Le cas n'a rien de rare. Publiée le 4 novembre 2025 par Salesforce, une enquête menée dans 18 pays auprès de 3 800 décideurs de l'informatique et de l'analyse de données estime à 26 % la part des données de leur organisation qu'ils jugent peu fiables. Seuls 43 % d'entre eux disent disposer d'un cadre formel de gouvernance, c'est-à-dire de règles écrites qui disent qui tranche quoi.
Un domaine basculé sur vingt-six
Une PME de services d'une dizaine de personnes a fait l'exercice en septembre 2026, au moment de remplacer sa base historique. Elle a découpé son activité en 26 domaines : les contacts, les affaires en cours, les rendez-vous, les comptes rendus, la facturation. Le registre vérifié le 13 septembre donne un état sans fard.
Dans 15 domaines, les deux bases recevaient encore des écritures et pouvaient se contredire. Un seul avait basculé, la banque, dont la vérité est restée chez l'établissement bancaire. Huit étaient en migration, treize pas commencés, quatre en échec au contrôle de concordance. Sept n'avaient aucune source désignée. Le chiffre le plus parlant concerne les affaires en cours. Le 11 septembre, l'ancienne base en comptait 34, la nouvelle 21, et 18 seulement figuraient dans les deux. Basculer ce jour-là aurait retiré 16 affaires du suivi commercial, sans qu'aucun écran ne le signale.
Prouver avant de basculer
La règle que cette entreprise s'est donnée tient en deux phrases. Chaque domaine a une seule source qui fait foi, désignée par écrit. Aucun domaine ne bascule tant que l'ancienne et la nouvelle base ne donnent pas les mêmes résultats métier aux mêmes questions, par exemple le nombre d'affaires ouvertes ou la liste des rendez-vous de la semaine. Un compte de lignes ne prouve rien, un programme qui se termine sans erreur non plus.
Des praticiens nuancent cette exigence. Ian Cartwright, Rob Horn et James Lewis, auteurs d'une série de référence sur le remplacement des systèmes anciens, observent que les rapports hérités contiennent souvent des erreurs jamais détectées : l'ancien et le nouveau concordent donc rarement à l'identique. Leur parade consiste à fixer à l'avance, avec les utilisateurs, des exemples dont le résultat attendu est connu. C'est encore un arbitrage métier : décider qui a raison quand les deux bases divergent.
Ce qu'une direction peut exiger dès lundi
Pour chaque domaine, un nom : la base qui fait foi, et la personne qui en répond. Pour chaque bascule, une preuve : la même question posée aux deux bases, et chaque écart expliqué puis accepté par le métier. La règle à retenir : une source de vérité par domaine, et aucune bascule sans résultats métier identiques ou écarts arbitrés. La réserve vient ensuite. Cette preuve vieillit vite, et un registre qui n'a pas été revérifié depuis plusieurs semaines ne décrit plus l'état réel.