L'essor de l'intelligence artificielle générative suscite des interrogations quant à ses effets sur l'emploi. A l’image de diverses analyses, la direction générale du Trésor s’est penchée à son tour sur ce sujet. Dans sa dernière note Tresor-Eco, l’organisme a étudié différents scenarios sur les conséquences des outils d’IA sur le marché du travail. Premier élément clé : le volume d'emploi peut être affecté par l'IA via deux canaux opposés. D'une part, elle pourrait se substituer à certaines professions dont les tâches peuvent être automatisées. D'autre part, l'IA utilisée comme un complément pourrait accroître la productivité et stimuler la demande de main-d'œuvre.
Ainsi, les premières vagues de licenciements attribuées à l'IA se concentrent dans les secteurs qui y sont les plus exposés, comme l’informatique et la finance. Les tâches cognitives, telles que le traitement de l'information et les raisonnements analytiques, sont les plus exposées et notamment aux LLM. De plus, l'IA a un effet ambivalent selon l'âge des collaborateurs. Chez les jeunes moins expérimentés, l'IA peut réduire le déficit de productivité en début de carrière. La technologie automatise les tâches codifiées, qui constituent souvent l'essentiel des missions qui leur sont confiées. De ce fait, l'insertion professionnelle des profils juniors semble ralentir.
Les barres bleu-gris représentent, pour chaque méthode de mesure de l'exposition à l'IA, l'écart entre l'évolution du taux de chômage des professions les plus exposées à l'IA et celle des autres professions, entre les périodes 2022-2023 et 2024-2025. (Crédit Direction générale du Trésor)
Une hausse des licenciements motivés par l'IA
À l'inverse, les missions les plus physiques, ciblées par la robotique, y seraient pour le moment moins exposées. Les tâches relationnelles occupant une position intermédiaire. Dans le même temps, l’IA peut aussi soutenir l'emploi de professions dont certaines tâches sont pourtant substituables, notamment lorsqu'elle est utilisée pour améliorer la sécurité informatique ou les processus de production de l'entreprise dans leur ensemble. En parallèle, Trésor-Eco souligne que l’absence d'effet agrégé de l'IA sur l'emploi ne signifie pas l'absence de destructions. Depuis 2025, les annonces de suppressions de postes attribuées à l'IA se sont multipliées, aussi bien aux États-Unis qu'en France. Ces annonces alimentent une perception croissante de l'intelligence artificielle comme une menace directe pour l'emploi. Ainsi, 62 % des Français la voient comme un risque pour l'emploi selon le baromètre du numérique 2025.
Toutefois, une partie des annonces de licenciements pourrait aussi relever d'un phénomène de justification, la technologie servant alors de prétexte pour des décisions motivées en réalité par des difficultés structurelles. Pour preuve, 59 % des entreprises américaines admettent utiliser l'IA pour expliquer des gels d'embauche.
Le graphique positionne différentes familles professionnelles selon leur indice d'exposition à l'IA et leur degré de substituabilité à l'IA. Une valeur de 0 indique une exposition moyenne ; une valeur négative, une exposition inférieure à la moyenne, et une valeur positive, une exposition supérieure. (Crédit Direction générale du Trésor)
Entre 4% et 6% de destructions de postes
Ces résultats doivent toutefois être mis en perspective, tempère l’organisme public. En 2025, les suppressions de postes attribuées à l’IA ont représenté entre 4,5 % et 6,2 % des licenciements annoncés aux États-Unis et sont diluées dans des flux de créations et de destructions de postes bien supérieur. De même, en miroir des licenciements, les données de Linkedin ne montrent pas non plus d'effet de l'IA sur les embauches dans les métiers qui y sont plus ou moins exposés. Enfin, selon l'OCDE, les variations du nombre d'emplois vacants recensés dans les secteurs considérés comme les plus exposés à l'IA ne diffèrent pas de façon notable des autres secteurs, à l'exception des États-Unis.
Lecture: dans les activités informatiques, la contraction de 3,8 points de l'emploi des 15-29 ans a plus que compensé la légère progression des autres tranches d'âge, aboutissant à une baisse globale de 3,0 points. (Crédit Direction générale du Trésor)
Positive, la Direction générale du Trésor rappelle que lors des révolutions technologiques précédentes, les emplois créés par la nouvelle technologie ont compensé ceux qui ont disparu, et le contenu des professions s'est transformé en profondeur. Aussi, un accompagnement par les politiques publiques, notamment en matière de formation, est nécessaire pour soutenir la reconversion des travailleurs dont l'emploi serait menacé par l'IA et pour favoriser la diffusion de l'IA dans l'ensemble de l'économie.
Selon l’organisme, dans un contexte de concurrence internationale, investir dans l'IA est nécessaire pour soutenir la compétitivité – et donc l'emploi – qui sera de plus en plus liée à l’adoption de ces technologies.