Changement de braquet chez IBM France. Selon nos confrères de Libération, La direction du groupe a annoncé l’annulation du plan de départ volontaire 2026 (PDV) qui prévoyait la suppression de 328 postes, soit environ 10% des effectifs. Après avoir été négocié avec les syndicats, un accord d'entreprise détaillant les mesures d'accompagnement avait été signé le 8 avril. Puis brusquement, le 27 avril dernier IBM France a indiqué lors d'un comité social et économique (CSE) central extraordinaire l'annulation de ce plan. Officiellement, ce revirement est justifié par « l’instabilité du marché » et par une stratégie qui ne serait plus en adéquation avec les besoins des clients. Pourtant en Europe, la France est le seul pays concerné par cette volte-face, tandis qu’en Belgique et en Italie, les plans de départs sont faits ou continuent. Pour les salariés des entités ciblées par ce PDV, la pilule est amère. Selon l’Unsa, la direction a fait machine arrière alors même que de nombreux salariés avaient déjà commencé à construire leur avenir autour de cette perspective de départ en fin d’année.  

« Plus de 200 salariés d’IBM étaient volontaires au départ, principalement ceux en fin de carrière. Ils ont engagé des démarches concrètes, notamment des simulations de retraite ou des renseignements sur le rachat de trimestres », nous précise Pierry Poquet, délégué syndical central Unsa d’IBM France. « Comment comprendre qu’un jour la direction nous annonce un plan social volontaire arguant que 10% des postes n’ont plus lieu d’être et que le lendemain on nous fait part de  l’annulation du plan », s’interroge ce dernier. Afin de réduire le stress que génère cette décision, le syndicat demande un traitement réel des risques psycho sociaux. Dans ce cadre, l'Unsa requiert la suspension immédiate des PIP, programmes d’amélioration des performances en cours et l’annulation des nouveaux dispositifs d'évaluation. En parallèle, l'organisation souhaite que les personnes qui aujourd’hui sont sur des métiers considérés comme sans avenir, ne se voient pas imposer des reconversions inaccessibles. 

Un climat social fissuré

De son côté, la CFDT évoque aussi la dégradation du climat social chez IBM France et parle « de salariés épuisés par les revirements stratégiques ». Sur son blog, le syndicat dénonce : « depuis le début de l’année, les équipes d’IBM France ont appris, métier par métier, si leur poste était visé par des suppressions, dans la continuité d’un plan social déjà mené en 2024 qui avait touché plus de 200 cadres, notamment à la suite de délocalisations de fonctions supports vers l’Inde et du recours à l’IA.  En quelques semaines, ces mêmes salariés sont passés du statut de non indispensables à celui de ressources à conserver, sans explication claire sur la cohérence de long terme. Cette oscillation permanente génère un climat d’incertitude particulièrement anxiogène ».

Au‑delà de l’annulation du seul PDV 2026, la CFDT alerte sur une situation qualifiée d’intenable. « Les salariés d’IBM France vivent au rythme d’annonces de plans, de résultats trimestriels et de réactions boursières qui redéfinissent périodiquement ce qui serait stratégique ou non stratégique. Cette instabilité permanente pèse lourdement sur leur santé mentale et sur leur confiance dans l’avenir ». Le syndicat demande que les enjeux d’emploi, de formation et de trajectoires professionnelles soient enfin au cœur du dialogue social et ne soient plus traités comme une simple variable d’ajustement des stratégies financières du groupe. Tout comme son homologue de l'Unsa, la CFDT réclame des mesures sur la prise en compte des risques psychosociaux évaluation spécifique, mesures de prévention, accompagnement renforcé par la médecine du travail et les services de santé, et surtout engagement clair de la direction à stabiliser les perspectives d’emploi et d’organisation pour redonner des repères aux salariés. Contactée, la direction d’IBM France n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.