Avec les bouleversements qui secouent le marché de la mémoire dont la pénurie, une nouvelle rumeur a émergé : la disparition du SATA (Serial Advanced Technology Attachment), développée à l'origine pour concurrencer l'interface SCSI des disques durs. Si elle a été rapidement démentie, certains signes indiquent que le vent tourne pour cette interface largement déployée, utilisée pour connecter des unités de stockage à la carte mère des ordinateurs. Le mois dernier un article de PC Gamer annonçait que Samsung, le leader du marché des SSD, avec 15 à 18 % des parts de marché selon IDC, allait progressivement arrêter la production de lecteurs SATA en 2026. Cela faisait suite à la décision de Micron de mettre fin à sa division de produits grand public Crucial au profit des produits entrerprise. Selon certaines rumeurs, le fabricant coréen, confronté comme tout le monde à une pénurie de mémoire, mettrait fin à son assistance aux consommateurs au profit du marché des entreprises, beaucoup plus rentable. D'autres sites destinés aux consommateurs et aux amateurs de jeux vidéo ont repris cette information, démentie depuis par Samsung.
Que cela s'avère vrai ou pas, les experts reconnaissent que la tendance est clairement en faveur du NVMe par rapport au SATA, en devenant l'interface par défaut pour bon nombre de SSD, et même de disques durs depuis au moins une décennie. Côté performance, le SATA III, dernière révision de la spécification, atteint un maximum d'environ 550 Mo/s. Le PCIe NVMe, développé à l'origine pour les lecteurs flash, s'avère beaucoup plus véloce. En PCIe 5.0, ce protocole a une vitesse maximale de 16 Go/s, bien que les benchmarks la situent plutôt autour des 14 Go/s.
L'interface SATA 1.0 a fait son apparition en 2003 comme alternative bon marché au SCSI. Elle a été développée par un consortium composé d'Intel, de Dell et de fournisseurs de disques durs comme Seagate et Maxtor. Elle a rapidement évolué vers la norme SATA III en 2009, mais il n'y a jamais eu de SATA IV. Seules des mises à jour incrémentielles ont été apportées, l'élan et l'intérêt s'étant déplacés vers le PCI Express et le NVMe. Rappelons par ailleurs que l'interface SATA - comme le SAS - a été à l'origine conçue pour les disques durs, ce qui n'a pas empêché certains fournisseurs comme Micron de lancer par exemple en 2022 un SSD SATA III, au format M.2 et 2,5 pouces.
Encore un avenir pour l'interface SATA
Certains se demandent si l'interface SATA a encore un avenir. Étonnamment, la réponse est « oui », selon les analystes. « À un niveau élevé, on peut dire que le SATA pour le grand public est pratiquement une impasse, mais si l’on stocke des téraoctets de photos et de vidéos, il reste l'option la moins coûteuse », a déclaré Bob O'Donnell, président et analyste en chef de TECHnalysis Research. De même, pour les entreprises ayant des besoins de stockage massifs, il semble que les disques durs SATA de 20 et 30 To de fabricants comme Seagate et WD sont encore largement utilisés dans les centres de données cloud pour des applications comme le stockage à froid (archivage).
« En fait, ces deux entreprises enregistrent des revenus en partie grâce à la demande pour ces énormes lecteurs, à haute capacité et peu coûteux », a-t-il ajouté. « Le SATA n'a plus beaucoup de sens. Il est nettement moins performant que le NVMe », estime pour sa part Rob Enderle, analyste principal chez The Enderle Group. « Cela n'a vraiment plus beaucoup de sens de continuer à le fabriquer, étant donné que Samsung réaliserait trois à quatre fois plus de marge sur le NVMe. » À l’instar de M. O'Donnell, M. Enderle pense aussi que les unités de stockage haute capacité basées sur la technologie SATA ont encore de beaux jours devant elles. « Il y aura probablement des fabricants traditionnels qui continueront à produire des SSD SATA pendant un certain temps. Les technologies IT ne changent pas rapidement et les lecteurs SATA s'usent, il y aura donc sûrement des fabricants qui continueront à proposer des produits SATA traditionnels durant un certain temps », a-t-il ajouté.