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Métavers, de la formation au collaboratif : 1ers cas d'usage en France

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Les projections de revenus mondiales liées aux métavers ont de quoi faire tourner la tête puisqu'elles se mesurent, selon certains cabinets d'études, en centaines voire en milliers de milliards de dollars. Si ces chiffres apparaissent totalement utopiques aujourd'hui avec des fréquentations très modestes dans les premiers métavers, le futur pourrait bien nous réserver quelques surprises.

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Article 1 sur 7

Métavers, un marché naissant et surtout protéiforme

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20235 min de lecture

Comme le mentionne Emmanuel Moyrand, vice-président de France Meta, une association qui promeut les acteurs français dans les métavers, il n’existe pas un seul métavers mais bien de multiples métavers qui comptent déjà 400 millions d’utilisateurs par mois dans le monde. « Celui très centralisé de Mark Zuckerberg en est un parmi d’autres, tout comme ceux dédiés aux adolescents Roblox, Fortnite ou encore Minecraft auxquels s’ajoutent les métavers décentralisés comme The SandBox ou Decentraland. » Dans toute cette classification des métavers, Stéphane Houin, vice-président conseil expert et animateur de la communauté métavers et IA de CGI Financial Services qui s’est exprimé lors de la conférence au sein de l’école d’ingénieurs ECE Paris, parle même d’Intraverse pour les métavers BtoB à usage interne, un peu comme l’Intranet, ce réseau local en interne et propre à une organisation.

Quelles que soient la forme et leur classification que prendront les métavers, à parcourir les stands du salon Metadays dédié aux métavers es BtoB qui s’est déroulé les 29 et 30 novembre derniers, notre rédaction a pu effectivement se rendre compte de la diversité des offres et des technologies sous-jacentes (blockchains, NFT, plateformes dédiées, etc.) à ces multiples environnements qu’ils soient immersifs avec des casques de réalité virtuelle, en 3D ou même en 2D. Comme tout nouveau marché, il existe de nombreuses start-ups qui se sont engouffrées dans ce domaine mais pas que, les grands acteurs de l’IT aussi, sans oublier les SSII comme Sopra Steria, très actif dans les jumeaux numériques, ou encore OnePoint qui dispose déjà d’une équipe de 50 personnes (sur un effectif global de 3 000 dans le monde) dédiée à ces environnements. Et du côté des clients, les demandes sont de plus en plus nombreuses à en croire Sébastien Ravoux, responsable de l’innovation de OnePoint à Nantes, de nombreuses entreprises lancent effectivement des projets dans le métavers pour tester et analyser les retours potentiels. Parmi les exemples, citons l’assureur AXA ou le groupe Carrefour qui ont acheté, il y a un an, un terrain virtuel dans The Sandbox, Carrefour faisant aussi du recrutement depuis son espace. Autres exemples : Avène, le spécialiste des dermo-cosmétiques, plus modeste dans son projet, qui a fait appel à OnePoint pour créer son monde virtuel dans la plateforme Roblox (voir cas d’usage ci-dessous) ou encore Dolce & Gabbana qui a défilé lors de la toute première édition de la Metavers Fashion Week qui s’est déroulée sur Decentraland du 24 au 27 mars 2022.

Le collaboratif au cœur des projets métaverses BtoB

Pour Matthieu Chéreau, consultant-entrepreneur au sein du cabinet Inskip et co-auteur du livre « Inventer les villes durables - Idées et outils pour relever les défis d'aujourd'hui », le métavers a aussi un rôle à jouer dans la gestion des villes sous la forme de jumeaux numériques. Matthieu Chéreau cite notamment l’exemple de la ville de Rennes qui envisage de créer un jumeau numérique en partenariat avec Dassault 3D Experience dont l’objectif est de piloter la ville de façon transversale et collaborative mais aussi de faciliter le partage de données à distance. A ce titre, les jumeaux numériques déjà bien présents dans l’industrie sont de plus en plus associés au métavers. Comment ? En apportant entre autres la collaboration selon Yoann Yvon, responsable des activités d’interactions digitales chez Sopra Steria, bref, de créer des espaces collaboratifs qui peuvent faciliter la gestion de la maintenance par exemple ou la conception de nouveaux services et produits. Les métavers collaboratifs intéressent aussi le monde de la finance et de l’assurance à l’instar du Crédit Agricole qui a ouvert un métavers dans The Sandbox pour ses besoins internes (réunions entres collaborateurs, team building, gamification, etc.) ou encore la CFDP (protection juridique indépendante) qui dispose de son métavers pour faire de la médiation suite aux litiges. Plus généralement, l’usage des métavers est appelé à transformer les modes de travail dans les entreprises, c’est aussi la volonté de certains éditeurs comme Microsoft avec son offre Mesh pour Teams qui autorisera une expérience de collaboration naturelle dans la réalité mixte avec des avatars 3D représentant des personnes dans un espace partagé. De son côté, l’éditeur français Jamespot souhaite aussi à sa manière repenser le travail collaboratif au travers de son métavers Jamespot Land (voir cas d’usage ci-dessous).

De nombreuses réserves autour des métavers 

Aujourd’hui, les investissements dans le métavers restent accessibles pour les entreprises. Selon nos interlocuteurs, le ticket d’entrée démarre à quelques dizaines de milliers d’euros, de l’ordre de 30 000 à 40 000 euros pour des métavers développés à partir de plateformes dédiées. Bien sûr, il est difficile de se prononcer sur la fréquentation réelle de ces projets aujourd’hui, dû à un manque de recul et de maturité. Il existe aussi des réserves autour des métavers sur leur fréquentation, sur leur durabilité dans le temps, leur régulation à venir (voir interview de Julie Jacob du cabinet Jacob Avocats ci-dessous), leur pérennité et leur modèle économique, car c’est un risque d’investir des dizaines voire des centaines de milliers d’euros dans une plateforme virtuelle. « Là où dans Second Life, les gens cherchaient avant tout de l’évasion, dans les métavers actuels, les acteurs économiques cherchent à récupérer leurs investissements », affirme sur ce point Stéphane Houin. Enfin, concernant la sécurité, les métavers se doivent d’être le plus possible hermétiques à toute sorte de menaces et de dérives. A cela, il faudra aussi prendre en compte la sécurité physique des personnes qui fréquentent les métavers, notamment les impacts sur la santé mentale à terme, et cela est loin d’être anodin lorsque que l’on voit déjà poindre des accessoires (gants, gilets, combinaisons) haptiques qui permettent de ressentir les sensations physiques dans les métavers.

Article 2 sur 7

Le métavers décentralisé opéré et monétisé dans la blockchain

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20233 min de lecture

« Le métavers est un univers virtuel immersif, persistant, accessible via n’importe quel appareil connecté 2D/3D. Il est aussi décentralisé et communautaire, il inclut donc la possibilité de faire des transactions avec des cryptos (NFT et autres cryptomonnaies) », a résumé Stéphane Houin, vice-président conseil expert et animateur de la communauté métavers et IA de CGI Financial Services lors de la conférence au sein de l’école d’ingénieurs ECE Paris sur le métavers. Avec le métavers, nous entrons effectivement dans l’ère du futur de l’Internet, le Web 3.0 où l’objectif est bien de redonner aux utilisateurs la maîtrise de leurs données qu’ils n’ont pas ou peu avec l’actuel Internet. Et lorsque l’on parle de décentralisation, on pense de suite à la blockchain qui joue un rôle essentiel dans cet écosystème. « Dans cet univers décentralisé via la blockchain, l’utilisateur dispose d’un titre de propriété certifié », justifie, de son côté, Sébastien Ravoux, responsable de l’innovation de OnePoint à Nantes, un point que conforte Guillaume Bournit, Corporate Sales chez Coinhouse : « Les smart contracts opérés dans la blockchain garantissent cette traçabilité. » Précisons d’ailleurs que la plateforme Coinhouse ne sert pas uniquement à acheter des bitcoins mais l’entreprise accompagne aussi aujourd’hui ses clients à acquérir des espaces dans le métavers et gère ainsi la transaction toujours en cryptoactif.

Les NFT pour garantir la priorité des objets dans les métavers 

En outre, la propriété d’un actif numérique est souvent associée au NFT, traçable dans une blockchain. L’exemple le plus démonstratif d’un usage de NFT est par exemple celui de Nike qui a lancé en avril dernier ses baskets numériques, les CryptoKicks que les utilisateurs pouvaient acheter et porter dans NikeLand, le métavers de Nike. Si dans ce cas le NFT est bien associé à un actif numérique, il peut aussi être lié à un produit physique, lequel sert alors à prouver la propriété du bien. Pour l’illustrer, prenons l’exemple de la start-up EnCaps dont le métier est d’appareiller un objet physique avec un objet digital et d’en vérifier la propriété dans la blockchain en scannant un code-barres depuis un smartphone, ce code-barres étant doté d’un système de double authentification. Pour Antoine Janning, co-fondateur de EnCaps, l’objectif est de créer un canal de communication directe avec la marque, il cite notamment en exemple un marchand de toiles sur lesquelles est apposé un code-barres NFT permettant de certifier l’œuvre de l’artiste et de l’exposer dans une galerie virtuelle. Dans les métavers dits décentralisés, les NFT auront évidement un rôle économique primordial à jouer pour sécuriser chaque échange mais aussi de le rendre interopérable entre plusieurs métavers. Preuve en est, The Sandbox travaille avec Zepeto, le métavers à succès sud-coréen pour que leurs NFT fonctionnent dans leurs mondes virtuels respectifs. 

Article 3 sur 7

Des graphismes toujours très décevants...

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20233 min de lecture

En observant les exemples de métavers proposés, nous sommes, au premier regard, souvent déçus par la qualité du graphisme, bien loin du photoréalisme des jeux vidéo développés sous les moteurs Unity ou Unreal. Cela s’explique par le fait que la majorité des projets métavers BtoB doivent être aujourd’hui accessibles de manière fluide depuis un simple navigateur web et depuis n’importe quel poste de travail (PC portable, smartphone, etc.) d’où la multiplication d’environnements en 2D ou en 3D light. Pour l’heure, les exemples de métavers sont souvent développés depuis des plateformes comme Roblox, The SandBox ou encore WorkAdventure dotées de graphismes très simples (avatars pixélisés), un peu comme des blocs de type lego. Même les projets de métavers 3D totalement immersifs en réalité virtuelle déçoivent souvent par leur qualité graphique, il existe, pour l’heure, un vrai décalage entre les attentes des utilisateurs et la réalité. Souvenons-nous de la réaction des internautes l’été dernier envers Mark Zuckerberg, le dirigeant de Meta, suite à la diffusion de son avatar et de son environnement virtuel Horizon Worlds lors de son lancement en France, les moqueries ont été nombreuses sur un graphisme jugé bien trop simpliste. En réponse, Mark Zuckerberg a promis des améliorations.

…. Sauf en réalité augmentée 

A l’opposé, les projets les plus marquants graphiquement sont ceux réalisés en réalité augmentée, laquelle, rappelons-le, consiste à intégrer des éléments et/ou objets virtuels en 3D dans un environnement bien réel. C’est d’ailleurs le choix qu’a fait l’entreprise de services spécialisée dans les technologies immersives Scale-I Portal pour son client Dacia, la filiale de Renault. « Afin d’apporter plus de visibilité aux futurs acheteurs de véhicules de marque Dacia, notamment sur les nouveaux éléments de leur identité visuelle (nouveau logo, nouvelles couleurs, etc.), nous avons réalisé une application de réalité augmentée visible depuis une simple tablette ou d’un smartphone. C’est un outil d’aide à la vente pour le vendeur, quant à l’acheteur, il peut observer le véhicule à l’échelle 1, y entrer et réaliser des zooms pour mieux observer les détails », explique Emmanuel Icart, co-fondateur et CEO de Scale-I Portal. Toutes les Dacia sont en effet visibles depuis cette application Dacia AR, et dans tous les coloris. L’application a été développée en trois mois, quant aux véhicules 3D, ils ont été réalisés sous Autodesk Maya. Un autre projet, de réalité virtuelle cette fois-ci, est en cours, toujours pour Renault, dont le but est de montrer comment le véhicule fonctionne et réagit en cas de situation d’urgence. Bien sûr, ces applications d’aide à la vente en réalité augmentée accessibles depuis un smartphone sont économiquement bien plus abordables que des salles dédiées et entièrement immersives dont là, pour le coup, les graphismes sont souvent assez bluffants mais à quel prix ? 

Article 4 sur 7

Jamespot Land, le bureau collaboratif en mode avatar

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20232 min de lecture

« Avec Jamespot Land, nous souhaitons recréer du lien avec les collaborateurs, la généralisation du télétravail comme nous le pratiquons d’ailleurs en interne nous insiste aussi à interagir différemment. Notre métavers facilite aussi le partage dans les environnements multisites », explique Antoine Cuau, Business Developper chez Jamespot. Jamespot Land est donc un métavers axé sur la collaboration et commercialisé par l’éditeur depuis cet été. Les équipes de l’éditeur sont d’ailleurs les premières utilisatrices de cette solution et, selon Antoine Cuau, elles l’utilisent au quotidien, sans y être bien sûr obligées. Dans Jamespot Land, les salariés représentés par des avatars peuvent donc échanger en visio, se rencontrer dans une salle de conférence de 200 personnes ou dans des bureaux virtuels privés où collaboration et temps réel ne font plus qu’un, ou encore s’isoler pour ne pas être dérangé. Des petites pastilles de couleur sont, à ce titre, accolées aux avatars : « La pastille verte signifie que la personne est disponible, le rouge qu’elle ne souhaite pas être dérangée », précise Antoine Cuau.

Un graphisme en 2D pour faciliter l’accessibilité

Graphiquement, ce métavers est en 2D car, contrairement à la 3D, il se veut facilement accessible à tous et depuis n’importe quel poste, son graphisme nous rappelle d’ailleurs les jeux des années 90 avec ces petits personnages qui se déplacent aisément d’un endroit à un autre. Des petites montgolfières servent même de passerelles d’accessibilité vers d’autres lieux dans la plateforme mais aussi aux autres applications de Jamespot. Techniquement, ce métavers a été développé en interne depuis la plateforme Saas française WorkAdventure. A noter que cette dernière a séduit bien d’autres entreprises comme Bouygues Bâtiment, une filiale de Bouygues Construction, qui cherche aussi à améliorer les interactions entre ses employés, ou encore l’association Roam (Réunion des organismes d’assurance mutuelle) qui fédère les assureurs en France ; le métavers de Roam permet, là aussi, aux assureurs adhérents de communiquer et de partager des informations.

Article 5 sur 7

Les formations immersives de 5Discovery

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20232 min de lecture

S’il y a bien un usage très en pointe dans le métavers, c’est la formation à l’image de ce que propose l’organisme de formation 5Discovery. En effet, 5Discovery a créé Metasoftskills, une plateforme online en réalité virtuelle basée sur de multiples environnements immersifs. « Nous proposons aujourd’hui un catalogue de 30 formations en réalité virtuelle qui s’adressent à tous, managers, employés, étudiants, sans oublier les personnes en situation de handicap », souligne Sami Oussama, responsable marketing chez 5Discovery. De la prise de parole à la gestion du stress en passant par la préparation aux entretiens et l’intégration de la diversité dans le recrutement, l’objectif de ce catalogue de formation est de promouvoir le développement des compétences humaines et d’encourager l’intégration de toute personne dans le milieu professionnel.

Une immersion à 360°

Lors de notre test sur la formation liée à la prise de parole, nous avons été plongés, depuis un casque virtuel, dans une immense salle de conférence où vous êtes l’intervenant placé sur la scène devant un parterre de personnes assises confortablement dans la salle et qui attendent de vous juger…, c’est du moins la sensation ressentie. Comme le mentionne Sami Oussama, cette immersion en 3D et en réalité virtuelle est plus impactante et efficace. 5Discovery envisage d’ailleurs d’ajouter des rapports de mesures qui permettent de mieux analyser les comportements des candidats comme la fréquence cardiaque par exemple ou la gestion des gestes, la tonalité de la voix, etc. Seul bémol, un graphisme encore plus évolué, plus proche de la réalité pourrait améliorer encore davantage l’expérience. Pour développer cette plateforme, les équipes de 5Discovery ont utilisé la plateforme VR Unity, très couramment utilisée dans le domaine du jeu vidéo. Côté business, Metasoftskills a déjà séduit un certain nombre d’entreprises dont Alsthom, EDF, Excelia ainsi que plusieurs écoles et universités (ECSP Europe, Université de Lyon, etc.). « Nos clients perçoivent assez rapidement les bénéfices de notre plateforme, ils la qualifient d’innovante, efficace mais aussi économe », conclut Sami Oussama. 

Article 6 sur 7

Eau Thermale Avène fait ses premiers pas dans le métavers de Roblox

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20232 min de lecture

Le laboratoire Eau Thermale Avène, spécialisé dans les soins cosmétiques, s’est tourné vers le prestataire de services OnePoint pour créer son métavers situé au cœur de la plateforme Roblox dans des décors naturels entre forêts et montagnes. « Au travers de ce métavers, Avène souhaite atteindre les adolescents pour leur problème de peau », explique Sébastien Ravoux, responsable de l’innovation de OnePoint à Nantes. En effet, le métavers d’Avène, baptisé AvèneLand, propose deux premières expériences : Bluelight challenge, une course contre la montre pour sensibiliser à la protection solaire et la lumière bleue​, et Cleanance Quest, une exploration à travers lacs et montagnes pour mettre en place sa routine de soin contre l’acné, récoltant les principes actifs naturels clés des formules.

Roblox, une plateforme bien connue des adolescents

Dans son parcours de jeu, l’adolescent peut dialoguer avec des dermatologues, échanger avec d’autres jeunes de son âge et collectionner gratuitement des objets liés à l’univers de la marque Eau thermale Avène. Son avatar personnalisable dispose aussi d’un espace détente pour se reposer et qui viendra aussi s’enrichir pour permettre de parler librement et en confiance de ses problèmes de peau. Bien sûr, des récompenses sont à gagner en participant à des défis entre amis. Le choix de la plateforme Roblox n’est pas anodin, selon Sébastien Ravoux, 60 % des jeunes de moins de 14 ans aux USA jouent dans l’univers Roblox. Même s’il est encore trop tôt pour mesurer les retours de sa première expérience dans le métavers, on imagine que l’entreprise Eau Thermale Avène espère bien en tirer certains bénéfices tangibles sur la vente de ses produits. 

Article 7 sur 7

Quel cadre juridique dans le métavers ?

Par La RédactionPublié le 9 janvier 20239 min de lecture

LMI : En tant que cabinet spécialisé, avez-vous eu connaissance de réglementations ou de régulations actuelles et à venir autour du métavers ? 

Julie Jacob : Pour réguler le métavers, arrivent deux textes communautaires. Le premier, le DSA (Digital Services Act), entré en vigueur le 16 novembre 2022 sera applicable sur le territoire de tous les États membres. Il le sera à partir du 16 novembre 2022 pour les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche et, à compter du 17 février 2024 pour les autres acteurs visés par le règlement, à savoir les places de marché (market places), les boutiques d'applications, les plateformes de voyage et d'hébergement, ou encore les Clouds. Le DSA consacre le principe selon lequel ce qui illégal hors ligne est illégal en ligne, et va imposer à tous les acteurs/plateformes une véritable transparence et une coopération qui va permettre d’avoir un internet régulé. Le DSA prévoit ainsi des mesures graduées qui varient selon les acteurs en ligne et leur rôle, et leur impose notamment de désigner un représentant unique chargé d’assurer la coopération avec les autorités nationales, de lutter contre les contenus illicites, de veiller à atténuer les risques, tels que la manipulation de l'information ou la désinformation. De même, le DSA prévoit à la fois des mesures de surveillance dont le financement sera imposé aux acteurs concernés, des astreintes et des sanctions financières pour toute violation à son encontre. Le DSA nécessitera alors de se mettre en conformité en vue d’échapper aux sanctions prévues à cet effet.

Le deuxième texte concerne le DMA (Digital Market Act), entré en vigueur le 1er novembre 2022 et qui sera applicable aux grands opérateurs de l'internet dès le 2 mai 2023. Le DMA a pour objectifs principaux de lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des services de plateforme dits essentiels (moteurs de recherche, Clouds, les boutiques d’applications, etc.) et de rééquilibrer la domination de ces géants d’internet qui ont une forte incidence sur le marché numérique européen, aussi appelés "contrôleurs d’accès" à l'entrée d'internet ou gatekeepers. Comme pour le DSA, les acteurs concernés vont devoir désigner un responsable de la conformité avec le DMA, sous peine d'amende, et vont respecter une 20aine de mesures prévues (ex : rendre interopérables les services de messageries tels que WhatsApp et Facebook Messenger, informer la Commission européenne des acquisitions et fusions qu'ils réalisent, etc.). Les amendes prévues peuvent aller jusqu’à 20% du chiffre d'affaires mondial total d’un acteur, le cas échéant, en cas de récidive. 

Et concernant l’encadrement des cryptoactifs ?

Pour réglementer l'écosystème des cryptomonnaies au sein de l'Union européenne, il faut citer le projet de règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) sur les marchés de cryptoactifs qui entrera en application dès janvier 2024. Ce règlement a pour objectif d’encadrer le marché des cryptoactifs, de faciliter l’activité des prestataires de services sur cryptoactifs, et de renforcer la sécurité juridique.

Dans son contenu, il définit trois catégories de cryptoactifs, il met en place un régime propre aux offres aux public de stablecoins, il met également en place un régime propre aux prestataires de services sur cryptoactifs qui remplacera le régime actuel des PSAN en France.

A noter que le Parlement Européen souhaite se lancer dans un nouveau processus législatif pour encadrer les NFT. A ce titre, les dirigeants de l’industrie du métavers et des NFT ont été conviés, par le Parlement européen fin novembre, pour débattre des recommandations de la politique future du secteur du Web 3. Au cours de cet entrevue, ces acteurs disent craindre une déformation du concept NFT et l’arrivée d’une règlementation stricte sur ce sujet en 2023, une affaire à suivre… 

Sur ce sujet du métavers, êtes-vous déjà questionnés par des demandes spécifiques d'entreprises, si oui, quelles sont-elles ?

Les demandes spécifiques de nos clients pour les sujets autour du métavers tournent autour de la rédaction de contrats avec des agences Web 3, de la protection des marques dans le métavers, de la rédaction de règlements de jeux dans le métavers, de la collecte et protection des données dans le métavers, des dépôts de dossier de demandes d’agréments PSAN auprès de l’ACPR et des audits et mise en conformité avec les nouvelles règlementations qui arrivent.

Selon vous, quel est et sera le rôle de la CNIL autour des métavers ? 

Aujourd’hui, la CNIL joue déjà un rôle proactif de prévention contre les nouveaux dangers en matière de données à caractère personnel. En effet, le Laboratoire d’innovation numérique de la Cnil (LINC) avertit des dangers du métavers dans le cadre de la protection des données personnelles, évoquant notamment le risque d’augmentation « potentiellement exponentielle » de la collecte de données, et les risques du marketing émotionnel. 

Par définition, la blockchain, qui jouera un rôle essentiel surtout dans la monétisation des métavers décentralisés, se veut sans intermédiaire et ultra sécurisée, comment la corrompre et quels sont les recours ? 

Les techniques de vol de cryptomonnaies ou de NFT sont multiples. Citons : 

  • Le SIM Swapping: consiste à transférer le numéro de téléphone de la victime sur la carte SIM du fraudeur, permettant à ce dernier d'intercepter les codes d'authentification à deux facteurs (2FA) et d'accéder aux comptes de la victime.
  • Les arnaques Pump-and-dump: désignent l’action par laquelle plusieurs personnes achètent une cryptomonnaie ou un NFT, pour augmenter artificiellement la demande. Ensuite, ils vendent lorsque les prix augmentent et laissent les autres sans actifs.
  • Le Phishing: désigne une arnaque utilisant de fausses publicités pour obtenir les clés privées de leurs portefeuilles et leurs phrases de sécurité ; permettant ainsi aux pirates d’obtenir les informations personnelles de leurs victimes et de vider leur portefeuille numérique.
  • Le Hack (ou piratage informatique) de Wallets: désigne une action à travers laquelle le pirate, après avoir repéré une faille dans le système informatique d’un Wallet, modifie l'un des éléments d'un logiciel et/ou d'un matériel de ce Wallet afin que celui-ci puisse avoir un comportement autre que celui pour lequel il a été conçu. Pour information l’écosystème Solana a subi une attaque massive lors de laquelle 10 400 wallets ont été siphonnés, soit 6 millions de dollars en cryptomonnaies qui ont été dérobés par l’attaquant.
  • L’usurpation d’identité d’influenceurs crypto : les auteurs de scams peuvent se faire passer pour une personnalité connue et de confiance pour induire en erreur de potentiels acheteurs sur la légitimité du projet crypto ou NFT. Par exemple, la plateforme d’échange de crypto-monnaie FTX a récemment fait faillite. Des escrocs ont alors profité de la faillite en partageant un deepfake du patron déchu de FTX a alors circulé sur Twitter, promettant que les victimes de la faillite de la plateforme crypto pouvaient recevoir de l’argent en compensation. Les arnaqueurs ont pu récolter plus de 1 000 dollars en Ether.
  • Les NFT plagiés : beaucoup d’artistes ont vu leurs œuvres copiées, transformées en NFT, puis vendues à des acheteurs peu expérimentés.

Quant aux recours, les actions pénales engageables sont les suivantes : 

Article 226-4-1 du Code pénal :             « Le fait d'usurper l'identité d'un tiers ou de faire usage d'une ou plusieurs données de toute nature permettant de l'identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d'autrui, ou de porter  atteinte à son honneur ou à sa considération, est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende. 

Cette infraction est punie des mêmes peines lorsqu'elle est commise sur un réseau de communication au public en ligne. » 

Article 311-1 du Code pénal :                « le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui ». 

Article 311-3 du Code pénal :                « Le vol est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende ».

Article 321-1 du Code pénal :                « Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de transmettre une chose, ou de faire office d'intermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient d'un crime ou d'un délit. 

Constitue également un recel le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d'un crime ou d'un délit. 

Le recel est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende ». 

Article 323-3 du Code pénal :                « Le fait d'introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé, d'extraire, de détenir, de reproduire, de transmettre, de supprimer ou de modifier frauduleusement les données qu'il contient est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 150 000 € d'amende. » 

Il faudra néanmoins réussir à révéler l’identité du fraudeur (levée de l’anonymat).  

Un métavers dont l'entreprise dispose d'actifs numériques stoppe son activité, quel recours dans ce cas pour l'entreprise ? 

Il convient de préciser qu’à l’instar de certains géants de l’innovation comme Apple, une grande partie des acteurs du métavers œuvrent activement à la création de métavers libres et interopérables en vue de rendre le métavers aussi accessible qu’Internet. On pourrait, à titre d’exemple, notamment penser à Meta, Microsoft, Epic Games ou encore Nvidia qui forment le Metaverse Standards Forum en juin 2022, qui correspond à un espace de discussions ayant pour mission d’identifier les lacunes en matière d’interopérabilité pour les technologies nécessaires à la création de « métavers ouverts ».

A mon sens, fournir un métavers qui n’est pas interopérable reviendrait à vider la notion de propriété des actifs numériques de son sens, puisque les utilisateurs ne seraient pas en mesure de disposer librement de tous leurs actifs numériques qui figurent dans ce métavers fermé. 

Cependant, puisque les acteurs définissent librement le degré d’interopérabilité dans leurs métavers, il sera nécessaire de bien consulter les CGU/CGV de chaque plateforme, qui varient d’un métavers à un autre et de se renseigner sur les modalités prévues en cas de cessation d’activité du métavers.

Dans le cadre des nouvelles réglementations à venir, le DMA, prévoit déjà de contraindre les plateformes de messageries telles que WhatsApp ou encore Facebook Messenger à rendre leur système interopérable afin que les utilisateurs puissent reprendre leurs données et puissent en disposer librement. Nous pouvons alors nous attendre à ce que les prochaines réglementations à venir soient aussi restrictive que le DMA en matière d’interopérabilité et de protection des biens des consommateurs. 

On imagine que dans le métavers, le RGPD va s'appliquer, y a-t-il néanmoins des spécificités ? 

Le RGPD sera en principe applicable. Il nécessitera néanmoins une adaptation qui couvrirait les nouvelles situations propres à l’environnement immersif du métavers. En effet, certains métavers requièrent l’utilisation d’outils technologiques AR/VR qui embarquent des systèmes de captation dit « full body tracking » (lunettes, les lentilles connectées). Ces systèmes permettent en effet l’enregistrement et l’analyse de multiples signaux physiques d’émotions tels que le regard, les pulsions cardiaques, et les expressions faciales ; et disposent de la capacité de reconnaître, de modéliser et de synthétiser nos émotions humaines. 

Ces données, bien que particulièrement « intimes » ne rentrent par exemple pas dans la liste des données sensibles par le RGPD impliquant une interdiction de principe de leurs traitements. Une règlementation du traitement de ce type de données s’avère être donc nécessaire.