L’IA entre dans une nouvelle phase. Après les premiers déploiements et les expérimentations, les entreprises doivent désormais revoir la manière dont elles organisent le travail autour de ces technologies. Dans un communiqué publié le 9 septembre, Gartner identifie quatre évolutions qui devraient peser sur les organisations dans les prochaines années. Pour Tori Paulman, vice-présidente analyste chez Gartner, l’erreur serait de considérer l’automatisation comme l’objectif principal. Le véritable potentiel de l’IA résiderait plutôt dans sa capacité à augmenter les compétences des salariés, à modifier les rôles et à faciliter la collaboration entre les différents métiers.
Gartner estime que les entreprises les plus performantes ne chercheront pas à automatiser systématiquement toutes les tâches. L’enjeu sera plutôt de déterminer ce que l’IA peut apporter aux collaborateurs, notamment dans la prise de décision, la créativité, le jugement ou encore le travail d’expertise. Cette approche suppose de revoir progressivement la répartition du travail. L’IA peut prendre en charge certaines activités, mais les salariés restent responsables des décisions et apportent le contexte nécessaire à leur interprétation. Pour les DSI, cela implique donc de ne plus mesurer uniquement la réussite d’un projet IA à travers le nombre de tâches automatisées ou les économies réalisées.
Des salariés capables de s’adapter
Cette transformation va également accentuer les besoins en compétences. Gartner estime que les entreprises devront disposer de collaborateurs capables d’apprendre en continu, de travailler avec l’IA et de passer plus facilement d’un rôle à l’autre. La formation devient ainsi un élément central de la stratégie IA. Les entreprises devront notamment développer la culture de l’IA, mais aussi mieux identifier les compétences disponibles et celles qui leur manqueront à mesure que les métiers évoluent. Cette évolution concerne aussi les dirigeants. Gartner insiste sur la nécessité pour les cadres de comprendre suffisamment l’IA pour pouvoir en tirer parti dans leurs propres fonctions, au-delà de la seule maîtrise des outils.
L’intégration de l’IA dans les processus pose aussi un problème plus difficile à mesurer, celui de la perte de contexte et de connaissances. À mesure que les décisions sont confiées à des systèmes automatisés, les entreprises risquent de perdre une partie du savoir accumulé par leurs collaborateurs. Gartner recommande donc de conserver une supervision humaine et de concevoir des systèmes offrant aux salariés la possibilité de comprendre non seulement comment une décision ou un processus est exécuté, mais aussi pourquoi il l’est. Pour les DSI, le sujet dépasse ainsi la fiabilité technique des modèles. Il touche directement à la façon dont les systèmes d'information transmettent et conservent la connaissance métier.
Réinvestir les gains plutôt que les transformer en économies
Enfin, Gartner met en garde contre une stratégie consistant à convertir immédiatement les gains de productivité de l’IA en réductions de coûts. Selon le cabinet, 75 % des organisations qui privilégieront cette approche pourraient être dépassées dès 2027 par des concurrents réinvestissant ces gains dans l’innovation, la modernisation et la montée en compétences. Ce point marque un changement de perspective pour les directions informatiques. Les bénéfices de l’IA ne devraient pas seulement servir à réduire le coût des opérations existantes, mais aussi à financer de nouveaux usages et à moderniser les systèmes.
Gartner prévoit par ailleurs que 30 % des salariés licenciés parce que leur poste aura été considéré comme remplaçable par l’IA devront être réembauchés d’ici 2029, souvent à un coût plus élevé. Le cabinet estime que les réductions d’effectifs peuvent en effet faire disparaître des compétences et une partie de la connaissance interne dont l’entreprise aura ensuite besoin.