Rencontré fin janvier 2026 lors d'un IT Press Tour dans ses bureaux de Santa Clara, Supramani (Sam) Sammandam, fondateur et CEO de Zettalane, incarne une vision pragmatique du stockage cloud défini par logiciel. Avec plus de 25 ans d'expérience dans l'ingénierie logicielle système chez Dell, IBM, HP et Lucent Technologies, ce vétéran du stockage possède une expertise approfondie en infrastructure IA, stockage cloud natif et calcul haute performance, notamment dans le noyau Linux, les pilotes de périphériques et les systèmes de stockage distribués. En 2007, Sam Sammandam développe MayaStor, une plateforme de stockage définie par logiciel précoce pour les SAN iSCSI et Fibre Channel, incluant une bibliothèque de bandes virtuelles (VTL). « À l’époque avec FalconStor et DataCore, on voyait déjà le potentiel du software‑defined storage, mais la crise de 2008 a stoppé cette première aventure », se souvient‑il. Après un passage chez Arcologic, l'un des premiers acteurs du stockage 100% flash où il obtient des performances record en SPEC SFS, Sam Sammandam fonde officiellement ZettaLane Systems en juin 2018, en misant cette fois sur le cloud public et NVMe‑over‑Fabrics pour moderniser le concept de SAN à l’ère des instances éphémères. La pandémie a certes ralenti le développement de Zettalane, mais la start-up revient sur le devant de la scène avec deux produits complémentaires - MayaNAS et MayaScale - déployables sur AWS, Google Cloud Platform et Microsoft Azure.
Techniquement, MayaStor posait déjà les bases : une cible iSCSI/FC logicielle capable d’agréger des lecteurs hétérogènes et d’exposer des volumes SAN avec des fonctions avancées de virtualisation et de VTL. Le CEO explique ainsi avoir voulu prolonger cette approche avec des briques plus légères et plus « cloud natives » : « Je voulais reprendre le voyage interrompu, avec du stockage désagrégé NVMe‑oF, beaucoup plus moderne, tout en tirant parti du cloud », résume‑t‑il. Zettalane capitalise désormais sur cette expérience pour proposer deux produits complémentaires, MayaNAS et MayaScale, orientés respectivement fichiers haute performance et blocs à très faible latence. Leur cible initiale n’est pas l’hyperscaler, mais les petites et moyennes entreprises ainsi que les développeurs, qui ont besoin de quelques téraoctets de stockage performant sans la complexité et les tickets d’entrée des offres entreprises classiques.
Une architecture technique différenciante
MayaNAS cible le stockage NAS haute performance avec une architecture openZFS hybride combinant NVMe pour les métadonnées et le stockage objet (S3, Google Cloud Storage, Azure Blob) pour les données volumineuses. Selon le fournisseur, sa solution délivre jusqu'à 4 GB/s de débit par nœud en configuration active-active haute disponibilité, avec des performances validées à 8,14 GB/s en lecture et 6,2 GB/s en écriture sur Google Cloud. Les cas d'usage incluent les datasets d'entraînement IA/ML, le montage vidéo 4K, les data lakes analytiques et le développement logiciel. MayaScale propose quant à lui un stockage bloc ultra-faible latence basé sur NVMe over Fabrics (NVMe-oF), mutualisant les SSD NVMe éphémères des instances cloud dans un pool partagé hautement disponible. Avec 2,3 millions d'IOPS et une latence de 129 microsecondes, MayaScale s'adresse aux bases de données haute performance (PostgreSQL, MySQL, Oracle), à l'analytique temps réel (ClickHouse, Druid, TimescaleDB) et aux volumes persistants Kubernetes. Au cœur de la plate‑forme de Zettalane, on retrouve donc une architecture OpenZFS hybride qui exploite un « special vdev » NVMe pour toutes les métadonnées et les petits blocs, tandis que les gros blocs de données sont directement stockés sur un object storage cloud natif (S3, Azure Blob ou GCS). « Les solutions existantes mettent en cache sur NVMe puis migrent les données vers l’object storage, mais elles gaspillent son potentiel, notamment en bande passante », estime Sam Sammandam.
MayaScale propose un stockage bloc aible latence basé sur NVMe over Fabrics (NVMe-oF), mutualisant les SSD NVMe éphémères des instances cloud dans un pool partagé hautement disponible. (Crédit P.K.)
Deux produits pour couvrir le spectre du stockage
Avec MayaNAS, les workloads type IA/ML, médias ou HPC lisent leurs petits fichiers de configuration et de métadonnées sur des NVMe à très faible latence, puis streament leurs larges datasets directement depuis l’object storage, ce qui permet d’atteindre plus de 8 Go/s en lecture sur GCP en mode actif‑actif. L'innovation technique repose sur objbacker.io, une interface ZFS vdev native pour le stockage objet développée par Zettalane. Contrairement aux approches traditionnelles basées sur Fuse (Filesystem in Userspace), qui fragmentent les grosses opérations d'E/S en blocs de 4 Ko, objbacker.io utilise les SDK des fournisseurs cloud (S3, GCS et Azure Blob) pour effectuer des E/S directes avec un parallélisme massif, saturant ainsi la bande passante du stockage objet. L'architecture ZFS Special sépare intelligemment les petits blocs (< 128 Ko) – fichiers de configuration, métadonnées, paramètres de jobs – qui restent sur NVMe pour bénéficier de faibles latences et d'IOPS élevés, des gros blocs de données (archives, fichiers média, datasets) qui s'écrivent directement sur le stockage objet plus économique. « Il n'y a aucun mouvement de données. Une fois écrit, ça reste là où c'est », précise le CEO.
MayaScale complète le dispositif côté blocs en réutilisant les SSD NVMe locaux et éphémères des instances cloud pour construire un stockage partagé NVMe‑oF hautement disponible. La solution propose deux modes : un mode block storage s’appuyant sur le RAID‑1 Linux MD et un mode FSX utilisant un miroir ZFS, qui permet de fournir du NFS/OpenZFS là où les services managés AWS FSx équivalents n’existent pas. Rappelons que'Amazon FSx fournit des systèmes de fichiers prêts à l’emploi basés sur des moteurs connus (Windows File Server, Lustre, Ontap, OpenZFS), entièrement gérés par AWS, là où ZettaLane propose une approche SDS équivalente côté fonctionnalités OpenZFS/NFS, mais déployée dans le VPC du client et pilotée par Terraform. « Nous faisons la réplication en RAID‑1 côté serveur, de façon totalement transparente pour le client, ce qui divise par deux le trafic réseau et évite de surcharger les nœuds applicatifs », insiste Sam Sammandam. Résultat : jusqu’à 2,3 millions d’IOPS avec des latences de l’ordre de 120 µs sur GCP, en mode 2 nœuds actif‑actif avec miroir synchrones, soit des performances nettement supérieures aux lecteurs blocs managés haut de gamme du cloud pour un coût d’infrastructure contenu selon Zattalane. « Ce que nous essayons de faire, c'est résoudre deux problèmes : réduire les coûts de stockage tout en offrant les meilleures performances possibles avec le stockage désagrégé », résume le CEO. « Si vous regardez les solutions traditionnelles, tous les grands acteurs ont simplement transposé leur stack complète qui tournait on-premise vers le cloud. Ce n'est pas vraiment cloud natif. »
Architecture hybride, MayaNAS est proposé dans le cloud public, mais également en mode local. (Crédit P.K.)
Positionnement sur le marché
Face à des concurrents comme Silk (ex-Kaminario) ou la nouvelle génération de solutions NVMe-oF cloud telles que Volumes, Zettalane se différencie par son architecture RAID-1 côté serveur : MayaScale et MayaNAS se positionnent comme des briques SDS plus « minimalistes » et cloud natives que les appliances logicielles NVMe‑oF traditionnelles. « Le client écrit une fois vers le nœud de stockage, qui réplique en interne vers le nœud B. Le client voit une seule écriture, un seul acquittement », détaille Sam Sammandam. Cette approche élimine la surcharge côté client – pas de doublement du trafic réseau ni d'attente de doubles accusés de réception – et réduit de moitié la bande passante consommée comparé aux architectures RAID-1 côté client des concurrents. MayaScale supporte également à la fois le stockage bloc (NVMe-oF, iSCSI) et fichier (mode FSX avec OpenZFS NFS), là où les concurrents se limitent généralement au bloc. Zettalane a par ailleurs validé le support NVMe-over-RDMA sur cloud, une capacité rare dans l'industrie. « Nous n’essayons pas de tout faire dans un cluster monolithique ; chaque paire HA est un bloc de construction, que l’on instancie en quelques minutes avec Terraform dès qu’un nouveau volume haute performance est nécessaire », explique‑t‑il. Zettalane se distingue aussi par l’absence de service managé intrusif : pas de call‑home, pas d’Internet gateway obligatoire, tout fonctionne au sein du VPC du client, les marketplaces AWS, GCP et Azure se chargeant de la facturation et des leads commerciaux.
Feuille de route et stratégie commerciale
La feuille de route prolonge cette logique de « solution blocs » en s’ouvrant davantage à l’écosystème cloud native. Zettalane prépare un driver CSI Kubernetes pour positionner MayaScale comme back‑end de volumes persistants pour bases de données, pipelines IA ou workloads CI/CD conteneurisés. La start‑up travaille aussi à un support Lustre cloud native, en utilisant MayaNAS comme MDS/OSS actif‑actif avec métadonnées sur NVMe et données sur object storage, ainsi qu’à l’intégration pNFS FlexFiles, pour permettre à des solutions comme Hammerspace de construire des espaces de noms parallèles à partir de nœuds MayaNAS délivrant 4 Go/s chacun. « Nous n’avons pas vocation à tout reconstruire, mais à fournir des briques ZFS/NVMe‑oF modernes sur lesquelles d’autres peuvent bâtir des services distribués à grande échelle », assure le dirigeant.
Le modèle économique de Zettalane repose sur une tarification simple par vCPU/heure, sans frais par Go ni par IOPS, l'infrastructure cloud étant facturée séparément. Zettalane commercialise ses solutions via trois canaux : les marketplaces cloud (AWS, GCP et Azure) pour l'auto-service avec facturation à la consommation ; la vente directe pour les comptes entreprises avec évaluation technique ; et les partenaires de distribution (intégrateurs systèmes, fournisseurs de services managés). Partenaire Silver de Google Cloud, partenaire AWS et Azure, ZettaLane cible prioritairement GCP pour combler les lacunes de son offre de stockage, notamment l'absence de FSX for OpenZFS. « GCP est très généreux avec la bande passante réseau. Le tier one premium est gratuit et vous fait passer facilement de 32 Gbps à 50 ou 75 Gbps », souligne Sam Sammandam. L'entreprise se concentre d'abord sur les PME et les développeurs avant de viser le marché entreprise via des partenariats, estimant que les solutions existantes délaissent les workloads sous 100 To.