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Smartphones : Nokia espère rattraper son retard avec le N8

Dossier de la rédaction

Le Monde Informatique

Nokia vend toujours plus de téléphones que Samsung, LG et RIM mis ensemble, mais son incapacité à produire des smartphones tactiles de qualité capables de faire concurrence à l'iPhone et aux mobiles basés sur Android lui pose de sérieux problèmes. Depuis le 22 avril, date de l'annonce des résultats du premier trimestre de Nokia, et du délai dans le lancement de son premier smartphone réellement compétitif depuis près de trois ans (le N8), l'action de l'entreprise a chuté de moitié à la bourse de New York.

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Article 1 sur 2

Un excès de confiance qui ne se dément pas

Par La RédactionPublié le 5 juillet 20104 min de lecture

Nokia avait alors trop confiance, et sa première erreur fut de ne pas prendre assez tôt au sérieux l'iPhone et Android, d'après Nick Jones, vice président et analyste chez Gartner. Le finlandais a complètement sous estimé l'impact qu'aurait le produit d'Apple sur le marché, si l'on en croit cette fois-ci Ben Wood, directeur de la recherche chez CCS Insight. Il ajoute que, même si c'est toute l'industrie des télécoms qui a commis cette erreur, elle a été plus préjudiciable à Nokia. Après l'échec du projet 7700, un smartphone tactile particulièrement encombrant présenté en 2003 et jamais vraiment commercialisé, le finlandais n'a pas cru à l'iPhone considéré comme un simple gadget. La firme d'Espoo a effectivement mis beaucoup trop de temps à réaliser que son OS Symbian posait un gros problème, en l'absence d'une interface utilisateur bien adaptée aux écrans tactile. En juin 2008, le constructeur a fait sa première grande tentative pour renverser la tendance en acquérant totalement Symbian avec l'intention d'en faire une dynamique plate-forme Open Source, la Symbian Foundation. Deux ans plus tard, il est clair que cette stratégie s'est révélée passablement mauvaise, puisque la publication en Open Source du code de l'OS Symbian n'est effectif que depuis février 2010. Ben Wood pense qu'il serait plus profitable à Nokia de reprendre le contrôle total de Symbian. En effet, le manque de soutien des autres fournisseurs utilisant l'OS fait que Nokia doit, au final, faire le plus gros du travail, tandis que la nature Open Source du projet rend possible l'observation de son avancement par la concurrence.

N8, le smartphone de la dernière chance ?

Jeudi dernier, le finlandais annonçait la énième réorganisation - avant la prochaine - de son activité mobiles. Celle-ci divise l'entreprise en trois unités différentes : solutions mobiles, téléphones portables et marchés, et a pour objectif d'accélérer le développement des services et des produits. Nokia travaille maintenant d'arrache-pied pour que son smartphone N8 soit prêt pour son lancement prévu au troisième trimestre. Le N8 reposera sur Symbian 3, première version de l'OS capable de supporter nativement les fonctions tactiles.

A l'origine, ce terminal haut de gamme était censé sortir pour le second trimestre, mais Nokia a préféré retarder un peu cette sortie afin d'améliorer la qualité du produit. L'annonce de ce délai supplémentaire a eu un effet particulièrement néfaste en termes d'image et a entrainé la baisse du cour de l'action. Cela dit, selon Ben Wood, une précipitation pour sortir le smartphone aurait été la pire chose à faire, à l'instar du fiasco du N97 décrié pour ses mauvaises performances, son encombrement et sa plateforme logicielle bas de gamme. « Nokia doit faire ses preuves avec le N8, montrer que la compagnie est capable de sortir un smartphone haut de gamme et de bonne qualité si elle veut restaurer un peu de foi en son savoir-faire » déclare-t-il.

Un optimisme sur le long terme

Si Symbian 3 est un premier pas dans la bonne direction, cet OS ne règlera pas pour autant tous les problèmes. Le changement n'est pas aussi radical que prévu, ajoute Nick Jones. Ce bouleversement se produira plutôt avec Symbian 4, mais les smartphones basés sur cette version ne verront pas le jour avant 2011, ajoute-t-il. Nokia reste pour autant optimiste concernant ses objectifs dans le secteur des téléphones. Anssi Vanjoki, vétéran de l'entreprise - qui a pris la tête de la division « solutions mobiles » - est d'ailleurs obsédé par l'idée de repositionner la société en haut du classement des constructeurs de mobiles, comme le prouve son post de vendredi sur le blog de Nokia, intitulé « la riposte commence maintenant ». Anssi Vanjoki a par ailleurs testé le N8, et assure que celui-ci risque de surprendre bon nombre de personnes de par sa vitesse et ses capacités. La caméra, le support des vidéos HD et l'intégration de la plateforme de services de l'entreprise, Ovi, vont en faire « une centrale de divertissement », ajoute-t-il. Il confirme également que Symbian est définitivement le système d'exploitation pour mobiles de Nokia, malgré des critiques parfois justifiées, et qu'il n'y a aucun plan concernant la sortie d'un appareil basé sur Android. Par le passé, Nokia nous a toutefois déjà habitué à des revirements étonnants comme pour le lancement de ses netbooks haut de gamme basés sur des puces Intel Atom et totalement inadaptés au marché.

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Améliorations rapides ou lente agonie ?

Par La RédactionPublié le 5 juillet 20103 min de lecture

En plus des smartphones Symbian, l'entreprise travaille aussi sur des produits basés sur MeeGo, l'OS né du partenariat entre Intel et Nokia, et qui fusionne les plateformes Moblin et Maemo. MeeGo sera utilisé sur de multiples dispositifs, smartphones, netbooks, téléviseurs et tablettes, même si pour l'heure, Nokia n'a pas encore annoncé la sortie de produit l'utilisant. « Ce sera fait cette année », a indiqué Anssi Vanjoki, qui a aussi précisé que le constructeur finlandais utiliserait MeeGo sur les futurs produits série N. Le N8 sera donc l'unique smartphone de chez Nokia équipé de Symbian 3, mais, toujours d'après lui, il y a de fortes chances qu'un série N repose sur Symbian 4 malgré tout.

Ovi, un échec de plus dans la stratégie Nokia

Le problème pour l'entreprise, c'est que tandis que tout cela se met en place, la concurrence garde une avance confortable en sécurisant des parts de marché croissantes dans le domaine des smartphones haut de gamme, décrit Ben Wood. Et Android apparaît de plus en plus sur des modèles moins chers, presque bas de gamme, produits dont les ventes avaient auparavant aidé à booster la part de marché de Nokia sur les smartphones. Mais les soucis du Finlandais ne s'arrêtent pas là, simplement avec les OS et les smartphones haut de gamme. Apple n'a pas seulement modifié les attentes des utilisateurs en matière de téléphonie : les développeurs et les applications ont joué un rôle crucial dans le succès de l'écosystème iPhone.

Le programme développeurs Forum Nokia existait depuis dix ans lorsqu'Apple à lancé son App Store. Mais une fois encore, l'entreprise était trop sûre d'elle, selon Nick Jones. D'après lui, « Nokia a toujours eu un très bon programme de support aux développeurs au niveau technique, mais je pense que si cela a coincé récemment, c'est parce que l'entreprise ne leur offrait pas la possibilité d'être riches et célèbres ». Cela prendra, si l'on en croit ce qu'il dit, un long moment pour que la tendance s'inverse, même si la sortie récente du Qt SDK 1.0 va faciliter la création d'applications. Pour attirer les développeurs, Nokia va devoir améliorer sa boutique d'applications en ligne, l'Ovi Store, critiqué pour la piètre qualité de son moteur de recherche, son faible approvisionnement et son interface encombrante. Pour Ben Wood, cette plateforme restera dans les mémoires comme une des plus grosses erreurs de Nokia, car même s'il a été mis à jour et qu'il réalise 1,7 millions de téléchargements par jour, il reste bien en deçà de ses concurrents. Quand on est habitué à l'App Store ou à Android Market, la plate-forme Ovi Store semble appartenir à une autre époque.

Une politique développeurs à revoir pour attirer des talents

Mais améliorer l'expérience des développeurs ne passe pas simplement par la mise à niveau des seuls éléments propres à Nokia. Les outils extérieurs sont devenus partie intégrante de l'écosystème des créateurs d'applications, et leurs fournisseurs ne font même plus attention à Symbian, constate Nick Jones. Une étude récente réalisée par un éditeur d'outils de développement, Appcelerator, expose les prochains défis que l'entreprise finlandaise va devoir relever : 90% des programmeurs déclarent être intéressés par l'iPhone et 81% par Android. Pour Symbian et MeeGo, ils sont respectivement à 15% et 11%. Pour autant, la portée globale de Nokia est son atout le plus attractif pour les interrogés. « En somme, je pense que les problèmes de Nokia sont encore solutionables, mais la fenêtre pour le faire est en train de se refermer. Je reste assez pessimiste quant à un sursaut en 2010, car il ne reste plus beaucoup de temps. Mais si ce n'est toujours pas le cas en 2011, Nokia risque de le payer très cher », conclue catégorique Nick Jones.