Soutenu dans le cadre du Plan France 2030, l’IGN, le Cerema et l’Inria, avec l'appui de l'Etat, sont à la manoeuvre du projet JUNN (Jumeau Numérique National). Son objectif ? Construire une infrastructure de jumeaux numériques capable de visualiser, simuler et anticiper les évolutions des territoires français dans un contexte de changement climatique de plus en plus marqué. 

Sur le terrain, un constat s’impose. « Depuis plusieurs années, nous constatons une multiplication des jumeaux numériques à l’échelle des collectivités, qu’il s’agisse de grandes métropoles ou de territoires plus petits », explique Rudy Cambier, chef du département Innovation et Partenariats Industriels France et Europe à l'IGN. « Mais ces initiatives restent souvent peu interopérables, avec des investissements importants et une difficulté à dépasser la simple maquette 3D. » Avec un but dans le viseur : « L’idée n’est pas de centraliser, mais de proposer une infrastructure socle au service des projets existants ou à venir », insiste-t-il.

Un agrégat de briques pour reconstruire le territoire en 3D

Dans cette logique, l’approche repose sur un empilement de briques en tirant partie de technologies actifs déjà existantes en particulier à l’IGN. Ses données de référence, comme les bases topographiques, constituent ainsi le socle des jumeaux numériques. À cela s’ajoutent celles de captation avancées, comme le LiDAR HD, qui offre la possibilité de reconstruire le territoire en 3D à partir de nuages de points très denses. « Cette technologie aide à capter des données extrêmement précises et de reconstruire le territoire en 3D avec une modélisation fine des reliefs, des bâtiments ou des toitures. », précise Rudy Cambier. 

Le dispositif intègre également des outils de visualisation et de modélisation 3D, ainsi que des briques de simulation. « L’objectif n’est pas seulement de représenter un territoire, mais de pouvoir simuler des scénarios », souligne-t-il. Enfin, l’ensemble repose sur une architecture ouverte, fondée sur des standards communs et des briques open source. Une approche pensée pour garantir l’interopérabilité et éviter les développements en silos. Elle doit aussi faciliter l’intégration de données externes, notamment issues de secteurs comme l’énergie, les transports ou la construction. « Le but est de donner aux collectivités, aux industriels ou aux start-ups, la possibilité de se connecter à cet écosystème et de capitaliser sur l’existant pour développer des services à forte valeur ajoutée », détaille-t-il.

JUNN va servir à modéliser les territoires en 3D et à simuler différents scénarios d’évolution à partir de grandes sources variées de données. (Crédit: Banque des Territoires)

Un écosystème impliquant checheurs et industriels

Pour faire fonctionner l’ensemble, le projet s’appuie sur un écosystème large. L’IGN fournit le socle : production, structuration et gouvernance des données géographiques, autrement dit la base même de la représentation numérique des territoires. Côté recherche, L'Inria avec Géodata Paris et GeometryFactory, travaille sur les briques les plus avancées : modèles 3D et temporels, graphes de connaissances, et technologies d’IA nécessaires à la simulation et à l’interaction avec les environnements numériques. En interface directe avec les usages, le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) structure les cas d’usage concrets et assure la traduction entre besoins des territoires, outils numériques et standards européens.

D’autres organismes viennent compléter cet écosystème. Tout d'abord 1Spatial France chef de file opérationnel du projet qui assure la coordination et le suivi des différents groupes de travail. Ainsi que le Centre national d’études spatiales (CNES) qui contribue sur les données spatiales et les modèles prédictifs, tandis que le Bureau de recherches géologiques et minières travaille sur la modélisation des sols et des ressources souterraines. L’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN) est mobilisé sur l’orchestration de systèmes complexes. D'autres sont aussi partie prenante : BRGM, Camptocamp, Cap Digitall, GeometryFactory, IGO-Geofit, Lastig (UGE-Geodata Paris), Luxcarta et Siradel.

Le prototype pas finalisé avant 2028

La construction du socle JUNN est désormais lancée avec le développement des premières briques logicielles et la préparation des jeux de données puis des tests. Le déploiement se fera ensuite par étapes. Avec fin 2026 les premiers appels à projets pour connecter des applications existantes au socle commun, puis début 2027 une première version prototype de la plateforme JUNN avant une seconde début 2028 avant une finalisation attendue début 2029. Côté finances, l’investissement total est de près de 40 M€, dont 25 M€ financés par France 2030 via la Banque des territoires.

En parallèle, le projet mise aussi sur des appels à projets pour faire émerger des cas d’usage concrets. « Nous lancerons des appels à candidatures pour que des acteurs proposent des solutions sur des sujets comme les inondations ou les feux de forêt », indique Rudy Cambier. A noter que les collectivités sont également associées tout au long de la démarche, tant pour cadrer les besoins que servir de terrains d’expérimentation.