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PostgreSQL, futur substitut à Oracle chez Salesforce

Aujourd'hui, Salesforce est très dépendant de la base de données d'Oracle. Mais PostgreSQL plutôt que MongoDB, pourrait bien répondre à la quête de liberté du fournisseur. Si ce mouvement se confirme, il pourrait avoir un effet d'entraînement beaucoup plus large et sonner la fin de la domination d'Oracle.

La rédaction

Même si l’on retrouve plusieurs vétérans d'Oracle chez Salesforce.com, le fournisseur SaaS ne se prive pas de flirter avec des bases de données concurrentes. De récents articles indiquent même que, grâce à sa base de données maison, le fournisseur a pu s'éloigner « significativement » d'Oracle. Il faut ajouter à cela l’investissement de Salesforce dans la base de données NoSQL du leader MongoDB, et l’intérêt de longue date de l'entreprise pour PostgreSQL. La Silicon Valley étant souvent à l’avant garde des tendances, cette infidélité de Salesforce vis-à-vis d’Oracle est peut-être le premier signe annonciateur d’un changement plus large dans les décisions relatives aux bases de données d'entreprise.

Se défaire de l’enchevêtrement d’Oracle

Cela fait des décennies qu’Oracle domine l'industrie des bases de données et que l’éditeur se sert de cet avantage pour s’imposer sur le marché des applications d'entreprise et autres marchés adjacents. Mais ces derniers temps, cette stratégie semble vaciller un peu. Comme l'a clairement déclaré l'analyste de Gartner Merv Adrian, « même si Oracle a toujours une longueur d'avance sur le marché des bases de données, l’éditeur perd des parts de marché chaque année depuis 2013 ». Et selon l’analyste, la seule chose qui maintient Oracle sur les rails, c’est l'inertie : quand une entreprise a investi autour d'un outil particulier en terme de conception, de placement des données physiques, d'architecture réseau, etc., il lui est difficile de sortir de ce que Gartner appelle « l'enchevêtrement ».

Chez Salesforce, cet enchevêtrement a été particulièrement important. En effet, depuis près de 20 ans, Salesforce investit dans Oracle, et pour abandonner l’éditeur, le fournisseur devrait déployer des efforts considérables. Malgré tout, et en dépit de l’énorme contrat conclus en 2013 entre Salesforce et Oracle visant à renforcer la dépendance de Salesforce vis-à-vis du géant de la base de données pendant neuf ans, le fournisseur n'a jamais vraiment cessé de chercher des alternatives. La principale raison tient à la souveraineté des données. Même si Oracle n'était pas le concurrent le plus féroce de Salesforce (et c'est le cas), le fait de dépendre d’un vendeur - peu importe lequel - qui détient une partie aussi essentielle de l'infrastructure de données d'une entreprise réduit nécessairement son agilité.

À la recherche d’alternatives plus libres

Salesforce a donc cherché des alternatives à Oracle. Si ses tentatives de développer une base de données maison sont relativement récentes, l’intérêt de Salesforce pour des bases de données concurrentes date de plusieurs années, l’exemple le plus récent étant celui de MongoDB. Salesforce, qui avait déjà investi dans MongoDB alors que le leader de la base de données NoSQL était encore une société privée, vient à nouveau d'augmenter son investissement en achetant près de 45 000 actions de l’entreprise. Au total, l'investissement de Salesforce dans MongoDB représente 6 % de ses participations institutionnelles et le deuxième investissement le plus important réalisé par le fournisseur. Au fil des années, Salesforce a également investi activement dans diverses startups pour rester au plus proche des demandes du marché et empêcher ses concurrents d'entrer sur le marché. Salesforce a aussi investi des dizaines de millions de dollars dans des dizaines d'entreprises aussi différentes que Twilio, Jitterbit et SessionM.

Comparativement, l'investissement de Salesforce dans MongoDB semble assez modeste, voire négligeable, au regard de la capitalisation boursière actuelle de MongoDB (1,9 milliard de dollars). Cependant, le fait que le fournisseur SaaS ait choisi de mettre de l'argent dans une base de données concurrente d'Oracle montre sa volonté de garder un pied hors de sa sphère d’influence. Et il n'est pas le seul : MongoDB compte plus de 6000 clients, preuve que des entreprises aimeraient s’éloigner d'Oracle pour les applications actuelles. Pourtant, la base de données alternative sur laquelle compte Salesforce pour retrouver sa liberté, et celle qui pourrait mettre à mal la domination d'Oracle, n’est pas MongoDB, mais PostgreSQL.

Une proximité de longue date avec PostgreSQL

Si, en fait, Salesforce développe un produit de remplacement pour la base de données d’Oracle, il se pourrait fort bien que ce soit en s’appuyant sur PostgreSQL, la base de données avec laquelle Salesforce entretient d’étroites relations depuis 2012. En 2013, l'éditeur a embauché Tom Lane, un développeur PostgreSQL renommé. La même année, le fournisseur en a recruté plusieurs autres, et aujourd'hui encore, les compétences PostgreSQL sont requises dans des dizaines d'offres d'emploi postées sur le site de l'entreprise. À l’image de Facebook, Google et d'autres géants du Web qui ont façonné MySQL pour répondre à des demandes de mise à l’échelle de plus en plus élevées, Salesforce pourrait également adapter PostgreSQL pour réduire sa dépendance vis-à-vis d'Oracle.

Si rien n’empêche Salesforce de modifier MongoDB ou une autre base de données NoSQL, il est probable que le fournisseur choisira plutôt d’adapter PostgreSQL pour répondre à ses besoins. Et ce pour plusieurs raisons :

  • D’abord, même si MongoDB est sous licence open source (AGPL version 3), il n’est pas certain qu’elle autorise Salesforce à modifier la base de données et à l’exécuter pour délivrer un service public sans céder en retour ces modifications à MongoDB (une option peu probable pour Salesforce) ou payer beaucoup d'argent à MongoDB (peu probable également).

  • Mais, plus important encore : si MongoDB est une excellente base de données (notre confrère Matt Asay a travaillé plusieurs années chez MongoDB), en l’état actuel, elle ne pourrait pas, autant que PostgreSQL, remplacer la base de données d’Oracle. PostgreSQL ne pourrait pas se substituer directement à la base de données Oracle, mais un développeur ou un DBA connaissant bien Oracle trouvera PostgreSQL similaire.

PostgreSQL, futur substitut à Oracle chez Salesforce

Les bases de données alternatives comme PostgreSQL ou MongoDB progressent dans le classement DB-Engine.

Oracle prétend qu'il n'est pas inquiet, mais le classement de popularité des bases de données DB-Engines, qui évalue la popularité des bases de données en fonction de divers critères, pourrait le faire réfléchir. PostgreSQL est en progression constante depuis plusieurs années, alors même qu'Oracle et MySQL (sa base de données open source) perdent du terrain. PostgreSQL occupe désormais une solide quatrième place, derrière MongoDB. Et si l’on interroge les startups de la Silicon Valley et les géants de l'entreprise, on se rend rapidement compte que la place occupée depuis des années par PostgreSQL est importante. Le choix d’un précurseur technologique comme Salesforce pourrait déclencher un gros mouvement d’entrainement. Car, si Salesforce passait à PostgreSQL, ou à une variante de PostgreSQL, ou si le fournisseur a réussi à créer une base de données totalement indépendante et personnalisée, ce serait un indicateur sérieux pour les entreprises du classement Forbes Global 2000. Il signifierait que la domination d'Oracle touche à sa fin.

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