Le marché des accélérateurs IA ne se limite plus aux besoins d’entraînement des grands modèles. Alors que les entreprises cherchent à exécuter ces modèles en production, les besoins en puissance de calcul pour l’inférence deviennent eux aussi un enjeu d’infrastructure. C’est sur ce segment qu’Axelera AI cherche à renforcer sa position avec Europa, sa toute dernière architecture d’accélération IA.

La société néerlandaise, fondée à Eindhoven en 2021, s’était jusqu’ici principalement développée autour de solutions destinées à l’edge computing. Europa doit lui permettre d’adresser des charges plus importantes, exécutées directement sur des serveurs d’entreprise ou dans des infrastructures de calcul. 

De l’edge aux serveurs d’entreprise

Europa repose sur une récente génération d’AIPU, les unités de traitement développées par Axelera AI pour l’inférence. La société propose son architecture sous plusieurs formats, dont des cartes PCIe destinées à être installées dans des serveurs existants. L’objectif est notamment de permettre l’ajout de capacités d’inférence sans devoir remplacer l’ensemble de l’infrastructure. Axelera annonce une carte demi-hauteur et demi-longueur, ainsi qu'un modèle pleine hauteur et pleine longueur. Les produits peuvent également être intégrés directement par des fabricants de systèmes.

Sur le plan technique, Europa annonce jusqu’à 629 TOPS par puce et jusqu’à 64 Go de mémoire. Axelera indique également une consommation typique comprise entre 30 et 40 watts pour ses produits, avec un TDP annoncé de 45 watts par carte. L’entreprise met en avant l’efficacité énergétique. Elle revendique jusqu’à six fois plus de tokens par seconde et par watt que certaines solutions GPU. Le gain n’est cependant pas nécessairement visible sur les performances brutes. Sur le modèle Qwen3 32B dense, Axelera annonce par exemple 11 tokens par seconde, contre 13,2 pour la plateforme de comparaison.

Dell et Supermicro intègrent Europa

Pour élargir la diffusion de sa technologie, Axelera s’appuie sur un réseau de fabricants de serveurs et de partenaires technologiques. Les cartes basées sur Europa doivent notamment être proposées dans certaines configurations Dell et Supermicro. Axelera indique que sa carte Edge 232p est validée dans un système Dell XE5 ainsi que dans un serveur Supermicro 111AD. D’autres constructeurs, parmi lesquels HPE, Lenovo, Advantech, Axiomtek et Seco, figurent également dans l’écosystème annoncé par le fabricant. 

L’annonce intervient aussi dans le contexte du développement des AI Factories européennes. Axelera indique fournir des accélérateurs pour plusieurs projets soutenus au niveau européen. La société travaille notamment avec Dell et l’intégrateur E4 sur les projets IT4LIA en Italie et MeluXina au Luxembourg. Ces infrastructures s’inscrivent dans le programme européen visant à renforcer les capacités de calcul dédiées à l’intelligence artificielle. Pour Axelera, ces projets constituent un débouché supplémentaire au-delà des déploiements classiques en entreprise. Ils illustrent également la volonté de plusieurs acteurs européens de développer une partie de la chaîne matérielle nécessaire à l’exécution des modèles d’IA sur le continent.

Un marché concurrentiel

Axelera n’est toutefois pas seule sur le marché européen des accélérateurs d’inférence. Plusieurs jeunes entreprises développent des architectures destinées à des usages similaires, parmi lesquelles la française VSORA, la britannique Fractile, l’espagnole Semidynamics et la néerlandaise Euclyd. La concurrence ne se joue pas uniquement sur les performances brutes. La consommation électrique, le coût total d’exploitation, la compatibilité avec les modèles existants et l’intégration dans les serveurs constituent également des critères importants pour les entreprises qui cherchent à déployer de l’IA en production. Axelera affirme compter désormais plus de 600 clients et avoir signé des contrats représentant plusieurs dizaines de millions de dollars. Son directeur général Fabrizio Del Maffeo évoque par ailleurs un potentiel commercial de 1,5 milliard de dollars. Ce dernier chiffre correspond à des opportunités commerciales identifiées par l’entreprise et non à des commandes ou à du chiffre d’affaires.

Après Europa, Axelera prépare déjà une troisième génération d’architecture, baptisée Titania, qui doit étendre son approche aux centres de données et aux supercalculateurs. La société cherche ainsi à couvrir progressivement plusieurs niveaux de l’infrastructure IA, de l’edge jusqu’aux environnements de calcul à grande échelle.