Les rapports entre Oracle et la communauté MySQL se tendent un peu. En effet, une lettre ouverte a été adressée à la firme dirigée par Larry Ellison pour qu’elle relâche son emprise sur la base de données open source. Cet appel reflète l’inquiétude croissance concernant le rythme de développement de MySQL, la transparence de sa feuille de route et son rôle dans un écosystème de données de plus en plus axé sur l'IA. Et les chiffres vont dans ce sens. Julia Vural, responsable de l'ingénierie logicielle chez Percona, a indiqué dans un blog que le nombre de contributeurs actifs à MySQL avait chuté à environ 75 au troisième trimestre 2025, contre 135 au quatrième trimestre 2017. De même, le nombre total de contributions a diminué, passant de 22 360 en 2010 à 4 730 en 2024. 

Parmi les signataires figurent des administrateurs de bases de données, des architectes et des développeurs de fournisseurs de forks de MySQL tels que Percona, MariaDB et PlanetScale, ainsi que des ingénieurs et des dirigeants d'entreprises comme Zoho, DigitalOcean, Vultr et Pinterest, entre autres. La lettre a déjà recueilli près de 250 signatures.

Une stagnation de MySQL

Une des principales préoccupations de la communauté concerne la gestion par Oracle des mises à jour du code source de MySQL, qui, selon eux, a entraîné une perte significative de parts de marché pour la base de données. Développeurs et entreprises se tournent de plus en plus vers PostgreSQL face à la forte demande de charges de travail pilotées par l'IA, où les bases de données jouent un rôle crucial dans la consolidation et la diffusion des données. La lettre souligne également que non seulement les mises à jour de MySQL sont « privées » et rares, mais qu'elles n'intègrent même pas des fonctionnalités désormais indispensables pour les charges de travail pilotées par l'IA et devenues la norme dans la plupart des bases de données, y compris les versions entreprise proposées par Oracle.

Vadim Tkachenko, cofondateur de Percona et co-auteur de la lettre, a d'ailleurs déclaré à InfoWorld que l'inquiétude des entreprises concernant l'orientation de MySQL sous Oracle avait atteint un niveau « critique ». À tel point que les entreprises se tournent vers les fournisseurs de forks MySQL et les hyperscalers, tels qu'AWS, pour bénéficier des dernières fonctionnalités et d'innovations, a ajouté le dirigeant. Cependant ce système ne contribue à faire progresser MySQL, mais crée, selon lui de la confusion et de la fragmentation. « Souvent, les forks ne sont pas compatibles entre eux ni avec la version amont (MySQL open source), ce qui constitue un frein majeur à l'adoption et aux migrations », glisse Vadim Tkachenko.

Confier MySQL à une fondation

Les analystes partagent son avis. « Les préoccupations exprimées dans la lettre ouverte concernant la vitesse de développement et la gouvernance de MySQL correspondent à ce que j'ai pu constater », a déclaré Stephanie Walter, responsable du domaine IA chez HyperFrame Research. « La couche base de données devient une dépendance des systèmes IA. Lorsque les développeurs et les entreprises estiment que les fournisseurs en amont sont lents ou peu clairs sur les exigences modernes, ils ne se contentent pas de se plaindre. Ils contournent le problème, généralement en optant pour une solution comme PostgreSQL », a ajouté Stéphanie Walter.

Vadim Tkachenko et les autres signataires entrevoient néanmoins une alternative pour sortir MySQL de l'impasse : qu'Oracle accepte la proposition de placer MySQL sous l'égide d'une fondation indépendante à but non lucratif. Neutre, elle serait dotée d'un comité de pilotage technique représentant big red, les éditeurs de forks, les fournisseurs de cloud et la communauté des contributeurs au sens large. La fondation superviserait la planification de la feuille de route, la gouvernance des versions et l'accès des contributeurs, tout en permettant à Oracle de conserver ses offres commerciales MySQL et ses marques déposées. Les analystes restent sceptiques sur ce modèle. « Si Oracle conserve la marque déposée et le contrôle effectif du processus de publication, cela ne résoudra pas entièrement le problème des rapports de force fondamentaux », observe Stephanie Walter, ajoutant que le modèle proposé pourrait faciliter la coordination et le processus de contribution – une autre préoccupation exprimée par les signataires. Par ailleurs, elle souligne que la structure proposée contraste avec les projets autonomes et communautaires tels que PostgreSQL, dont le modèle de gouvernance a joué un rôle déterminant dans le maintien de la confiance des contributeurs et l'accélération de l'adoption à long terme.