L’adoption de l’IA ne se traduit pas encore par une transformation profonde du pilotage des portefeuilles de projets. Publiée le 20 octobre 2026, l’édition 2026 de l’Observatoire des Project Management Officers (PMO), réalisée par Virage group (éditeur d'outils de pilotage de portefeuille de projets), met en évidence un décalage entre la diffusion des outils et leur exploitation à des fins stratégiques. Si 73 % des répondants déclarent utiliser régulièrement l’IA, moins d’un sur dix y recourt pour anticiper les risques ou simuler des scénarios. Les usages restent concentrés sur la productivité individuelle plutôt que sur l’aide à la décision.
L’IA pour le reporting
Pour 85 % des PMO interrogés, le principal apport de l’IA réside dans le gain de temps sur le reporting. L’automatisation de cette activité prend également de l’importance dans leurs projections, environ un tiers des répondants la considèrent comme une évolution majeure de leur métier dans les trois prochaines années, contre 12 % lors de l’édition 2025.
Cette progression ne s’accompagne toutefois pas d’une généralisation de l’IA dans les outils de pilotage. Seuls 5 % des répondants utilisent une intelligence artificielle intégrée à leur solution de gestion de portefeuille. Par ailleurs, 84 % n’y recourent pas pour surveiller leur portefeuille ou produire des recommandations de manière autonome.
Le passage d’une IA générative utilisée pour résumer des documents à un dispositif capable de contribuer au pilotage opérationnel reste donc limité. Les professionnels interrogés ne souhaitent pas pour autant déléguer tous les arbitrages : 63 % estiment que les décisions prises en situation d’incertitude resteront avant tout humaines.
La confidentialité avant le coût
Les principaux freins identifiés concernent moins le prix des solutions que la maîtrise des données. La confidentialité est citée par 63 % des répondants et la souveraineté par 52 %, contre 20 % pour le coût et 8 % pour la résistance au changement.
Les écarts entre secteurs sont marqués, dans le public, 77 % des PMO considèrent la souveraineté des données comme un obstacle à l’adoption de l’IA, contre 33 % dans le privé. De même, seuls 23 % des répondants du secteur public voient dans cette technologie une véritable opportunité pour leur fonction, contre 61 % dans les entreprises privées.
Ces réserves posent aussi la question de la qualité des données disponibles. Des informations incomplètes, dispersées ou mal structurées limitent la capacité des outils à produire des résultats exploitables pour le suivi des projets. L’adoption de l’IA dépend ainsi autant de la gouvernance des données que du choix des modèles.
Un accompagnement encore insuffisant
Autre enseignement de l’étude, 34 % des répondants estiment ne pas être suffisamment préparés aux évolutions de leur métier. La formation, le manque de temps, le soutien de la direction et l’absence de cas d’usage concrets figurent parmi les besoins identifiés.
Un cadre d’utilisation existe néanmoins dans une partie des organisations, 55 % des personnes interrogées indiquent que l’IA y est autorisée selon des règles définies. Les outils généralistes dominent, avec Copilot cité par 66 % des répondants, devant ChatGPT (35 %) et Claude (29 %).
Pour Virage group, ces résultats soulignent les limites d’une adoption qui privilégie les gains immédiats de productivité. L’enjeu pour les entreprises sera désormais de dépasser l’assistance rédactionnelle pour intégrer l’IA au pilotage des projets, sans perdre de vue la qualité des données, leur protection et la responsabilité humaine dans les décisions.