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Les DSI s'affairent à l'approche de la fin du support de Windows 10

Migrer vers Windows 11, payer pour le support étendu, ou oublier les mises à jour de sécurité Windows 10 ? Dans moins de trois mois, les responsables informatiques devront faire un choix, pas forcément simple si on s'y est pris au dernier moment.

La rédaction

Quand le support basique de Windows 10 s’achèvera le 14 octobre prochain, BSH Home Appliances aura toujours 6 000 ordinateurs tournant sur ce système d’exploitation qui n’auront pas migré vers Windows 11.Aujourd'hui, ce fabricant allemand d'appareils électroménagers dispose de deux flottes d'ordinateurs : une de 43 000 PC fixes et portables, et une autre de 5 500 laptop servant à collecter les données de production sur le terrain.

S'agissant de sa flotte principale, 40 500 systèmes ont déjà été migrés sur Windows 11 et d'ici à octobre - sur les 2 500 postes Windows 10 restants - 2 000 seront mis à jour vers le dernier OS de Microsoft ou remplacés tandis que 500 continueront à tourner sur Windows 10 en bénéficiant du programme de mises à jour de sécurité étendu (ESU) de l'éditeur. Cela pour plusieurs raisons : "les terminaux ne disposent pas des caractéristiques matérielles requises pour Windows 11, ils font tourner des applications non certifiées pour cet OS ou des applications critiques exécutées qui sont connectées à des terminaux industriels", explique Serhiy Mamus, directeur des services d’environnement de travail de BSH Home Appliances.

BSH Home Appliances

Serhiy Mamus, directeur des services d’environnement de travail de BSH, préfère attendre pour passer certains postes directement de Windows 10 vers Windows 12. (crédit : BSH Home Appliances)

Concernant sa deuxième flotte de 5 500 terminaux, un autre choix a été fait, à savoir de continuer à les faire tourner sur Windows 10 jusqu'en 2029 avec la windows long-term servicing channel licence. A cette date, Windows 12 sera disponible, permettant ainsi à l'entreprise de se passer de Windows 11 sur ces postes. “Cela n’a pas de sens de migrer deux fois”, observe M. Mamus.

De son côté, la société américaine d’assurance mutuelle Ameritas a démarré la migration de 3 100 postes sous Windows 10 (PC portables et instances virtuelles). Ce projet est désormais finalisé à 93 % et la bascule doit être réalisée avant octobre. Support et sécurité ont été les facteurs clés de cette mise à jour selon Jeff Martinson, vice-président des infrastructures et des opérations d’Ameritas. Mais cela a pris du temps de monter de version ou de remplacer les terminaux qui manquaient de puissance de calcul, de mémoire, ou de TPM (trusted platform module) v2.0 nécessaires pour Windows 11. “Nos anciens matériels qui ne supportaient pas la puce TPM 2 ont été le point le plus bloquant”, souligne le responsable.

Une course de dernière minute

Pour beaucoup de services informatiques, la transition vers Windows 11 se joue à quelques semaines de la date limite “Nombre de sociétés évaluent de multiples initiatives et attendent le bon moment par rapport au cycle de vie de leurs terminaux ou à leur stratégie IT globale”, fait savoir Stefan Kinnestrand, vice-président du marketing produits de Microsoft qui supervise la stratégie commerciale de Windows. Mais elles ont surtout été lentes à s'en préoccuper pour un OS qui date déjà de 4 ans. “Contrairement à ce qui s’est passée avec la migration de Windows 7 vers Windows 10, il n'y avait pas de raison commerciale impérieuse de procéder à une mise à niveau”, note Paddy Harrington, analyste senior sécurité et risque chez Forrester. “Jusqu’à présent l’adoption n’a pas été très bonne”. Cela est particulièrement vraie pour les petites et moyennes entreprises, annonce David Mayer, CEO de la société de conseil et de services IT Endpoint Technology Partners.

Le retard s'explique par “un vrai manque de retour sur investissement financier associé à la mise à niveau” précise M. Mayer. “Cette hausse de performance, sécurité et gestion, etc. ne produit pas d’impact assez important pour justifier les coûts de nouveaux matériels ou de mises à jour et ceux des perturbations causées par la migration. Les entreprises n’ont pas eu assez conscience de la nécessité de migrer vers Windows 11”. Elles ont également eu à choisir entre investir dans leur informatique, sécurité, réseau et applications collaboratives en migrant vers le dernier OS ou alors se concentrer sur des projets aux bénéficies métiers plus importants. “Lorsque vous avez 10 000 PC, une migration Windows 11 est un très gros projet qui s’étend sur un an ou plus”, indique M. Harrington. C’est l’une des raisons pour laquelle tant d’entreprises l’ont repoussée aussi loin qu’elles pouvaient, et maintenant elles bataillent pour respecter la date butoir de la fin de support.”

Concernant les taux d’adoption de Windows 11, M. Kinnestrand dit ne pas pouvoir fournir de chiffres précis et se contente de constater “une forte dynamique”. Parmi les clients de Forrester, “un tiers des entreprises y sont passées, un tiers sont dans le rush et un tiers attendent d’être en mesure de passer à du matériel compatible”, explique M. Harrington. Pour Endpoint Technology Partners, c’est 50/50 : “Sur notre base clients, 50 % l’ont adopté et 50 % sont à des stades variés. Il y a aussi des personnes qui vont attendre la dernière minute”, fait remarquer M. Mayer. A plus long terme M. Harrington estime quant à lui que l’adoption complète prendra du temps.

Windows 11 a des avantages

Le dernier système d’exploitation de la firme de Redmond dispose de plusieurs fonctions intéressantes, en particulier pour les administrateurs IT. “Microsoft propose des contrôles de configuration, introduit de meilleures fonctions de contrôle applicatif, et a ajouté sa propre version de commande Linux sudo pour installer des applications sans être administrateur”, avance M. Harrington. Les admins peuvent également utiliser Windows Autopilot pour remettre en marche rapidement des systèmes défectueux comme le souligne M. Mayer : “Si une machine ne fonctionne pas comme il faut, vous pouvez la débrancher et la recharger, et en deux ou trois heures tout ce qui pose problème est résolu. C’est une grande amélioration en termes d’expérience utilisateur”.

Endpoint Technology Partners

A condition d'avoir des systèmes bien configurés, Windows 11 gère mieux les ressources et semble plus rapide que son prédécesseur selon David Mayer, CEO d'Endpoint Technology Partners. (crédit : Endpoint Technology Partners)

Du point de vue des utilisateurs finaux, la seule chose qu’ils ont l’air de remarquer en passant à la dernière version du système d'exploitation est que le bouton Démarrer a été déplacé du coin inférieur gauche au milieu de l’écran. “Mais Windows 11 gère mieux les ressources et semble plus rapide si vous avez une machine bien configurée, et constitue un pas en avant en matière de gestion et de sécurité”, explique M. Mayer.

Le minimum d’exigences matérielles ne suffit pas

Alors que chaque entreprise dispose de systèmes ne répondant pas aux exigences requises pour Windows 11, de nombreuses machines qui répondent à ces caractéristiques ne vont pas forcément fonctionner de façon optimale avec le dernier OS. “Est-ce que Windows 11 tourne avec 8 Go de RAM ? Sûrement, mais les utilisateurs ne vont pas apprécier l’expérience”, tacle M. Mayer. De même, les ordinateurs dotés de disques durs rencontreront une expérience émaillée de performances médiocres : “L’expérience utilisateur n’est pas formidable si vous n’avez pas de SSD” poursuit le CEO d’Endpoint Technology Partners. En plus de ce lecteur, la société de conseil et de services IT recommande au moins 16 Go de RAM, un composant TPM 2.0, et une puce Intel au moins de la 8e génération.

Le module TPM 2.0, devenu standard dans la plupart des terminaux depuis 2018, “ancre la posture de sécurité de l’OS au matériel, pas seulement au logiciel”, déclare Lucas Ebron, solutions advisor chez la société de services IT Portland Internetworks. “Les systèmes construits avant n’ont souvent rien de tout cela et, à partir de là, il est temps d’envisager un rafraichissement plus large [de son parc]”. Mais avant de s’embarquer dans une migration, les entreprises devraient passer en revue le nombre de matériels à remplacer ou à mettre à jour pour garantir la meilleure expérience utilisateur, et pas juste atteindre le minimum d’exigences requises. “Cela peut vite devenir une impressionnant commande”, prévient M. Mayer. De son côté, M. Ebron pousse une recommandation similaire : “La recommandation d’exigences pour un usage général classique est 16 Go de RAM, un CPU Intel i7 ou supérieur, et un SSD de 256 Go pour les portables, ou un Intel i5 avec 16 Go de RAM et un SSD de 512 Go pour les postes de travail fixes”. Mais, prévient le consultant, “en raison d’une variété de facteurs - budgets, disponibilité de l’utilisateur, et problèmes de supply chain et d’inventaires - certains clients ne sont pas en mesure d’effectuer un rafraichissement système complet avant la date limite d’octobre”. Le programme ESU de Microsoft apporte temporairement un peu d’air toujours d’après M. Ebron : “Nous avons déjà commencé à recevoir des commandes pour ESU, et à mesure que l’on se rapproche du 14 octobre, nous nous attendons à une vague de demandes en dernière minute pour les entreprises qui veulent rattraper le temps perdu”.

Certains logiciels applicatifs ont des problèmes de compatibilité

Alors que Microsoft indique que 99,7 % des applications Windows sont compatibles avec Windows 11, les applications non conformes continuent d’être un problème pour certaines entreprises, particulièrement dans les PME. “Le défi se présente avec les logiciels hérités ou personnalisés nécessitant des mises à jour ou de nouvelles licences. C'est rarement le système d'exploitation qui est en cause. C'est l'écosystème qui l'entoure qui a besoin d'être modernisé”, assure M. Ebron.

Forrester

Il n'y a pas beaucoup de différences entre Windows 11 et Windows 10, donc les applications ne devraient pas poser de problème, assure Paddy Harrington, analyste senior chez Forrester. (crédit : Forrester)

“Il existe un grand nombre d'éditeurs d'applications uniques qui ne sont pas entièrement compatibles et avec lesquels il est parfois difficile de travailler”, explique M. Mayer. "Bon nombre de ces applications personnalisées ne marchent tout simplement pas bien avec Windows 11" et constitue “une énorme dette technique qui ne pourra probablement pas être résorbée avant plusieurs années. Pour ces applications, dit-il, les entreprises devront peut-être trouver des solutions de contournement ou les remplacer entièrement.”

BSH Home Appliances a eu la chance de rencontrer peu de problèmes de compatibilité applicative. L'équipe de M. Mamus a entamé le processus de migration il y a un peu plus de deux ans avec une “usine de test” pour vérifier toutes ses images système afin de s'assurer qu'elles fonctionneraient avec Windows 11. « Sur 1 000 applications, nous en avons trouvé quelques-unes qui avaient besoin d'être ajustées, mais il s'agissait simplement de modifier quelques paramètres », explique le responsable. Cela ne surprend pas M. Harrington, analyste senior chez Forrester : "Il n'y a pas beaucoup de différences entre Windows 11 et Windows 10, donc les applications ne devraient pas poser de problème. Mais y en aura-t-il [qui ne seront pas compatibles] ? Bien sûr." De son côté, M. Mamus pense qu'il est essentiel de procéder à des tests en amont : « Même si la grande majorité de nos applications fonctionnent sous Windows 11, il est important de consacrer du temps, des ressources et de l'argent à des tests pour éviter les problèmes ».

Alternatives et options de migration

Pour les configurations encore sous Windows 10 le 15 octobre, les responsables IT devront décider s'ils veulent payer 61 $ par machine pour dans le cadre d’un programme ESU - un coût qui doublera pour atteindre 122 $ en 2026 et 244 $ en 2027 (pour les établissements scolaires le tarif n’est que d’1 $ la première année, ndlr) - ou assumer le risque associé à l'absence de mises à jour de sécurité. “En ce qui concerne la sécurité, la plupart des outils de sécurité modernes détecteront les failles ciblant les systèmes Windows 10 même si vous ne bénéficiez pas d'un support étendu”, explique M. Harrington. Mais la plupart des entreprises ne voudront pas prendre ce risque, en particulier celles qui doivent se conformer à des exigences réglementaires. Selon lui, "les sociétés soucieuses de sécurité opteront pour une assistance étendue. Mais de nombreuses prendront le risque". Surtout si elles prévoient de boucler leur migration Windows 11 d'ici le début 2026.

Les entreprises disposent de plusieurs options pour décider où et comment migrer vers Windows 11. Tout d’abord, les systèmes qui n’ont pas besoin d'une connectivité internet peuvent se passer du programme de mises à jour de sécurité étendu si elles restent hors ligne. Pour les machines qui utilisent des applications plus supportées, le service informatique peut les mettre à niveau et les déplacer dans une session Windows VDI. “La plupart des fournisseurs de VDI continueront à prendre en charge l'agent Windows 10 pendant un certain temps”, précise M. Harrington. Au lieu de remplacer le matériel non conforme, les entreprises peuvent par ailleurs envisager de basculer les utilisateurs vers des environnements clients légers et virtualisés... en supposant que les coûts de cette opération sont inférieurs à ceux du remplacement ou de la mise à niveau et de la migration des machines non conformes vers Windows 11.

Il est aussi envisageable de transférer les applications Windows en VDI si les systèmes accèdent principalement à des applications web et SaaS par le biais d'un navigateur. “30 % des utilisateurs en entreprise utilisent un navigateur pour tout, et 50 % d'entre eux effectuent la majorité de leur travail dans le navigateur”, explique M. Harrington. Dans de tels cas, le service informatique peut être en mesure de flécher les utilisateurs vers ChromeOS Flex ou IGEL Secured OS, de les faire passer à Linux d'oublier complètement Windows sur les endpoints. Pour les clients de Portland Internetworks, la migration vers Windows 11 apparait comme l'issue la plus probable. “Il existe des solutions de contournement à court terme, comme les VM ou le VDI, mais nous orientons nos clients vers les meilleures pratiques : mise à niveau du matériel et des applications pour garantir un environnement Windows 11 sécurisé et supporté”, poursuit M. Ebron.

Ameritas

Pour Jeff Martinson, vice-président des infrastructures et des opérations d’Ameritas, la clé du succès d'une migration réussie est de partir tôt. (crédit : Ameritas)

S’attendre à une transition en douceur... si vous êtes préparés

Avec une planification et un soutien adéquats, le passage à Windows 11 peut se faire en douceur, affirme M. Kennestrand, vice-président du marketing produits de Microsoft. Et d'après les retours de certaines entreprises qui ont migré, cela semble être le cas. Une fois les problèmes de compatibilité du matériel et des applications identifiés et résolus, les responsables IT sont alors certains que la transition proprement dite s'est bien déroulée. “Je travaille dans l'informatique depuis plus de 20 ans et c'est l'une des migrations les plus faciles que j'ai vues”, assure M. Mamus. “Certains terminaux ont nécessité plus de temps pour être mis à jour, mais les plaintes des métiers ont été minimes.”

Selon M. Mayer, la plupart des transitions vers Windows 11 que son entreprise a supervisées ont été un succès. "En règle générale, les déploiements se sont déroulés sans heurts, avec les exceptions habituelles liées à la compatibilité matérielle et logicielle. Néanmoins, il faut se préparer à ce que les choses tournent mal. « Chaque mise à niveau d'un système d'exploitation entraînera un problème quelque part dans votre infrastructure », ajoute M. Harrington. Pourquoi ? Car il y a toujours des systèmes dont vous ignorez l'existence. En fin de compte, selon M. Martinson d'Ameritas, la clé du succès est de commencer le processus tôt. Mais à moins de 90 jours de l'échéance, de nombreuses entreprises doivent maintenant rattraper le temps perdu.

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