« Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques ». La phrase, attribuée à David Amiel, le ministre de l'Action et des Comptes publics, dans un communiqué de la Direction interministérielle du numérique, dit tout de l'urgence grandissante que ressent l'Etat français vis-à-vis de ses dépendances à des outils non européens, et plus spécifiquement américains, comme l'indique le ministre sans périphrase.
Lors d'un séminaire interministériel sur la réduction des dépendances technologiques de l'Etat, co-organisé par la Dinum, la Direction générale des entreprises (DGE), l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi) et la Direction des achats de l'État (DAE), se dessinent de premiers objectifs concrets et une méthode.
La remise des plans d'action pour l'automne
La Dinum est ainsi chargée de coordonner un plan interministériel de réduction des dépendances extra-européennes. Chaque ministère et chaque opérateur de l'Etat (et ils sont pas moins de 434) devra formaliser d'ici l'automne son propre plan en la matière, « portant sur les axes suivants : poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau », précise la DSI de l'Etat. Une mission de recensement des plans d'action qui fait suite à une première interpellation du Premier ministre, fin janvier : selon Politico, Sébastien Lecornu a demandé à tous les membres de son gouvernement de rédiger trois pistes d'actions concrètes pour réduire les dépendances numériques de leur ministère vis-à-vis de fournisseurs non-européens.
Si ces plans d'actions doivent permettre d'éclairer les besoins des DSI de ministères et d'opérateurs, le travail de cartographie des dépendances de l'Etat est, lui, confié à la DAE. Rappelons qu'un outil né dans le giron d'entreprises proches de l'Etat (comme la Caisse des dépôts, RTE, SNCF ou EDF), appelé Indice de résilience numérique, permet aux DSI de tout type d'organisations d'autoévaluer leur niveau de dépendance et les risques qu'elle entraîne. De son côté, la DGE est chargée d'aboutir à la définition d'un service numérique européen, un travail qui suppose de rapprocher les différentes approches d'un numérique souverain qui se côtoient actuellement au sein des 27.
La Dinum bascule sur des postes Linux
Pour désamorcer toute polémique avec les éditeurs de logiciels européens, comme celle qui a entouré LaSuite, la Dinum étant accusée par les industriels de leur couper l'accès au marché avec son initiative de suite collaborative Open Source, la DSI de l'Etat précise que la méthode de réduction des dépendances reposera sur des coalitions associant ministères, grands opérateurs publics et acteurs privés, autour de projets précis. De premiers consortiums devraient se concrétiser lors des premières rencontres industrielles du numérique de juin prochain, promet la Dinum.
Reste à savoir quelle portée réelle aura ce séminaire, les DSI ministériels restant jaloux de leurs prérogatives. Jusqu'à récemment, l'intervention de la Dinum se limitait à un droit de regard sur leurs projets de plus de 9 M€ (niveau porté récemment à 15 M€). Un mécanisme d'audit que les ministères s'emploient régulièrement à contourner, comme l'avait souligné un rapport de la Cour des comptes. Récemment, la DSI de l'Etat a vu ce droit de regard s'étendre aux contrats SaaS des ministères, plus précisément aux commandes ou marchés publics « portant sur des suites collaboratives ou des logiciels à la demande », ayant recours au cloud.
Pour l'heure, les volontés d'indépendance technologique se concrétisent avant tout via des initiatives portées par certaines administrations, comme la DGFiP ou la Gendarmerie nationale. Récemment, la Cnam (Caisse nationale d'Assurance maladie) a indiqué vouloir amorcer une migration de ses 80 000 agents vers des outils du socle open source interministériel (Tchap, Visio et FranceTransfert pour le transfert de documents). De son côté, pour ses 250 agents, la Dinum a annoncé sa sortie de Windows au profit d'un poste de travail sous Linux, sans toutefois y associer un calendrier précis.
L'Etat acte son sevrage aux technologies américaines
Mercredi dernier, un séminaire interministériel a tenté de fixer une méthode et de premières actions pour réduire la dépendance numérique de l'administration française. Avec une cible désormais désignée clairement : le remplacement de la technologie américaine.