La transformation numérique entre dans une nouvelle phase. Après avoir largement dématérialisé leurs processus, les entreprises européennes doivent désormais composer avec une équation plus complexe : tirer parti de l’IA tout en conservant la maîtrise des données, des risques et des dépendances technologiques.
C’est l’un des enseignements du deuxième Baromètre européen de la confiance numérique de Namirial, réalisé avec Xerfi auprès de 700 décideurs de PME et de grandes entreprises en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. L’étude compare les niveaux de maturité numérique et les priorités des entreprises à l’horizon des trois prochaines années.
En France, la confiance numérique passe d’abord par la réglementation
Parmi les quatre pays étudiés, la France se distingue par une approche particulièrement réglementaire de la confiance numérique. 27 % des répondants français placent ainsi la conformité réglementaire au premier rang de leur définition de la confiance numérique, un niveau qui n’est pas retrouvé dans les autres pays. Autre signe de cette perception, 15 % des décideurs français considèrent avant tout la confiance numérique comme « une contrainte réglementaire plutôt qu’un moteur de valeur », contre seulement 2 % en Espagne. Le poids du RGPD confirme cette approche. Le règlement européen est cité comme référence par 89 % des décideurs français, contre 87 % en Allemagne, 84 % en Italie et 70 % en Espagne.
Pour autant, la confiance numérique ne se limite plus à la seule question de la conformité. Elle se joue aussi dans le choix des technologies et des fournisseurs. Selon le baromètre, entre 58 % et 67 % des décideurs des quatre pays considèrent ainsi l’origine européenne d’un fournisseur comme un critère prioritaire, avec une sensibilité particulièrement marquée en France et en Italie.
Une maturité numérique encore très contrastée
Le niveau de digitalisation des processus varie sensiblement d’un pays à l’autre. La France compte en moyenne 3,9 processus numérisés par entreprise, contre 4,1 en Italie et 4 en Espagne. L’Allemagne ferme la marche avec 3,1 processus en moyenne. L’écart est particulièrement visible sur certains processus allemands. La numérisation concerne ainsi 48 % des activités de gestion et de signature des contrats, 45 % des paiements et transactions numériques et 40 % de la vérification d’identité. Seul l’archivage échappe à cette tendance.
Ces différences de maturité ne sont toutefois pas les seules limites à la transformation. Une fois les priorités identifiées, les entreprises doivent encore trouver les moyens de les financer. Et sur ce point, le constat est assez net, le budget s’impose désormais comme le principal frein à la transformation numérique. Dans les quatre pays étudiés, le budget devance ainsi la réglementation parmi les obstacles cités par les entreprises. La France affiche même le niveau le plus élevé, 68 % des répondants identifient la contrainte budgétaire comme un frein, contre 49 % en Espagne, 47 % en Allemagne et 46 % en Italie. Cette contrainte financière pèse directement sur les arbitrages des entreprises. Face à la multiplication des priorités, les organisations doivent concentrer leurs investissements sur les domaines qu’elles jugent les plus stratégiques.
Des priorités d’investissement qui varient selon les pays
En France, la sécurisation des transactions arrive largement en tête des priorités d’investissement, avec 73 % des répondants. La situation est différente chez les voisins européens. En Allemagne, 55 % des investissements ciblent en priorité la gouvernance des données, tandis que cette même priorité arrive en tête en Espagne pour 47 % des répondants. En Italie, c’est la conformité et l’audit, cités par 76 % des répondants, qui dominent les investissements.
Derrière ces choix se dessine toutefois une tendance commune. Avant d’accélérer sur les nouveaux usages, les entreprises cherchent d’abord à consolider leurs fondations numériques. Cette logique se retrouve dans les objectifs fixés à court terme. La cybersécurité constitue ainsi la priorité de la transformation numérique en France, en Allemagne et en Espagne. L’Italie fait exception en plaçant la conformité en tête. L’IA arrive derrière ces priorités.