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BEA/Oracle : le feuilleton
Dossier de la rédaction
L'offre d'achat d'Oracle sur BEA a sonné le glas de l'indépendance de l'éditeur de middleware. Tout le marché s'attendait à ce que BEA se fasse racheter, mais Oracle, qui valorise (dans un premier temps) BEA à 6,7 Mds$, emportera-t-il le morceau ?
Aller au sommaireLes grandes étapes du feuilleton
Le 25 octobre 2007 : BEA fixe son prix à 8,15 Md$
Le 24 octobre 2007 : BEA se dit prêt à se vendre... plus cher
Le 23 octobre 2007 : Oracle mettra un terme dimanche à son offre sur BEA
Le 15 octobre 2007 : BEA rejette l'offre "amicale" d'Oracle
Le 12 octobre 2007 : Oracle propose de racheter BEA pour 6,66 Md$
Le 25 octobre 2007 : BEA fixe son prix à 8,15 Md$
- par Olivier Rafal
A 21$ l'action, soit une somme globale de 8,15 Md$, BEA se dit prêt à se vendre « à des tiers, y compris Oracle ». Sous le coup d'une offre de la part d'Oracle à 17$ l'action, BEA avait d'abord répondu qu'il n'était pas à vendre, puis que le prix fixé ne reflétait pas la valeur réelle de l'entreprise. Finalement, comme dans toute transaction, la proie a elle-même fixé un prix - établi après avoir pris conseil auprès de Goldman Sachs, a précisé BEA - afin de pouvoir entamer des négociations.
Pour Massimo Pezzini, analyste du Gartner, cela ne fait aucun doute que les actionnaires de BEA soient prêts à se vendre, 17$ l'action constituant déjà « un bon prix ». Pour lui, le délai avant la transaction est dû à une raison relativement simple : il faut s'entendre sur les 'golden parachutes', ces compensations financières qui seront accordées aux dirigeants de BEA.
Quant aux dernières rumeurs disant qu'IBM pourrait intervenir, « j'ai du mal à l'envisager, dit-il, dans la mesure où IBM est de loin le numéro un du marché, et BEA le numéro deux : cela poserait des problèmes vis-à-vis des autorités chargées de la régulation de la concurrence ».
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Le 24 octobre 2007 : BEA se dit prêt à se vendre... plus cher
- par Olivier Rafal
Visiblement, l'ultimatum d'Oracle a porté. Après que la firme de Larry Ellison a déclaré qu'elle mettrait un terme dimanche à son offre de 17 $ l'action sur BEA, ce dernier a réagi par un communiqué stipulant que l'éditeur de middleware n'était pas opposé à la vente. Enfin, cela s'entend, si Oracle relevait son offre : « Le conseil d'administration de BEA n'a pas indiqué qu'il s'opposerait à une transaction qui reflète de façon appropriée la valeur de BEA, à l'issue d'un processus raisonnable. »
Oracle relèvera-t-il son offre ? Pour Ray Wang, analyste chez Forrester, « s'ils veulent vraiment dominer le marché du middleware, alors c'est une acquisition qu'ils devraient vouloir mener à terme ». Comme l'expliquaient nos précédents interlocuteurs, si BEA tombait dans d'autres mains, c'est Oracle qui se ferait distancer sur ce marché.
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Le 23 octobre 2007 : Oracle mettra un terme dimanche à son offre sur BEA
- par Olivier Rafal
Oracle a fixé une limite à son offre d'acquisition de BEA : à partir de dimanche, son offre à 17 $ l'action, qui valorise l'éditeur à 6,7 Md$, ne sera plus valable. Oracle explique que le conseil d'administration de BEA a non seulement rejeté cette offre, mais aussi toutes les demandes d'entrevue, et qu'il n'a aucune envie de s'engager dans un long processus. On sait toutefois que l'éditeur n'a pas eu peur, pour ses précédents rachats, de repousser ses limites en termes de temps et d'argent. Et si Oracle mettait vraiment un terme à son offre, le mal aux yeux du public - en termes d'image pour BEA - est fait.
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Le 15 octobre 2007 : BEA rejette l'offre "amicale" d'Oracle
- par Olivier Rafal
C'est un non, poli mais ferme, qui a accueilli l'offre amicale de rachat de BEA par Oracle. BEA a même décliné une invitation à une réunion vendredi dernier ; Charles Phillips, le président d'Oracle, souhaitait cette rencontre afin de parvenir à une transaction amicale avant la réouverture des marchés financiers aujourd'hui.
BEA estime de son côté que cette offre n'est pas amicale, dans la mesure où elle n'a pas été sollicitée, et où elle ne reflèterait pas la vraie valeur de l'entreprise. William Klein, vice-président de BEA, a ainsi écrit à Charles Phillips que son conseil d'administration estime que « BEA vaut beaucoup plus aux yeux d'Oracle, mais aussi d'autres [acheteurs potentiels] et, très important, de nos actionnaires, que le prix indiqué dans votre lettre ». Et d'expliquer que le marché ne peut pas estimer à sa juste valeur l'entreprise, dans la mesure où certaines informations financières doivent être actualisées (suite à un audit sur la pratique des stock-options, BEA doit republier tous ses comptes depuis l'année fiscale 1998).
William Klein explique par ailleurs qu'il souhaite que cette situation ne s'éternise pas, dans la mesure où « Oracle est un compétiteur direct », et où cela serait donc préjudiciable aux activités commerciales de BEA. De fait, tous les analystes sont d'accord pour dire que l'annonce de cette offre gèle plus ou moins le marché de l'éditeur. Et l'exemple du feuilleton Oracle-Peoplesoft a montré qu'au final, la résistance s'est avérée vaine.
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Le 12 octobre 2007 : Oracle propose de racheter BEA pour 6,66 Md$
- par Maryse Gros
Oracle vient d'annoncer qu'il proposait 6,66 Md$ pour le rachat de BEA Systems, fournisseur américain de solutions d'infrastructure logicielle (serveur d'applications, outils d'intégration interapplicatifs...). BEA est notamment très impliqué dans les architectures orientées services (SOA), problématique désormais au coeur de tous les grands projets applicatifs, en particulier des déploiements de progiciels de gestion intégrés (PGI, en anglais ERP).
Oracle, fournisseur de base de données, d'infrastructure logicielle et de progiciels applicatifs, dispose d'un catalogue particulièrement fourni. Ces dernières années, il a engagé, avec son initiative Fusion, un énorme chantier d'intégration entre ses multiples offres. Il dispose déjà, en interne, de la plupart des outils que développe BEA.
Si ce rachat a lieu, ce sera le plus important effectué cette année par Oracle (PeopleSoft lui avait coûté 10,3 Md$ en 2004 et Siebel, 5,85 Md$ en 2005). Le montant proposé est deux fois plus élevé que celui engagé (3,3 Md$) pour racheter Hyperion, spécialisé dans les outils de gestion de la performance, en mars dernier.
A cette date, sa boulimie d'acquisitions avait déjà fait dépenser à Oracle plus de 20 Md$ pour s'emparer de certains concurrents stratégiques ou ajouter à son catalogue des briques métiers ou technologiques reconnues sur le marché.
C'est la deuxième opération de grande envergure cette semaine, après l'annonce de l'offre amicale de rachat faite par SAP sur Business Objects dimanche dernier, 07 octobre. Avec sa proposition, Oracle débourse à peine moins que le numéro un des progiciels intégrés (PGI) qui, rappelons-le, va verser 6,78 Md$ en numéraire pour s'offrir le Français spécialiste de l'analyse décisionnelle.
Au cours du dernier semestre, Oracle a poursuivi sa croissance externe, mais avec des rachats de moindre importance, jusqu'à l'annonce de ce matin.
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Trois ans de rachats
2007
- Le 25 octobre 2007 : Oracle se paie un éditeur d'aide à la décision
- Le 12 octobre 2007 : Oracle propose de racheter BEA pour 6,66 Md$
- Le 5 septembre 2007 : Oracle devrait annoncer le rachat de Bridgestream
- Le 3 septembre 2007 : Oracle acquiert Netsure, spécialiste de l'analyse de réseaux
- Le 19 juillet 2007 : Oracle achète Bharosa, spécialiste de la gestion des identités
- Le 16 mai 2007 : Oracle veut poursuivre ses emplettes en mettant la main sur Agile Software
- Le 25 avril 2007 : Oracle va racheter Lodestar
- Le 26 mars 2007 : Oracle rachète Tangosol pour augmenter les performances des grilles de données
- Le 1er mars 2007 : Oracle rachète Hyperion pour 3,3 Md$
2006
- Le 11 décembre 2006 : Oracle relève son offre sur i-Flex
- Le 6 novembre 2006 : Oracle se renforce sur le secteur public avec SPL
- Le 3 novembre 2006 : Oracle s'attaque à la gestion de contenus en rachetant Stellent
- Le 23 octobre 2006 : OpenWorld : Oracle toujours avide d'acquisitions
- Le 9 octobre 2006 : Oracle se paie le Français Sunopsis pour intégrer les données
- Le 18 juillet 2006 : Oracle va poursuivre sa politique d'acquisitions
- Le 14 juin 2006 : Oracle poursuit ses rachats dans la ToIP et acquiert Telephony@work
- Le 8 juin 2006 : Oracle renouvelle son offre sur Portal Software
- Le 2 juin 2006 : Oracle rachète un spécialiste de la logistique
- Le 17 février 2006 : Oracle rachète HotSip et aurait tenté de mettre la main sur MySQL
- Le 16 février 2006 : Oracle confirme le rachat de Sleepycat Software, et revend OnTarget
- Le 14 février 2006 : Acquisitions : Oracle chasse sur les terres Open Source
- Le 13 février 2006 : Oracle : l'acquisition de Siebel débouche sur 2 000 suppressions de postes
2005
- Le 18 novembre 2005 : Oracle se renforce dans la gestion d'identité avec Thor et Octet String
- Le 11 octobre 2005 : Oracle se paie Innobase
- Le 22 septembre 2005 : Openworld : Oracle rachète G-Log
- Le 13 septembre 2005 : Oracle rachète Siebel pour 5,85 Md$
- Le 7 juillet 2005 : Oracle se paie ProfitLogic
- Le 13 juin 2005 : Oracle rachète TimesTen
- Le 11 mai 2005 : Les parts de marché d'Oracle n'augmenteront pas proportionnement à ses acquisitions
- Le 30 mars 2005 : Oracle acquiert Oblix pour sécuriser ses applications
- Le 23 mars 2005 : Oracle coiffe SAP sur le poteau pour le rachat de Retek
- Le 18 janvier 2005 : Oracle va supprimer 5 000 postes
- Le 11 janvier 2005 : Oracle finalise l'acquisition de PeopleSoft
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L'avis de Massimo Pezzini (Gartner)
D'abord, pensez-vous que BEA acceptera l'offre ?
Difficile à dire, c'est un bon prix, mais Alfred Chuang n'a pas envie de vendre, ou du moins il ne voulait pas. Il est probable que BEA refuse dans un premier temps, ou qu'il y ait une contre-proposition.
Oracle dispose déjà de l'essentiel des technologies proposées par BEA, quelles peuvent donc être ses motivations ?
D'abord, je crois qu'Oracle veut prévenir un éventuel rachat de BEA par quelqu'un d'autre (HP ? Fujitsu ?) qui deviendrait alors un remarquable concurrent. Ensuite, Oracle se paie ainsi un chiffre d'affaires régulier lié à la maintenance, et une base installée importante, tant d'un point de vue géographique que sectoriel : BEA a de gros clients dans les télécoms, la finance, le secteur public...
Que se passerait-il pour les produits : Oracle doit encore intégrer de multiples technologies dans Fusion, et la zone de recouvrement avec BEA est immense. Oracle se prépare encore quelques années de travail, non ?
Oui, du point de vue de l'intégration des produits, je ne crois pas que cela soit une bonne nouvelle pour les clients BEA, il faudra effectuer une rationalisation massive. Bien entendu, Oracle gardera certains produits pour des raisons de revenus liés à la maintenance, sinon ce serait suicidaire. Je pense à WebLogic, ou encore à Tuxedo dont il n'existe pas d'équivalent dans l'offre d'Oracle. Et WebLogic est nettement supérieur au serveur d'applications d'Oracle, il est déjà conforme JEE 5, a une base installée bien plus conséquente et bénéficie d'un large support de la part des éditeurs de logiciels. D'autres produits resteraient parce qu'ils sont meilleurs ou n'ont pas vraiment d'équivalent, comme la machine virtuelle Jrockit, probablement l'offre de BPM et celle de gestion des métadonnées (issue de Flashline). Mais dans tous les cas, cela prendra des mois, peut-être des années.
Quel est l'avenir pour les éditeurs de taille moyenne dans l'univers du middleware ?
Je pense que si la transaction se fait, ce sera une bonne nouvelle pour eux. Certes ils devront combattre deux géants, IBM d'un côté et Oracle/BEA de l'autre, mais cela va aussi créer de nouvelles opportunités, dans la mesure où des clients commencent à se sentir nerveux, à devenir ainsi trop dépendants d'un seul grand fournisseur. Des acteurs comme JBoss, Tibco, Software AG ou Progress devraient en profiter. Je discutais justement un peu avant avec le DSI d'une grande entreprise du secteur des assurances, qui me disait : "je donne déjà beaucoup d'argent à Oracle (à cause du SGBD et de Siebel), à SAP (pour le progiciel), à IBM (pour le mainframe) et à Microsoft (pour Windows et Office), là je suis en train de sélectionner une plateforme d'intégration et je n'ai pas l'intention de l'acheter chez un de ceux-là !" Il ne voulait pas être encore plus dépendant. L'alternative jusqu'à présent était BEA. Après, ce sera Tibco, Progress, etc.
A terme, cependant, ces acteurs risquent aussi de se faire racheter ? Quand ils ne se rachètent pas entre eux, comme Software AG qui a repris Webmethods...
Oui, à long terme. Mais dans le court à moyen terme, cela offre de belles opportunités. Toutefois c'est vrai que cela devrait relancer et accélérer le cycle d'acquisitions et de consolidation.
Pensez-vous, enfin, que le rachat de BO par SAP ait pu avoir une incidence, ne serait-ce que sur l'agenda ?
Non, je ne crois pas, ce sont des marchés totalement différents. Je crois plutôt qu'Oracle voulait se prémunir en agissant avant que quelqu'un d'autre ne rachète BEA.
Article 4 sur 5
L'avis de Luc Legardeur (Xebia)
Pensez-vous que ce rachat se fera ?
BEA a déjà beaucoup résisté, cela fait cinq ou six ans que les rumeurs circulent. Mais le CEO de BEA a longtemps voulu préserver son indépendance. [NDLR : voir à ce propos un article d'Infoworld]. C'est en tout cas une formidable opportunité pour les deux entreprises. BEA a très bien réussi sa reconversion, et l'absorption par Oracle lui donnera un champ d'application beaucoup plus vaste : la base installée Oracle qui a besoin d'un serveur d'applications digne de ce nom et d'un ESB est importante. Quant à Oracle, cela complète son offre middleware qui posait quelques soucis. Souvent, dans les rachats de ce type, le problème est culturel, lorsque les deux cultures d'entreprise sont différentes. Mais là, beaucoup de gens chez BEA sont des anciens d'Oracle, les deux entreprises sont américaines et relativement dynamiques, je ne vois pas de gap culturel.
Si l'opportunité est belle pour les deux éditeurs, qu'en est-il du point de vue des clients ?
Clairement, cela crée des opportunités pour les clients d'Oracle, qui pourront avoir accès à des technos innovantes lors des renégociations de contrats. Pour les clients de BEA, le point positif, c'est que BEA se retrouve doté d'une force de R&D plus importante, et pourra trouver des synergies avec les derniers produits middleware acquis par Oracle.
Que dire aux clients qui souhaitent investir aujourd'hui dans des technologies d'intégration : doivent-ils s'adresser à l'un des quatre mastodontes (Oracle, IBM, SAP et Microsoft), ou bien peuvent-ils encore opter pour un acteur de taille plus modeste ?
On ne se risque chez un petit acteur que si cela présente une réelle innovation technologique, s'il est leader. Car on sait que dans quelques années il sera acquis par un grand (à moins qu'il n'atteigne lui-même une taille critique, mais cela devient difficile, il n'y a guère que Google qui ait réussi, ces derniers temps, à passer de start-up à géant). Mais se reposer sur un éditeur qui n'est pas un leader présente un risque en termes d'innovation.
Article 5 sur 5
L'avis d'Henry Peyret (Forrester)
Comment juger un éventuel rachat de BEA par Oracle ?
Cela représente un tel recouvrement que ça va être difficile, cela veut dire beaucoup de rationalisation, et donc pas de valeur ajoutée pour les clients. Cela permet simplement à Oracle de grossir rapidement et de contrer un adversaire, comme le pense Massimo. On peut même reprendre cette idée et la pousser plus loin : cela permet de contrer SAP, un peu en retard avec sa plateforme middleware, et qui avec BEA aurait eu une plateforme au top. C'est le bon moment, sachant que SAP aurait eu du mal à intégrer deux acquisitions en même temps.
Cependant, BO continuera d'exister de façon autonome, donc on peut penser que cela ne serait pas si compliqué...
Oui, mais il y a quand même du recouvrement avec SAP BW.
Et SAP aurait eu l'argent nécessaire pour acheter BEA en plus de BO ?
SAP a énormément d'argent en banque. Cependant, il essaie généralement de ne pas payer trop cher (à cet égard, BO est un peu l'exception qui confirme la règle). C'est pourquoi par exemple Retek leur est passé sous le nez.
Dans tous les cas, tant que l'avenir de BEA n'est pas réglé, l'éditeur risque de ne plus vendre de nouvelles licences...
Oui, c'est tout le danger.
Du coup, est-ce envisageable qu'il se retire du marché ?
Il faudrait qu'ils aient beaucoup plus d'argent que ce qu'ils ont. Leur jeu est plutôt de faire monter les enchères, et d'attendre un sauveur, un cheval blanc. L'indépendance de BEA, j'y crois de moins en moins. Cela fait quelques mois qu'on pense qu'ils n'ont pas pris le bon virage, il aurait fallu être plus agressif dans les rachats.
Qui pourrait proposer une offre concurrente à celle d'Oracle ?
IBM pourrait être intéressé par les parts de marché et quelques technologies : je pense notamment à la machine virtuelle Jrockit, et à des offres spécifiques pour le monde de la finance ou celui des télécoms. On a parlé de HP, mais chez Forrester on n'y a jamais vraiment cru. Il y a Sun aussi, qui pourrait être intéressé.
Sun a pourtant racheté Seebeyond il n'y a pas si longtemps.
Oui, mais le recouvrement n'est pas énorme, cela ferait beaucoup de sens. Enfin, il y a Cisco. Comme le rappelle John Rymer [vice-président et analyste principal de Forrester, NDLR], John Chambers [le patron de Cisco, NDLR] dit souvent que le futur de Cisco est dans le logiciel. Cisco a une offre relativement peu connue dans les « dynamic business apps ». Cela ferait beaucoup de sens, d'autant qu'ils cherchent à intégrer des briques applicatives dans les routeurs.
Computer Associates ou Fujitsu pourraient aussi racheter ?
Je ne suis pas certain que CA soit le meilleur cheval. Quant à Fujitsu, on n'y croit pas beaucoup. On a rarement vu une société japonaise vendre du logiciel aux Etats-Unis, or vu la répartition du chiffre d'affaires de BEA, ce serait mettre une croix sur une grande part du revenu.
Le meilleur parti pour BEA pourrait donc bien être Cisco ?
Eh bien, on n'a jamais vu non plus Cisco racheter une société aussi importante et continuer le business. Il y aura certes des synergies au niveau technologique, mais cela ne veut pas dire qu'il y aura automatiquement des synergies au niveau des ventes, par exemple. On ne vend pas des logiciels comme on vend des boîtes.