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Nvidia embellit l'IA en France
À l'occasion de la première GTC (GPU Technology Conference) organisée à Paris dans le cadre de VivaTech 2025, Jensen Huang, CEO et cofondateur de Nvidia, a présenté les dernières avancées de l'entreprise en matière de calcul accéléré, de simulation quantique, de jumeaux numériques et d'infrastructure IA. La keynote du dirigeant a mis l'accent sur le rôle magnifié de la France dans la stratégie européenne de Nvidia, avec des partenariats et des projets d'envergure chez les NCP et les start-ups gravitant autour de l'IA souveraine.

Pour cette première GTC à Paris, le CEO de Nvidia Jensen Huang a ouvert la conférence en retraçant l'histoire de la compagnie, fondée à l'origine pour fournir des cartes graphiques performantes et bon marché à destination des joueurs, puis bifurquant vers le monde des entreprises avec les pilotes développés par l'allemand Elsa pour ses cartes graphiques professionnelles (séries Gloria, Synergy, Gladiac et Erazor), pour supporter les logiciels de CAO, de rendu 3D et autres applications exigeantes : « Nvidia, à l’origine, voulait créer une nouvelle plateforme de calcul pour accomplir des choses que les ordinateurs traditionnels ne pouvaient pas faire. Nous avons accéléré le CPU, créé un nouveau type de calcul, le calcul accéléré, et l’une de nos premières applications fut la dynamique moléculaire. » Cette volonté d’aller au-delà des architectures classiques se concrétise aujourd’hui par une gamme de solutions logicielles et matérielles couvrant tous les domaines du calcul scientifique, de l’intelligence artificielle à la simulation quantique.
Un point d'inflexion sur le quantique avec Cuda-Q
Parmi les annonces, Cuda-Q occupe une place centrale. Cette suite logicielle développe et exécute des simulations quantiques sur les GPU Nvidia, en s’adressant aussi bien aux chercheurs qu’aux industriels : « Cuda-Q est destiné à l’informatique quantique, ou à l’informatique quantique-classique basée sur les GPU. Nous travaillons sur Cuda-Q depuis plusieurs années, et aujourd’hui, je peux vous dire qu’un point d’inflexion est en train de se produire dans l’informatique quantique. », a précisé le CEO, qu’on a connu beaucoup moins enthousiaste sur le quantique début 2025 au CES de Las Vegas. Le 8 janvier dernier le dirigeant avait indiqué que les ordinateurs quantiques véritablement utiles sont encore "à plus d'une décennie" de la commercialisation. Il avait aussi précisé que 15 ans serait "un peu tôt" pour espérer voir arriver des ordinateurs quantiques utiles, et que 20 ans serait un délai auquel "un grand nombre d'entre nous croiraient". A Paris, Jensen Huang a cette fois insisté sur la maturité croissante du secteur, évoquant la montée en puissance des qubits logiques et l’intégration future des QPU dans les supercalculateurs européens.
La notion de jumeau numérique (digital twin) s’est également imposée comme un axe stratégique. Grâce à la puissance de simulation offerte par les GPU et les frameworks comme Omniverse, le fournisseur ambitionne de virtualiser la conception, l’optimisation et l’exploitation de systèmes industriels complexes : « Grâce à l’échelle et à la rapidité avec lesquelles nous pouvons désormais tout simuler, nous pouvons transformer chaque chose en un jumeau numérique. Et parce que tout peut être un jumeau numérique, cela peut être conçu, planifié, optimisé et exploité entièrement de façon numérique avant d’être déployé dans le monde physique. L’idée de tout construire d’abord dans le logiciel est désormais une réalité », a précisé le CEO. Cette approche, déjà adoptée par des groupes comme Siemens, Mercedes-Benz ou la SNCF, ouvre la voie à une industrie plus agile et résiliente. Autre annonce structurante, le lancement de la plateforme RTX Pro Server avec avec Cisco, Dell, HPE et Lenovo. Cette génération de serveurs, voire de stations de travail musclés - avec un processeur Intel Xeon ou AMD Epyc épaulé par des GPU RTX Pro 6000 Blackwell (jusqu’à 8) et des DPU Bluefield - vise à démocratiser l’accès à la puissance de calcul IA dans les environnements d’entreprise, en garantissant la compatibilité avec l’ensemble des applications Nvidia et des systèmes IT traditionnels : « Ce serveur est le seul au monde qui exécute tout ce que le monde a jamais écrit et tout ce que Nvidia a jamais développé. Il exécute l’IA, Omniverse, RTX pour les jeux vidéo. Il exécute Windows. Il exécute Linux. Il exécute Kubernetes et VMware. Il exécute pratiquement tout », assure le dirigeant. Cette universalité est pensée pour accompagner la transition des entreprises vers l’IA générative et la simulation avancée, tout en s’intégrant aux infrastructures existantes.
L’IA en France, entre souveraineté et partenariats
Au-delà des innovations technologiques, Jensen Huang a longuement insisté sur le rôle de la France et de l’Europe dans l’infrastructure IA en train d’émerger : « L’Europe a désormais pris conscience de l’importance de ces usines d’IA, de l’importance de l’infrastructure IA, et je suis ravi de voir autant d’activité ici », indique le CEO. La stratégie de Nvidia s’appuie sur un écosystème logiciel riche et des partenariats structurants, notamment avec Mistral AI, qui doit encore convaincre les entreprises avec des LLM capables de raisonnement avancé. En mai, Nvidia, Mistral AI, Bpifrance et MGX ont annoncé la création d’une coentreprise pour bâtir le plus grand campus d’IA d’Europe en Île-de-France, avec une capacité visée de 1,4 GW et un investissement estimé entre 30 et 50 milliards d’euros. Ce campus, qui entrera en service en 2028, doit permettre de couvrir l’ensemble du cycle de vie de l’IA, de la conception à l’implémentation, et d’accélérer la souveraineté européenne en matière de cloud et de modèles de langage.
« Nous collaborons avec chaque pays pour développer leur écosystème. Nous construisons des centres technologiques d’IA dans sept pays différents, et l’objectif de ces centres est de mener des recherches collaboratives, de travailler avec les startups et aussi de bâtir l’écosystème », poursuit le CEO. Le partenariat avec Mistral AI s’étend également à la fourniture d’une infrastructure cloud commune, permettant aux entreprises françaises et européennes de développer et d’exécuter des applications IA avec les modèles open source de Mistral AI et d’autres fournisseurs. Nvidia a aussi officialisé la disponibilité de ses modèles Nemotron, optimisés pour le calcul accéléré sur GPU et adaptés aux langues et cultures locales grâce à des collaborations avec des acteurs français comme LightOn ou H. Ces modèles souverains, livrés sous forme de microservices NIM, visent à renforcer l’adoption de l’IA dans les entreprises européennes, tout en garantissant la sécurité et la confidentialité des données : « Vos données vous appartiennent. Elles sont l’histoire de votre peuple, le savoir de votre peuple, la culture de votre peuple. » Reste toutefois à convaincre les hyperscalers.
Des réalisations concrètes
L’écosystème français bénéficie déjà de ces technologies - soumises toutefois à restriction depuis la publication en janvier dernier du Ensuring U.S. Security and Economic Strength in the Age of Artificial Intelligence du président Biden - avec des projets IA développés pour des clients comme Bouygues ou la SNCF. Chez le géant du BTP, l’IA est mobilisée pour optimiser la gestion de chantiers et la maintenance prédictive, tandis que le transporteur s’appuie sur les technologies Nvidia pour la modélisation 3D, la maintenance prédictive et la supervision intelligente du trafic. À VivaTech, la SNCF a ainsi présenté ses dernières innovations, de la maintenance zéro panne à l’écoconduite, en passant par la digitalisation de la signalisation ferroviaire et le déploiement d’agents numériques pour ses collaborateurs.
En conclusion, Jensen Huang à Paris a tenté de confirmer la place centrale de la France dans la stratégie européenne de Nvidia, tant sur le plan de l’innovation que de la souveraineté numérique. « Nous assistons à une révolution industrielle, une nouvelle industrie émerge, tout comme l’électricité est devenue une industrie à part entière, d’abord comprise comme une technologie, puis comme un secteur industriel ». L’ère des AI factories s’ouvre, portée par des infrastructures de pointe, des modèles souverains et une volonté affirmée de bâtir un écosystème européen robuste et compétitif. Si le programme est alléchant, la mise en œuvre souveraine reste toutefois incertaine faute de géants européens...

