Malgré les actions lancées en faveur de la féminisation dans les métiers numériques, force est de constater que la mixité IT n’a pas significativement progressé en 2026 en France. Les chiffres du dernier baromètre SheLeadsTech réalisé par l'Isaca et Femmes@Numérique sont sans appel : dans l’Hexagone, moins de 29 % de femmes travaillent aujourd’hui dans les technologies. Elles ne représentent que 11 % des équipes de développement, 22 % des postes en intelligence artificielle et en data sciences. 17 % des étudiantes sont dans des formations techniques et 18 % occupent des postes de direction. Ces données ressemblent à celles publiées dans l'étude 2025.
Le baromètre met néanmoins en lumière un phénomène plus inédit : l’effet d’entraînement du recul américain en matière de politiques de diversité. Le président Donald Trump a amorcé une remise en cause assumée des politiques DEI (Diversity, Equity, Inclusion)avec des suppressions de postes dédiés à la diversité, un gel des programmes de mentorat ciblés, et un abandon d’objectifs de parité et discours valorisant une performance présentée comme « neutre ». Les filiales européennes, y compris françaises s'alignent. Dans l'hexagone, cela se traduit par davantage de prudence, moins de communication sur les politiques de mixité et un engagement moins visible. En 2025, le baromètre soulignait une montée en puissance des politiques internes volontaristes : 8 entreprises sur 10 déclaraient favoriser la promotion interne des femmes dans les technologies. L’accent était mis sur la structuration des parcours, la fidélisation et le soutien de la direction.
Des actions imposées par la loi
En 2026, la dynamique évolue. Les actions se concentrent davantage sur les domaines adossés à un cadre réglementaire. Ainsi, 90 % des entreprises répondantes déclarent avoir mis en place des dispositifs spécifiques pour garantir l’équité femmes/hommes en matière de rémunération dans le secteur IT. Cette progression s’inscrit dans le contexte de la directive européenne sur la transparence salariale qui impose aux organisations de mesurer, publier et corriger les écarts de rémunération.
De même, 90 % des sondés indiquent disposer de mécanismes internes de prévention et de traitement du harcèlement, ainsi que des violences sexistes et sexuelles. Là encore, ce fort pourcentage s’explique notamment par le renforcement progressif des obligations légales pesant sur les employeurs dans ces domaines. Le constat est donc clair : lorsque le cadre est contraignant, les politiques s’installent, se structurent et se pérennisent. Ce qui n’est pas le cas, lorsque l’engagement repose uniquement sur le volontariat.
Ouvrir l’IA à davantage de mixité
La sous-représentation féminine dans les métiers de l’IA demeure, elle aussi, l’un des points les plus critiques. Avec seulement 22 % de femmes dans ce domaine, le risque dépasse désormais la question de l’égalité professionnelle. Cette sous-représentation pose un risque de biais algorithmiques. Des modèles IA entraînés par des équipes peu diversifiées peuvent reproduire et amplifier des stéréotypes de genre, faussant les décisions automatisées qui pourraient être défavorables aux femmes.