Le projet dévoilé en février 2025 lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris entre désormais dans une phase opérationnelle. À cette occasion, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, avait annoncé une enveloppe de 20 Md€ destinée à soutenir la création de cinq gigafactories consacrés à l'IA. Depuis, l’ambition européenne a été revue à la hausse, Bruxelles prévoit désormais jusqu’à sept infrastructures de ce type à travers le continent. Baptisé AI Gigafactories, ce programme vise à fournir aux entreprises, chercheurs et administrations européens un accès à des capacités de calcul massives pour développer, entraîner et améliorer des modèles IA avancés, tout en réduisant la dépendance de l’Europe aux infrastructures étrangères. Pour concrétiser cette ambition, l'Union européenne vise plus de 30 Md€ d'investissements, combinant jusqu'à 10 Md€ de financements publics européens et nationaux et au moins 20 Md€ d'investissements privés. Toutefois, une partie de ces financements publics reste conditionnée aux négociations du prochain cadre financier pluriannuel de l'UE. Les montants avancés à ce stade correspondent davantage à un objectif de mobilisation qu'à des crédits définitivement adoptés. 

Contrairement à ce que leur nom pourrait laisser penser, ces AI Gigafactories ne seront pas des usines de production. Il s’agira de vastes infrastructures de calcul regroupant des dizaines de milliers de puces spécialisées, des centres de données, des services cloud et des réseaux à très haut débit. Les start-up, PME, centres de recherche, industriels et administrations publiques pourront ainsi accéder à des ressources aujourd’hui largement concentrées entre les mains de quelques géants technologiques.

La France candidate

La France s’est officiellement portée candidate pour accueillir l’une de ces infrastructures stratégiques. Afin de soutenir son projet, l’État s’est engagé à acheter pour 100 M€ de capacités de calcul auprès de la future installation française à partir de 2027. Ces ressources pourraient notamment être mises à disposition des administrations, des organismes de recherche et des établissements de santé.

La candidature française est portée par un consortium réunissant plusieurs acteurs majeurs du numérique, des télécommunications et de l’énergie, parmi lesquels Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, le groupe iliad, Orange et Scaleway. Leur objectif est de bâtir une infrastructure de calcul capable de renforcer la souveraineté technologique européenne tout en répondant aux besoins croissants liés à l’essor de l’IA.

Deux niveaux de financement 

Le mécanisme de financement prévoit deux niveaux de projets. Un premier lot donnera la possibilité de sélectionner jusqu’à quatre AI Gigafactories. Chacune pourra recevoir jusqu’à 100 M€  dans une première phase pour déployer une capacité de calcul équivalente à celle de l’actuelle AI Factory la plus puissante d’Europe. Une fois cette première étape réalisée, ces projets pourront bénéficier de jusqu’à 400 M€ supplémentaires afin d’étendre leurs infrastructures et porter leur capacité à trois fois ce niveau initial.

Un second lot vise des infrastructures encore plus ambitieuses. Jusqu’à trois projets pourront recevoir 200 M€ lors de la phase initiale pour déployer une capacité pouvant atteindre deux fois celle de la référence européenne actuelle. Après cette première étape, ils pourront obtenir jusqu’à 800 M€ supplémentaires pour multiplier leur capacité par quatre. Les candidatures pourront être déposées jusqu’au 12 novembre 2026. La Commission européenne prévoit de dévoiler les projets retenus au début de l’année 2027.