Spécialisé dans les infrastructures numériques et la transformation stratégique, François Vergnet cumule plus de vingt ans d'expérience dans les télécommunications, les réseaux fibre optique et les services B2B.
Quand la résilience devient une question de géographie
Deux opérateurs télécom, deux contrats distincts et deux fibres censées garantir la continuité de service. À première vue, l'infrastructure paraît résiliente. Pourtant, il suffit parfois qu'une pelleteuse sectionne un fourreau partagé par ces deux opérateurs pour que l'ensemble des connexions tombent simultanément.
Cette situation souligne un angle mort souvent méconnu dans les architectures réseau. « Deux opérateurs distincts ne signifient pas forcément deux chemins physiques différents », résume François Vergnet. Deux réseaux peuvent en effet emprunter les mêmes fourreaux ou partager une partie de leur parcours. Une seule coupure physique est alors susceptible d'interrompre simultanément plusieurs connexions.
C'est précisément sur ce terrain que Terralpha se distingue. Filiale de SNCF Réseau, l'opérateur s'appuie sur près de 20 000 kilomètres de fibre optique déployés le long du réseau ferroviaire français. Cette implantation lui permet de proposer des itinéraires physiques alternatifs à ceux des réseaux télécoms traditionnels et d'offrir aux entreprises une véritable diversité de routes pour sécuriser leurs infrastructures.
Cette résilience repose également sur l'architecture même du réseau. Conçu en boucle plutôt qu'en étoile, il permet de maintenir les communications lorsqu'une coupure intervient sur une branche en empruntant un autre itinéraire. Les entreprises peuvent ainsi construire des architectures de secours reposant sur deux chemins réellement indépendants.
Maîtriser le trajet des données
Le réseau est longtemps resté une boîte noire pour les entreprises. Tant que les applications étaient accessibles, le trajet des données suscitait peu de questions. La tendance s’est aujourd’hui inversée : « les DSI ne recherchent plus seulement une connexion entre deux sites, elles veulent connaître précisément les infrastructures empruntées par leurs données. »
Cette visibilité est rendue possible par le caractère déterministe du réseau photonique de Terralpha, qui constitue la couche physique du transport des données. Les réseaux IP s'appuient ensuite sur cette infrastructure pour acheminer les flux. Là où les mécanismes de routage IP peuvent faire évoluer le chemin suivi selon l'état du réseau, une liaison photonique reste associée à un parcours physique unique, défini dès sa création. Terralpha est ainsi en mesure de fournir à ses clients le tracé géographique exact de chaque liaison sous forme de fichiers cartographiques (KMZ).
Ces informations permettent de vérifier que deux liaisons de secours empruntent effectivement des routes distinctes, mais aussi de documenter précisément les infrastructures utilisées, un point crucial dans le cadre des audits, des plans de continuité d'activité ou des dispositifs de reprise après sinistre (PRA).
Le retour des infrastructures de proximité
L'évolution des usages transforme également la manière dont les entreprises conçoivent leurs infrastructures. Si les grandes plateformes cloud et les futurs datacenters de très grande capacité répondent à des besoins croissants de calcul, elles ne couvrent pas l'ensemble des usages.
« Les projets de plans de reprise et de continuité d'activité (PRA/PCA), les exigences de faible latence ou encore certains usages liés à l'IA conduisent les organisations à rapprocher leurs infrastructures de leurs sites de production », observe François Vergnet. Une infrastructure de secours trop éloignée peut allonger les temps de réponse et compromettre les objectifs de reprise. Les entreprises cherchent ainsi à retrouver une plus grande proximité avec leurs données et leurs applications, sans renoncer à la souplesse du cloud.
C'est dans cette logique que Terralpha développe des « dalles numériques » : des sites prêts à accueillir rapidement de nouvelles capacités d'hébergement grâce à une alimentation électrique, une connectivité fibre et une emprise foncière déjà disponibles. L'objectif est de faciliter le déploiement de datacenters régionaux destinés à des infrastructures de PRA/PCA ou à des traitements nécessitant une faible latence.
La performance se construit de bout en bout
Le rapprochement des infrastructures ne constitue toutefois qu'un premier levier. Les performances dépendent également de la manière dont les données sont transportées à travers le réseau : la qualité du parcours emprunté, les équipements utilisés pour transporter le signal ou encore le nombre d'amplifications nécessaires influencent directement les temps de réponse.
« Nous avons, en quelque sorte, deux réseaux : un réseau express et un réseau omnibus », illustre François Vergnet. Le premier privilégie les trajets les plus directs afin de minimiser la latence, tandis que le second dessert davantage de points du réseau pour répondre à des besoins de connectivité plus étendus. Les entreprises peuvent ainsi choisir le type de liaison le plus adapté à leurs contraintes de performance ou de couverture géographique
L'architecture photonique du réseau Terralpha constitue aussi un élément différenciant sur le plan des performances. Les données y sont transportées sans conversion du signal entre les domaines électrique et optique au cours de leur acheminement, ce qui contribue à maintenir des performances stables, y compris sur de longues distances.

Avec près de 20 000 km de fibre optique, 110 points de présence et un maillage de 2 000 gares, le réseau Terralpha délivre jusqu'à 800 Gb/s sur l'ensemble du territoire français.
La souveraineté passe aussi par le réseau
Dernier aspect souligné par François Vergnet : la souveraineté ne s'arrête pas au datacenter et au stockage des données. « Elle s'applique aussi au réseau qui les transporte et à la capacité à en maîtriser les composants. » Qui possède les infrastructures ? Qui les exploite ? Quels équipements composent le cœur du réseau ? Ces questions rejoignent celles que les entreprises se posaient déjà sur leurs fournisseurs cloud.
Sur ce point, Terralpha revendique une approche couvrant l'ensemble de la chaîne d'infrastructure : un réseau opéré par une entreprise détenue par SNCF Réseau, des fibres déployées sur des emprises ferroviaires appartenant à l'État et un cœur de réseau reposant sur des équipements européens fournis par Nokia et Adva Network Security (Groupe Adtran). Une maîtrise de bout en bout qui traduit bien l’évolution des attentes : derrière chaque lien réseau, les entreprises veulent désormais comprendre, maîtriser et sécuriser l'infrastructure qui transporte leurs données.