Le marché des PC se trouve encore une fois à l'aube d'un tournant historique. C'est en tout cas ce qui ressort de session d'ouverture Computex (1er-5 juin à Taipei, Taïwan) avec en majesté ce jour d'ouverture Jensen Huang, CEO de Nvidia. Cela fait déjà quelques mois que les choses bougent sur le créneau des puces pour PC de bureau du côté du fournisseur américain, depuis l'annonce des N1/N1X de Nvidia, Pour rappel, ces SoC basés sur ARM, fabriqué par TSMC (3nm) et développés avec Mediatek, avaient pour vocation de frontalement les solutions de Qualcomm, mais aussi celles d'Intel et d'AMD, sur le segment des processeurs pour PC IA. C'est désormais officiellement le cas avec l'annonce de RTX Spark dont le modèle le plus haut de gamme vient d'être dévoilé.

Reposant sur le die GB10, une puce déjà éprouvée dans la mini station de travail DGX Spark (livrée avec un distribution Linux), le RTX Spark est doté d'un processeur Arm doté de 20 cœurs, couplé à une partie graphique intégrant 6 144 unités de traitements Cuda basés sur l'architecture Blackwell, pour une performance IA annoncée d'1 petaflop en FP4. Il est intéressant de noter que ce RTX Spark a pour vocation de tourner sur différentes architectures : outre Blackwell, il est aussi prévu de fonctionner sur Vera Rubin Spark (2027-2028) - avec au passage le support de la mémoire LPDDR6 -, puis Rosa Feynman Spark (2029-2030). La puce embarque de  la mémoire unifiée (avec NVLink C2C) de 16 Go LPDDR5X, pouvant aller jusqu'à 128 Go, pour une bande passante GPU vers CPU de 600 GB/s et 5 lanes PCIe 5.0. La plage de consommation s'étale entre 45W et 80W, ce qui apparait très contenu par rapport aux performances de traitement IA annoncées. Outre la version RTX Spark haut de gamme, d'autres variantes sont prévues dont une 18 coeurs (9+9) avec 5 120 unités de traitements Cuda Blackwell, de 12 cœurs (8+4) doté de 2 560 unités de traitement, et 10 cœurs (7+3) de 2 048 unités. A noter également que Nvidia a travaillé avec Microsoft pour aligner le matériel avec la feuille de route logicielle de la firme de Redmond. 

Avec sa puce RTX Spark basée sur Arm destinée aux PC Windows, Nvidia entend bien bousculer Intel et AMD et leurs processeurs x86 bien installés sur ce marché. (Crédit Nvidia)

Un changement de paradigme

Avec son RTX Spark, Nvidia entend bouleverser le monde des puces pour PC IA en replaçant l'architecture Arm sur le devant de la scène concernant ce segment de marché jusqu'alors très largement dominé par les puces x86. Des premiers modèles de PC RTX Spark ont été annoncés : Asus ProArt P16, Dell XPS 16, HP OmniBook X 14, Lenovo Yoga Pro 9n, Microsoft Surface Laptop Ultra, et MSI Prestige N16 Flip AI. A noter également que des PC de bureau compacts sont aussi prévus. Le tarif non dévoilé devrait tourner autour des 2 000 $HT. Une telle entrée sur le marché des processeurs grand public pourrait être un très grand succès, marquant également une étape décisive pour le fournisseur de Santa Clara. Car cela fait longtemps que la société a tourné le dos à du matériel abordable. Vous recherchez de la performance ? Il faut mettre la main à la poche.

La question la plus importante au Computex ne sera peut-être pas de savoir à quel point la prochaine vague de PC sera performante, mais si les acheteurs pourront encore les acheter. Certes, on ne s’attend pas à trouver à voir des technologies révolutionnaires proposées à prix cassé, et il serait surprenant que Nvidia s’écarte de sa stratégie axée sur la haute performance et des prix élevés. Mais on peut se demander dans quelle mesure l’évolution du matériel informatique dans son ensemble pourra convaincre les clients de payer. On peut imaginer un avenir où dans le meilleur des cas, l’acheteur en a pour son argent, avec des fabricants de PC qui suivent la même stratégie que Nvidia en ciblant les acheteurs soucieux de performances et prêts à dépenser malgré la dégradation de la conjoncture actuelle. Une philosophie qui pourrait d’ailleurs facilement s'appliquer à l'ensemble des PC et du matériel informatique, et pas seulement au haut de gamme. Dans un autre avenir, on pourrait aussi voir de temps à autre apparaître du matériel haut de gamme et coûteux (à l'instar aussi du Ryzen 9 9950X3D2 d’AMD), mais surtout simplement des prix de vente gonflés pour de modestes améliorations matérielles. Et ce alors que les fabricants rencontrent de plus en plus de difficultés pour absorber de plus en plus la hausse des coûts du stockage et de la mémoire. Sans oublier les risques d’augmentation des coûts des plastiques avec le blocage du détroit d’Ormuz et ses conséquences en termes d’approvisionnement de produits dérivés du pétrole comme le plastique.

La guerre des prix aura bien lieu

Un coup d’oeil sur Steam Deck, la boutique en ligne de Valve, montre un signe avant-coureur : un même matériel proposé, mais avec une hausse de prix de près de 50 %. Par exemple un Steam Deck Oled de 512 Go coûte désormais 789 $ HT (contre 549 $HT auparavant), tandis que la version 1 To atteint 949 $HT (contre 649 $HT). Selon les rumeurs, d’autres nouveautés matérielles devraient être dévoilées au Computex et seront guettées avec attention. Comme la carte AMD Radeon RX 9050 qui se destine aux configurations PC gaming à petit budget, tandis que les puces Wildcat Lake d’Intel et Snapdragon C de Qualcomm semblent se destiner aux acheteurs d’ordinateurs portables grand public. 

Aujourd’hui plus que jamais, les prix catalogue des composants ou des ordinateurs portables dans lesquels ils sont intégrés feront ou défont leur succès. S’il est encore difficile de prévoir une « apocalypse du rapport qualité-prix », en partie - qui l’aurait crû - grâce à Apple. Pour ceux qui ne parviennent pas toujours à faire durer leur vieil ordinateur portable pendant des années et des années, le MacBook Neo s’impose en effet comme une option abordable. Son attrait pourrait même s’accroître compte tenu des problèmes en série rencontrés par Windows 11 ces deux dernières années. Les fabricants de PC devront donc redoubler d’efforts pour convaincre leurs clients fidèles de ne pas aller voir du côté des Mac.