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Oracle-Sun : naissance d'un contrepoids à IBM ?
Dossier de la rédaction
Si on excepte quelques rumeurs sur un duo Oracle-HP qui se serait associé pour rafler Sun à la barbe d'IBM, le rachat de Sun par Oracle a été vécue comme une grande surprise. Larry Ellison entre en effet ainsi de plain-pied dans le domaine du matériel, se posant du même coup en compétiteur direct d'IBM.
Aller au sommaireLe Wall Street Journal et Bloomberg News avaient tout faux : c'est finalement Oracle, et non IBM, qui rachète Sun. Pour un montant de 9,50$ par action, soit environ 7,4 Md$. Déduction faite des immenses réserves de cash de Sun, l'acquisition coûtera en fait à Oracle 5,6 Md$.
Dans une lettre aux clients, Charles Phillips, président d'Oracle, explique que la combinaison des deux acteurs constitue un grand atout. D'abord pour son offre middleware Java Fusion, dans la mesure où Oracle aura la paternité de Java - et pourra donc être à la pointe des évolutions en la matière. Ensuite parce qu'Oracle cherche depuis longtemps à être davantage présent dans les systèmes d'exploitation (des rumeurs de Linux Oracle resurgissaient régulièrement), et qu'il disposera désormais d'une offre éprouvée avec Solaris. Lequel, en outre, serait déjà l'OS numéro un pour le déploiement de la base de données Oracle.
D'après Charles Phillips, les clients demandent à Oracle de « réduire la complexité, le risque et le coût en fournissant une pile hautement optimisée de produits basés sur les standards », d'où le choix, en rachetant Sun, d'être désormais présent dans les systèmes d'exploitation, les serveurs et la micro-électronique. Ce faisant, d'ailleurs, Oracle dépasse IBM en termes de couverture technologique, Big Blue ne proposant pas de progiciels de gestion intégré (ERP). Nul doute, du coup, que des clients qui choisissaient des acteurs indépendants pour échapper au « tout bleu » IBM, chercheront aujourd'hui des alternatives au « tout rouge » Oracle.
La transaction, approuvée par le conseil d'administration de Sun, doit encore être acceptée par les actionnaires et les autorités de régulation. En attendant, les deux sociétés continueront d'évoluer de façon indépendante.
Pour information, les plus importantes acquisitions d'Oracle :
- le 16 janvier 2008 : BEA pour 8,5 Md$
- le 1er mars 2007 : Hyperion pour 3,3 Md$
- le 13 septembre 2005 : Siebel pour 5,85 Md$
- décembre 2004 : PeopleSoft pour 10,3 Md$.
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Pour Forrester, un sacré coup porté à l'Open Source
Henry Peyret, analyste principal chez Forrester, l'avoue d'emblée : « Je n'avais pas du tout pensé à l'hypothèse d'un rachat de Sun par Oracle. » D'ailleurs, sur le papier, la synergie n'est pas évidente : Oracle n'a aucune expérience dans le matériel, il y a beaucoup de recouvrement dans le logiciel, aucun des deux acteurs n'a de branche services, et la stratégie de Sun dans l'Open Source était plutôt de constituer une offre concurrente à celle d'Oracle. Et quant aux objectifs financiers fixés par Oracle (plus de 1,5 Md$ de marge brute supplémentaire la première année), Henry Peyret dit en rester pantois, vu les performances économiques actuelles de Sun. Interview.
LeMondeInformatique.fr : Quel est votre sentiment après l'annonce de cette acquisition ?
Henry Peyret : D'abord je pense que cela fera énormément de mal à l'Open Source. Oracle a fait de l'Open Source pour soutenir Linux, mais sur les autres segments, les offres Open Source sont fortement concurrentes. J'étais encore chez Oracle la semaine dernière, pour parler de leur stratégie middleware. J'ai évoqué la tendance au 'lean software', portée notamment par l'Open Source, qui va vers plus de simplicité - les clients choisissant uniquement les composants dont ils ont besoin - et des coûts réduits. Or Oracle n'en parle absolument pas, leur stratégie est de vendre uniquement du bundle, toujours plus cher. Il va falloir qu'Oracle précise rapidement ses intentions sur l'Open Source.
Pensez-vous qu'il y ait une chance qu'Oracle annonce finalement son intention de se séparer de l'activité hardware ?
Je dirais qu'il y a une chance qu'Oracle se sépare des activités de type processeurs et lames, et reprenne à son compte la stratégie de Sun avec ses containers [une offre de datacenters autonomes livrés dans des containers, NDLR]. Si Oracle continue cette démarche tout en y ajoutant de la base de données et de l'ERP [progiciel de gestion intégré], on pourrait quasiment arriver à un système d'information sur étagère, ce serait très impressionnant. Il pourrait livrer à un client une boîte Oracle Applications pour 1000 utilisateurs comprenant tout ce qu'il faut : ERP, middleware, serveurs, climatisation, etc.
Oracle pourrait aussi devenir un acteur majeur du cloud ?
Oui, bien sûr. Toutefois, il lui manquera ce qui a manqué à Sun : la partie services. Jonathan Schwartz avait une bonne stratégie, Sun aurait pu avoir du succès s'il avait racheté une société de services, comme HP ou IBM ; c'est lui qui aurait dû racheter EDS. Oracle devrait le faire aussi. Racheter gros. S'il achetait Capgemini, par exemple, il deviendrait plus puissant qu'IBM, avec en outre la crédibilité conférée par l'offre d'ERP.
Cette omniprésence du rouge Oracle ne va-t-elle pas créer un effet dissuasif, comme ce fut le cas avec le bleu IBM ?
Oh, si, mais l'effet dissuasif existait déjà. Parmi les anciens clients de BEA, beaucoup regardent du côté de l'Open Source.
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Pour Gartner, le logiciel joue le rôle le plus important dans le rachat
L'acquisition de Sun par Oracle semble très axée sur le logiciel si l'on s'en tient à la présentation qu'en font ses protagonistes, remarque Andrew Butler, analyste pour Gartner, spécialisé sur le marché des serveurs. Pour lui, c'est donc de bon augure pour des offres comme Solaris et MySQL. « Sun a toujours lutté pour gagner de l'argent avec son activité software. Ses revenus dépendent beaucoup de la vente de matériels et je pense qu'Oracle sera beaucoup plus à même de tirer des revenus des produits Solaris et des investissements réalisés par Sun dans le logiciel. »
LeMondeInformatique : Qu'adviendra-t-il des gammes de serveurs et autres offres matérielles de Sun ?
Andrew Butler : Oracle veut depuis longtemps entrer sur le marché des matériels. Pour autant, cela ne signifie pas qu'il va vouloir garder l'ensemble du catalogue de Sun (serveurs, équipements de stockage, postes de travail...). Mais je pense que certaines gammes de matériels pourront être particulièrement mises en valeur par Oracle. Cela permettra notamment à Oracle de présenter une offre complète face à des concurrents comme IBM et HP. Toutefois, je pense que les utilisateurs des matériels de Sun devront demander des réponses concrètes sur les engagements de support sur les différentes lignes de produits.
LeMondeInformatique : Y a-t-il un risque qu'Oracle n'assure plus, à terme, le support de certains produits ?
Andrew Butler : Cela dépendra vraiment du modèle de gouvernance qui sera adopté. La culture de Sun va-t-elle perdurer ou l'entreprise va-t-elle être absorbée par Oracle. Personne ne sait pour l'instant comment Sun va évoluer au sein d'Oracle.
LeMondeInformatique : Sun pourrait-il conserver une certaine indépendance dans son fonctionnement ?
Andrew Butler : Cela pourrait avoir un certain sens dans la mesure où Oracle n'a jamais été sur le marché du matériel, de conserver la marque de Sun de la même façon que HP a conservé la marque Compaq. L'un des avantages de garder une marque séparée est que Sun pourra alors engager des partenariats avec des concurrents d'Oracle.
Sun pourrait par exemple se concentrer sur la partie serveurs et Oracle sur la partie logicielle. Mais ce genre d'argument est purement spéculatif. Ce qui est clair, c'est que le logiciel joue le rôle le plus important dans l'annonce initiale du rachat. Toute entreprise intéressée par la partie serveur devra prendre cela en considération et chercher des éclaircissements. Il ne faut pas oublier qu'en rachetant Sun, Oracle hérite d'engagements contractuels signés par Sun. Cela dit, il n'y a aucune raison de paniquer. Les clients de Sun n'ont aucune raison d'envisager une migration pour l'instant. La plateforme est très bien conçue.
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Pour PAC, la meilleure solution pour Sun, un coup dur pour Microsoft
« Pour Sun, c'était clairement la meilleure solution, commente Mathieu Poujol, analyste senior chez PAC. Oracle, quant à lui, n'a jamais caché son ambition de délivrer des solutions globales, ce qui peut aller jusqu'à disposer du matériel. N'oublions pas que Sun avait racheté le spécialiste du stockage Storagetek. Désormais, Oracle maîtrise la totalité de la chaîne de valeur, y compris les couches les plus basses, de la fabrication d'infrastructures de cloud computing, d'autant plus que Sun avait beaucoup avancé sur l'architecture du cloud computing.
Que Oracle possède aussi bien du matériel, des applicatifs, des environnements de développement et d'exécution, du système d'exploitation (Solaris), de la base de donnée, etc., c'est un coup dur pour qui ? Pour IBM qui a raté ce rachat ?
Mathieu Poujol : Sans hésiter, pour Microsoft. Avec IBM, il y avait beaucoup de recouvrement, raison pour laquelle ce rachat n'aurait pas été une bonne chose pour Sun. Oracle possédait déjà du portail, de la messagerie, etc. Il récupère la bureautique OpenOffice, le système d'exploitation Solaris : ils ont désormais une pile complète comparable à l'offre de Microsoft. Avant le rachat de MySQL, Sun et Oracle étaient très proches et la fusion s'annonce donc sous les bons auspices de partenaires qui se connaissent bien. Le sel point obscur pour nous est MySQL. Il y a deux possibilité. La première, c'est qu'Oracle fait de MySQL son bas de gamme et d'Oracle Database 11g son haut de gamme. En tel cas, c'est très mauvais pour le SGBD de Microsoft, coincé entre deux feux et sous les tirs d'excellents vendeurs, ce que Sun n'a jamais été. S'ils tentent au contraire d'envoyer MySQL dans les limbes, aux côtés d'acteurs aujourd'hui secondaires comme PostGreSQL et autres, ce sera mauvais à la fois pour MySQL et pour le marché... mais bon pour Microsoft.
« HP se retrouve bien seul »
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Ceci dit, Oracle possède peut-être ainsi le système d'exploitation Solaris mais c'est un système pour serveurs. Peut-il concurrencer Windows sur le poste de travail ?
Mathieu Poujol : Apple a pris un Unix comme base de son système d'exploitation et cela lui ouvre de plus en plus les entreprises qui peuvent ainsi s'appuyer sur la fiabilité Unix du sol au plafond. Alors Solaris peut très bien évoluer... ou pas. Car la tendance est, comme dit Sun, « Network is the computer ». Autrement dit : ce n'est pas le système d'exploitation du poste de travail, banalisé, qui est et sera important.
Dans ce cas de figure, le prochain rachat d'Oracle pourrait-il être Apple ?
Mathieu Poujol : Là, ce serait vraiment un très gros morceau pour Oracle, d'autant que la valorisation capitalistique d'Apple est énorme et rendrait sans doute la chose impossible.
Dans l'affaire, un autre dindon est d'ailleurs HP qui se retrouve bien seul.
La réponse à ce rachat de Sun par Oracle pourrait-il être un rapprochement entre deux partenaires de longue date, HP et Microsoft ?
Il faut voir...
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Incertitudes sur les accords avec HP, partenaire d'Oracle pour le matériel
Alors que tout le monde spéculait sur l'éventuel rachat de Sun par IBM, des rumeurs avaient circulé sur un tandem Oracle-HP pour s'offrir Sun et le démanteler. Sachant qu'Oracle n'a aucune expertise dans la conception et la vente de matériels, l'hypothèse revient bien sûr sur le devant de la scène, après le rachat annoncé de Sun par Oracle.
Pour Henry Peyret, analyste chez Forrester, Oracle pourrait éventuellement avoir un intérêt à conserver la technologie de datacenters packagés sous forme de containers, mais c'est tout. Andy Butler, de Gartner, estime lui aussi que si Oracle a envie d'être présent dans le matériel, il y a des chances qu'il cherche à se débarrasser d'une partie du catalogue de Sun.
HP serait-il l'acquéreur, dans ce cas ? Notre envoyée spéciale à Berlin, à la conférence Technology@Work de HP, a posé la question. HP n'a pas souhaité apporté de commentaires, expliquant qu'il était « encore trop tôt » pour se prononcer.
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Les technologies convoitées, les abandons possibles
Java et Solaris sont les deux principales raisons pour lesquelles Oracle a racheté Sun, de l'aveu même de son PDG Larry Ellison. Dans ces conditions, on peut s'interroger sur le devenir des processeurs Sparc, des serveurs, du stockage ou de la gestion des identités. On peut aussi se demander comment OpenSolaris et Java mobile évolueront. Et quid de la cohabitation entre les SGBD Oracle et MySQL ?
Solaris et OpenSolaris
Oracle supporte Solaris depuis de nombreuses années. Pour Larry Ellison, ce système d'exploitation est « de loin la meilleure technologie Unix du marché ». Et même si l'offre matérielle de Sun n'a pas le poids de celle d'IBM, Oracle va pouvoir constituer un modèle matériel/logiciel qui se rapproche de celui de Big Blue, son concurrent sur le marché des bases de données. « Nous allons intégrer étroitement Oracle Database avec les fonctions haut de gamme spécifiques à Solaris », a promis Larry Ellison qui parle de livrer des solutions complètes, « de la base de données jusqu'aux disques ». Une méthode en vogue si l'on observe les annonces récentes de datacenters intégrés de Cisco et HP.
Oracle est un fervent partisan de Linux et les analystes se demandent s'il n'envisage pas une harmonisation avec OpenSolaris, la version libre et gratuite de Solaris. Il y a deux semaines, Edward Screven, architecte en chef et spécialiste de Linux chez Oracle, déclarait qu'Oracle aimerait que Linux devienne l'OS par défaut des datacenters, pour que la question ne se pose plus. Pour David Mitchell, analyste chez Ovum, il est pourtant tout à fait improbable, qu'Oracle lâche la version commerciale de Solaris pour Linux, en raison notamment des revenus de maintenance et de services qu'elle génère. « C'est une activité extrêmement profitable, précise-t-il ». Il prédit qu'Oracle continuera à faire évoluer Solaris, plus adapté aux applications critiques, notamment dans le secteur des télécommunications. Toutefois, selon David Mitchell, l'apport de certaines fonctions d'OpenSolaris à Linux est une option sur laquelle les développeurs ont déjà travaillé. Pour l'instant, les licences des deux OS restent incompatibles, comme le note Stephen O'Grady, analyste chez RedMonk (CDDL pour l'un, GPL pour l'autre), mais Oracle pourrait modifier celle d'OpenSolaris pour permettre un transfert de fonctions entre les deux.
Java mobile
Parlant de Java, le patron d'Oracle considère qu'il s'agit de « l'actif le plus important » jamais racheté par sa société. Ni plus, ni moins. Il a déclaré que, désormais, l'activité Oracle Fusion middleware basée sur Java, déjà renforcée par l'acquisition de Bea, est sur les rails pour devenir aussi importante pour Oracle que son activité base de données. Mais c'est l'utilisation de Java en entreprise qui l'intéresse le plus. A l'inverse, la plateforme Java mobile ne sera sans doute pas une priorité, comme le subodore l'analyste Jack Gold, de J.Gold Associates, en ajoutant qu'elle ne l'était déjà pas pour Sun. Le rôle de Java dans les téléphones portables pourrait décliner à mesure que baisseront les prix des Smartphones qui les remplaceront, même si cela prend plusieurs années. La vague suivante arrivera avec la prochaine plateforme Java FX conçue pour les smartphones.
Sparc
Autre interrogation lourde, à la suite du rachat de Sun, le support de serveurs à base des processeurs Sparc du constructeur. Solaris étant disponible à la fois pour ces systèmes et ceux à base de x86. Jim McGregor, analyste chez In-Stat, rappelle que les parts de marché des systèmes Sparc se sont réduites au profit des serveurs sous Unix de HP et IBM. Le nouveau propriétaire de ces architectures pourraient ainsi arrêter le développement autour de ces processeurs spécifiques ou vendre l'activité. « Un certain nombre de ce type d'offres Unix se sont concentrées sur des marchés de plus en plus petits, tels que l'informatique haute performance, et cela n'a pas beaucoup de sens que trop d'acteurs s'investissent encore longtemps sur ces architectures », juge Jim McGregor. Et de citer Silicon Graphics et Cray qui sont passés sur des technologies x86, Intel ou AMD. Larry Ellison a d'ailleurs sous-entendu lundi que l'offre Solaris était plus importante que le Sparc.
MySQL
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MySQL
Conséquence de taille de l'opération Oracle/Sun, la base de données Open Source la plus populaire du marché, MySQL, cohabitera avec Oracle Database, la base relationnelle qui génère le plus de revenus dans le monde. Cette dernière a rapporté 22 Md$ à son éditeur entre 2005 et 2007, soit plus du double des ventes de base de données DB2 du principal rival, IBM. De son côté, MySQL a été téléchargé plus de 100 millions de fois, selon Sun. Le constructeur avance 70 000 téléchargements quotidiens et 12 millions de bases en production, notamment chez Google, YouTube, Yahoo... Cette juxtaposition entraîne-t-elle une situation anti-concurrentielle ? Certes pas. Si Oracle Database joue bien un rôle de locomotive, « elle est loin de constituer un monopole », rappelle Curt Monash, de Monash Research Today. En 2007, Oracle s'octroyait 44,3% du marché des bases de données, mais IBM en détenait 21% et Microsoft 18,5%.
Quant aux 38 M$ de revenus générés par MySQL en 2007, ils plaçaient l'acteur au 19e rang selon IDC, derrière des vendeurs comme Siemens, Unisys, Hitachi et même Apple avec Filemaker.
Le risque d'un monopole aurait été autrement plus important, si IBM avait racheté Sun, sur le marché des serveurs sous Unix, leurs ventes combinées dans ce domaine atteignant 11,2 Md$. Kenneth Chin, analyste chez Gartner, rappelle que ce sont d'abord les revenus financiers que les autorités de régulation surveillent de près : « l'Open Source apparaît moins dans leur radar ». A propos de MySQL, Kenneth Chin pense que les clients les plus prompts à réagir pourraient donner de la voix si Oracle vient à hausser les tarifs de support. Mais il note aussi qu'Oracle ne s'est pas mêlé des processus de vente/marketing autour des bases Open Source qu'il a déjà rachetées, BerkeleyDB et InnoDB. Si Sun fonctionne comme une entité séparée, MySQL pourrait rester suffisamment loin d'Oracle pour ne pas être touché par d'éventuelles augmentations.
Stockage
Depuis septembre 2008, Oracle propose en collaboration avec HP la Database Machine, une solution matérielle conçue pour les applications de datawarehouse qui embarque des serveurs de stockage Exadata. Avec l'absorption de Sun, le voilà à même de réaliser d'autres systèmes de ce type. « La plateforme Open Storage de Sun est très similaire à la plateforme Exadata », a déclaré le président d'Oracle, Charles Phillips. Toutes deux utilisent des serveurs standards, des disques et des connexions InfiniBand ».
Jim McGregor, du cabinet In-Stat, estime qu'Oracle a suffisamment d'envergure pour se permettre de débarquer ainsi sur le segment du matériel. Mais il reconnaît aussi que « ce n'est probablement pas la meilleure opportunité » pour la société de Larry Ellison.
Gestion des identités
Sun et Oracle font partie du Top 5 des solutions de gestion des identités avec IBM, CA et Novell. Ils ont tous deux procédé à des rachats qui entrainent aujourd'hui des recouvrements. Thor, Bridgesteam, Phaos, OctetString pour Oracle, Waveset et Vaau pour Sun, notamment. Ils ont aussi tous deux développé des produits dans le domaine (Sun Access Manager, Federation Manager, Role Manager...) « Oracle va devoir faire des choix délicats », entrevoit Jamie Lewis, président du Burton Group. Selon lui, le chevauchement le plus évident se situe sur les produits de gestion des accès et de réservation des ressources (provisioning).
Andre Duran, PDG de l'éditeur Ping Identity, ne se prive pas d'un pronostic : « Déterminer ce qui doit rester [dans les deux catalogues], ce qui doit être abandonné et intégrer les éléments conservées va constituer une tâche énorme qui va immanquablement entraîner des conséquences pour les bases installées ».
Pour compliquer les choses, sur les solutions d'annuaire Sun s'est résolument impliqué dans l'Open Source, lâchant du lest sur son offre Directory Enterprise Edition en faveur de la plateforme OpenDS. « Les produits se concurrencent, ils ne pourront pas tout garder, affirme sur ce point Don Bowen, qui a quitté Sun il y a à peine un an pour participer au lancement de UnboundID, une solution basée sur OpenDS. Cela dit, les produits de gestion des identités sont loin d'être stratégiques dans le rachat de Sun.
Article 7 sur 10
L'analyse de Tim Bray, célèbre employé blogueur de Sun, censurée
L'exercice du blogueur en entreprise est compliqué en soi, surtout dans une société cotée, mais quand l'entreprise en question est en cours d'acquisition, cela devient carrément... impossible. C'est visiblement ce que le service juridique de Sun a expliqué à Tim Bray, qui a dû retirer son billet sur l'acquisition de Sun par Oracle, le remplaçant par un message laconique : « Le service juridique de Sun m'a avisé que la publication de ce billet n'était pas appropriée en ce moment, et m'a demandé de le dépublier. » Tim Bray s'est exécuté - mais la magie des moteurs de recherche ayant déjà opéré, le contenu reste aujourd'hui disponible sur la Toile.
Directeur des technologies Web de Sun, et célèbre pour ses travaux sur SGML et XML, Tim Bray est avec Jonathan Schwartz, l'encore patron de Sun, l'un des blogueurs les plus lus de l'entreprise californienne. Intitulé « Us and them » (qui se trouve aussi être un titre de The dark side of the moon, de Pink Floyd), son billet n'était même pas particulièrement critique envers la société de Larry Ellison. Ce « nous et eux » visait surtout à mettre en regard ce dont chacune des deux entreprises dispose, en termes d'actifs ou de valeur, dans trois grands domaines : business, produits et culture.
Toutefois, si Tim Bray restait plutôt factuel sur la colonne Oracle, la colonne Sun exprimait quelques opinions bien senties. Il opposait par exemple le bilan très mitigé de Sun en ce qui concerne sa capacité à absorber des sociétés rachetées à celui, plutôt brillant, d'Oracle. Idem pour les performances financières, « décevantes » du côté de Sun. Tim Bray pointait aussi la différence de culture entre les gens de Sun croyant en l'avenir de l'Open Source et les gens d'Oracle connaissant « un énorme succès dans la commercialisation de logiciels propriétaires ».
Clairement, cela change des blogs officiels d'Oracle, qui se contentent de renvoyer vers la FAQ officielle. Quant à Jonathan Schwartz, il n'a rien publié depuis le 18 mars.
Article 8 sur 10
10 000 postes menacés par la fusion
Selon les analystes de Wall Street, le rachat de Sun par Oracle pour un montant de 7,4 Md$ pourrait déboucher sur la suppression de 10 000 postes. Oracle espère que le rachat de Sun lui permettra de réaliser 1,5 Md$ de marge brute dès 2009 et 2 Md$ l'année suivante. « Cette acquisition sera plus rentable dès la première année que celles de BEA, de PeopleSoft et de Siebel rassemblés » a déclaré Safra Catz, présidente et directrice financière d'Oracle. Mais pour atteindre de tels résultats, Oracle devra licencier, prévient Toni Sacconaghi, analyste chez Sanford C. Bernstein.
Depuis plusieurs mois, Sun comme Oracle affrontent chacun de leur côté la crise financière avec plus ou moins de succès. En janvier dernier, Oracle a fait l'objet de rumeurs à propos de 1 000 réductions de postes mais ses résultats trimestriels sont restés satisfaisants, au point que l'éditeur a décidé de reverser une partie de ses dividendes à ses actionnaires.
Quant à Sun, l'année 2008 n'aura été qu'une succession de mauvaises nouvelles : en octobre, le fournisseur a publié des résultats trimestriels désastreux (perte nette de 1,37 Md$ contre un bénéfice de 89 M$ un an plus tôt), les plans de restructurations se sont succédé, le dernier ayant entraîné la suppression 1 500 postes. Au total, Sun a réduit ses effectifs de plus de 20% en quelques mois (6 000 salariés) et le titre a perdu 80% de sa valeur. Il n'est donc pas surprenant que des rumeurs de rachat aient éclos le mois dernier autour de Sun, même si le dénouement d'hier en a étonné plus d'un.
Les remaniements devraient toucher le marketing et le support
Oracle a donc du pain sur la planche. S'il veut rentabiliser ce rachat et atteindre son objectif de 1,5 Md$ de marge brute il n'aura pas le choix, il devra persévérer dans cette voie de licenciements. « Entre 5 500 et 10 000 postes sont concernés, et ce à condition qu'il n'y ait aucune érosion du chiffre d'affaires » estime Toni Sacconaghi, analyste chez Sanford C. Bernstein. Oracle n'a d'ailleurs pas caché qu'il souhaitait « rationaliser les coûts de base ». La plupart des remaniements devraient concerner le marketing et le support.
Oracle compte actuellement 84 000 salariés dans le monde et Sun en dénombre plus de 33 550 répartis dans une centaine de pays.
Article 9 sur 10
Interview de Jean-Jacques Camps, DSI d'Air Liquide Ingénierie et président de l'AUFO (Association des utilisateurs francophones d'Oracle)
LeMondeInformatique.fr : Quelle a été votre première réaction face au rachat de Sun par Oracle ?
Jean-Jacques Camps :
Cela m'a évoqué la présentation par Larry Ellison lui-même, en octobre dernier lors d'OpenWorld, d'Exadata, le serveur réalisé avec HP. A l'époque, on ne comprenait pas pourquoi cette présentation se faisait à un si haut niveau, ni pourquoi Oracle en avait fait l'article numéro un de sa revue à destination des clients. Oracle avait d'ailleurs remis une couche dans le numéro de février. Dans la mesure où nous n'avions pas d'autres éléments d'information, Oracle verrouillant étroitement sa communication, nous en avons conclu qu'il s'agissait d'un axe stratégique fort.
Pour vous, le rachat d'un fabricant de serveurs s'inscrit donc dans la droite ligne de cette stratégie ?
Cela se peut, d'ailleurs quand on voit la dernière version de la base de données, 11g, le moteur se substitue de plus en plus à ce qui était auparavant géré par des couches matérielles. Mais Sun est aussi le père de Java, qui compte énormément pour Oracle, dans sa stratégie d'empiler les briques pour obtenir une pile complète, avec des éléments liés - mais capables de fonctionner indépendamment.
Fournir toutes les briques est-il vraiment une demande des utilisateurs ?
Quand on se retrouve face à un fournisseur unique qui vend de tout, c'est une bonne chose de savoir qu'il maîtrise tous les aspects, mais il faut trouver l'équilibre.
La peur d'être enfermé, de devenir « tout rouge », ne pourrait-elle pas faire fuir des utilisateurs ?
On devient tout rouge, certes, mais chaque brique reste indépendante, et ça, c'est très important. Et puis, avant de bouger, il faudra encore observer le marché, la phase de concentration n'est pas terminée, cette acquisition ne sera certainement pas la dernière de l'année.
Sun manquait d'une branche services, or Oracle n'en a pas non plus, cela n'est-il pas un handicap ?
C'est vrai qu'Oracle ne dispose que d'un consulting d'éditeur, par contre il a un écosystème peut-être mieux géré que celui que pouvait avoir Sun.
En-dehors de Linux, Oracle ne brille guère par son support à l'Open Source, alors que Sun fondait toute sa stratégie logicielle dessus. Cela risque d'être gênant, non ?
Je ne sais pas. Je voudrais toutefois souligner qu'à la différence de Google ou Microsoft, Oracle respecte les standards ouverts, et qu'il n'est donc peut-être pas si incompatible que ça avec l'Open Source de ce point de vue.
Que pensez-vous qu'il arrivera à MySQL ?
C'est à voir. Ils n'ont pas tué les déploiements de Peoplesoft ou de JDE...
Avez-vous déjà recueilli des témoignages d'utilisateurs exploitant à la fois Oracle et MySQL ?
Nous sommes en train d'en chercher. En fait, à la différence des autres clubs utilisateurs dans le monde, l'AUFO est plutôt orientée applicatifs de gestion, il s'agit donc d'une bonne opportunité pour nous d'accueillir des gens au profil plus 'techno' au sein de commissions, comme nous l'avons fait pour les utilisateurs de Siebel, Peoplesoft, Hyperion... Nous regardons donc du côté des clubs d'utilisateurs de technologies Sun, mais on ne voit pas grand-chose d'actif.
Côté progiciels de gestion, le rachat de Sun fait-il d'Oracle un concurrent encore plus sérieux pour SAP ?
Non, cette stature est venue à Oracle avec la version 12, et l'intégration des offres de CRM ou de BI, ce n'est pas l'acquisition de Sun qui va peser sur ce point.
Oracle vous a-t-il contacté pour parler de ce rachat ?
L'interlocuteur des clubs au niveau mondial nous a bien sûr sollicité pour obtenir une citation positive pour le dossier de presse. Mais concernant spécifiquement les conséquences du rachat, Oracle vient juste d'annoncer la nomination d'un porte-parole, donc on devrait bientôt entrer en communication.
Article 10 sur 10
Interview de Ian Abramson, président de l'IOUG, club des utilisateurs Oracle d'Amérique du Nord
Au vu de vos billets sur votre blog, vous semblez plutôt enthousiaste face au rachat de Sun par Oracle ?
Oui, je travaille avec les technologies Oracle tous les jours, donc pour moi, c'est plutôt enthousiasmant. Franchement, Oracle a saisi une opportunité alors qu'IBM ne pouvait pas le faire. Et je crois que c'est un bon coup pour eux.
Vous attendiez-vous à les voir jouer ce coup-là ?
Ce qui est drôle, c'est qu'on m'a posé la question la semaine dernière, « est-ce qu'Oracle pourrait racheter Sun en cas de rupture des négociations avec IBM ». J'ai alors répondu qu'il s'agissait d'une question difficile. Alors bien sûr, j'aimerais pouvoir dire que je l'avais vu venir... J'ai tout de même dit que je trouvais que le couple Oracle-Sun avait plus de sens que le couple IBM-Sun, car il présente beaucoup plus de complémentarités. IBM aurait gagné le contrôle de Java et de MySQL, mais ça ne l'aurait pas propulsé à un autre niveau. Alors qu'Oracle n'a pas d'offre matérielle, et que Java, qui est Open Source, lui ouvre de nouveaux horizons. En revanche, je ne pense pas qu'Oracle compte, comme je l'ai lu dans un commentaire, devenir un constructeur (« hardware company »), ils deviennent plutôt une « information company », une société traitant l'information avec une garantie de performances sur des serveurs évidemment optimisés, de la même façon qu'IBM avec DB2 sur son matériel.
Oracle a l'habitude de racheter des sociétés, mais cette fois, il s'agit d'un constructeur de matériels. L'intégration pourrait s'avérer plus problématique ?
Toute acquisition porte en elle ses propres challenges. J'ai personnellement vécu des rachats, et je sais combien cela peut être difficile. Parfois, cela peut même prendre des années avant qu'on puisse voir les résultats d'une acquisition. Les gens d'Oracle l'ont fait de nombreuses fois, ils ont des procédures établies pour intégrer des organisations, et en plus je crois qu'il y a une confiance réciproque entre Larry Ellison et Scott McNealy, ce qui aidera grandement pendant toute la phase de transition, à retenir les gens, notamment.
Vous pensez qu'Oracle conservera l'intégralité de l'offre matérielle de Sun ?
Pour l'instant, c'est ce que je pense. S'ils veulent vraiment entrer dans le marché du matériel, ils le doivent. Ils continueront évidemment Solaris. On peut aussi bien sûr penser qu'ils trouveront un accord avec HP, mais bon, je ne suis pas devin... En tout cas, il est très probable qu'ils ne conservent rien de ce qui a trait à la fabrication elle-même.
Les résultats de Sun n'étaient pas brillants, ces derniers temps, pourquoi pensez-vous qu'Oracle fera mieux ?[[page]]
Il paraît évident qu'Oracle va réduire les coûts du côté de Sun, il y aura probablement un certain niveau de redondance en termes de personnel. Et une boîte qui a de bons produits et une bonne base de clients, si elle gérée de façon efficiente, a toutes les chances d'aller bien. Or, Sun est toujours un acteur majeur du marché des serveurs d'entreprise. Oracle aura juste besoin de faire le tri entre les éléments dont ils besoin et les autres.
Que pensez-vous qu'il adviendra de MySQL ?
Ah, que vont-ils faire de MySQL... Il est évident que l'avoir sous son aile est un bon moyen d'éliminer la concurrence sur un segment des bases de données. Jusqu'à présent, Oracle n'a pas fait grand-chose avec les bases Open Source qu'il a rachetées, mais MySQL peut lui donner l'opportunité de compléter son offre. Oracle pourrait très bien accroître son chiffre d'affaires avec une version Entreprise de MySQL.
Vous vous réjouissez sur votre blog qu'Oracle pourra tout vendre, du sol au plafond. Pensez-vous qu'il pourrait aller jusqu'à proposer des systèmes d'information sur étagère ?
Oui, c'est une véritable opportunité pour eux. Ils ont déjà commencé à évoquer des systèmes intégrés pour les télécoms ou pour la distribution. Vous savez, en un sens, ils le faisaient déjà avec leur initiative dans le datawarehouse [Exadata], qui comprenait la base de données, la plateforme et éventuellement des modèles de données. Je crois qu'il s'agit de la même idée, étendue aux applications : un système optimisé avec la base et l'ERP sur le serveur. Cela nécessitera de la personnalisation, bien entendu, mais l'idée est de pouvoir démarrer très rapidement, avec un système livré clés-en-main chez vous. Et je crois que les gens seraient plutôt heureux de pouvoir disposer de systèmes préconfigurés, optimisés.
Certes, mais les gens aiment aussi avoir le choix. Ne court-on pas ainsi le risque de se voir enfermé dans des solutions Oracle, attaché à un seul fournisseur ?
Oui, il y a toujours ce risque, comme cela a été le cas pendant des années avec IBM. Mais je crois que la différence, c'est qu'avec Oracle, vous pouvez toujours utiliser vos propres outils. Tout ce que dit Oracle, c'est qu'ils optimisent leurs solutions, mais rien ne vous empêchera de faire tourner votre SAP sur de l'Oracle/Sun. Je crois qu'en fin de compte, ce qu'Oracle souhaite faire, c'est optimiser ses solutions pour que les applications Oracle soient plus performantes sur des serveurs Sun que les applications SAP. Et ce que les gens recherchent, c'est la meilleure performance accessible de la façon la plus simple possible.
Les clients cherchent aussi des tarifs agressifs, ce qui n'est pas particulièrement la spécialité d'Oracle...
Oui [rires]. Mais bon, vous savez, il en va de même avec tout. J'estime que je paie trop pour Windows, pour les bases Oracle, pour les serveurs IBM... Il y a beaucoup de coûts de R&D associés à ces outils, qui expliquent les prix. Les tarifs d'Oracle devraient-ils être plus bas ? Tout le monde dans la communauté d'utilisateurs aimerait, bien sûr. Mais en fin de compte, on comprend qu'Oracle pratique des prix qu'il estime compétitifs - et qui lui permettent de gagner de l'argent, de toute évidence. Mais c'est le jeu, les entreprises sont là pour faire gagner de l'argent à leurs actionnaires.
Bien sûr, mais ces milliards de dollars pourraient servir davantage à développer des produits et de nouvelles fonctionnalités qu'à racheter des sociétés ?[[page]]
Au travers de ses acquisitions, Oracle se met en meilleure position pour développer ces fonctionnalités. Dans le domaine de la gestion de contenu (ECM) par exemple, l'acquisition de Stellent lui a fait faire un bond. Oracle a l'intelligence de reconnaître lorsqu'il n'est pas aussi bon qu'il le devrait dans un segment. Quand il s'est dit qu'il lui manquait des fonctions pour le temps réel, il a acquis TenTimes. Aussi bon que son middleware pouvait être, Oracle avait le sentiment que ce n'était pas assez, et il a acheté BEA. Il y a eu Siebel, parce qu'Oracle n'avait pas de bon CRM. Hyperion, parce qu'il fallait des composantes de gestion des performances économiques. Je crois que le même raisonnement s'applique pour Sun. Oracle voulait entrer sur le marché du hardware - et ce faisant, il prend la tête de Java, ce qui le met en belle position.
Pensez-vous que cette nouvelle position est destinée à obtenir un avantage sur IBM, ou bien sur SAP ?
Sans aucun doute IBM. Oracle adopte aujourd'hui un profil très similaire à celui qu'offre IBM, qui est passé de son côté du statut de constructeur à celui d'"information company". SAP, de con côté, est juste un vendeur d'applications. C'est quand Oracle achète un progiciel qu'il cherche à concurrencer SAP.
En revanche, IBM dispose d'une branche services conséquente, alors que ni Oracle ni Sun n'avaient l'équivalent... D'après un analyste de Forrester, c'est ce qui a le plus manqué à Sun. Le constructeur aurait dû racheter EDS. Pour concurrencer vraiment IBM, Oracle aura-t-il besoin d'une acquisition de ce type ?
Oracle offre déjà des services professionnels de consulting, et je crois que sa stratégie est de rester à ce niveau, d'offrir un service d'expertise. Grossira-t-il son organisation pour s'adapter à cette nouvelle acquisition, oui, probablement. Cela passera-t-il par une acquisition ? Tout dépendra des opportunités qui se présenteront, du prix et des avantages qu'Oracle pourrait en retirer, mais rien ne me laisse penser que cela sera le cas, il n'y a eu absolument aucune rumeur en ce sens.
Sun dispose d'une offre de cloud, cela constitue-t-il à vos yeux un atout majeur pour Oracle ?
Oracle avait déjà des choses dans le cloud, en lien avec Amazon notamment. Maintenant, je ne sais pas ce que cela pourra donner avec l'offre Sun.
Peut-être les utilisateurs ne sont-ils pas très enthousiastes, de toute façon, à l'égard des offres de cloud ?
Eh bien, la communauté d'utilisateurs parle de cloud computing, s'y intéresse, se demande comment faire pour déployer de la façon la plus efficace de nouvelles bases de données quand on en a déjà 300 en production, mais on ne peut pas dire qu'il y ait un engouement aujourd'hui sur les approches de type Amazon.
Maintenant qu'Oracle peut ajouter une suite bureautique, OpenOffice, à ses outils de collaboration, peut-on le considérer comme un concurrent de Microsoft aussi dans ce domaine ?
Oracle aime bien être leader sur son secteur, et ses réactions sont plutôt guidées par les actes de SAP. Mais là où SAP est uniquement un vendeur d'applications, Oracle avait fait le choix d'aller un peu plus loin, en intégrant des éléments divers. Alors on peut se demander si Larry aimerait avoir une société plus grosse que Microsoft - et je pense que ça lui plairait. Mais concurrencer Microsoft sur le terrain de la bureautique et du collaboratif... Oracle a essayé d'entrer sur le marché des outils de collaboration, mais ça n'a été nulle part. Donc franchement, ces outils bureautiques Open Source, pour moi, ce n'est vraiment pas ça qui les intéresse. Leur stratégie se situe plus au niveau du datacenter et du système d'information, donc clairement en compétition avec IBM.