A l'occasion de son sommet à Paris le 1er avril, AWS France a évoqué devant un parterre de clients et de partenaires, les sujets tendances comme les agents IA, mais il est également revenu sur son offre Cloud Sovereign lancée début 2026. A noter que c'est Amélie Clugnet qui a introduit la conférence cette année, en tant que directrice Entreprise d'AWS France. Julien Grouès a quitté la société et il est remplacé par Anish Desai au poste de directeur général de la filiale française et Europe du Sud nous a indiqué la société. Sur l'offre Sovereign Cloud, il s'agit d'une réponse aux questions de souveraineté qui deviennent de plus en plus présentes dans l'agenda des DSI. L'exposition aux lois extraterritoriales (Cloud Act, Fisa Act,...) et la crainte d'une coupure brutale des services (kill switch) sont en effet devenues des risques réels avec l'affaire des blocages de comptes des juges de la Cour Pénale Internationale ou des propos d'un représentant de Microsoft France au Sénat.

Les hyperscalers américains ont été obligés de s'adapter notamment avec des offres de cloud privés comme Oracle, Microsoft, Google et plus tardivement AWS. Elle était manifestement attendue. « Nos clients se sont posés beaucoup de questions de protection et de résilience des données au niveau européen », nous a expliqué Stephan Hadinger, directeur des technologies d’AWS France. « L’accueil que nous avons depuis le début de l’année sur Sovereign Cloud est juste fantastique pour la France mais aussi en Europe » a-t-il ajouté. Un succès pour l’instant pas chiffré, le dirigeant ne donnant pas plus d’informations sur le nombre de clients intéressés par sa dernière offre. « Il ne s’agit pas de projets de migration massifs, cela concerne plutôt des applications dont la disponibilité est critique pour le fonctionnement de l’entreprise, soit environ 10-20 %. » A date, 108 services sont disponibles dans Sovereign Cloud qui s’adresse aux entreprises appartenant à de grands secteurs régulés comme ceux des télécoms, de la santé, de l’énergie, des finances, de l’aérospatial... 

Une réponse limitée en cas de kill switch

« Sovereign Cloud propose des mécanismes d’isolation n’ayant pas de dépendance technologique, opérationnelle et ressource humaine avec les Etats-Unis » revendique-t-il. Interrogé pour en savoir plus sur la possibilité d’un accès indépendant à une réplique du code source nécessaire au maintien des services AWS fournis au travers de cette offre en cas d’activation d’un éventuel kill switch décidé au niveau américain, le dirigeant indique « qu’il ne sera pas ouvert à tous », sans davantage de précisions sur ses modalités d’application.

« Dans des scénarios géopolitiques extrêmes, s’il y a cette déconnexion là, tout est conçu pour savoir quoi faire avec un outil de développement qui basculerait en local et deviendrait la nouvelle source de code et de déploiement pour cette zone, appuyée par des milliers de développeurs AWS présents en Europe potentiellement réquisitionnables », poursuit Stephan Hadinger. « L’idée est de garder le contrôle avec la dernière version de code source et être en capacité technique en termes d’outils mais surtout de compétences formées pour connaitre ce code source et qui sont en mesure de le faire évoluer ». Rien n'est dit cependant sur la durée de vie d'une telle version dégradée et sur les capacités à obtenir les patchs de sécurité. Les cybercriminels ayant une appétence particulière pour les environnements cloud.

Absence d'une local zone France

Pour lancer son offre, AWS a choisi l’Allemagne (Brandenburg) pour sa première zone locale. Si d’autres comme la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal sont dans les tuyaux, on ne peut que s’étonner de ne pas voir la France y figurer. D’autant qu’elle porte également (très) haut tous les enjeux liés de souveraineté. « Beaucoup de critères ont fait que l’Allemagne été un bon choix pour démarrer, notamment pour la disponibilité et la vitesse de construction des datacenters et le fait que l’on a co-construit cette offre avec le BSI [office fédéral de la sécurité des technologies de l’information] », explique Stephan Hadinger. Le fournisseur se targue d'avoir obtenu une qualification C5 du BSI allemand, mais celle-ci ne comprend pas de contraintes sur l'extraterritorialité des lois.

Mais à quand l’ouverture d’une local zone en France ? « Il y aura un plan d’expansion que l’on communiquera en temps voulu », lance le directeur sans plus de détails. Difficile avec cette offre d'obtenir le label SecNumCloud de l'Anssi, un précieux sésame pour séduire certaines entreprises régulées. Pour diffuser la bonne parole dans l'Hexagone sur son offre, le fournisseur américain peut en tout cas compter sur deux soutiens de poids : Stéphane Israël, ancien patron d’Arianespace à la tête d’AWS European Sovereign Cloud depuis septembre dernier, et de l'ancien général Philippe Lavigne, ex Commandant suprême allié Transformation au sein de l'Otan qui a rejoint en début d'année le comité consultatif d'AWS, chargé de fournir une expertise sur les questions liées à la souveraineté. Et il y en a beaucoup.