De plus en plus d’entreprises explorent les possibilités de l’intelligence artificielle. Ainsi, 35 % des RH français étudient la manière dont l’IA peut soutenir leur environnement de travail, contre 32 % en 2025. Malgré cette légère progression, les départements RH sont à la traîne sur l'adoption de ces outils par rapport à leurs homologues européens (54 %). C’est ce qu’indique une étude réalisée par SD Worx auprès de 5 936 responsables des ressources humaines en Europe. Pour dégager une tendance sur ce marché, l’éditeur de solutions RH a évalué cette maturité sur la base de six domaines : l’investissement, l’exploration du potentiel de l’IA, la montée en compétences des employés, l’adaptation du workflow et la capacité à déployer des solutions à grande échelle. Les résultats montrent que la vitesse d’adoption de la technologie varie considérablement d’un pays à l’autre. En termes de maturité, la Norvège est en tête du classement européen. L’Irlande et le Royaume-Uni complètent le podium.
La France arrive loin derrière au 14e rang suivie par la Croatie et la Serbie qui ferment la marche. Le manque de compétences et d’expertise interne en IA continue de freiner de nombreuses entreprises : au niveau national, 32 % déclarent manquer des connaissances nécessaires en interne. De ce fait, plus de quatre sur dix (36 % en France, contre 44% en Europe) investissent toutefois dans la formation des employés. De leur côté, près d’un tiers des répondants français citent la résistance au changement de la part des salariés ou dirigeants comme raison principale pour laquelle les projets IA donnent actuellement peu de résultats. Pour autant, les établissements français de taille intermédiaire (250 à 2 499 salariés) se démarquent par une forte propension à investir dans l’IA (59 %). Cette part atteint 57 % parmi les grandes entreprises, contre 47 % pour les structures de moins de 250 salariés.
Vers un usage hybride de l'IA
Interrogés sur les domaines prioritaires pour l’utilisation et le développement de l’IA, les DRH français citent principalement le suivi des temps de travail (34 %), la gestion de la paie (32 %) ainsi que le contrôle de conformité et de la veille réglementaire (25%). Le reporting et l’analyse (26 %), puis la planification des effectifs (24 %) figurent également parmi les priorités. Beaucoup estiment aussi que la technologie ne remplacera pas totalement l’humain dans le domaine des RH. Pour ces professionnels, une combinaison des deux est plus que souhaitable. Ainsi, 38 % estiment que le suivi des temps de travail peut être partiellement automatisé, à condition de maintenir une supervision humaine. En revanche, ils préfèrent conserver certaines missions plus relationnelles à l’humain, tels que le bien-être des employés (61 %) et le soutien à la santé mentale (51 %).
La France se distingue de la majorité européenne en matière de formation : 44% des RH français préfèrent confier ce sujet à des personnes uniquement et non à une IA, contre 33 % pour le reste de l’Europe. Quoiqu’il en soit, l’IA passe progressivement de la phase expérimentale à une application plus pratique des opérations RH quotidiennes. 35 % des entreprises françaises adaptent leurs pratiques RH pour permettre une meilleure collaboration entre l’homme et l’IA. De plus, 41 % repensent activement les processus et flux de travail pour créer un environnement centré sur l’IA et l’automatisation. Sur ce point, plus de trois employeurs sur dix constatent déjà des résultats concrets. Cette évolution modifie aussi le regard que portent les entreprises sur le travail et sur leurs collaborateurs.
Un potentiel report de l'échéance de l’IA Act
Ainsi, 39 % des employeurs français s’attendent à fonctionner avec des effectifs plus réduits dans les années à venir à cause de l’IA. Près de la moitié (46 %) indiquent également qu'elle réduit déjà le besoin de certains rôles ou pour certaines missions. La Norvège se distingue sur ce point (60 %), suivie de l’Irlande (57 %) et de la Pologne (54 %). Pour stimuler la productivité, plus d’un tiers des organisations françaises (35 %) seraient également plus enclines à déployer l’IA qu’à embaucher du personnel supplémentaire. La donne pourrait changer dès lors que l’Union européenne a introduit l’AI Act, un cadre juridique uniforme auquel toutes les entreprises au sein de l’UE doivent se conformer.
Entrée en vigueur le 2 février 2025, cette loi est mise en œuvre progressivement et la prochaine échéance est prévue pour le 2 août 2026. Dès lors, les entreprises utilisant un système IA critique devront se conformer à des exigences strictes concernant la documentation, l’évaluation des risques, la transparence et la gouvernance. Cependant, une demande a été soumise pour reporter cette échéance au 2 décembre 2027. Bien que cette proposition n’ait pas encore été approuvée, les entreprises concernées doivent donc garder un œil sur cette décision et se tenir prêtes.