L’IA n’est plus un simple sujet d’expérimentation pour les éditeurs français de logiciels. Elle s’impose désormais dans leurs feuilles de route technologiques comme dans leurs offres commerciales. C’est l’un des principaux enseignements de la 16e édition du Top 250 des éditeurs de logiciels français, publié par EY et Numeum. Pour la première fois, l’IA devance le cloud et le SaaS comme priorité technologique numéro un du secteur. Les IA agentiques arrivent en tête des choix des entreprises interrogées, avec 48 % des suffrages, soit 16 points de plus que lors de la précédente édition.
Les autres technologies d’IA et de machine learning recueillent 15 % des premiers choix. À l’inverse, le cloud et le SaaS, qui constituaient la priorité numéro un de 41 % des répondants lors de la précédente édition, ne représentent plus que 13 % des choix prioritaires. Ce recul relatif ne signifie pas pour autant que ces technologies perdent leur importance. La cybersécurité reste notamment un enjeu de premier plan. Elle figure parmi les trois premières priorités technologiques de 54 % des éditeurs. Cette montée en puissance de l’IA ne se limite pas aux intentions. Elle se traduit déjà concrètement dans les logiciels commercialisés et dans le niveau de maturité des projets menés par les entreprises du panel.
80 % des éditeurs ont intégré l’IA dans leurs logiciels
Selon l’étude, 80 % des éditeurs ont déjà intégré des fonctionnalités d’intelligence artificielle dans leurs solutions, contre 61 % lors de la précédente édition. Parmi les autres répondants, 13 % prévoient de franchir le pas dans les douze prochains mois et 3 % dans les deux prochaines années. Au total, 96 % ont donc déjà déployé ou envisagent d’intégrer cette technologie. Le niveau d’avancement des projets confirme cette accélération. Sur un échantillon de 128 sociétés, 51 % déclarent disposer de fonctionnalités d’IA en production. Pour 20 % d’entre elles, l’IA est désormais au cœur du produit, tandis que 9 % ont déjà placé des agents IA au centre de leurs solutions. À l’autre extrémité, 20 % restent au stade exploratoire, avec des projets pilotes ou des versions bêta.
Dans les logiciels proposés aux clients, les usages restent toutefois majoritairement centrés sur des fonctionnalités déjà bien identifiées. La génération de contenu et les recommandations intelligentes sont chacune présentes dans 74 % des solutions concernées. L’automatisation des tâches atteint 73 % et les interfaces conversationnelles 69 %. Les agents autonomes et copilotes intégrés sont moins répandus, avec 42 % de déploiement. L’IA agentique suscite donc de fortes attentes, mais son intégration dans les offres commerciales reste encore moins avancée que celle des fonctions d’assistance ou d’automatisation.
La monétisation de l’IA reste à construire
Si l’intégration de l’IA progresse rapidement, les stratégies tarifaires sont encore loin d’être stabilisées. Les éditeurs cherchent toujours le modèle le plus adapté pour facturer les nouvelles fonctionnalités proposées à leurs clients. Selon EY-Numeum, 29 % des entreprises interrogées n’ont pas encore défini leur politique de tarification. Par ailleurs, 26 % privilégient la commercialisation de modules premium ou d’options payantes en complément de l’abonnement. La facturation à l’usage, calculée par exemple selon le nombre de tokens, de requêtes ou d’agents mobilisés, est retenue par 22 % des répondants. Enfin, 18 % prévoient d’inclure les fonctionnalités d’IA dans le prix standard de leurs logiciels, et 5 % envisagent une tarification à la valeur ou au résultat.
Cette diversité d’approches traduit les incertitudes qui entourent encore l’économie de l’IA. Contrairement aux fonctionnalités logicielles traditionnelles, les services reposant sur des modèles génératifs peuvent entraîner des dépenses variables, en fonction du volume de requêtes et de la complexité des traitements. Les éditeurs doivent ainsi trouver un équilibre entre la valeur apportée au client, les coûts des modèles et de l’infrastructure, et la préservation de leurs marges. La question est d’autant plus importante que l’intégration de l’IA ne garantit pas, à elle seule, une augmentation des revenus. Au-delà de la commercialisation de nouvelles fonctionnalités, les éditeurs comptent aussi sur l’IA pour améliorer leur propre efficacité opérationnelle. C’est même sur ce terrain que les bénéfices semblent aujourd’hui les plus tangibles.
Des gains de productivité encore inégalement mesurés
Les outils d’IA prennent une place croissante dans les processus internes des éditeurs. Les copilotes de développement sont désormais utilisés par 96 % des entreprises interrogées. La documentation produit et l’automatisation des tests arrivent ensuite, avec respectivement 79 % et 78 % des répondants. Mais les usages dépassent largement les équipes techniques : 80 % des sociétés mobilisent également l’IA pour le marketing et la génération de contenu, et 59 % pour le support client.
Les bénéfices attendus concernent en premier lieu la R&D. Ils sont cités par 97 % des éditeurs, devant l’accélération de la mise sur le marché des logiciels (80 %) et l’amélioration de l’expérience client (70 %). Parmi les entreprises qui quantifient les résultats, plus de la moitié déclarent une progression de la productivité de leurs équipes R&D supérieure à 20 %. Ces résultats doivent toutefois être nuancés : 41 % des répondants indiquent ne pas encore constater de bénéfice mesurable. L’adoption des outils ne se traduit donc pas systématiquement par un retour sur investissement clairement établi.