Les revenus mondiaux de la DRAM ont été multipliés par près de cinq en un an, selon l’étude publiée le 5 novembre par Counterpoint Research. Les volumes de mémoire livrés en bits n’ont pourtant augmenté que d’environ 4 % au cours du trimestre. La croissance du marché provient donc essentiellement de la hausse des prix de vente, qui ont atteint en moyenne 1,9 dollar par gigabit. Le rythme des augmentations a cependant ralenti par rapport au premier semestre.
« Il s’agit d’un supercycle des prix, pas encore des volumes », explique Jeongku Choi, analyste chez Counterpoint Research. La demande en accélérateurs d’IA et en équipements pour datacenters exerce une pression sur les approvisionnements. Les acheteurs cherchent désormais à sécuriser leurs commandes plutôt qu’à négocier les tarifs. Selon l’analyste, la poursuite de cette hausse des prix pourrait permettre aux principaux fabricants d’enregistrer de nouveaux bénéfices records dès le quatrième trimestre 2026.
Samsung en tête avec 38 % du marché
Samsung reste le premier fournisseur mondial de DRAM avec 38 % de part de marché en valeur au troisième trimestre 2026, contre 33 % un an auparavant. SK hynix, deuxième avec 29 %, réduit son retard grâce à une croissance de ses revenus supérieure à 40 % par rapport au trimestre précédent. Il récupère ainsi une partie des parts de marché perdues en début d’année, même si sa position s’est dégradée sur un an, passant de 33 % à 29 %. Micron, troisième avec 21 % contre 26 % un an plus tôt, bénéficie également de la demande en mémoire pour datacenters d’IA, mais sa progression demeure inférieure à celle de ses concurrents sud-coréens.
Le fabricant chinois CXMT affiche une évolution contrastée. Sa part de marché atteint 9 % au troisième trimestre, contre 5 % un an auparavant, mais recule d’un point par rapport au trimestre précédent. Counterpoint Research estime que cette pression pourrait se poursuivre avec l’arrivée chez ses concurrents, à partir du quatrième trimestre, des mémoires HBM4, la nouvelle génération de mémoire à haute bande passante. Samsung profite de l’accueil favorable réservé à ses mémoires HBM4. Le cabinet prévoit que le groupe prendra la tête de ce segment en 2027, après la domination de SK hynix sur la génération HBM3E.
La DRAM classique profite aussi de l’essor de l’IA
La hausse des revenus ne concerne pas uniquement les mémoires HBM utilisées dans les accélérateurs d’intelligence artificielle. La DRAM classique progresse encore plus fortement. Les revenus de la DDR et de la LPDDR ont bondi respectivement de 500 % et de près de 400 % sur un an. La part de la HBM dans le chiffre d’affaires total du marché a ainsi diminué, malgré un quasi-doublement de ses propres revenus. Cette évolution traduit la forte progression des prix des mémoires utilisées dans les systèmes informatiques traditionnels.
Counterpoint Research attribue cette tendance au développement de l’IA agentique, qui accroît les besoins en mémoire des processeurs pour serveurs. Selon ses données, le rapport entre GPU et CPU dans les infrastructures d’IA est passé de quatre pour un à deux pour un et pourrait se rapprocher de la parité. Dans les racks Vera Rubin de Nvidia, la capacité de DRAM par socket CPU atteint 1,5 To, soit près de trois fois celle de la génération précédente. Brady Wang, directeur associé chez Counterpoint Research, anticipe ainsi une augmentation significative de la consommation de processeurs pour serveurs et de DRAM classique.
Des tensions sur les capacités de production jusqu’en 2028
Les fabricants devraient continuer à bénéficier de prix élevés en 2027. Selon MS Hwang, directeur de recherche chez Counterpoint Research, les tarifs des mémoires HBM commencent à rattraper ceux de la DRAM classique, dont la progression avait été plus importante cette année. Les accords d’approvisionnement à long terme soutiennent également les prix. Leurs modalités pourraient entraîner des différences de résultats entre fournisseurs à court terme. Sur une période plus longue, le cabinet anticipe une tendance similaire à la hausse pour les principaux fabricants.
Les tensions sur l’offre devraient persister. Les nouvelles grandes usines de fabrication de mémoire n’entreront pas en production avant 2028, limitant les possibilités d’augmentation rapide des capacités. Counterpoint Research prévoit une nouvelle hausse du prix moyen par gigabit en 2027, alimentée par les besoins croissants des serveurs. Cette situation pourrait pénaliser les marchés des équipements dits « edge », qui traitent les données à proximité de leur source plutôt que dans les datacenters, et qui sont exposés à la hausse du coût de la mémoire.