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Métavers, un marché naissant et surtout protéiforme
Comme le mentionne Emmanuel Moyrand, vice-président de France Meta, une association qui promeut les acteurs français dans les métavers, il n’existe pas un seul métavers mais bien de multiples métavers qui comptent déjà 400 millions d’utilisateurs par mois dans le monde. « Celui très centralisé de Mark Zuckerberg en est un parmi d’autres, tout comme ceux dédiés aux adolescents Roblox, Fortnite ou encore Minecraft auxquels s’ajoutent les métavers décentralisés comme The SandBox ou Decentraland. » Dans toute cette classification des métavers, Stéphane Houin, vice-président conseil expert et animateur de la communauté métavers et IA de CGI Financial Services qui s’est exprimé lors de la conférence au sein de l’école d’ingénieurs ECE Paris, parle même d’Intraverse pour les métavers BtoB à usage interne, un peu comme l’Intranet, ce réseau local en interne et propre à une organisation.
Quelles que soient la forme et leur classification que prendront les métavers, à parcourir les stands du salon Metadays dédié aux métavers es BtoB qui s’est déroulé les 29 et 30 novembre derniers, notre rédaction a pu effectivement se rendre compte de la diversité des offres et des technologies sous-jacentes (blockchains, NFT, plateformes dédiées, etc.) à ces multiples environnements qu’ils soient immersifs avec des casques de réalité virtuelle, en 3D ou même en 2D. Comme tout nouveau marché, il existe de nombreuses start-ups qui se sont engouffrées dans ce domaine mais pas que, les grands acteurs de l’IT aussi, sans oublier les SSII comme Sopra Steria, très actif dans les jumeaux numériques, ou encore OnePoint qui dispose déjà d’une équipe de 50 personnes (sur un effectif global de 3 000 dans le monde) dédiée à ces environnements. Et du côté des clients, les demandes sont de plus en plus nombreuses à en croire Sébastien Ravoux, responsable de l’innovation de OnePoint à Nantes, de nombreuses entreprises lancent effectivement des projets dans le métavers pour tester et analyser les retours potentiels. Parmi les exemples, citons l’assureur AXA ou le groupe Carrefour qui ont acheté, il y a un an, un terrain virtuel dans The Sandbox, Carrefour faisant aussi du recrutement depuis son espace. Autres exemples : Avène, le spécialiste des dermo-cosmétiques, plus modeste dans son projet, qui a fait appel à OnePoint pour créer son monde virtuel dans la plateforme Roblox (voir cas d’usage ci-dessous) ou encore Dolce & Gabbana qui a défilé lors de la toute première édition de la Metavers Fashion Week qui s’est déroulée sur Decentraland du 24 au 27 mars 2022.
Le collaboratif au cœur des projets métaverses BtoB
Pour Matthieu Chéreau, consultant-entrepreneur au sein du cabinet Inskip et co-auteur du livre « Inventer les villes durables - Idées et outils pour relever les défis d'aujourd'hui », le métavers a aussi un rôle à jouer dans la gestion des villes sous la forme de jumeaux numériques. Matthieu Chéreau cite notamment l’exemple de la ville de Rennes qui envisage de créer un jumeau numérique en partenariat avec Dassault 3D Experience dont l’objectif est de piloter la ville de façon transversale et collaborative mais aussi de faciliter le partage de données à distance. A ce titre, les jumeaux numériques déjà bien présents dans l’industrie sont de plus en plus associés au métavers. Comment ? En apportant entre autres la collaboration selon Yoann Yvon, responsable des activités d’interactions digitales chez Sopra Steria, bref, de créer des espaces collaboratifs qui peuvent faciliter la gestion de la maintenance par exemple ou la conception de nouveaux services et produits. Les métavers collaboratifs intéressent aussi le monde de la finance et de l’assurance à l’instar du Crédit Agricole qui a ouvert un métavers dans The Sandbox pour ses besoins internes (réunions entres collaborateurs, team building, gamification, etc.) ou encore la CFDP (protection juridique indépendante) qui dispose de son métavers pour faire de la médiation suite aux litiges. Plus généralement, l’usage des métavers est appelé à transformer les modes de travail dans les entreprises, c’est aussi la volonté de certains éditeurs comme Microsoft avec son offre Mesh pour Teams qui autorisera une expérience de collaboration naturelle dans la réalité mixte avec des avatars 3D représentant des personnes dans un espace partagé. De son côté, l’éditeur français Jamespot souhaite aussi à sa manière repenser le travail collaboratif au travers de son métavers Jamespot Land (voir cas d’usage ci-dessous).
De nombreuses réserves autour des métavers
Aujourd’hui, les investissements dans le métavers restent accessibles pour les entreprises. Selon nos interlocuteurs, le ticket d’entrée démarre à quelques dizaines de milliers d’euros, de l’ordre de 30 000 à 40 000 euros pour des métavers développés à partir de plateformes dédiées. Bien sûr, il est difficile de se prononcer sur la fréquentation réelle de ces projets aujourd’hui, dû à un manque de recul et de maturité. Il existe aussi des réserves autour des métavers sur leur fréquentation, sur leur durabilité dans le temps, leur régulation à venir (voir interview de Julie Jacob du cabinet Jacob Avocats ci-dessous), leur pérennité et leur modèle économique, car c’est un risque d’investir des dizaines voire des centaines de milliers d’euros dans une plateforme virtuelle. « Là où dans Second Life, les gens cherchaient avant tout de l’évasion, dans les métavers actuels, les acteurs économiques cherchent à récupérer leurs investissements », affirme sur ce point Stéphane Houin. Enfin, concernant la sécurité, les métavers se doivent d’être le plus possible hermétiques à toute sorte de menaces et de dérives. A cela, il faudra aussi prendre en compte la sécurité physique des personnes qui fréquentent les métavers, notamment les impacts sur la santé mentale à terme, et cela est loin d’être anodin lorsque que l’on voit déjà poindre des accessoires (gants, gilets, combinaisons) haptiques qui permettent de ressentir les sensations physiques dans les métavers.