisseurs comptent en être. Il faut dire que l'implémentation d'un système de traçabilité par RFID nécessite l'achat de solutions, issues d'éditeurs et de constructeurs - et donc intégrateurs - disparates. D'abord pour les étiquettes RFID et les lecteurs - points de départ de la chaîne -, puis pour connecter ces derniers aux applications d'entreprises, plus ou moins préparées à traiter les données de la RFID. D'où un coût parfois prohibitif.
Reste que si la traçabilité a de beaux jours devant elle, le coût des solutions, la mise en place de process normalisés très contraignants et une robustesse technique parfois difficile ne font pas nécessairement des infrastructures RFID des championnes incontournables. D'autant que des architectures qui les englobent pointent leur nez, comme en atteste le dossier du Monde Informatique consacré à EPCGlobal, réseau des objets promettant la traçabilité en temps réel.
Un marché en progression soutenue
Gartner estime à 39 % la croissance du secteur en 2005, pour un CA de 504 M$. Une progression qui devrait se confirmer en 2006, pour atteindre un chiffre d'affaires de 751 M$. Et décoller en 2010 pour dépasser alors les 3 Md$. In-Stat, de son côté, indique que la production totale de puces RFID aurait déjà atteint 1,3 milliard d'unités en 2005, et devrait exploser en 2010, pour s'établir à 33 milliards. Pour l'heure, précise In-Stat, l'utilisation du RFID reste très segmentée.
Article 2 sur 4
Entretien avec Jean-Luc Viruéga, traçabiliticien
Lemondeinformatique.fr : Vous êtes traçabiliticien. Que signifie ce terme et quelles formations permettent d'exercer votre profession ?
Jean-Luc Viruéga : On peut faire l'analogie avec qualité et qualiticien. Traçabiliticien est une marque commerciale que j'ai déposée en 2004. Jusqu'en 1997 la traçabilité était cantonnée à la crise alimentaire de l'ESB ou à la polémique autour des OGM. On se rend compte aujourd'hui que la traçabilité est partout, qu'elle est un secteur de compétence à part entière. Par conséquent, elle nécessite des développements et des spécialistes : c'est là qu'intervient le traçabiliticien.
S'il n'existe pas de formation d'ingénieur spécialisé en traçabilité, certaines écoles dispensent des modules d'enseignement. Je dispense ainsi des cours à l'Agro Montpellier et à l'école d'ingénieur Polytech de Montpellier.
Il devrait exister une formation spécifique à ce secteur : la traçabilité prend une ampleur générique et revêt un aspect transversal justifiant l'existence d'un enseignement à part entière.
Existe-t-il une définition de la traçabilité ?
Il en existe deux. La première est normative et a fait son apparition au cours des années 80. Elle s'inscrit dans le cadre des normes ISO et définit tous les termes relatifs à l'assurance qualité. La traçabilité prend le sens d'une aptitude à retrouver une entité, ou ce qui est examiné, au moyen de son historique et d'une authentification enregistrée. Par analogie avec le terme anglais traceability, duquel on tire "to be able to trace", on définit la traçabilité comme la capacité de l'entreprise à suivre et retrouver un élément du processus de fabrication.
La seconde définition est spécifique au secteur agroalimentaire. Elle est donnée par le règlement CE 178/2002, obligatoire depuis 2005, reprend la définition normative et établit ce que doit être la traçabilité pour tout acteur du secteur agroalimentaire.
Comment se déroule un processus-type de traçabilité au sein d'une entreprise ?
Prenons l'exemple d'une entreprise agroalimentaire. Le processus peut se diviser en deux étapes.
La société reçoit, dans un premier temps, des fruits qui constituent ses matières premières. Elle identifie ses entrées sur la base de plusieurs éléments : date, quantité, identifiant fournisseur, caractéristiques physico-chimiques, etc. Elle a ainsi une image fidèle du produit entrant, qu'elle stocke en collant une étiquette sur le contenant. Elle produit ensuite la commande du client en tenant compte des caractéristiques décidées par ce dernier et utilise les fournitures adéquates, qu'elle retrouve par leur identifiant (un numéro le plus souvent). A son tour, le produit fini hérite d'un numéro de lot, qui permettra par la suite de tracer son parcours. A cette étape, l'entreprise sait que tel produit a été fabriqué par telle équipe, sur une machine particulière avec telles matières premières. C'est une construction pas à pas de l'historique du produit fini.
Pour la deuxième étape, imaginons qu'une anomalie soit détectée sur un produit, une fois celui-ci distribué chez les revendeurs. Si un point de distribution relève un problème, l'entreprise ressort l'historique du produit et revient sur les étapes de production. Si un retrait des points de vente s'avère nécessaire, le producteur sait, à partir du numéro de lot, quels revendeurs doivent vider leurs rayons.
Cet exemple illustre le triple intérêt de la traçabilité : l'entreprise atteste ce qu'elle fabrique, elle dispose du pouvoir de réagir, et elle maîtrise les risques.
En ce qui concerne le secteur agroalimentaire, le règlement 178/2002 impose aux producteurs de relier les sorties avec les entrées pour être en mesure d'effectuer des plans de rappel rapides et ciblés. On en déduit alors qu'il est opportun de minimiser la taille des lots pour mieux pouvoir réagir. L'entreprise doit toutefois trouver un juste milieu ente des petits lots faciles à traiter, et de d'autres plus importants et moins chers à produire. Ma profession consiste, notamment, à analyser ces situations et proposer des arbitrages.
RFID, codes à barre...les technologies employées dans le cadre de la traçabilité sont multiples. Comment cohabitent-elles tout au long d'un processus de traçabilité, mettant en scène plusieurs acteurs recourant à des outils potentiellement différents ?
C'est tout l'enjeu, au delà de la seule traçabilité, de la normalisation de la codification de l'information. Dans le cas où plusieurs clients emploient des technologies différentes, un travail de ressaisie ou de recodification est nécessaire, coûteux et source d'erreurs. Il peut aussi l'être même si les technologies sont similaires : les données - code, date, etc. - ne sont par exemple pas forcément saisies dans le même ordre d'un site à l'autre.
Plusieurs groupements essaient de normaliser la codification, comme ce fût le cas pour les codes à barre.
Il faut bien retenir que le choix d'une technologie de traçabilité dépend avant tout du produit fabriqué et pas d'un choix interne. Ainsi, si la RFID est une technologie d'identification et de codification de l'information dont les conséquences sur la structure de distribution peuvent être grandement bénéfiques, elle n'est pour autant pas le remède à tous les maux. Elle n'est qu'un élément d'un système de traçabilité mais ne dispense pas de revoir les bonnes pratiques de son usage avant même son implantation. La technologie choisie doit être une conséquence des bonnes pratiques, pas l'inverse.
Le projet EPC - Electronic Product Code - peut-il être vu comme une solution pertinente permettant d'établir une codification standardisée ?
Ce projet - la codification sur support électronique - a priori, a de l'avenir. J'aimerais cependant de la concurrence face à une initiative dont les prétentions sont commerciales. J'espère que les utilisateurs imposeront leur préférence plus qu'ils ne laisseront les offreurs imposer leur standard. Je note une tendance malsaine de certains offreurs à imposer d'abord une technologie avant de revoir les bonnes pratiques qui l'entourent. Or, la première question que l'on devrait se poser c'est "que veut-on en faire ?"
Selon une enquête Stef-TFE/BVA, seulement 1 % des entreprises françaises de l'agroalimentaire disposent d'un système d'étiquettes RFID et 7% mènent des tests. C'est nettement moins que dans beaucoup d'autres pays industrialisés. On a l'impression que le déploiement de projets RFID en France prend du temps, voire du retard. Quelles en sont les raisons ?
Il faut d'abord considérer que les distributeurs agroalimentaires sont d'une taille plus importante à l'étranger (ex. : Walmart). Surtout, je modèrerais vos chiffres pour deux raisons. D'un côté le secteur agroalimentaire n'est pas forcément le plus gros utilisateur de RFID. De l'autre, le déploiement d'un projet RFID demande une puissance économique énorme que l'on ne rencontre pas forcément en France.
Selon Théodore-Michel Vrangos, le Président d'i-Tracing, on va vers une pénurie de chef de projet RFID. Comment expliquer cela ?
Cela ne me surprend pas. Ce poste requiert en effet une double, voire une triple compétence. En plus d'être spécialiste de la technologie RFID, des contraintes qu'elle impose, le chef de projet doit en plus connaître tous les produits de son entreprise et faire correspondre ces produits aux besoins. En plus de ces difficultés, il n'existe que peu d'écoles en France dispensant une formation orientée RFID (on peut citer l'Esisar, dépendant de l'INP Grenoble).
Article 3 sur 4
Entretien : Marc de Fréminville, responsable des ventes Europe de l'Ouest et du Sud chez IBM
Malgré le décalage de maturité entre l'Europe et les Etats-Unis, l'intérêt pour le réseau EPCglobal va croissant sur le Vieux Continent selon le responsable RFID de Big Blue. Parfois sous la pression de contraintes réglementaires.
Quels sont les investissements d'IBM sur le projet de réseau EPCglobal ?
M.d.F : Via le rachat de la branche conseil de PriceWaterhouseCoopers, nous avons hérité d'une présence dans le projet qui est à l'origine du réseau EPCglobal : Auto-ID Center. IBM est aujourd'hui membre du groupe de travail Data Exchange au sein de EPCglobal Inc, groupe de travail centré sur la publication des données de traçabilité et leur partage en réseau. Nous travaillons également à des logiciels pour les réseaux EPC, notamment une offre d'Information Service qui sera proposée dans notre famille Websphere. Ce produit est d'ores et déjà testé sur des projets pilotes grandeur nature aux Etats-Unis.
Quels sont les objectifs poursuivis dans ces projets pilotes ?
M.d.F : Le pilote le plus important, e-Pedigree, concerne le secteur pharmaceutique dans l'état de Floride. Du fait d'une nouvelle réglementation, les laboratoires doivent assurer une traçabilité complète des médicaments jusque dans les pharmacies. Le projet pilote couvre pour l'instant une partie de la chaîne mais implique plusieurs fabricants. IBM a également participé à une démonstration de Gillette, lors d'une manifestation organisée par EPCglobal, dont l'objectif consistait à disposer en temps réel d'une visibilité sur les flux de produits. C'est également l'objectif poursuivi au sein d'un autre projet pilote dans la distribution alimentaire auquel nous collaborons. Connaissances des flux de produits, suivi de la mise en place, impacts des promotions constituent souvent des motivations centrales pour les industriels. Comme l'avait montré Auto-ID Center, le retour sur investissement de cette traçabilité en réseau tient surtout à l'éradication des ruptures de stocks en magasin, un intérêt qui plus est partagé entre distributeurs et industriels.
A la lecture de ces expériences, on le sentiment d'un retard important pris par les sociétés européennes...
M.d.F. : Ce décalage existe en effet, et s'explique en bonne partie par la disponibilité des équipements, qui arrivent 6 à 9 mois plus tard en Europe qu'aux Etats-Unis. Car, avant d'investir dans un réseau EPCglobal, il faut déjà avoir résolu un certain nombre de problèmes soulevés par la mise en place des puces et par leur exploitation. J'estime qu'il faut avoir des déploiements opérationnels depuis plus de six mois, avant de s'attaquer à la partie publication des données. C'est pour cela que nous travaillons avec GS1 France à la mise en oeuvre de projets pilotes dans l'Hexagone, même si notre middleware n'a pas été retenu dans l'étude de solutions menée par l'organisme.
Le réseau EPCglobal reste pour nombre d'entreprises un sujet de prospective. Dans combien d'années verra-t-on naître les premiers déploiements à grande échelle ? 5 ans ? 10 ans ?
M.d.F : Moins. Je crois que certaines industries s'engageront fortement dans cette voie dès 2008, notamment l'agro-alimentaire ou la pharmacie qui seront poussés par des contraintes réglementaires. Et, dès cette année, les premiers projets pilotes verront le jour en Europe.
Les entreprises d'une même filière n'ont pas attendu EPCglobal pour s'échanger des données sur les flux de marchandises ? Tout cet acquis est-il remis en cause par l'arrivée de l'ONS ?
M.d.F : Non, car une couche de publication comme EPCglobal Information Service se veut indépendante de la technique d'acquisition, qu'il s'agisse du middleware RFID mais aussi du système physique d'acquisition. On peut donc très bien se greffer au réseau EPCglobal tout en continuant à travailler avec des codes à barres. De même, l'architecture n'oblige pas à recourir à l'ONS ; certains projets pilotes fonctionnent d'ailleurs en point à point.
Article 4 sur 4
Plus sur le Web
A propos du RFID et de la traçabilité
www.tracabilite.org
site monté par Gencod et entièrement consacré à la traçabilité
www.rfidalliancelab.org/
laboratoire de test des technologie RFID
Le RFID Journal
Ressources sur la RFID
www.tracenews.net
L'actualité de la traçabilité
www.tracabilite2006.com
Site de salon Tracabilité 2006, du 24 au 26 janvier 2006, au CNIT
www.poletracabilite.com
Association spécialisé dans la RFID
www.esisar.inpg.fr/ L'ESISAR forme des chefs de projet RFID
A propos d'EPCGlobal
Interview de Philippe Gautier, DSI de Bénédicta et président de Siaige (Systèmes d'information appliqués à l'intelligence et à la guerre économique) - « Participer aux travaux en cours est déterminant »
www.epcglobalinc.org
Le site officiel de EPCglobal Inc. Un descriptif du réseau et les archives de l'Auto-ID Center. Voir aussi la section " Documents de position ".
www.gs1.fr
Le site de GS1 France, organisme de normalisation hébergeant le centre de compétences EPCglobal. Voir la rubrique RFID/EPC.
www.siaige.com
Le groupe Systèmes d'information appliqués à l'intelligence et à la guerre économique a publié des analyses sur le réseau EPCglobal.
epcdev.verisign.com
Accès au programme de développement d'applications pour le réseau EPCglobal fourni par Verisign. Guides d'implémentation, exemples de code et documentation des interfaces de programmation.